Lé Gadiamb

[visite en mai 2011]

Cette semaine nous avons jeté notre dévolu sur un restaurant du chef-lieu, « Lé gadiamb », qui a pignon sur la rue Roland Garros, non loin du petit marché. Au fond d’une petite cour verdoyante aménagée en terrasse, une charmante maison créole authentique vous accueille.

Nous nous installons sous la varangue, mais notre regard a été attiré par la décoration intérieure, faite de multiple objets « lontan », qui rappelleront des souvenirs aux nostalgiques du café coulé à la grègue. Ca et là, des outils, des vieux appareils photos, des ustensiles divers font de l’endroit un mini-musée. Le patron nous accueille presque comme si on était de la famille : le personnage est assez boute-en-train et fait preuve d’un humour qui nous met à l’aise. 

Il nous dépose la carte. Celle-ci fait la part belle aux plats traditionnels créoles, les communs (rougail morue, canard la vanille, cabri massalé…) et d’autres moins courants dans les restaurants, comme le bœuf aux brèdes songes ou le Civet de zourite au vin blanc, qui pique notre curiosité.  Le chef revient pour prendre la commande, en nous annonçant qu’en plus de la carte, le plat du jour consiste en une sauce sardine au gros piments. Pour être traditionnel, ça l’est. Ce qui nous fait dire que la cuisine « Lé Gadiamb » se démarque vraiment de ces menus « touristiques » proposés par ailleurs. Nous optons pour le civet zourite et un boucané baba-figue, histoire de le comparer à celui que nous avons dégusté chez Noël, à Saint-Pierre. Pas vraiment d’entrées proposées sur la carte, mais un assortiments d’amuse-bouches créoles, présentés dans un van, et par lesquelles nous ouvrons le bal.

Autant le dire tout de suite : nous expédions les amuses gueules, mais notre sentiment est mitigé.Les samoussas aux poissons ont un goût de chou, les nems au fromages sont bonnes mais sans plus, et les bouchons au combava gratinés ne satisferont que les amateurs à forte dose du petit agrume parfumé. Seules les boulettes de morue emportent notre suffrage : elles sont très délicates et fondantes, et elles auraient été parfaites si la proportion de pomme de terre était moindre. Passons à la suite, servie en deux temps trois mouvements.  Notre palais retrouve sa joie de vivre. Le boucané baba figues s’avère bien meilleur que dans l’établissement Saint-Pierrois. Le baba est fondant, avec cette petite amertume indispensable en fin de bouche.

Le boucané est savoureux, bien qu’un peu sec, et le plat dans son ensemble n’est pas gras. Il y a eu juste la dose d’huile qu’il faut, et on imagine que les ingrédients ont été remués dans la marmite avec soin et patience. Le civet zourite quant à lui, est une vraie découverte. Amateurs de civet au vin rouge, poivrés à l’excès, et des sensations fortes qui vont avec : passez votre chemin. Ici on donne dans la subtilité, dans le délicat, dans le goûteux dans sa plus noble expression. Et nous nous disons « bon sang mais c’est bien sûr, le vin blanc au lieu du vin rouge…« . Mais il y a certainement d’autres secrets. En questionnant le chef nous apprenons que la bestiole à tentacule a cuit au feu de bois longtemps. « 4 heures, c’est un minimum » nous glisse-t-il. On comprend mieux pourquoi l’aspect caoutchouteux du céphalopode a quasiment disparu. Quasiment, pas entièrement, juste de quoi vous donner le plaisir de la mastication pendant laquelle la sauce veloutée provoquera chez vos papilles gustatives une révolution avec ses parfums de laurier, de thym, de poivre et cette lointaine saveur iodée d’océan indien que nous essayons de retenir en regardant avec tristesse le plat de civet désormais vide.
Ajoutons au tableau la présence de brèdes chou-de-chine croquantes juste ce qu’il faut, cuites de la plus simple des façons et des pois du cap corrects dans l’ensemble, plus deux rougails très légèrement pimentés. Nous terminons avec deux cafés et demandons l’addition : 62 euros, pour deux personnes. Voilà qui soulage aussi notre porte-monnaie dans le sens positif du terme.

Lé Gadiamb est ce qu’on pourrait appeler un restaurant « engagé », qui a décidé de faire la promotion de la tradition et du terroir, avec une rigueur consommée dans le choix de ses produits. Cela se ressent dans l’assiette, nonobstant un bémol pour ce qui concerne les amuses-bouches, largement perfectibles. C’est assurément un établissement que nous vous conseillons vivement. Outre le fait qu’on y mange bien, on y est aussi très bien installés. Assis au frais sous la varangue, on se sent comme dans une oasis au milieu du béton environnant. Malheureusement, vous ne pourrez en profiter que la semaine, le patron ferme le dimanche et le lundi. Bon dimanche et à dans quinze jours pour de nouvelles aventures !

Pour résumer
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Plats : bons/très bons
• 
Service : très bien 
Rapport qualité/prix : correct.
Notre impression globale : très bonne table
Fourchette en argent

Une réflexion sur “Lé Gadiamb

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