Le Luxor

[Visite en juin 2012]

Aujourd’hui, direction La Possession, au Luxor, situé presqu’à l’angle des rues Leconte Delisle et Sarda Garriga, au rez-de-chaussée d’un immeuble. L’extérieur est assez impersonnel. L’intérieur est assez chic, pas ostentatoire, mais un peu froid. La grande salle de plus de 80 couverts s’ouvre à l’arrière sur une terrasse au moins aussi vaste, pour les jours de grandes chaleurs.

Nous sommes accueillis par un grand gaillard « tête prop », le sourire jusqu’aux oreilles, répondant au patronyme d’Etienne, qui nous propose derechef une place en face du bar. Un tableau à la craie nous indique qu’en semaine, entrées et plats sont à 20 euros. La carte est assez variée : entrées chaudes et froides, salades élaborées, des grillades en-veux-tu-en-voilà, légine et camarons pour les amateurs et même des pâtes fraîches. Six plats créoles sont au programme, rien que des classiques (civet canard, massalé cabri, rougail saucisse, etc.) sauf une originalité baptisée « rougail cousins », dont nous nous enquérons aussitôt de la composition. « C’est un rougail morue, snoek et hareng, les trois mélangés » nous informe le responsable de salle Etienne avec un hochement de tête révélateur. Bon, pourquoi donc hésiter encore ?

Nous choisissons un croustillant de chèvre pour commencer le repas, en nous rappelant le souvenir du sublime soufflet du Val Fleuri, testé l’année dernière. Les clients arrivent au fur et à mesure, reçus avec grande courtoisie par le personnel. Quelques minutes d’attente à apprécier les olives pimentées et voici notre entrée qui arrive. Les pavés de fromage panés reposent sur un lit de laitue et de tomates coupées en cube, avec des morceaux d’oignons dorés à la poêle par-ci-par-là. De but en blanc, le chèvre apparaît d’une consistance un peu épaisse, mais on s’habitue assez vite car le croustillant dont il est recouvert procure de belles sensations sous la dent. L’arôme de caractère du fromage nous emporte les papilles que nous rassérénont avec les quelques verdures assaisonnées raisonnablement, encore que nous aurions à redire au sujet des oignons un peu trop salés. Certaines rumeurs courent qu’il ne faut jamais manger la décoration d’un plat car certains cuisiniers peu scrupuleux, par paresse ou par économie, les utilisent plusieurs fois. Ici, quelques lamelles de poivrons font office de garniture, et nous avons non seulement constaté que celles-ci étaient parfaitement fraîches, mais aussi qu’il eût été un crime de les laisser pour compte. En effet le mariage du poivron et du chèvre s’est révélé particulièrement intéressant.

Notre assiette finit par se retrouver aussi lisse que le crâne de notre hôte. Nous avons certainement une haleine de bouc, mais le contentement nous envahit déjà.

Quelques minutes plus tard, les « cousins » se pointent, courage. N’importe quel Réunionnais saurait distinguer les yeux fermés un rougail morue et son pendant au snoek, comme sa femme et sa belle-mère. L’une douce, attentionnée et pimentée à l’occasion, l’autre plus acariâtre et franche. Imaginez un mélange des deux.

Dans le rougail « cousin » du Luxor, la morue mord, le hareng sort, et le snoek ressort. Peu de traces en effet du cousin hareng, tellement les deux autres partagent leurs saveurs pour notre plus grand plaisir. Le plat est sans sauce, comme l’orthodoxie l’exige ; les chairs sont émiettées très finement ; le parfum du fond de «croûtage » de marmite s’installe dans le nez ; la discrète acidité des rares tomates relève doucement la saveur unique de ce mariage réussi, où, nous le supposons, on a quand même privilégié la morue. A part égale, le snoek aurait tendance à la ramener un peu trop souvent, comme belle-maman. Tout cela est déjà très bien, mais imaginez notre surprise quand nous vîmes le condiment qui accompagnait les « cousins » : un rougail margoze !
En voilà un qui se fait très rare dans les restaurants, et pourtant… Le margoze, amer, on aime ou on déteste. C’est le genre de condiment à ne pas introduire dans une conversation, mais dans le rougail « cousins », nous l’y avons introduit intégra-lement. Signalons au passage qu’à notre grand désappointement, le margoze était présent en quantité ridicule. Cela ne l’a pas empêché de faire danser les cousins comme un DJ dans une boîte branchée. Mélange détonnant en bouche garanti. Les pois du Cap ne sont pas en reste. Bien crémeux, ils sentent aussi les épices roussies de la marmite, avec un soupçon de thym, sans conteste parmi les meilleurs que nous ayons mangé jusqu’ici.

La vaisselle vide est emportée. Nous terminons par un moelleux au chocolat, petit caprice cacaoté que nous jugeons à même de mettre un point final au repas. Armé d’une boule de glace à la vanille et d’amendes grillées, le moelleux s’acquitte de sa mission à la perfection, avec une mention spéciale pour ne pas être trop sucré. Peut-être manquait-il une feuille de menthe ou deux. Bon point pour le service qui a anticipé notre soif en nous proposant de l’eau bien fraîche avec ce dessert. Addition : 41 euros, entrée-plat-dessert pour une personne hors boissons. Un peu chaud quand même.

Le Luxor a réouvert récemment, et visiblement, il met le paquet. La cuisine est de haut niveau, le service est courtois et efficace, la présentation des plats est soignée. Qu’attendre de plus d’un restaurant? Vous y passerez un agréable moment à n’en pas douter. S’il y avait quelque chose à reprocher au Luxor, se serait son emplacement, et peut-être ses tarifs. Ce genre d’établissement aurait toute sa place au cœur d’un vaste jardin ombragé dans une case créole, et pas dans un bloc de béton impersonnel. C’est peut-être ce qui manque aussi au Luxor, un peu plus de tradition créole authentique y compris aux fourneaux (et un peu plus de plats typiques aussi) pour obtenir la fourchette en or, mais il n’en est pas loin. Nous gratifions donc ce restaurant possessionnais d’une très belle fourchette en argent.

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : très bien • Qualité des plats : bons
Notre impression globale : bonne table
Fourchette en argent

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