Ti Resto lontan

[Visite en août 2012]

Aujourd’hui, nous débarquons sans tambours ni trompettes à la Plaine des Cafres, au Ti resto longtemps, situé pile en face de la maison du volcan en plein travaux. La salle, d’une cinquantaine de couverts, est décorée très simplement. Les tables sont agrémentées de véritables orchidées en pot, pour la touche authentique. 

Nous arrivons au beau milieu d’une trouée de soleil, et la température, très supportable est tout de même assez fraîche pour nous fouetter les sangs et nous ouvrir l’appétit. Ça tombe bien, la carte, essentiellement créole, est assez engageante. Ainsi, parmi les entrées on nous propose divers gratins (pommes de terres, chouchou, palmiste, bois de songe…) et des salades variées, chaudes ou froides. La liste des plats, outre les classiques, affiche quelques préparations plus ou moins inédites comme le poulet au coco ou une poêlée de crevettes au palmiste. Le poisson n’est pas en reste avec divers plats à base d’espadon, et on y trouve du camaron cuisiné à toutes les sauces (ou presque). Nous entrons donc et sommes accueillis avec le sourire par une sympathique demoiselle, qui ramène aussitôt la carte, collée au fond de vanes. Présentation jamais vue. Un point pour l’originalité.

Notre choix se portera d’abord sur un gratin de bois de songe et un foie de volaille à la crème et au vinaigre de framboise, que suivront un poulet palmiste (précisés fermier et frais), et un cari boucané baba-figue. La salle se remplit doucement de locaux autant que de touristes, tandis que nous sirotons notre apéritif avec modération. Pour une fois nous avons choisi un porto, et nous ne le regretterons pas. Les entrées sont là au bout de dix minutes, la présentation est correcte.

Et plus que correct sera le foie de volaille ! L’affaire est chaude, délicatement parfumée (étrangement il y a comme une humeur de figue), et donne toute sa mesure en bouche : onctuosité au début, velouté à la fin. La crème où l’on devine une pointe de moutarde danse la valse avec la saveur délicate du foie sublimée par la légère acidité du vinaigre de framboise avec lequel, nous le supposons, l’abat été déglacé. Et c’est là que le fond de porto entre en scène : juste magnifique. Il s’entend avec le foie comme larron en foire. Une gorgée, une bouchée, un morceau de tomate frais à la fin pour « claquer » tout ça et nous voici souriant béatement en repoussant l’assiette proprement nettoyée.

Le gratin joue dans la même cour. La béchamel, moelleuse, délivre finement sa partition au fromage. Ce dernier n’est pas trop agressif et laisse le bâton de songe s’épanouir. On y retrouve, sur la fin, en pointillé, le goût de fumé un peu âcre du légume qui donne au plat toute sa personnalité.

Un peu d’eau (que nous devons réclamer) pour rincer tout ça et calmer les papilles, quelques minutes d’attente, puis les caris arrivent, servis à l’assiette, excepté le rougail de courgettes et les grains blancs. Les portions sont correctes. Quelques brèdes viennent donner une touche de vert, mais il semble qu’elles ne soient là que pour la couleur, car en trop petite quantité.

La couleur du poulet, elle, est satisfaisante, ainsi que son fumet. Le premier coup de dent confirme la qualité « fermière » annoncée sur la carte, mais révèle aussi une chair trop blanche et plutôt sèche dans l’ensemble. Fort heureusement, le cari est parfaitement exécuté, tant dans son aspect que par l’odeur qu’il dégage. Et si la texture pêche un peu, le plat reste très bon, avec ses morceaux de palmistes goûteux et d’une légère acidité.

Enfin, le boucané baba-figue fait merveille. Point d’acidité ici, dans les bouchées de baba : cool ! La fleur de bananier en fines lamelles s’emmêle et fond lentement sous la dent. Le boucané, très équilibré pour ce qui est du gras, a distribué généreusement son parfum au fond de la marmite pour ce mariage réussi avec le baba, tout à fait dans la grande lignée de la tradition créole. Sur ces hauteurs chantantes du Sud, on entendrait presque la mère Turpin, Ethève ou Dijoux hurler de la case : « Ernestiiine ! » « voui ma mèèère !» « allé rode baba dan’ fond pou câri onze heeeure ! Et trap-lo-lave-riz-casse-bois-allume feuuuu ! » On se réveille. Les desserts. Finissons en beauté ce repas. Se sera crème brûlée et gâteau ti son. Une crème brulée flambée au vieux rhum, tiède, délicate, douce comme une fiancée de huit jours enchantera notre palais. Le gâteau ti son est dans la lignée du baba ci-dessus dégusté : conforme à la tradition, c’est à dire succulent mais étouffe-chrétien. Cela a été parfaitement atténué par la présence de crème et de chantilly : c’est bien vu ! Addition : 50 euros pour deux personnes, hors boissons. Nous repartons repus et satisfaits.

Le Ti’Resto Lontan affiche clairement son attachement à la tradition culinaire créole « au feu de bois » et ce n’est pas de la publicité mensongère. Même si tout n’est pas encore parfait, (une volaille « la cour » nourrie au maïs et autres produits naturels aurait été la bienvenue) le moins qu’on puisse dire est qu’on s’y régale. Le chef ne se contente pas de respecter ses classiques, il innove aussi, par légères touches, prudemment. Ouvert depuis un an et demi, Le Ti’ Resto Lontant, s’il n’en a pas l’air extérieurement en revendique en tout cas l’esprit, et nous l’y encourageons fortement en lui décernant une jolie petite fourchette en or !

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : très bien
Service : très bien • Qualité des plats : très bons
Notre impression globale : très bonne table
Fourchette en or 

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