Le Vieux port

[Visite en octobre 2012]

 

C’est par un temps de curé que, les kilomètres derrière nous, Le vieux Port nous  ouvre ses portes, dans  la fraîcheur de son petit  jardin luxuriant du sud sauvage, pas très loin de la fameuse coulée de 2007, au bord de la RN2, côté mer.

De la route, à vrai dire, on n’aperçoit presque pas le restaurant lui-même mais plutôt les tables dressées dehors sous de grands parasols. Un panneau marque l’endroit, en annonçant « We speak english », et ça c’est « a very good thing » gageons-le. Beaucoup d’autres devraient en prendre de la graine. 26 couverts attendent dehors pour l’heure. L’établissement en totalise une soixantaine. Nous sommes accueillis avec spontanéité et gaité, de la bonne vieille hospitalité créole. Nous nous installons dehors, dans l’herbe, l’endroit est un brin bucolique, et il y fait frais ; des atouts certains malgré une trop grande proximité de la nationale, où, par ces dimanches de vacance, la circulation est assez dense.

La jeune demoiselle qui nous a reçu nous apporte la carte, et des publications touristiques sur la Réunion. Attention louable à l’égard de nos visiteurs l’outre-océan. La carte nous intéresse davantage. Elle présente plusieurs variantes de salades, toutes à base de palmiste, certaines d’entre elles mélangeant les ingrédients, légumes divers et viandes, comme de la saucisse ou du boucané pour l’une, ou des camarons pour une autre. Voilà certes une initiative originale.

Parmi les plats chauds, on retrouve notre trinité porcine de rougails péi : saucisse, andouillette et boucané, plus les mêmes cuisinés au chou de vacoa, crevettes en plus ; puis du porc, du poulet et du coq au palmiste, « le dimanche seulement ou sur réservation ». Un rôti de porc au palmiste est au menu du jour, ça tombe bien !  Nous lui adjoindrons des saucisses fumées au chou de vacoa, avec une salade de palmiste « simple » en entrée. C’est parti pour les hostilités. Nous patientons en sirotant un bon petit punch maison, dans lequel nous détectons à la fois une acidité et une amertume rapellant le combava ou le citron-galet. Très rafraîchissant.

La salade de palmiste nous est déposée déjà assaisonnée. Plusieurs restaurants font cette erreur. Pensez à demander le palmiste avec l’assaisonnement à part. Souvent, et c’est encore le cas ici, le citron « tue » la saveur doucâtre du palmiste. Pour autant, la salade que nous dégustons donne de bonnes sensations en bouche, avec un croquant délicat, attestant le choix rigoureux des morceaux et une fraîcheur sans contestation possible.

Les plats chauds suivent assez rapidement. Nous constatons d’abord, à notre grand désappointement, que seuls deux morceaux de palmistes garnissent le plat. C’est peu. Dommage car ils sont  fort parfumés, souples en bouche et fondants à souhait. La viande est très équilibrée, ni trop grasse ni trop sèche. Sa texture révèle une cuisson maîtrisée, étant presque aussi fondante que son compagnon palmiste.
Les saucisses fumées au vacoa ne sont pas en reste. Juste dommage qu’elles soient coupées en lamelles trop fines, laissant l’impression qu’elles font de la figuration. Les sensations sous la dents sont limitées. Peut-être est-ce là une stratégie pour mettre en valeur le chou de vacoa, qui est savoureux : curcuma et thym relèvent son parfum inimitable, aussi fin que le palmiste, avec un croquant subtil équivalent à celui de la salade. Tout cela se mélange agréablement avec le riz et finit par exploser au palais grâce au petit (trop petit !) rougail mangue.  Un mot sur les lentilles : bien en crème, ils dégageaient comme une humeur de quatre-épice qui leur donnait du caractère, très appréciable avec le rôti.

Nous terminons, repus, avec le café, laissant les touristes apprécier le gâteau de patate douce ou le gâteau de manioc du dessert. Addition : 52 euros et des copeaux de vacoas pour deux apéritifs, une entrée, deux plats et deux cafés. Assez honnête au regard de la qualité globale.

Le Vieux port est ce genre de petit restaurant discret et charmant, qui cultive son attachement à la traditon culinaire créole en mettant en avant les produits du terroir. En l’occurence, le palmiste, et le vacoa. Un rapide coup d’oeil sur la fréquentation du lieu donne déjà une indication sur la qualité de ses plats. Cela fait huit ans que ça dure. Et la gouaille du patron, assez franco de (vieux) port, n’est certainement pas étrangère à ce succès. La qualité globale nous a paru très correcte, le travail des produits sus-nommés étant à l’évidence parfaitement exécuté, même si les quantités pourraient être sujettes à caution pour des « bons » mangeurs. Si d’aventure la météo promet du beau temps, nous vous conseillons fortement de réserver si vous désirez déjeuner “sur l’herbe”. Le Vieux port est une adresse que nous vous recommandons donc fort logiquement en lui octroyant une bien belle fourchette en argent.

Pour résumer :
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : passable
Service : bien • Qualité des plats : très bons
Notre impression globale : Bonne table
Fourchette en argent

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