La Ferme du Pommeau

[Visite en décembre 2012]

Aujourd’hui nous décidons de prendre le frais à la Plaine-des-Palmistes, en allant déjeuner à laFerme du Pommeau, hôtel restaurant connu et (les diplômes affichés à l’accueil l’attestent) reconnu dans le milieu gastronomique et hôtelier réunionnais. L’établissement se situe presque au bout de l’allée des Pois de senteurs, qui rejoint la nationale au niveau d’un autre restaurant que nous visiterons l’année prochaine : les Platanes. L’endroit, vaste (le domaine fait 13000m2), est pour le moins bucolique, et invite au repos. Vous pouvez y emmener la marmaille taquiner les oies, canards et autre pintades. 

La belle salle, qui peut contenir une centaine de convives, avec sa cheminée, ses bouquets de fleurs et sa décoration « chalet » est très confortable et donne envie de mettre les pieds sous la table. Nous sommes accueillis avec le sourire par la patronne, puis par le personnel qui nous invite à choisir notre table. La carte affiche quelques plats créoles et métropolitains parmi lesquels on trouvera foie de veau persillé, entrecôte grillée, côtes d’agneau et cuisse de canard farcie aux cèpes (pour la cuisine déor) ou rôti de porc  la patate douce, cari de coq et boucané baba figue, pour les plats péi, entre autres. C’est sur ces deux dernières propositions que nous jetons notre dévolu, et nous commencerons avec des toast de chèvre chaud et un flan de cœur de songe sauce à l’oseille. Et à vue de nez, étant donné les tarifs pratiqués, de l’oseille, cela va nous en coûter un peu! Qu’importe, nous espérons en avoir pour notre argent. Vous pouvez composer votre menu suivant diverses formules s’étageant entre 25 et 38 euros, plus le menu enfant à 13 euros.
Après un apéritif composé de punch maison en libre service (dont un excellent baptisé « moun des hauts », bien charpenté), nous voyons arriver les entrées et les attaquons derechef. Les toasts chauds et croquants exhalent leur bonne odeur de fromage de chèvre fondu, sous lequel ils disparaissent, et nos sinus sont vite embaumés. Le fromage est goûteux mais pas très agressif, ce qui est plutôt bien. Cette première entrée s’évanouit, et laisse la place au flan. Celui-ci est particulièrement onctueux et souple, le songe s’y exprime avec délicatesse et nous vous conseillons fortement de le déguster avant le gratiné qui le couvre, ce dernier étant bien trop puissant. Un plat qui devrait se marier très bien avec un petit blanc de Cilaos capiteux (le vin hein… pas le yab !). Ce flan de songe est un rêve !
Nous patientons un peu avant que les plats de résistance soient servis. Et leur venue, à l’assiette, nous suscite un sourire de satisfaction. En effet, au humage, tout est conforme à ce que l’on est en droit d’attendre d’un boucané et d’un coq créoles : épicés, caractériels, un peu sauvages. A la vue, les couleurs sont belles et appétissantes. Nous sonnons la charge.
Pour faire court, le coq est bon, ferme à la fourchette, le poivre le portant comme il lui sied, nous regrettons simplement d’avoir hérité de parties blanches de la viande moins goûteuses, mais dont la qualité intrinsèque et la cuisson dénotent tout de même une expertise certaine de la part du chef : ce n’est pas sec. Le boucané baba figue se défend aussi. Le baba est cuit mais encore croquant, on dirait de la cuisson à la gueule de dragon comme dans les restaurants chinois. Il a en plus laissé son amertume au vestiaire et parfume magnifiquement un boucané équilibré en gras et dont le fumet est respectable. Bon. Ceci étant dit, nous poussons ici un grand coup de gueule contre le défaut commun aux deux plats : trop salés ! Beaucoup trop salés !

Au fil de nos pérégrinations dominicales nous constatons encore trop souvent une propension affirmée des cuistots à nous charger les plats en sel ! Qu’est-ce donc que cette manie de la main lourde sur la salière saperlipopette ? Toutes les vraies saveurs des plats sont écrasées, voire atomisées quand il s’agit d’arômes subtils et fins, qui donnent toute sa dimension et tout son intérêt à une préparation culinaire ! Rappelons aussi que les excès en sel sont mauvais pour la santé, favorisant les maladies cardiovasculaires, même si on laisse l’hypocondrie à l’entrée avec le parapluie ! Bref, le trop de sel a un peu gâché le repas, même en mangeant les caris avec beaucoup de riz. Nous mettrons pour finir un bon point pour le rougail dakatine, un peu seul, hélas, plus un avis mitigé concernant les grains, bons, mais pas assez en crème. Nous terminons avec des cafés, les desserts ne nous inspirant pas plus que cela. L’addition se monte à 75 euros et des poussières, pour trois personnes, hors boissons et sans dessert. Autant dire un peu cher.

La Ferme du Pommeau est une bonne table, dire le contraire serait mentir, mais, à l’image de l’ambiance, nous trouvons la qualité globale un peu endormie. L’affaire semble ronronner tout doucement et nous n’avons pas été vraiment enchantés, positivement s’entend. La seule (mauvaise) surprise est venue des plats trop salés. Nous osons espérer qu’il s’agit d’un malencontreux concours de circonstances ! Seules les entrées, au dessus du lot, tirent vraiment leur épingle du jeu et c’est heureux car cela nous permet d’augurer d’un potentiel créatif culinaire certain. Dans un endroit pareil, nous aurions également aimé trouver plus de rougails à table, et des brèdes aussi.  Nous décernons à la Ferme du Pommeau une fourchette en argent malgré tout méritée, tout en étant persuadé­­ que cela pourrait (et devrait) être mieux, beaucoup mieux.

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : bien
• 
Service : bien
Qualité des plats : assez bons
Notre impression globale : Bonne table
Fourchette en argent

Le Poisson Rouge

[Visite de décembre 2012]

Samedi du côté de l’Est, sous un soleil de plomb. Nous roulons au hasard des restaurants et deux nous refusent pour cause de dîner dansant. Nous finissons par atterrir au Poisson Rouge, à Sainte-Rose, une institution s’il en est, connue de plusieurs générations de gastronomes du dimanche.

L’endroit est au frais, sous l’épaisse verdure de son jardin. Sur la route, les plats à emporter défilent. En contrebas, une demi-douzaine de tables attendent les clients sous les arbres. Nous préférons nous installer à l’intérieur de la grande salle équipée pour les soirées dansantes, elle aussi, toute ventilée de ses nombreux nacos. Les lieux accusent le poids des ans, mais demeurent propres et bien tenus.

Nous sommes accueillis à la bonne franquette par un sympathique monsieur qui nous place sur une table et nous dépose la carte. Celle-ci propose divers plats chinois traditionnels plus des grillades de viande et de poisson. Nous penchons davantage pour les deux plats créoles au menu du jour : un cari de poisson et un rougail boucané. Nous décidons pour commencer de tester les nems, par portion de quatre, et la salade exotique. Un punch maison plus tard, les entrées arrivent et la salade siffle le début du match. Notre hôte débarque alors avec de la vinaigrette « pour le cas où ce ne serait pas assez assaisonné ». A la vue du palmiste hâché menu de la composition, on a envie de lui crier « halte-là malheureux ! ». Et bien sûr le palmiste a déjà un goût de citron, et par-dessus le marché il est coupé vraiment trop fin pour pouvoir nous faire apprécier un quelconque arôme. Seul demeure son croquant, qui accompagne la salade verte et l’ananas. Ce dernier est mûr juste ce qu’il faut, avec un bon équilibre acide-sucré. Tout l’ensemble est très frais et agréable par ces chaleurs. Les nems pour leur part sont très réussies. Molles dedans, craquantes dehors, nous les badigeonnons du piment chinois servi avec et leur saveur nous envahit les sinus, en nous arrachant une larme.

La première mi-temps se poursuit avec le boucané, qui mettra, avec son remplaçant poisson, un peu de temps à arriver. Foin de circonlocutions désagréables, disons-le franchement, le boucané n’est pas bon. Comment le qualifier autrement quand celui-ci, un peu trop gras, mou du genou, baigne dans une sauce où l’oignon exerce une dictature sans faiblesse, et où le sel est un peu trop présent ? De la viande standard en plus, pas vilaine au nez, mais trop banale au palais.

Deuxième mi-temps. Le boucané part sur le banc de touche, remplacé par le poisson, qui nous fera un match plus offensif. « Nous sommes en panne de poisson rouge et de gueule rouge » nous dit l’aubergiste en substance qui nous emmène à la place un mérou un peu pâlot. Mais s’il manque de couleur, l’animal s’avère bien préparé et très goûtu. La sauce est bien dosée en sel et en piment, et l’on y perçoit de loin la saveur tonique du gingembre qui se cache derrière celle, plus franche, de l’ail chinois. La chair n’est pas aussi fine que celle du roi des poissons locaux, loin s’en faut, et légèrement trop cuite, vu son comportement sous la fourchette, mais ce n’est pas dramatique. Le tout tient la route et nous contente amplement, d’autant que les rougails tomate et citron étaient très corrects et que les haricots, bien parfumés en thym, ont assuré.

C’est le dessert qui marquera le but aux arrêts de jeu. Du gâteau ti son, joliment présenté avec du chocolat, de la chantilly et une pointe de confiture de papaye maison, qui en a dans le maillot ! D’ordinaire sec et étouffe-chrétien, le gâteau ti son est ici moelleux et tendre à souhait, avec un bon goût de beurre qui fait merveille marié au chocolat. L’homme nous donne le secret de ce moelleux, mais nous ne le dévoilerons pas ici, vous le lui demanderez vous-même, en réclamant les pâtisseries de « tatie Yvette », parmi lesquelles on compte aussi le gâteau de patate douce et le gâteau de bananes aux raisins.
Fin du match. Le score est à 58 euros hors boissons pour deux personnes. Un brin cher.

Le Poisson Rouge est un vieux de la vieille de la restauration créole. Si nous nous fions aux nombreux témoignages que nous avons reçu, il aurait baissé en qualité. Nous préférons nous fier à notre présent ressenti après ce repas : c’était globalement bon, mais il y aurait encore des progrès à faire. Les plats nous semblent exécutés à la va-vite, pour satisfaire la demande importante côté route. En revanche les produits ont l’air d’être frais, et pas trop mal travaillés. Le désastreux rougail boucané a bien failli faire basculer la note vers la fourchette en inox. Le poisson seul n’a pas suffit à faire pencher la balance, heureusement que le dessert était là pour le « but en or » ! Verdict : une fourchette en argent, sur le fil.

Pour résumer :
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : correct • Qualité des plats : bons dans l’ensemble
Notre impression globale : Bonne table
Fourchette en argent