Le Vieux Kréole

Aujourd’hui, nous mettons les pieds sous table du Vieux Kréole, restaurant du quartier du Butor à Saint-Denis, à l’arrière de l’ex-BUT. Avec 120 places assises possibles et un buffet d’une dizaine de plats, créoles pour la plupart mais aussi chinois, l’endroit pourrait passer pour la cantine standard des travailleurs de semaine.

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Rougail morue, cari la patte cochon, rougail d’andouillettes, sauté de poisson aux légumes, cari de poulet fermier, riz aux légumes, poulet croustillant, il y a de quoi exciter les papilles de tout créole du cru. Et si ce n’était pas suffisant, la présence d’une fricassée de brèdes chouchous, chose aussi rare dans les restaurants créoles qu’un rosbif dans la gamelle d’un végétarien, nous a convaincus que le patron tient à justifier l’appellation « Vieux Kréole ». « Vieux » dans le sens authentique et traditionnel bien sûr. Les pattes de poulet dans le cari, les rougails pistaches grillées, les piments confits et les desserts maison abondent en ce sens.

L’accueil est sympathique et attentionné. Le cadre chaleureux et confortable fait oublier l’extérieur citadin très béton. Deux ou trois objets lontan viennent agrémenter l’ambiance, trop discrètement. On est loin du petit musée qu’on peut trouver au Gadiamb, par exemple.

Nous entamons donc les hostilités dans la joie, la bonne humeur, et avec un cocktail de pitaya-ananas-passion pour nous nettoyer la glotte. Très frais cocktail, sucré certes mais goûteux. C’est parti !

Le rougail d’andouillette est sage en goût comme en sel. Le produit lui-même contient pas mal de viande moulue et n’est pas très gras. Il est oint d’une sauce tomate standard tout à fait correcte, en boîte semble-t-il, et assez épicée pour faire de ce rougail un plat qui donne envie d’y revenir.

Le cari la patte est délicieux. Sa couleur sombre et la brillance de la peau appellent la fourchette, laquelle n’est pas déçue du voyage tant la viande est très présente, moelleuse et parfumée. Le coup de fouet supplémentaire d’un petit vin rouge charpenté ou même d’un flambage au rhum n’aurait pas été de trop pour ajouter plus de tonus au plat, mais nous laissons ces broutilles et finissons la patte sans chagrin.

Le poulet, pour sa part, affiche son ascendance fermière ne serait-ce que par ses pattes, morceaux courus du créole spécialiste en suçage des os, avec les doigts bien sûr. La viande donne juste assez de résistance pour confirmer le fait, et déploie en bouche sa saveur authentique et ce d’autant plus que le sel y est raisonnable. Les sensations au palais et dans les sinus se répondent parfaitement, signant une dégustation concluante.

Mention spéciale pour la fricassée de brèdes chouchous, qui, en sus du fait d’exister, n’a pas l’outrecuidance de présenter des oignons comme certains oseraient en mettre dans ce plat. Le croquant est équilibré, comme le sel aussi d’ailleurs, ce qui contente à peu près tout le monde, des herbivores qui aiment ces brèdes-là juste sautées, aux tenants du bien cuit limite bouillon.

Chose peu courante, pour autant que nous ayons pu en juger lors de nos pérégrinations, les rougails ne font pas que de la figuration. Ils existent et le revendiquent presque. Placés en tête de buffet, on ne peut pas les oublier. Le rougail pistaches grillées a une belle couleur crème foncée, et donne des sensations en bouche qui rappellerait à beaucoup la cuisine de mémé. Fantastique avec la patte cochon.

Les piments confits, à ne recommander qu’aux estomacs tolérants, surtout pour le piment cabri, se croquent volontiers avec les andouillettes dont le retour de fumet se marie bien avec la libération de l’acidité vinaigrée.

Le rougail margoze dansera plutôt avec le cari de poulet, en lui relevant les ergots histoire de lui faire passer sa timidité première. Croquant itou est le légume à peau de lézard, qui vous reste au nez comme un souvenir de la bouchée précédente.

Nous prenons la pause nécessaire avant d’aller tâter les desserts.

Parmi les gâteaux créoles traditionnels, nous optons pour la mousse de cambar, plus une crème brûlée. La mousse du tubercule mauve est joliment présentée, très en raccord avec la couleur des murs d’ailleurs. Celle-ci est légère et superbement parfumée, avec des accents de menthe et, plus lointains, d’anis. Un bonheur en compote pour des coqs en pâte !

Nous allons réclamer l’addition. 40 euros pour deux personnes, sans les boissons. Les buffets à volonté s’affichent à 14 euros. Très correct compte tenu de la qualité globale.

C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs caris, dit-on. Depuis un an et demi, le Vieux Kréole propose à sa clientèle une cuisine traditionnelle dans un cadre moderne et confortable, à deux pas des lycées du Butor et de Champ Fleuri. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sieur Clain, traiteur connu par ailleurs, a su donner à son affaire un joli tour puisque les deux salles sont pleines. Notre dégustation nous a révélé une cuisine généreuse, simple, respectueuse de la tradition, autant que faire se peut, et à la recherche des petits « plus » qui vont faire la différence par rapport à la concurrence. Nous aurions même envie de voir décliner ce buffet en une formule à l’assiette, semi-gastronomique, pour aller encore plus loin dans l’exercice. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, pour l’accueil souriant, le cadre, l’effort de présentation sur le dessert, et la qualité globale des plats proposés, nous sommes heureux de décerner au Vieux Kréole une jolie fourchette en or.

Pour résumer : 
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : buffet
Service : très bien • Qualité des plats : très bons
Impression globale : excellente table
Fourchette en or

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