La Marmite du pêcheur

A Saint-Philippe, quartier de la Ravine Ango, avant le village quand vous venez de Saint-Denis, La Marmite du pêcheur propose de la cuisine créole traditionnelle, à la carte, et aussi en buffet, les week-ends et jours fériés. La grande salle avec sa petite terrasse attenante est taillée pour les réceptions. Tout a été refait à neuf l’année dernière. C’est visuellement agréable et net. Nous sommes accueillis avec le sourire et placés sur la table qui reste. Nous avions pourtant réservé le matin même. Après nous, le restaurant refuse du monde. Voilà qui est de bon augure. IMAG0095web

Il est vrai que les buffets froids et chauds sont assez copieux, et ont bel aspect. Nous ne sommes pas venus pour ça mais pour l’une des spécialités de l’établissement : le riz pilé, une fantaisie sur feuille figue affichée à 35 € pour deux yabs. L’autre plat, à base de poissons et crustacés (crevettes, moules, queue de langouste, crabe, camarons et poissons du jour), est à 30€ et porte le même nom que le restaurant.  Le reste de la carte affiche cinq entrées, dont l’irremplacable salade de palmiste rouge, à 17 €, et des caris créoles et plats métros, avec une majorité de produits de la mer. Les prix s’étagent entre 15 € le rougail saucisses fumées, et 35 € le cari de queues de langouste. Pour patienter et accompagner les jus de fruits frais, nous commandons des « fritures créoles ». Samoussas fromage, bouchons gratinés, boulettes de fruits à pain sont au programme, présentés sur des feuilles de salade fraîches, ce qui est déjà pas mal, avec une sauce piment au tempérament diplomatique. Les bonnes saveurs sont là.

Nous tombons sur le « riz pilé » à bras raccourcis aussitôt qu’il arrive. C’est un plat convivial dans la forme, qui pourrait se déguster avec les mains, et dont l’origine nous est brièvement contée sur la carte.

Nous nous enquérons du lignage du poisson et on évoque un possible vivaneau sans certitude.  Sa chair a un côté sec et tendre en même temps. C’est très honorablement cuit et assaisonné. La sauce consiste pour l’essentiel en une épaisse pellicule tomatée qui concentre le cœur des saveurs du cari. Hormis quelques arêtes rebelles, le poisson se fait boulotter avec plaisir.

Le poulet pour sa part n’a certainement pas fait le trail de la basse-cour. L’aspect de sa viande trahit une origine plus prosaique et de moyenne gamme. Les saveurs sont présentes aussi, mais assez timidement tout de même. Un cari de poulet standard et sans relief, qui ne bénéficie même pas de l’apport des palmistes empruntés au porc qui sont, eux, beaucoup plus goûtus.

Le cari de porc donne lui aussi dans le minimum syndical, avec de gros morceaux un peu secs bien que largement masticables. Nous aurions apprécié quelques bouts entrelardés par-ci par-là, histoire d’avoir un peu plus de mou en bouche et de fumet au nez.

Le minimum syndical frise la grève du zèle chez le civet de zourite. Pâle est l’affaire. Si le tentaculaire est bien assez cuit, la saveur du civet est à peu près partie laissant un poivre éteint et un goût de vin livide. Le civet se mange mais l’on s’y morfond à cent sous de l’heure.

Le riz, caché sous le cari, est assez correct, bien qu’un peu trop cuit aux entournures. L’achard de légumes vient donner sa joie de vivre croquante à cet ensemble disparates de caris moroses, assisté par des rougails classiques dont la sempiternelle sauce citron.

Le dessert, des profiteroles, a heureusement la glace vanille alerte et le chocolat claquant, ce qui compense un peu une pâte à choux déjà grabataire.

Addition : 60 euros pour deux personnes, avec un apéritif, un dessert et un café. Un tarif élevé que la qualité ne justifie pas.

Même si l’on se cantonne aux plats les moins onéreux (deux assortiments de friands créoles en entrée : 24 € ; deux rougails saucisses : 30 € ; deux ananas nature : 10 €.) Un repas en amoureux se chiffre à 64 €, sans compter les boissons. Ramener sa bourgeoise créole pour manger un rougail saucisse, surtout à ce prix-là,  c’est prendre le risque d’un divorce. Cela explique sans doute le superbe buffet à 25€, qui épatera madame et permet de goûter à tout.

De toute évidence, la Marmite du pêcheur n’a plus rien à prouver à personne. Salle pleine, équipe dynamique et cuisine relativement correcte dans l’ensemble. Nous déplorons quand même comme un manque d’inspiration sur le plat que nous avons dégusté aujourd’hui, qui plus est présenté comme une spécialité de la maison, et composé de caris qui font référence dans notre art culinaire créole. Tout cela était en effet bien terne. Manque de temps ? Energies mobilisées par la préparation du gargantuesque buffet ? Ou coup de barre ? Nous avons une vague impression de ronronnement, syndrome typique de ce genre de restaurant à succès qui finit un jour par s’endormir sur ses lauriers. Si la salle a été refaite il y a un an, il serait temps de donner un peu plus de « peps » à la cuisine, maintenant. Ce qui permettrait de justifier davantage des tarifs « touristiques » assez osés. En attendant les lauriers sont encore assez verts pour que nous décernions à la Marmite du pêcheur une juste fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil :  bien • Cadre : bien • Présentation des plats : moyen
Service : bien • Qualité des plats : bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Une réflexion sur “La Marmite du pêcheur

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