Le Reflet des îles

P1090361Aujourd’hui, nous décidons de remettre le couvert au Reflet des îles, à Saint-Denis. Nous avions octroyé à l’établissement une fourchette en argent en 2011, et depuis, des avis divers nous sont parvenus, de plusieurs sources, tantôt bons, tantôt moins bons. Son concurrent le Fouquet, dans le bas de la rue Jules-Auber, ayant tiré sa révérence, les « gros » restaurants créoles dionysiens se réduisent à plus grand-chose. Compte tenu de cet état des lieux, il nous a paru opportun de faire une mise à jour de fourchette, presque 4 ans plus tard.

Toujours la même bâtisse en bois, plutôt bien entretenue malgré son grand âge. Toujours le même personnel, avec quelques nouvelles têtes. Toujours le même patron souriant derrière son comptoir, qui veille au grain comme mère poule ses poussins. Nous nous installons tout au fond, avec un angle de vue à 90° sur les différents espaces du restaurant, où près de 170 couverts attendent les clients qui, par l’odeur alléchés, franchissent la petite porte vitrée, sourire aux lèvres après avoir lu le menu du jour affiché à l’extérieur.

Neuf plats et desserts parmi lesquels un gratin de palmiste, une pintade combava, un rougail morue gros piment, des côtes d’agneau grillées, un civet zourite, un rôti de langue de bœuf sauce diable, lequel bien sûr, s’attend. La carte, quant à elle, est toujours aussi (trop ?) riche et adopte une présentation moderne et soignée, avec le mot du patron. 14 entrées diverses, 12 grillades de viande, 6 brochettes et 6 poissons grillés, 21 caris, du cari zanguilles au cari de porc palmiste en passant par les massalés, et presque une trentaine de desserts, glaces comprises. Ouf !

Nous entamons le repas avec une assiette créole mixte, sorte de marronnier des cartes des restaurants créoles, avec diverses fritures à déguster. Un achard de légumes et du boudin viennent accompagner les beignets de morue et de bringelle. Ces derniers sont assez bons, pas trop gras, comme ce peut être le cas par ailleurs. Le goût un peu piquant de la tranche de bringelle n’est pas noyé dans l’huile, ce qui lui conserve tout son intérêt. 

Bémol en revanche sur les beignets de morue. Comme il y a quatre ans, mais en moins bourratifs. Pâles choses à côté des merveilleux acras de nos souvenirs d’il y a plus de vingt ans. C’est le goût de la pomme de terre qui domine, éteignant celui d’une morue de toute manière fadasse et livide. Ancun intérêt. 

Le boudin est de bonne facture. Sa texture peu dense respire et nous fait profiter d’un cumin étonnant mais pas du tout désagréable, assorti d’une belle attaque pimentée qui vous accroche les papilles comme du velcro.

Les achards ne déçoivent que par leur présentation : en tas ! Il est bien compréhensible que hacher à la main les légumes pour un restaurant de cette taille n’est pas chose faisable, mais quand même. Juste quelques morceaux finement découpés suffiraient à présenter l’affaire et donner en bouche un croquant plus valorisé. Une petite verrine, par exemple, donnerait du cachet. Le goût, lui, demeure dans les canons du genre.

La pintade et les crevettes suivent rapidement. Le service, tablette en mains, est toujours aussi efficace et professionnel.

Le cari de pintade combava est dans l’ensemble correct. Belle sauce rouge enveloppante, beau nez d’épices avec un combava respectueux, petit fumet de cuisson. Tout y est. Heureusement. Car si la pintade nous offre sans surprise sa chair aux atours secs, dans la limite du tolérable, sa saveur intrinsèque est en berne. En bouche le combava est fugace, en faisant plus d’effet dans les sinus. Le cuisinier a comme qui dirait péché par excès de prudence, tant le parfum envoûtant de l’agrume peut se révéler très vite agressif, voire écoeurant, en cas de sur-dosage. Nous préférons ça.

Les crevettes jouent un ton au dessus. Pimentées à la demande, celles-ci sont cuites de manière experte puisqu’elles offrent souplesse et résistance, juste assez pour un croquant délicat qui envoie illico leur saveur, soutenue par un gingembre courtois. Le piment, vert et frais, à vue de nez, est dosé dans la juste quantité pour autoriser un plaisir masochiste et larmoyant au touriste de deux jours. Point de force brute pour autant, mais son parfum piquant inimitable porte le cari comme un prince sa dulcinée. 

Les accompagnements ne dénotent pas. Bon riz, servi généreusement, grains veloutés sans prétention mais bons, des brèdes chou-de-chine croquantes et très goûteuses. Le rougail « zognon » est standard, le rougail tomate commun, le rougail margoze est quant à lui bienvenu, surtout avec les crevettes auxquelles il confère un autre caractère, comme si la dulcinée changeait de robe, et demeurait tout aussi belle quoique différente.

Nous terminons par des bananes flambées, préparées à table. Un peu dures mais savoureuses.

Addition : 55 euros pour deux personnes (une entrée, deux plats, deux desserts), soit 27,50 euros par personne sans les boissons. C’est cher. 

Les détracteurs de tout acabit peuvent continuer à dire que Le Reflet des îles, ce n’est plus ce que c’était, que c’est la cantine, qu’on ne s’entend pas parler, etc. Et il y a certainement un peu de vrai dans tout cela. Il était donc bon que nous y retournassions afin de nous faire notre propre opinion. Et celle-ci est bonne, compte tenu de ce que nous avons dégusté aujourd’hui. Maintenir plus de 40 ans un établissement comme celui-là avec une telle fréquentation n’a d’autre explication qu’une qualité générale supérieure à la moyenne et surtout constante. Il y a certainement des plats moins bien réussis, en fonction des circonstances, mais David Banon, fervent défenseur de la tradition créole, veille. Indéniablement, c’est une performance, et des jaloux doivent maigrir devant ! Bien entendu, rien n’est encore parfait. Il manque à la carte une touche d’originalité, de nouveauté, histoire de surprendre le client. Une prise de risque qui est le signe de la vitalité et de la créativité, comme nous l’avons vu dans d’autres établissements. Un renouveau dans la présentation ne serait pas du luxe non plus, sans forcément jeter les bonnes vieilles petites marmites. Enfin, les tarifs, peut-être justifiés, sont toujours élevés. Nous chicanons à dessein, mais constatons avec grand plaisir que Le Reflet des îles est toujours au niveau. Celui d’une fourchette en argent avec recommandation de l’équipe !

Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : bien • Qualité des plats : très bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Cosy

Aujourd’hui nous avons franchi le tapis rouge non pas à Cannes, mais ici chez nous, à Saint-Pierre plus exactement puisque c’est là que nous emmène notre ballade gourmande, au restaurant le Cosy.

L’accueil . L’entrée est gratifiée d’un petit salon sympa où l’on peut boire un verre ou attendre ses amis. Nous sommes accueillis chaleureusement par la serveuse qui nous conduit à l’intérieur dans une salle très bien décorée. Les chaises, pour certaines en plastique transparent, et pour d’autres à fleurs, sont confortables et forment d’agréables assises.L’ardoise est composée principalement de poissons et coquillages. Plusieurs plats de viande au choix : un filet de bœuf, un filet mignon de porc, un filet de veau et un magret de canard. Nous commandons des plats tout poisson : un filet de merlan crème de langoustines et fricassé de salicorne, une assiette de bulots aïoli,  une poêlée de couteaux en persillade. 

Filet de merlan crème de langoustines, fricassée de salicornes. La belle assiette est servie accompagnée d’un écrasé de pomme de terre, d’une demi-carotte violette et d’un bulbe de mini-fenouil, le tout persillé est bien assaisonné. La salicorne est un  accompagnement original et rare. L’algue est bien tendre et pas amère. En fricassée c’est délicieux. Nous avons aimé. 

Poêlée de couteaux à la persillade.L’assiette qui nous est présentée est délicieusement préparée et très goûteuse aussi. Les couteaux font partie des coquillages. Pour les ouvrir il faut les placer dans de l’eau salée. Ne pas trop les cuire car ça les rendrait caoutchouteux. 

Assiette de bulots aïoli. Ça commence mal. L’assiette nous arrive sans aïoli. Nous en faisons la remarque à la serveuse qui le réclame en cuisine, l’erreur est vite réparée. Les bulots sont présentés dans un bol qui lui-même est sur une assiette décorée de carottes et courgettes coupées très finement et formées en fleurs. L’aïoli est très parfumé comme il se doit, recueillant notre satisfaction.

L’assiette de fromage. Assiette généreuse. Elle comprend plusieurs variétés dont le morbier et le cantal, servie avec quelques fruits rouges et ne vaut que 9€. Nous ne pouvons que féliciter ce restaurant car les grands amateurs de fromage que nous sommes trouvons enfin une assiette digne de ce nom.

Tarte aux poires. L’assiette est trop chargée : crème fouettée, fraises, mûres, coulis, et cacao sur le rebord. La tarte est cachée par une déco en chocolat blanc. Une tarte simple mais bonne. 

La salicorne, appelée aussi « haricot vert des mers » est une algue qui se mange crue, en salade, ou poêlée en persillade. Elle se présente en tige qui est tendre si elle est récoltée de Mai à Juillet, après elle risque d’être fibreuse. Elle est blanchie quelques minutes dans l’eau bouillante afin de lui ôter son amertume. La salicorne est riche en iode, phosphore, calcium, zinc, manganèse, ainsi qu’en vitamines A, C, D. De plus elle est peu calorique. Allez, à vos salicornes !  Vous pouvez en trouver, fraîche, chez certains poissonniers, ou en conserve en grandes surfaces.Les bulots : ce gastéropode riche en vitamines et sel minéraux est le plus souvent acheté cuit. Si on les achète crus il faut les laisser dégorger dans de l’eau salée avant de les cuire dans un court bouillon.

Addition : 76 €  pour trois plats, un plateau de fromage et un dessert, avec un café et deux boissons softs. Rapport qualité-prix correct
Le Cosy seafood restaurant est une valeur sûre sur Saint-Pierre tant par son rapport-qualité prix que par ses produits qui proviennent directement de Rungis. Nous avons certes passé un bon moment mais sans être impressionnés, malgré les quelques originalités proposées comme la salicorne. Si les plats étaient globalement à la hauteur du lieu, on ne peut pas en dire autant du service. Nos verres d’apéritifs n’ont été enlevés qu’à la fin du repas, nous avions du réclamer l’aïoli servi avec les bulots (un oubli de la cuisine sans doute) et il serait judicieux d’être en mesure de nommer les fromages dans notre assiette. Rien de dramatique pour autant : ce repas réussi rapporte donc au Cosy une belle fourchette en argent avec recommandation de l’équipe.
 
Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : très bien
Service : moyen • Qualité des plats : très bons
Impression globale : très bonne table
Fourchette en argent