La Roz i Dor

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Sainte-Rose. Cette jolie commune abrite bien des trésors, qu’il faut préserver de la modernité et du béton.

Son littoral sauvage, sa jolie marine où il semblerait qu’un restaurant soit en construction, son Anse des cascades prisée des pique-niqueurs, sa forêt primaire… les touristes, extérieurs ou locaux, ont de quoi y passer un excellent séjour. Il y a même un petit hôtel pour les héberger à l’entrée Est de la ville. Pour ce qui concerne le manger, on ne peut pas passer à côté du restaurant de l’Anse des cascades, une ancienne fourchette d’or, victime dernièrement d’incongruités administratives.

Sans aller aussi loin, un plus modeste restaurant ouvre ses portes aux gens du coin, ou de passage, sur la ligne droite au sortir du village en direction de Piton Sainte-Rose, côté gauche. C’est la Rose-i-dor. Allez-y pianissimo sur la pédale de droite sinon vous allez rater l’entrée. Nous décidons de tester leurs caris, suite à une bonne critique d’une blogueuse publiant sous le pseudo d’Avis d’assiette, que vous trouverez sur Facebook. Le restaurant se niche dans une petite case créole traditionnelle en bois sous tôle, sur un terrain occupé par un parking et quelques plantes aromatiques : romarin, quatre-épices, combava, plus un gros citronnier et un résineux qui abrite deux tables en bois. Trois autres tables occupent la terrasse et quelques-unes sont au frais, à l’intérieur. L’ambiance nous rappelle un peu celle du kiosque des Mandarines à Takamaka : simple et familiale. Ici, point de carte.

Le menu est composé de deux caris, persé met’sec. Les rougail saucisses et cari poulet du jour se retrouvent donc dans nos assiettes dressées et nous y plongeons la fourchette avec entrain, les naseaux émoustillés par leurs parfums.

img_1352Le rougail saucisses nous semble être quelque peu en manque de tomate, mais les fines tranches ne semblent pas s’en plaindre. Dans leur pellicule d’oignon vert, sans gras superflu, elles affichent une qualité honnête de saucisse standard, avec une touche de caractère musqué sur les bords, et sans gras envahissant. Elles sont moelleuses, et les haricots blancs en crème les accompagnent très bien (ces derniers manquent tout de même un peu de l’essence vivifiante d’un thym frais). Ce n’est pas du rougail saucisses paré de frusques inutiles, comme chantait Jacqueline, mais celui de tous les jours, simple, goûteux, efficace.

img_1355Le cari poulet fait encore mieux. D’autant mieux que nous avons affaire ici à un gallinacé de base, nourri en batterie. En effet, il a beau être de basse extraction, l’animal donne des morceaux qui restent dignes dans l’assiette, tout en étant parfaitement cuisinés. Point de sécheresse désagréable des chairs, bon assaisonnement avec des épices vigoureuses dont un curcuma claquant en première bouchée, belle humeur de roussi, particulièrement au mordant des tendres os, que nous finissons par sucer méticuleusement, les doigts tout collés, au mépris d’une bienséance qu’en ces circonstances nous trouvons déplacée. Car oui, ce genre de caris, nous autres réunionnais y mettons allègrement les doigts, voire la main tout entière, avec ou sans feuille de banane. C’est du cari authentique, certifié, copyrigthé même. Quel aurait été ce plat avec un bon poulet la cour ? « Le poulet ou le canard la cour c’est le dimanche », nous révèle la chef.

Avec les haricots blancs (en sachet, pas en boîte, selon toute évidence), un excellent rougail « zognons » vient relever les plats. Du rougail de luxe pourrait-on dire, pimenté mais sans excès, avec une amertume en arrière-bouche qui nous évoque la griffe joyeuse et volontaire du margoze matinal, cueilli à la rosée.

Mention spéciale pour le riz, du grain long parfumé au jasmin, cuit mou mais non collant. Ce riz-là s’agglutine merveilleusement en buvant les sauces et leurs épices afin d’obtenir des bouchées amples, généreuses, moelleuses, que le piment acide-amer fouette judicieusement pour qu’elles glissent plus facilement encore. Cela fait un sacré bout de temps que nous n’avons dégusté ce type de riz, cuisiné de cette façon. Bien des établissements devraient en prendre de la graine, y compris les plus « chics » qui osent servir du riz bas de gamme, sec, sentant le rance, ou carrément pas cuit.

img_1366Nous terminons par une tarte aux pommes-cannelle maison. Si sa savoureuse pâte manque d’un rien de cuisson supplémentaire, pour un croquant des bords plus enjoué, la délicatesse des pommes relevée par la jolie cannelle laisse en bouche un souvenir délicieux. La présentation est un peu brute cependant. Une feuille de menthe par-ci, une noix de chantilly (même en bombe) par-là, quelques perles de gelée de fruit… cela ne coûte pas beaucoup plus cher, et s’expédie en quelques secondes. Addition : 32 euros et des poussières, pour trois caris, les boissons, le dessert et deux cafés. Le rapport qualité-prix est imbattable.

La Roz-i-dor est un petit restaurant sans prétention, lové dans le cocon vert de Sainte-Rose, où les habitués du coin viennent chercher leur repas, mais qui commence à se tailler une certaine réputation en dehors des frontières du Sud sauvage. Une réputation non surfaite, d’après ce que nous avons pu voir et goûter. Certes le jardin mériterait qu’on s’en occupe un peu mieux, et peut-être qu’une entrée de légumes croquants, ou des brèdes, devrait compléter le menu. Pour le reste, pas grand-chose à dire, sinon que c’est de la bonne cuisine réunionnaise traditionnelle et authentique comme on en voit de plus en plus rarement par ailleurs. La gentillesse des propriétaires, leur accueil et le service efficace, (on pense par exemple à déposer une carafe d’eau sur la table. Ne riez pas, ce n’est hélas pas si courant) et le côté pittoresque du lieu sont le letchi sur le gâteau. Ceteris paribus, il ne serait pas juste d’attribuer à la Roz-i-dor une autre récompense qu’une belle fourchette en argent, avec recommandation de l’équipe, pour bien commencer l’année. L’or n’est plus très loin.

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FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: bien • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix: très correct.
Impression globale : très bonne table
Fourchette en argent avec recommandation

La présente critique a été réalisée le 2 janvier 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

2 réflexions sur “La Roz i Dor

  1. avisdassiette 15 janvier 2017 / 20 08 39 01391

    Une fourchette d’argent bien mérité 🙂
    J’ai eu droit au canard la cour du dimanche, et il vaut vraiment le détour.

    Aimé par 1 personne

  2. Alizée Polès 25 octobre 2018 / 13 01 31 103110

    Petit snack qui ne paie pas de mine de l’extérieur mais la nourriture y est excellente pour peu cher, l’accueil chaleureux et les locaux très propres. Rougail chevaquines et tarte pomme cannelle au menu du jour : un délice ! Allez-y les yeux fermés

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