L’Auberge du Relais

L’Auberge du Relais a pignon sur la traversante de la bonne et guillerette ville de Saint-Leu. Le restaurant ouvre a midi. Pile. L’heure où nous débarquons, sans tambour ni trompette, comme d’habitude.

IMG_0136Nous sommes reçu par un aubergiste jovial, voire kasseur lé kui sur les bords, qui nous propose une table, puis sa carte, où sont listés la plupart des caris classiques : du rougail saucisse au boucané ti-jacques en passant par le cari de poisson, le cari de crevette ou son cousin cari camarons. Pour nous aujourd’hui ce sera un rougail zandouille (encore), et un civet de canard. Un ti punch excellent, bien citronné, nous chauffe les amygdales avant les hostilités.

IMG_0137Les plats ne tardent pas, d’autant qu’une mise en bouche est servie pour nous faire patienter : du boudin avec du achard de légumes. Ce dernier est coloré, comme de juste, et aussi très croquant. Il dégage son joli parfum de curcuma pimenté, associé à une petite l’acidité de bon aloi, ce qui réveille nos papilles et nous met en appétit. Le boudin est pâteux, mais son léger goût sauvage rattrape un peu sa consistance « mie de pain ».
C’est conséquemment bien disposés que nous accueillons l’andouille et le canard.

IMG_0140La cochonnaille nous paraît un peu grasse, au premier regard, et assez palote. Les premières bouchées sont toutefois encourageantes : c’est ample et moelleux. Point d’éléments cartilagineux à croquer, ce qui est un peu dommage quelque part, mais les saveurs sont là, soutenues par un sel tout à fait courtois. Des saveurs concentrées dans les petits morceaux de gras, justement, dont nous nous délectons, avec modération tout de même. Globalement, la puissance en bouche fait place à une délicatesse poivrée, au fumet domestiqué, même si les effluves musquées auguraient davantage de tempérament. En fin de bouchée, nous percevons une amertume-acide rappelant la fragrance caractéristique du citron-galet. Très intéressant.

Un petit piment vert « crasé » demandé en supplément du rougail citron moulu donne plus d’éclat au plat, qui, pour les amateurs, se sert pimenté à dose déconseillée aux mauviettes.

IMG_0146Le canard, dans son degré, emboîte le pas de l’andouille, si on considère sa force en goût. C’est sage, civilisé, tout en nuance. Rien à voir avec les civets torchés au gros rouge qui tâche, pilonnés au girofle. Tout de même, sans aller jusqu’à ces extrêmes, nous n’aurions pas boudé des sensations plus punchy. C’est un civet presque doux, qui décoincerait efficacement ceux qui n’aiment pas ça. La viande est standard. Non ce n’est visiblement pas un de ces bons vieux « canor » des hauts, élevé dehors, à l’eau de pluie. Le goût de la viande est conséquemment en retrait, bien que celle-ci offre une prise de dents convenable. Heureusement que l’assaisonnement est tout à fait correct. Le plat se mange donc sans faim, et sans grimace.

Les lentilles sont très bonnes. Elles nagent dans une jolie sauce légèrement épaisse, et leur velours est sublimé par la puissance poivrée d’un ravensare joyeux. Cela rappelle un peu l’odeur de terre mouillée à la campagne, après une ondée matinale. Le piment citron très moulu fait son travail. Le riz est correct, servi en bonne quantité.

Hélas, les desserts, très centrés sur les glaces, ne nous tentent pas. Pas de gâteau, ni de tarte aujourd’hui. Tant pis. L’addition se chiffre à 33 euros pour deux yabs. Le rapport qualité-prix est satisfaisant.

L’Auberge du Relais ne date pas d’hier. Et si nous en jugeons par ce que nous avons dégusté aujourd’hui, le chef n’est pas non plus né de la dernière averse, et Saint-Leu n’est pas réputée pour la fréquence de ses pluies ! Nous avons apprécié des plats exécutés avec maîtrise, au sel bien dosé, aux saveurs académiques, même si les produits ne sont pas forcément de très haute tenue, et peut-être un petit peu trop cuits, si on pousse un peu le bouchon. La gouaille du patron et la salle accueillante font oublier un aspect extérieur rébarbatif de vieille bâtisse brute de l’ante-pénultième siècle. Nous ne pouvons que souhaiter encore bien des années de bonne cuisine à l’auberge, et à l’aubergiste, Nicolas Périassaminadin, pour régaler la clientèle habituée et de passage. Tout cela vaut bien une belle fourchette en argent, avec recommandation de l’équipe.

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FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: moyen • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  correct.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent avec recommandation

La présente critique a été réalisée le 28 avril 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

O Karambol

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Avril 2012, en ce même mois, nous sortons du restaurant Ô Karambol après lui avoir décoché une fourchette en plastique. Cinq ans sont passés et par un temps magnifique nous retournons dans le petit restaurant de Sainte-Marie, assis à côté du cimetière sur la rue principale.

La disposition des lieux a quelque peu changé. La salle est toujours la même, quoique les tables soient semble-t-il moins nombreuses. Un vrai comptoir pour le service des barquettes a été aménagé à côté, où les bacs à salades ont été installés. Nous nous installons dans la salle à midi pétante, accueilli avec le sourire de la patronne. Une formule entrée-plat-dessert est affichée à 18 euros, mais les salades, qui constituent les entrées, ont été déjà pillées par les clients, venus chercher pitance de bonne heure. Au menu aujourd’hui : rougail saucisses, civet de zourite, cari d’espadon, rôti de dindonneau, sauté de poulet, sauté de poisson et des côtes de porc. Nous optons pour le céphalopode et l’espadon, c’est vendredi (n’est-ce pas, donc), avec un petit supplément en rougail saucisse et un piment la pâte vert, du piment frais broyé fin avec une touche de citron.

L’apéritif précède de très peu les assiettes. Ces dernières sont bien dressées. C’est simplement fait mais agréable à l’œil.

IMG_0080Sus à l’octopus.
C’est salé. Limite trop salé, dégusté seul, heureusement que le riz arrange un peu l’affaire, ce qui permet au parfum du civet de ressortir. Le vin cuit, le poivre et le girofle restent assez sages, mais tout de même expressifs. Ils font danser le zourite dans une belle sauce épaisse, avec du liant, où des lointaines réminiscences d’iode chantent en cœur en arrière-plan. À la longue, on s’habitue un peu au sel surnuméraire, d’autant que la texture de la chair est très tendre, presque trop si l’on aime les sensations masticatoires plus franches. C’est un civet de salon, poli, débonnaire, qui a de la conversation et qui laisse de la place aux saveurs d’origine du zourite, ce qui est bien. Il plaira aux palais délicats et aux rétifs du gros rouge en cuisine.

IMG_0079À fond sur l’espadon.
Les morceaux du Cyrano pélagique nagent dans une jolie sauce orange-marron claire curcumatée comme il faut. La chair est fondante, bien davantage que celle du zourite, et heureusement, donnant son gras délicat sans timidité. Les bouchées sont savoureuses, d’autant que le caractère du poisson, trempé dans la haute mer, a été savamment maîtrisé pour se diffuser avec parcimonie dans tous les recoins de nos gencives, donnant aux épices un peu de place pour s’exprimer. Il reste sur la longueur une acidité parfumée de houle, en tandem avec une douceur fumée d’oignon fondu.

Les petits morceaux du rougail saucisses offerts à la dégustation, à notre demande, révèlent un plat très réussi. Les saucisses, à tendance maigres, dégagent un fumet subtil et intéressant que rehausse le persil. Tout cela est enrobé dans une sauce très réduite, où les tomates sont joyeuses.

IMG_0077Du bon riz bien cuit, aux grains détachés mais pas secs, accompagne les deux caris comme il faut, assisté de lentilles standards mais assez bonnes et du petit piment vert moulu, à la claque parfumée et efficace. On ne nous propose que des glaces en dessert. Tant pis. Nous prenons le café et réglons une addition de 35 euros, barquette d’espadon supplémentaire comprise. Le rapport qualité-prix est très correct.

En cinq ans, beaucoup d’eau a dû couler sous les ponts de Sainte-Marie. Nous ne sommes certes pas à l’abri d’émettre un avis dans des circonstances peu propices pour les restaurants au moment où nous les visitons, mais en l’espèce, il nous semble bien constater une belle évolution dans la qualité de la cuisine du « Ô Karambol ». Nous regrettons le manque de dessert (un gâteau ou une tarte maison aurait été bienvenu), et les entrées uniquement en libre-service. Une petite entrée, une seule, dressée dans une assiette, suffirait en effet à ajouter davantage de relief à ce moment privilégié du déjeuner, quitte à utiliser les produits exposés dans les bacs. Certaines personnes, quand elles sont assises, n’ont plus envie de se relever pour aller se servir. Les plats, pour leur part, sont très bons, même si une petite tendance à la main lourde est à noter sur le sel. Rien de dramatique. C’est conséquemment avec grand plaisir que nous attribuons au restaurant Ô Karambol une belle fourchette en argent méritée.

FourchettesPour résumer : Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats: bien • Service: très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix :  perfectible.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 21 avril 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Le Dauphin

IMG_2218Lorsque nous débarquons au Port en ce jeudi d’avril, la ville n’offre pas l’image d’un tas de béton écrasé par le soleil. Ce qu’elle n’est plus. La chaleur est même adoucie par une petite averse passagère, et par ces humidités fragiles nous arpentons le boulevard de Brest, tandis que des nuages d’orage tiennent conseil sur les hauteurs Possessionnaises et Saint-Pauloises.

Pas moins de six restaurants, snacks et troquets pays ont pignon sur la voie : le Boulevard de Brest, La Cantine, Le Péliquant, Chez Eric, La Vague Bleue et le Dauphin. C’est assez. Nous jetons l’ancre dans ce dernier, avec l’air abruti du créole perdu. Il est midi et le restaurant est désert. Le décor est assez classique et un peu classieux, propre, et relativement chaleureux. Même les plantes artificielles font bonne figure. Une dame affairée nous accueille. Elle nous invite à nous installer et nous porte la carte et le menu créole, mais une autre carte, métro, est aussi à l’ardoise.

Le menu du jour consiste en un sauté de porc à la chinoise ou grillade de cabot de fond, avec une salade de chouchou et saumon fumé en entrée et une crêpe gourmande aux fraises en dessert. Nous garderons la crêpe, mais nous rabattons sur un rôti de coq fermier, et un rougail « trois cousins ». Cari de thon frais, saucisse pétée-riz chauffé et cari la corée sont aussi à la carte, avec quelques autres plus classiques. Une mousse plus tard, les plats arrivent à quai. A l’abordage !

IMG_2225Le coq fermier nous la joue Aldo Maccione… « la classe » ! Sa viande est ronde, moyennement ferme, et délivre une saveur poivrée honnête. Il se serait dégonflé comme un ballon s’il n’avait bénéficié d’une cuisson impeccable et d’un assaisonnement tout à fait magnifique, évoquant des humeurs de flambage au whisky assorti à des notes lointaines de basilic. Le rôti n’offre que des molécules de sauce, et c’est très bien, dont une partie enduit la viande d’une seconde peau, magnifiant la première au désespoir de nos artères. Tout cela est moelleux, confondant de délicatesse et de subtilités sous ses dehors rustres. Que cela eût-il été s’il descendait du lignage « la cour » ? Créole i dit : « danzéré ! ».

IMG_2224Le rougail trois cousins (morue, hareng, snoek) est un plat typique qui ne nous est pas inconnu. Nous l’avions en effet découvert il y a quatre ans, avec les bons offices du père Barbe, Etienne, ci-devant aujourd’hui tenancier du Cap Horn et condisciple d’Escoffier, mais sans cheveux ni moustaches, alors qu’il faisait chauffer les marmites du Luxor à la Possession. Cher Etienne, désolé de vous chagriner, mais ce rougail trois cousins-ci flanque la pâtée à celui que vous nous servîmes à l’époque, et qui était déjà fort bon. Déjà l’odeur. Une sorte de fragrance musquée, profonde, complexe, qui rappelle les effluves de la morue séchée des boutiques chinois d’autrefois, assorti à la force iodée des mers houleuses et du gros sel brut. En bouche, les trois cousins mélangés en donnent encore davantage. Emiettés avec soin, leur texture est veloutée, fine, et laisse de belles sensations avec de la longueur, où pointent les revendications de la tomate mûre rôtie, de l’oignon fondu, et d’un conséquent «croûtage» d’épices, laissant sur la langue une petite acidité qui active la salivation. Nous avions une appréhension concernant le sel, elle s’est avérée infondée. Ce dernier est dosé au microgramme, et joue son rôle d’exhausteur à plein. Le persil frais porte tout cela avec son « peps », donnant la réplique au peu de gras.

IMG_2227Les grains blancs servent les deux plats comme un valet de pied. C’est un poil liquide mais ils embaument d’un roussi satisfaisant. Bémol en revanche pour le riz : du grain long et détaché, qui, même bien cuit, reste sec. Le rougail zognons et citron est parfait. Sa force est certes dosée pour les sensibles, mais il sert les trois cousins avec honneur. Nous terminons avec la crêpe gourmande.

IMG_2233Une crèpe visiblement pas faite tout de suite, mais qui reste très bonne, surtout aidée de la chantilly, de la réduction d’orange et des délicieuses fraises qui mettent un point final coloré au repas. Addition : 57 euros pour deux personnes, boissons, plats, dessert et cafés. Le rapport qualité prix est satisfaisant.

Le Dauphin du Port est un vieux cétacé. Le restaurant existe en effet depuis plus de 20 ans. Aujourd’hui nous y avons excellemment mangé. La cuisine du chef est généreuse, et fait la part belle à la tradition réunionnaise dans toute sa splendeur. Evidem-ment, pour être parfait, il faudrait au moins un rougail de plus, quelques brèdes en accompagnement, un riz plus goûteux et moins sec. Quoiqu’il en soit vous pouvez y amener sans crainte de « moucatage » votre tante nonagénaire ou vos papys et mamies qui cuisinent encore au feu de bois, avec le pilon et la marmite noire de cinquante ans de caris. Il est une heure, et la salle s’est bien remplie. En ce qui nous concerne, nous larguons les amarres en décernant au Dauphin une belle fourchette en or, tonnerre de Brest et mille sabord !

FourchettesPour résumer : Accueil : moyen • Cadre : bien • Présentation des plats: moyen • Service: très bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix: correct.
Impression globale : très bonne table
Fourchette en or

La présente critique a été réalisée le 6 avril 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.