La Villa Marthe

Lorsque nous posons nos séants à la table sous parasol dans le jardin de la Villa Marthe, ce dimanche de fête du chouchou à Hell-Bourg, la météo est encore capricieuse. Elle tournera fort heureusement au beau, au milieu du repas.

A midi moins le quart, le sourire d’une fort jolie jeune femme nous accueille parmi les fleurs du jardin créole de la Villa Marthe, avec son guétali caractéristique, dont la photo a dû faire plusieurs fois le tour du monde. Heureusement que nous avons réservé, car c’est complet, et plusieurs visiteurs repartent dépités chercher pitance ailleurs. Au menu aujourd’hui, rougail saucisses, parmentier et magret de canard, vindaye d’Espadon (ah bon ?), poulet au curry et coco « servi avec des pâtes » (ah tiens ?). Va pour le vindaye et le poulet. Un diabolo menthe un peu clair et un Ti-Punch tirant sur le mojito nous éveillent la caverneuse. La clientèle est déjà nombreuse, mais le service demeure relativement rapide et efficace.

Les plats arrivent sans trop d’attente, joliment présentés à l’assiette. C’est encore trop rare de voir cet effort dans la présentation. Nous attaquons.

IMG_2522Les morceaux de poulet sont tendres sous la molaire, presque moelleux, glissants sans être huileux. La saveur du curry s’est bien mélangée à la sauce au coco, qui amène sa douceur subtile. Tout cela évoque sans ambiguïté les plats mauriciens servis aux touristes. C’est très sage, et même un peu trop. La sauce est peu abondante. Est-ce parce que nous avons demandé de remplacer les pâtes par du riz ? Car la serveuse avait expliqué le choix des pâtes à cause de la sauce épaisse. Cela est d’autant plus dommage, justement, que le riz est bien cuit, pas en colle mais pas loin, et aurait bu élégamment une sauce, quelle qu’elle soit, pour un rendu en bouche tout à fait magnifique. Au final, le plat d’avère frustrant par manque de puissance en goût, n’en déplaise aux délicats. Le rougail tomates « pour touriste » (aussi), hâché gros, ne peut pas faire grand-chose pour l’aider, étant logé à la même enseigne : fade.

(Première couche) Trouver dans des restaurants des rougails tomates authentiques, écrasés au pilon, où le piment, le gingembre ou le combava ont été préalablement broyés, c’est comme de la viande à « Koh Lanta » : miraculeux. Ces « rougails » coupés en cubes ont peut-être l’avantage de la rapidité et de la facilité, mais alors, de grâce, cessez d’appeler ça « rougail  tomate », miséricorde ! Parce que question goût : circulez, il n’y a rien à voir. Ce d’autant que les tomates des champs qui ont du goût se font de plus en plus rares. C’est en effet en broyant les ingrédients tous ensemble avec le kalou que les saveurs sont révélées et mélangées. Pas en coupant la tomate gros doigts en saupoudrant de sel et « lé bon pou ça même » !

IMG_2524Le vindaye quant à lui, pour continuer le voyage à Maurice, n’en est pas un. Le nom est usurpé, pour les mêmes raisons que le plat précédent, et même plus. D’abord, le choix du poisson ne nous paraît pas judicieux. Non pas que nous boudions l’Espadon, que nenni, mais la chair grasse et musquée du pélagique ne convient pas au plat, que l’on apprécie ordinairement avec du thon ou du marlin, dont la chair plus sèche se marie bien mieux avec l’acidité citronnée, le cumin joyeux, le piquant-croquant des oignons et des gros piments (s’il y en a), l’éclat des graines de moutarde, le curcuma volontaire, le vinaigre léger qui réveille les saveurs… enfin un vindaye quoi ! Un vindaye, nom d’une pipe ! Et le plat que nous dégustons, et qui, notez bien, n’est pas mauvais en soi, est à des années-lumières de la définition du vindaye. Tout au plus est-ce un cari d’espadon au rabais, car l’espadon autoritaire écrase la sauce jaune, grasse et sans goût, qui ne revendique plus aucune identité. Le rougail concombre qui l’accompagne, hors son croquant, ne lui est d’aucune aide, lui non plus. Au passage, le piment est aux abonnés absents dans ces accompagnements, qui n’ont plus que la fonction de décor, alors qu’il en pousse dans le jardin.

(Deuxième couche) Nous connaissons la rengaine :  « quand c’est trop fort, les clients n’aiment pas. » Ah bon ? Mais nous sommes où ici ? À la Réunion ou en Europe du nord ? Le piment ça peut aussi se doser. Si les touristes sont fragiles, il suffit de les prévenir, et de leur apprendre comment manger. Et s’ils sont curieux et ouverts, ils goûteront aux rougails pimentés, quitte a verser une larme ou deux. Un piment zoizo n’a jamais tué personne, saperlipopette.

Seules les lentilles affichent un peu de santé au milieu de ces plats décevants. Un repas comme ça en solitaire, c’est l’ennui, la dépression, un épisode de Derrick par temps de pluie. Notre voisin, lui, semble apprécier son rougail saucisses.

IMG_2531Les desserts viennent apporter de la joie. Le crémeux au chocolat est très correct, spongieux autour, coulant dedans. Les brioches façon pain perdu sont intéressantes, avec leur larmichette de miel, mais sans plus. Addition : 45 euros pour deux personnes. Bon rapport qualité prix, quand les plats sont bons aussi.

La villa Marthe est un établissement récent dans le paysage de Hell-Bourg, on pourra donc mettre la platitude des caris que nous avons dégustés sur le compte d’un coup de feu lié à l’affluence, du manque de temps, de la jeunesse, du cour du chouchou ou de l’âge du capitaine. Peu importe. Peut-être sommes nous mal tombés, et il ne faut pas grand-chose pour que le repas soit excellent. Cela tient vraiment à rien. D’autant que le service fut toujours impeccable, souriant et efficace, compte tenu des circonstances. Certains autres établissements pourraient en prendre de la graine. Ajoutez à cela un cadre parfait et une présentation soignée des assiettes, et l’argent « plus » est largement accessible. Sauf que pour aujourd’hui, ce n’est pas possible. La qualité globale des plats étant en retrait, la fourchette en inox s’impose. Les métaux nobles, ce sera peut-être pour la prochaine fois.

finoxPour résumer : Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats: bien • Service: très bien • Qualité des plats : moyens • Rapport qualité-prix :  perfectible.
Impression globale : table moyenne
Fourchette en inox

La présente critique a été réalisée le 14 mai 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

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