Chez Yann

IMG-0657Centre ville de Saint-Denis, par une journée de fin août, et un soleil qui pwak un peu trop pour la saison. Ca promet pour l’été. Nous avons choisi de tester le tout petit restaurant occupant l’angle des rues Jules Auber et Labourdonnais, Chez Yann.

Cette popote, que nous avions repérée depuis près de deux ans déjà, avait attiré notre attention avec sa cuisine réunionnaise variée, proposant des plats traditionnels encore peu courants dans les restaurants : sounouk, brèdes songes, rougail boudin, par exemple. Au menu ce jour : bœuf carotte, poulet sauce d’huître, porc pomme-de-terre et civet zourite. Nous choisissons ces deux derniers plats et nous nous installons. 14 couverts, pas plus, tiennent dans le local.

Le défilé pour les barquettes débute quelques minutes après l’ouverture. Le patron est devant, jouant de la grande cuillère, madame est dans la cuisine à l’arrière. C’est elle qui nous pose nos assiettes avec un sourire, mais sans s’attarder. Nous ne nous attendions pas à un dressage quelconque, et il n’y en a pas. Chez Yann, c’est à la bonne franquette, et ce n’est plus l’heure d’éplucher de l’ail. Nous espérons que nous nous régalerons autant que la veille, quand l’excellent boudin et le très bon poulet croustillant nous avaient décidé à faire cette critique.

IMG-0653Le cari de porc pommes de terre est très bon aussi. Les morceaux de viande étagés en gras et maigre sous la peau, sont d’un moelleux sublime et offrent de belles sensations sous la dent. Le goût du cochon est brut, à peine teinté par les épices classiques du cari, ce qui confère au plat un certain caractère. A vrai dire, les patates ont prélevé leur dîme de saveurs, le fait qu’elles partent un peu « en sucette » trahit une incorporation peut-être trop rapide dans la marmite, même si la qualité des tubercules joue aussi. Une tenue plus ferme aurait offert d’autres sensations. Ceci étant dit, le cari est également très apprécié ainsi.

IMG-0650Le zourite pèche un peu par manque de goût. Non pas le civet en tant que tel, puisque celui-ci offre un bouquet de vin cuit tout à fait plaisant et tonique, poivré sagement, avec un sel civilisé, mais plutôt la bestiole elle-même, qu’on attendait gustativement plus franche des ventouses, en iode notamment. Peut-être en demande-t-on trop à du zourite surgelé. La sauce a cependant un côté glissant qui n’est pas inintéressant, distribuant le parfum du civet dans tous les recoins du palais, d’autant plus facilement que la chair du tentaculaire est tendre, avec juste assez de résistance pour prolonger le plaisir.

Le riz et les accompagnements sont bien éduqués. Ça nous change de nos précédentes visites. En effet, le riz est conforme à ce que tout bon créole est en droit d’attendre : grain épais mais pas trop, cuisson à point, aptitude à jouer avec la sauce pour des bouchées gourmandes. La base. Les lentilles sont odorantes au possible, avec cette réminiscence de terre caillouteuse mouillée que nous n’avions plus rencontrée depuis un certain temps. Bon point également pour le rougail concombre, dont le croquant est apprécié, surtout avec le porc, avec sa dose de piment vert généreuse, qui excite la salivation.

Les assiettes sont nettoyées. Nous repartons repus, après avoir réglé une note de 14 euros pour deux plats à déguster sur place. Le rapport qualité-prix est excellent.

Ceux qui empruntent la rue Labourdonnais en venant du front de mer aux alentours de midi auront certainement remarqué la queue qui se forme souvent devant chez Yann. A juste titre. Depuis quelques année ce petit restaurant de midi régale sa clientèle de bons plats locaux, exécutés à la perfection, par un couple sympathique, qui sait faire. Le petit plus : pouvoir de temps à autre y déguster des plats traditionnels autres que les grands classiques du genre. Dans cette partie de la ville jusqu’au Barachois, c’est incontestablement la meilleure adresse à barquettes qu’on puisse trouver. Bien d’autres établissements, jadis bons, sont tombés dans la facilité et le tout-venant, (sans parler des camions bars glauques du front de mer). Aussi, un conseil : arrivez de bonne heure parce que Yann à pas pour tout le monde ! Verdict : une très belle fourchette en argent avec recommandation de l’équipe. L’or n’est plus très loin.

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FourchettesPour résumer. Accueil : bien • Cadre : moyen • Présentation des plats: moyen • Service : très bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix:  excellent. Impression globale : très bonne table
Fourchette en argent avec recommandation

LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 31 AOÛT 2017, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

Les Marsouins

IMG_4272Aujourd’hui nous voilà partis taquiner le Marsouin. Un nom qui fleure bon le football saint-leusien, le troufion de base du régiment ou plus prosaïquement le cochon de mer. Il est porté par un établissement discret de la rue Amiral Bouvet à Saint-Benoît, que nous avons choisi de passer au tamis.

Pas âme qui vive ou presque à l’heure où nous arrivons. À part un couple qui sirote son apéritif. Une minute s’écoule avant que quelqu’un ne se manifeste. Vus l’âge et l’assurance du personnage, il y a de fortes chances que ce soit le patron. L’accueil est franc du collier, sans rond de jambes, poli et expéditif. Nous nous installons sans broncher à une table, puis l’adjudant-chef nous glisse le menu du jour, écrit dans ce qui ressemble à une carte. Un petit travail graphique de base ne serait pas du luxe. Nous espérons que la présentation ne reflète pas la cuisine. L’homme apparaît et disparaît au gré de ses occupations. Il nous propose les boissons, prend la commande, file en cuisine. Cet homme-là, c’est Speedy Gonzales.

IMG_4268Le temps de siroter le punch maison, rafraîchissant, avec un rhum sage, ainsi que le punch coco vanillé et épais, les plats arrivent. Nous avons opté pour le bouillon coquilles « la rivière », spécialité bénédictine affichée logiquement à 20 euros, vu le fastidieux travail de nettoyage du gastéropode, et un cari canard. Civet de coq, porc massalé et bichiques « déor » (vu qu’il n’y en a pas encore chez nous, s’il y en a cette année) sont aussi disponibles.

Le canard est tout à fait urbain. Ce n’est sans doute pas du « canor » de haute lignée, élevé à l’eau sale et aux galets de la cour dans la fraîcheur des Hauts, mais il se défend avec une chair de consistance correcte, même un peu sèche sur les bords, et un assaisonnement qui met en valeur son fumet. Des humeurs poivrées portées par un sel particulièrement bavard. Quelques morceaux de peau ici et là relèvent encore le goût. La sauce est belle, et colore obligeamment le riz d’un marron-orange appétissant.

IMG-0558Le bouillon coquille se respire autant qu’il se mange. Son odeur caractéristique de fond d’eaux vives aux accents puissants de roussi évoquant la profondeur du quatre-épices et la tomate archi mûre où les oignons ont confit, excite les glandes salivaires. En bouche, un piment velléitaire montre son caractère. C’est chaud comme une feuille de tôle en plein cagnard, mais obligatoire dans ce plat emblématique de l’Est, comme pour l’anguille, d’ailleurs. Les coquilles elles-mêmes, petites, sont légèrement caoutchouteuses mais pas au point de rendre la mastication désagréable. Leur saveur est conforme aux effluves. Nous finissons le plat avec une impression de « pas assez ».

Rien à dire sur les lentilles standard, très bien préparées, dans leur sauce épaisse, si ce n’est la présence ici aussi d’un sel surnuméraire. En revanche nous tombons encore sur ce détestable riz grains longs, sec, qui n’absorbe pas les sauces de cari. Ce genre de riz a du succès, son prix doit être attractif aussi, mais il est plus indiqué à notre sens dans des plats comme le briani par exemple. C’est d’autant plus dommage avec le bouillon coquille, qui aurait été apprécié avec un riz plus « gonflé » et gourmand, cuit comme il faut. Le petit piment vert «crasé » joue son rôle à plein. Il va mieux aux coquilles qu’au canard, d’ailleurs, même si les mollusques sont déjà chauffés.

Nous déclinons les glaces, patates au sucre et bananes flambées du dessert, et réglons une addition de 54 euros pour deux punchs, deux plats et deux cafés, soit 27 euros par personne. Le rapport qualité-prix est perfectible, même en considérant le tarif du bouillon coquilles.

Nous ressortons du Marsouin contents, bien qu’un peu frustrés sur la quantité des caris. C’est signe qu’ils étaient bons. Nous nous laissons dire que des clients affamés pourraient rester sur leur faim. Mais après tout, n’est-ce pas ce qui est recommandé après un repas ? Il y a de la place pour le dessert en tout cas. Outre notre déception sur le riz, nous avons également trouvé l’ensemble des plats un peu salés. Le patron, qui est aussi aux fourneaux, doit être amoureux, il faut croire. Certes le sel relevait bien tous les plats, tout en les gardant mangeables, mais s’il eût été moins disert, les coquilles et canard auraient pu s’exprimer davantage. La cuisine de « Chez Loulou » reste toutefois satisfaisante, et conforme à la tradition. La salle et la présentation du menu mériteraient un rafraîchissement, mais le sympathique patron y imprime une ambiance joviale. Des arguments qui nous font décerner au Marsouin une jolie fourchette en argent.

FourchettesPour résumer . Accueil : moyen • Cadre : moyen • Présentation des plats: moyen • Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  perfectible. Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La présente critique a été réalisée le 18 août 2017, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.