Le Restaurant « Cascades »

Notre dernière visite au restaurant de l’Anse des Cascades remonte à … 2011 ! Il est grand temps d’aller traîner nos guêtres du côté de Piton-Sainte-Rose pour mettre cette fourchette d’or (l’une des premières) à jour.

Rappelons d’abord que cet établissement fait partie du paysage bucolique de l’Anse des cascades depuis que les photos étaient encore en noir et blanc, et la télé aussi d’ailleurs. Les actuels gérants l’ont retapé entièrement et l’ont bien entretenu, ce qui ne doit pas être une mince affaire avec le taux d’humidité ambiant, surtout ces jours-ci.

Nous débarquons entre deux pluies, en ayant réservé à la terrasse. L’accueil est souriant et professionnel. Deux formules possibles : le buffet, où un cabri-massalé olfactivement en forme côtoie un civet de cerf, un cari de porc et un poisson aigre-doux. Nous leur préférons le cari bichiques (à 38 euros, ah ben oui ma bonne dame, be chic!), et le cari zourite au menu du jour. Nous présupposons bien entendu que les bichiques ont baigné dans nos eaux encore dernièrement, vu le prix, et ne sont pas du surgelé en provenance d’on ne sait où. Nous sommes à peine installés que la serveuse vient sonner le tocsin. « Notre machine à carte bleue fait des siennes depuis deux jours. Vous pouvez payer en espèce ou par chèque ? ». Allons bon. Hors de question de retourner à Sainte-Rose chatouiller le gabier, et revenir. Pas le temps. Nous sommes sur le point de prendre congé quand la serveuse insiste, nous retient, nous propose d’essayer de passer la carte quand même, pour voir. De payer d’avance pour tout dire. Et ça fonctionne. Nous sommes donc délestés de 68 euros et attendons de voir si nous en aurons pour notre argent.

Le service est dynamique. Il a intérêt. Mine de rien, la grande salle soutenue par son caractéristique arbre central se remplit doucement. La terrasse aussi. Deux boissons et une dizaine de minutes plus tard nos assiettes arrivent. Notons une volonté de dressage, même s’il faudra encore du travail (et du temps?) pour faire mieux. Les caris sont servis en proportion honnêtes pour un estomac normal. La portion de riz est en revanche ridicule. Il n’y a pas d’autres mots. Nous réclamons illico du supplément, qui mettra un peu de temps à venir, nous laissant entamer les caris de manière conséquente. Et pour cause.

IMG_6141Les bichiques respirent encore le fond de canal, mais leur saveur est un peu écrasée par un curcuma trop bavard et des épices velléitaires ou thym et poivre dansent la gigue de fond de marmite. Les alevins eussent-ils été plus sec, un peu plus « croûtés » , que leur goût si prisé se serait mieux exprimé. Hélas, ils sont mouillés comme s’ils sortaient d’une averse, et la couleur du plat est en phase avec le ciel plombé du jour. 38 euros, c’est cher payé pour un cari non abouti, fut-il de bichiques.

IMG_6142Le cari de zourite en revanche est tout à fait seyant. Il nous emballe la glotte, nous masse les gencives, nous tourneboule le palais. C’est déjà intelligent de ne pas se cantonner au sempiternel civet quand il s’agit de nous mitonner la bête à ventouses. Mal dosé, ou mal choisi, le vin a tendance à exploser la saveur du zourite, qui perd toute sa subtilité. Nous retrouvons cette dernière avec plaisir, dans son côté musqué et parfumé en même temps, qui fait bon ménage avec un poivre civilisé. La chair est tendre, glissante, dans une sauce épaisse magnifique. Le tout a été pimenté en mode « moyen », à notre demande, et la bestiole s’en agiterait presque, comme mue d’un réflexe post-mortem. Du cari zourite de compétition, on vous le dit, même si celle-ci est sans doute passée par la case congélation, forcément. À côté, les pois du Cap dégagent un fumet intéressant, fort bien porté par une sauce veloutée. Le rougail (ou hachard) de papaye croquant, à l’acidité légère, tout emballé de curcuma, a un goût de pas assez. Le riz est hélas cette chose sèche et en grains, sans caractère, que l’on trouve de plus en plus souvent dans les restaurants de l’île.

Total donc : 68 euros boisson comprises, sans entrées et sans dessert. Le rapport qualité-prix est perfectible, et les bichique sont directement en cause. Nous devions repartir avec une barquette de massalé-cabri, qui nous avait fait du gringue, mais à dix euros la barquette simple, hors de question. Faut pas pousser mémé quand même.

IMG_6146IMG_6137Nonobstant le temps qui file, et les vicissitudes diverses par lesquelles est passé le « Restaurant Cascades », la qualité semble y être toujours au rendez-vous. C’est de la cuisine réunionnaise de bonne facture, c’est le cas de le dire, qui mérite amplement le déplacement, même sans tenir compte du cadre incroyable dans lequel on la déguste. Les poissons rouges, sur réservation, y sont particulièrement appréciés. Nous n’avons pas eu cette chance, hélas. Aujourd’hui nous avons eu un accident de bichiques, qui se sont laissés tout de même boulotter, notez bien, et un zourite festif ! Nous applaudissons aussi un service très professionnel, souriant, sympathique, qui essaie de satisfaire tous et chacun malgré le coup de feu, et qui a eu l’intelligence et le sens du commerce de nous retenir, alors que nous allions rebrousser chemin. La fourchette d’or de 2011 restera… en 2011. Aujour-d’hui, c’est une fourchette en argent qui tombe, avec recommandation tout de même.

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Fargent
Pour résumer. 
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats: bien • Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix:  perfectible. Impression globale : bonne table

Fourchette en argent avec recommandation

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LA PRÉSENTE CRITIQUE A ÉTÉ RÉALISÉE LE 11 JANVIER 2018, À PARTIR DE MIDI, ET NE PRÉTEND PAS ÊTRE UNE VÉRITÉ ABSOLUE ET DÉFINITIVE. NOTRE POINT DE VUE EST SUBJECTIF, PAR NATURE, MAIS PARFAITEMENT HONNÊTE. NOUS CERTIFIONS N’AVOIR AUCUN RAPPORT DE PRÈS OU DE LOIN AVEC LES PROPRIÉTAIRES DE CE RESTAURANT ET AUCUN INTÉRÊT À ATTRIBUER À CE DERNIER UNE BONNE OU UNE MAUVAISE NOTE. DANS TOUS LES CAS, LE RESTAURANT DISPOSE D’UN DROIT DE RÉPONSE.

 

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