Les Letchis

Par un temps éclairci, après plusieurs jours de pluies diluviennes, nous prenons la route en direction de Saint-Benoît afin de mettre les pieds sous la table du restaurant les Letchis, qui embrasse la Rivière des Marsouins, à l’Ilet Danclas. L’établissement, bien connu dans l’Est depuis plus d’une paire de décennies, est réputé pour ses plats typiques comme le canard braisé, le cari de poisson rouge ou le cari de bichiques tant qu’il y en a encore.

IMG_6595Déjà, le parking sous les arbres, avec la rivière toute proche, invite à l’évasion et au farniente. On y prend sa dose maximale de verdure. Passé le petit pont sous lequel s’ébattent des carpes asiatiques, nous sommes accueillis au comptoir de caisse par le grand sourire d’une dame qui nous mène vers la table que nous avions réservée en terrasse, au bord de l’eau, ou peu s’en faut. Et là, le choc. Toute la terrasse, jadis ouverte, à l’ombre d’un gros letchis et des parasols, est couverte de tôles. C’est hideux.

« Par temps de pluie, la terrasse était inutilisable » nous dit-on en guise d’explication. Oui, cela est bien compréhensible, mais dans ce cas pour quoi ne pas se servir de la salle qui existe déjà ? Trop de manipulations de meubles à faire peut-être ?
Nous déjeunons donc sous la tôle, où il règne une chaleur d’étuve. C’est triste. La table est heureusement bien mise, et nous y attendent le menu du jour, qui se chiffre de base à 38 euros. « De base », car certains plats demandent des suppléments.
Aujourd’hui, au choix, on nous propose cari poulet au palmiste, cari camarons, civet de cerf, rougail chevaquines, cari de légine, canard braisé et bouillon coquilles, avec supplément de trois euros pour ces trois derniers plats. Salade de palmiste, brochette de canard miel et thym, marinade de poisson, gratin de légumes pays et une assiette créole composée d’un achard de légumes et d’une galantine de volaille artisanale constituent les entrées. Six desserts classiques ferment la marche. Le menu enfant est à 15 euros : du poulet rôti et des frites…

Nous faisons notre choix et attendons en compagnie d’un cocktail de fruits du jour proposé à 8 euros, à base de tequila, de purée de letchis et d’orangine. Délicieux et rafraîchissant. L’attente n’est pas très longue avant que les brochettes de canard et le gratin de chou de coco fassent leur apparition. Juste assez longue pour que nous remarquions un éclat sur une assiette. Rien de grave, mais à des tarifs pareils, l’on devient sourcilleux.

IMG_6607Les brochettes exhalent leur beau fumet de barbecue souligné par le thym et nous salivons aussi sec.
Luisant de leur pellicule de miel, les morceaux se font tendres et savoureux, le sucré du miel danse avec la légère amertume des chairs qui ont tâté de la braise, mais juste assez pour être cuite à cœur en restant souple. Un bonheur.

Le gratin quant à lui est médiocre. Les morceaux de chou de coco ont certainement dû rendre toute la flotte tombée du ciel ces derniers temps, car ils n’ont proprement aucun goût. Seule la béchamel et le fromage flirtent pendant que le chou tient la chandelle. Les quelques feuilles de salade posées en guise de décor sont peut-être fraîches, mais lâchées comme ça n’importe comment, inutiles.

Les entrées sont enlevées. Nous admirons le paysage et la rivière dans laquelle des enfants s’amusent. Et le ciel se couvre. Suivent le poulet palmiste et le bouillon coquilles.

IMG_6614Le cari de poulet est correct, quoique nous avons vu largement mieux ailleurs. La sauce manque de caractère, ce que cache assez mal un curcuma vantard et un sel surnuméraire. La viande, itou, est timide en goût, et sèche sur les bords, même si elle a de la tenue et assez de fermeté pour procurer quelques sensations masticatoires. Ce n’est toutefois point de la poule de luxe, la cuisse gourmande aux reflets rouges foncés sur les nerfs. Cela ne va pas très loin. Le palmiste qui l’accompagne ne peut pas grand chose pour relever le niveau. Il n’est pas assez imbibé de sauce et ne propose qu’une texture aléatoire, tirant sur le filandreux. Bref, c’est un cari de poulet palmiste bien trop ordinaire, et même moins que ça, pour jouer dans la cour des restaurants aux menus à 38 euros.

IMG_6616Le bouillon coquilles n’est pas mauvais lui non plus, en soi. Les humeurs de fond de rivière, associées au goût de mollusque qui rappelle l’escargot, font leur effet, mais sans zèle. Nous en attendions bien davantage. Les bestioles sont passablement caoutchouteuses, et la sauce un peu claire. Où que l’on soit, quand on paye 41 euros pour un menu avec des plats de cet acabit, on aurait légitimement tendance à s’imaginer non pas dans un restaurant mais dans un pigeonnier. Et on ne veut pas savoir que le nettoyage des coquilles est long et fastidieux.

IMG_6624Le riz, fort heureusement, est très bon. Ça faisait longtemps. Les grains ronds ont un petit côté ferme et souple à la fois qui donne de la consistance aux sauces. Les haricots manquent de sel (parti dans le poulet sans doute). Le rougail d’orangines, petites agrumes qu’affectionnent les gens des Letchis, à juste titre, est vivifiant. Il nous réconcilierait presque avec le poulet et les coquilles sans ambition qui nous ont été proposés aujourd’hui. L’orangine, c’est acide comme un citron, parfumé comme un tangor, quand elle est mûre, avec une fraîcheur de jardin après l’ondée. En revanche la découpe du fruit est visiblement négligée. Les émincés sont inégaux, en forme comme en épaisseur, nous y avons même retrouvé le cul du pédoncule. Une crème brûlée sans prétention et un fondant au chocolat mettent fin au repas.

Addition pour deux menus et deux apéritifs : 93 euros ! Soit 46,5 euros par tête de touristes. Le rapport qualité-prix est très mauvais.

Les Letchis, établissement réputé de Saint-Benoît. Faudrait-il parler de cette réputation au passé ? Nous ne l’espérons pas. Pourtant aujourd’hui nous avons payé le décor, l’emplacement, et encore, si on considère que celui-ci est proprement gâché par un toit de tôle sans doute utile, pour protéger des humidités, mais parfaitement laid, il y a de quoi se poser des questions. Pourquoi ne pas avoir opté pour des petits kiosques par exemple ? Trop cher ?
En tout cas ce n’est pas la qualité qui justifie ces tarifs semi-gastronomiques, même si elle les eut justifié par le passé. Les caris étaient mangeables, globalement, et dire qu’ils ne l’étaient pas serait mentir, mais très ordinaires, surtout le plat typique du coin, les coquilles.
A ces tarifs là, on attend aussi de la vaisselle intacte, des dressages plus élaborés, un choix de desserts originaux, et une vue à 360° sur le paysage, comme avant. Rien à dire sur le service, presque parfait. Difficile de noter quand autant de potentiel est gâché par une relative déception. La fourchette d’or est exclue. La fourchette en argent est ratée de peu, la faute au rapport qualité-prix. La fourchette en inox s’impose donc. Bien dommage.

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Finox
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : moyen • Service : très bien • Qualité des plats : moyen • Rapport qualité-prix : très mauvais. Impression globale : insuffisant

Fourchette en inox

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