Le Jaipur

IMG_7118Aujourd’hui nous décidons de manger indien, pour nous changer un peu des caris et rougails dominicaux, et nous ne parlons pas des brèdes, introuvables dans les restaurants créoles. Nous débarquons conséquemment au Jaipur, établissement logé rue Pasteur, côté droit en descendant, juste après le carrefour avec la rue Juliette-Dodu. Si vous trouvez une place pour vous garer devant, jouez au Loto sans attendre, le bureau de la Française des Jeux est à deux pas. Jaipur est, si vous voulez le savoir, la capitale de l’État indien du Rajasthan.

L’entrée est discrète. La carte y est affichée. Les tarifs sont chauds comme le soleil qui nous brûle encore la cafetière en cette mi-avril où les alizés débutent leur concert. Quatre entrées de 7,50 à 9,50 €, huit plats à base de poulet, trois avec des crevettes, quatre au poisson (précisé frais), six plats aux légumes, quatre variantes de brianis, quatre grillades et six desserts. Soit 29 plats principaux. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du choix. Et les noms indiens ont de quoi susciter la curiosité, même si le contenu est précisé en dessous. « Briani » et « Tandoori« , on connaît déjà, « Korma » ou « Saagwala« … on connaît pas, pas plus que « Baygan Bharta » ou « Bhindi Bhoj-puri« , en fait du caviar d’aubergine, et des « lalos » à l’indienne. D’ores et déjà, à moins d’avoir une brigade en cuisine, peu de chance de trouver de l’ultra frais ici. Cette illusion en moins, nous entrons. L’accueil est souriant et professionnel.

On nous présente la carte, la même qui est affichée à l’entrée. Ici, pas de suggestion du jour, ni aucune formule de découverte, pour le quidam n’ayant jamais mangé indien de sa vie. Dommage. Nous prenons le Pakora aux crevettes (des beignets « à l’indienne »), du Tikka Massala (« plat populaire composé de morceaux de poulet cuisinés dans une sauce épicée à base de tomates et d’oignon effilés« ), et le Jhinga Malai (des crevettes au lait de coco et à la menthe). Tout cela accompagné des incontournables naans (pain traditionnel indien), à l’ail et nature. L’apéritif à la mangue, « spécialité indienne », nous donne une bonne entrée en matière du repas qui va suivre : en gros, c’est du yaourt liquide, comme on en trouve au supermarché. Ici pas d’alcool, tenez-vous le pour dit.

IMG_7121Quatre petits accompagnements sont déposés tout de suite sur la table : une sauce de piment bien salée, deux sauces au yaourt et un achard assez croquant. Les sauces au yaourt sont colorées, oui, parfumées, faut le dire vite. Ne ressort que le goût du yaourt « nature sucré » de base.

IMG_7130Les beignets de crevettes débarquent, sur lit de feuilles de salades d’avant-hier, avec une sauce dont le goût rappelle furieusement du ketchup épicé. « À l’indienne » était-il précisé sur la carte. Appellation conférée par la couleur de la pâte à beignet, sans doute : jaune profond. Pour ce qui est du goût, pas de grande différence avec nos beignets crevettes à nous. Les crustacés sont d’ailleurs peu goûtus, à moins de leur croquer la queue, où subsiste un reste de coque.

Tiens, des « picpics » ! Ce mix de petites fritures indiennes parfumées et pimentées, vendues à des tarifs éhontés dans certaines stations-service complaisantes… Le tarif de celles-ci est compris dans le repas. Heureusement, parce qu’elles sont rances, ou peu s’en faut. Les plats débarquent. Entrons dans le vif du sujet.

IMG_7137Les crevettes au lait de coco sont époustouflantes de platitude. Nous nous sommes pourtant échinés à goûter et regoûter le plat, tout seul, à la cuillère, en espérant voir venir quelque chose, comme la sœur Anne. Mais rien. Nonobstant la couleur, de menthe il n’en est point question, comme dans l’accompagnement au yaourt, du reste. Seule la saveur doucereuse (et à force écœurante) du lait de coco s’exprime, laissant les malheureuses crevettes en plan. Dans cette morne plaine, la sauce piment bien salée débarque comme Duhesme à Plancenoit, en vain… Sus au Tikka.

IMG_7142Ce Tikka pourrait être vu comme le cousin indien du poulet basquaise. La sauce est bien épaisse, et le jeu doux acide, soutenu par les oignons, fait son effet. Sa saveur puissante de tomate (en boîte) est à peine contrebalancée par le girofle et la coriandre, qui dégagent leur fraîcheur parfumée pour relever tout de même le plat. La viande de poulet, tendre, murmure au milieu du carillon tomaté, noyés dans cette sauce qui colore le riz basmati ou les naan, à l’envie. Mélanger les petits accompagnements à tout cela est une bonne idée pour redonner du peps à cette mascarade de cuisine indienne, avec le riz basmati salé et parfumé. Une cuisine que nous finissons par payer plus de 60 euros pour deux personnes. Cher pour ce que c’est. Heureusement que nous n’avons pas pris de dessert.

Pour qui a goûté à la cuisine indienne, celle qu’on a pu déguster ici dans des établissements jadis réputés et aujourd’hui disparus, ou dans les familles qui savent faire, ce repas est un succédané. Évidemment, c’est facile de faire passer ses vessies pour des lanternes auprès d’un public qui veut manger indien et qui ne sait plus à quel restaurant se vouer. Et vu la qualité présupposée des produits utilisés, et des tarifs pratiqués, la marge doit être belle. Le simple fait de dire « cuisine indienne » évoque normalement l’explosion des parfums, le feu d’artifice des saveurs et des épices, rappelle également que notre île a hérité, au travers de la cuisine tamoule, de l’une des meilleures facettes d’une gastronomie de réputation mondiale. Car en effet, il n’y a pas une, mais « des » cuisines indiennes. Aujourd’hui, le Jaipur nous a proposé la version industrielle, éventée, bas de gamme, mais au prix fort. Comme lot de consolation, nous avons eu un service impeccable, une salle confortable, de la belle vaisselle et deux pastilles à la menthe. Parce que c’était mangeable, nous décernons au Jaipur la fourchette en inox. Si vous voulez manger de la bonne cuisine indienne (comme la chinoise d’ailleurs), allez à Maurice.

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Finox
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : moyen • Service : très bien • Qualité des plats : très moyen • Rapport qualité-prix :  mauvais. Impression globale : insignifiant

Fourchette en inox

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