Les Platanes

IMG_4035En ce samedi d’avril, la Plaine-des-Palmistes ruissèle sous une pluie régulière précédant la descente du brouillard. Cela n’a pas découragé les bazardiers de bord de route, du plus gros désormais accroché aux lacets boisés, et qui ne manque pas de verbe, à la petite dame sous les platanes, à l’orée du village, pas fâchée par la météo : « navé besoin ! ».

C’est justement « dans » un platane que nous nous retrouvons aujourd’hui, non pas bien sûr pour le baiser funèbre de la tôle froissée sur l’un des solides pieds d’bois, que semblent rechercher quelques abrutis trompe-la-mort écraseurs de champignon, comme on en croise dans le coin, mais pour un déjeuner copieux, puisque le platane en question est aussi le restaurant « Chez Jean-Paul ». La salle est bien (trop ?) remplie par les tables, et peut accueillir plus d’une centaine de convives. La déco, assez vieillotte, mériterait un bon rafraîchissement. Les nappes en tissu, vertes, sont recouvertes d’une autre en papier, pour éviter le passage à la blanchisserie sans doute.

L’accueil est souriant. Nous nous posons à une table et la carte débarque aussitôt. Pas de plats du jour, tout est là. Des fritures en guise d’entrée, avec la traditionnelle assiette créole de nems, samoussas, bouchons, bonbons piment ou beignets de crevettes, ou bien tout cela séparément. Cela manque singulièrement de verdure et de crudités. Treize plats de résistance très classiques sont affichés à la page suivante, dont une entrecôte et du canard à la vanille. Ici, c’est vive les sentiers plus que battus.

De menus biscuits salés accompagnent les boissons. Un punch coco plus tard, nous voyons arriver notre commande : des minis nems et des bonbons-piment, suivis rapidement du canard et d’un cari crevettes.

IMG_4038Les entrées sont assez ordinaires mais relativement efficaces pour calmer la faim et faire attendre les plats suivants. Les petites nems sont croustillantes et ont le bon goût d’être présentées dans des feuilles de salade fraîche avec de la menthe. Les bonbons piment sont assez sages gustativement parlant. Pas plus de piment là-dedans que dans la plupart de leurs congénères qu’on trouve un peu partout ailleurs. Il est loin le temps où cet amuse-bouche méritait son nom.

IMG_4041Passons aux crevettes. Celles-ci sont offertes aux sens dans leur coques orangées. L’odeur seule réveille les papilles et les saveurs s’apprécient pleinement dans la mastication consciencieuse des enveloppes qui les concentrent. La chair est également bonne, mais propose une texture qui laisse en arrière bouche un côté sec. Ce n’est pas du premier choix, mais c’est correctement cuisiné, bien que nous aurions souhaité une sauce plus épaisse et plus homogène (quelques morceaux d’oignons dépassent comme des mèches rebelles d’une chevelure) et plus piquante aussi, en sus de la sauce piment vert servie en accompagnement.

IMG_4040Le canard, pour sa part, est bon. Même s’il n’a pas été occis la veille dans quelque basse-cour où il fut nourri aux herbes et à l’eau sale, comme avant. La chair très cuite du volatile s’effiloche quelque peu, mais le cari est assez engageant tout de même, proposant une belle couleur et le parfum doux d’une vanille bien élevée, qui reste à sa place, sans être ni trop timide, ni trop expansive. La mâche est gourmande, mais elle l’eût été davantage avec une sauce plus épaisse, là encore. Le sel est convenablement dosé, jouant son rôle d’exhausteur de goût à la perfection. 

Les grains rouges sont bien cuits, et assez crémeux. Le riz grain long type basmati est bon, mais nous l’avons assez écrit : il n’absorbe pas assez les sauces, comme le font ses cousins aux grains plus dodus, et donne des sensations en bouche moins pleines. La sauce piment vert accompagne magnifiquement les crevettes et le canard avec un beau combava ensoleillé.

IMG_4046La carte des desserts est fournie. Un fromage des plaines, délicieusement accompagné d’une gelée de goyavier, vient clore le repas. Le mariage de ces deux produits du terroir local a toujours été d’une efficacité redoutable.

65 euros et des poussières, pour deux personnes, c’est la note que nous réglons pour ce repas, cafés compris, soit un peu plus de trente-deux euros par tête. Le rapport qualité prix est perfectible.

«Les Platanes» sont une institution à la Plaine-des-Palmistes. L’on y goûte une cuisine locale assez bien faite, même s’il manque tout de même un je ne sais quoi pour la faire briller. Peut-être un peu moins de routine, plus de punch au niveau des saveurs, un peu plus de variété dans les plats de la carte, notamment concernant la présence de légumes, si les sentiers de l’originalité paraissent encore trop glissants. A trop vouloir s’appuyer sur des valeurs sûres, on fait parfois naître l’ennui. Les tarifs sont un peu élevés pour cette carte trop classique, par ailleurs assez raccord avec un cadre vieillissant, pour ne pas dire kitsch. Cela dit, certains recherchent ce genre d’ambiance, même si elle commence à sentir la naphtaline. Mais quand on a fait le tour, souhaite-t-on revenir ? La question se pose. Le niveau est en tout cas assez bon pour que nous octroyons aux Platanes une juste fourchette en argent. Attention à l’assoupissement. 

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Farg2
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : aucune
• Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : bonne table

Fourchette en argent

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