Retour à La Caz

IMG_5772Le Port, rue Evariste de Parny. Une brise de mer tempère les ardeurs du soleil de midi, encore chaud en ce début d’hiver. La vieille centrale EDF a des allures de décor à la Mad Max. Sur le trottoir opposé les cases se succèdent, dans leur jardin créole, oasis privées dans l’environnement de béton et de poussière.

C’est justement à « la Caz » que nous descendons pour une mise à jour de sa fourchette d’argent avec recommandation obtenue en 2013Rien n’a changé, extérieurement. Même petite allée garnie de plantes. Même salle coiffée d’un plafond créole, d’une quarantaine de couverts, avec son mobilier en bois sous nappe en tissu et ses objets anciens comme les pathéphones ou l’antique poste de radio. L’ambiance est plutôt chic, mais l’accueil est décontracté et souriant. 

On nous expose le menu du jour, en formule entrée plus plat à 23 euros : mesclun aux lardons, crudités, tempura de brocolis, rougail zandouille, canard à la vanille et steak de marlin poêlé. Nous réclamons aussi la carte où figurent des plats typiques comme le cari tangue, le cari bichique, ou le bouillon la morue baton mourong à côté des caris la patte, cari poulet fermier, cari langouste et civet zourite.  «Il peut manquer certains plats, et à la carte c’est plus long» nous précise-t-on. L’andouille, un rougail saucisses et le romazava feront l’affaire, précédés de la salade mesclun aux lardons et de beignets de brocolis.

IMG_5776Rien de particulier à signaler sur les salades, aux feuilles délicatement croquantes, toutes apprêtées dans une bonne vinaigrette, même si cette dernière nous paraît un peu trop huileuse. Les beignets de brocolis, mous dedans, croquants dehors, font bien la paire avec les petits lardons délicieusement frits de l’autre entrée. 

IMG_5788Le rougail zandouille a moins l’aspect d’un rougail que d’une andouille frite avec de la sauce. Où sont les tomates ? La charcuterie, épaisse, affiche un bon équilibre entre la viande et le gras collant, mais les saveurs sont assez éloignées de la charge puissante des tripes poivrées des andouilles traditionnelles. Cette andouille-ci joue plutôt la sagesse d’un fumet qui évoque davantage les charcuteries métropolitaines. Et le plat n’est pas pimenté. Quand nous avons lu «Rougail zandouille», nous ne nous attendions pas à ça. Ceci étant dit, si l’on passe sur cette petite déception, le plat s’avère tout de même satisfaisant.

IMG_5786Le romazava est un bonheur. Les morceaux de bœuf et leurs parties gélatineuses sont fondants à l’extrême. Leur goût un peu fort est tyrannisé par les élans acidulés et picotants du bouillon des brèdes mafane dans une étreinte sado-masochiste du plus bel effet. Les fleurs de mafane, particulièrement chargées d’anesthésiant, font trembler les lèvres et excitent les glandes salivaires, et l’on apprécie d’autant plus ce bouillon aux aromates fondus quand la claque du rougail tomate achève de l’exalter.

IMG_5787Le rougail saucisse ressemble à l’andouille, il n’a pas l’air d’un rougail. La sauce est quasi-inexistante, c’est à croire que les tomates ne sont pas arrivées à bon port. Les saucisses sont très bonnes mais aussi très sèches. Que ça se sache : des saucisses si sèches, salées et sans sauce, sont surtout savourées sans souci chaussées de chouchous chauds sautés. C’est sûr. Et de brèdes aussi évidemment.

IMG_5784Les accompagnements sont assez bons dans l’ensemble, même s’il peut y avoir meilleur riz. Les grains crémeux sont odorants. Le rougail tomate a deux défauts : il est solitaire et haché assez grossièrement et non écrasé. Pourtant, le pilon, ça lé kalou ! Nous nous passons des desserts maison pour siroter un succulent café servi à la grègue, qui ferait danser le séga à un bonze nonagénaire sous anxiolytique. 

L’addition est un peu salée : 83 euros pour deux formules, avec un rougail saucisses, les boissons et les cafés et sans dessert. Le rapport qualité-prix est perfectible, à la marge.

La Caz nous a aujourd’hui encore contentés avec sa cuisine créole très bien exécutée. Les plats sont goûteux, le service est jovial, le cadre est accueillant et confortable. Le menu du jour autorise plus facilement l’utilisation de produits frais et de qualité. Ceci étant dit, à ce niveau de prix, on pourrait ergoter sur deux ou trois choses qui méritent des suggestions : proposer de l’eau, sans attendre que le client réclame, et des amuses-bouche ; servir au minimum deux rougails d’accompagnement variés, et faire en sorte de passer les tomates au pilon ; faire plus de sauce compotée dans les rougails saucisses ou zandouille, et choisir des charcuteries moins sèches.  Nous repartons repus, et assez satisfaits pour octroyer au restaurant la Caz une nouvelle fourchette en argent avec recommandation.

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Fargent
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : moyen
• Service : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : bonne table

Fourchette en argent avec recommandation

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