Une jolie balade gastronomique Ô Bord’ Mer…

Aujourd’hui nous allons traîner nos guêtres du côté de Terre Sainte pour découvrir un établissement conseillé par une de nos antennes sudistes.
De l’extérieur, Ô Bord’ Mer présente une simple entrée, une façade de bâtiment fatiguée par le temps et les embruns. Dedans, une sorte de patio, ombragé par un jeune badamier, avec vue sur la plage à droite et sur les roches volcaniques à gauche, et en face, l’horizon qui poudroie…

Nous sommes installés sous l’arbre, et le menu du jour nous est présenté.
18 plats de toute sortes sont proposés. De la salade végétarienne à la truite arc-en-ciel entière en passant par le risotto au curry rouge et gambas, le crémeux de camarons flambés au vieux rhum et le sacro-saint rougail saucisses en passe de devenir une sorte de religion chez les zoreils de passage.
Après hésitation, nous optons pour un pavé de saumon rôti crème de poireau, et un cari « Ti-Jaune », plat que nous n’avons encore jamais croisé jusqu’ici.

L’excellent ti-punch éclusé, nous patientons le nez en l’air, puis sur les lieux, où la décoration simple invite à la détente. Le service est joyeux et très prévenant, il est très rare de voir autant de professionnalisme et de dynamisme. Cette jeune femme est une perle.

Les assiettes arrivent. Le dressage est simple et coloré, et l’odeur du poisson nous écarte les narines. Ça renifle le roussi de fond de marmite, les épices fondues et mélangées. Ces exhalaisons sublimes de cari de poisson fignolé nous poursuivront durant tout le repas, relayées par les commandes des clients arrivés après nous.

Nous sautons sur les Ti-Jaunes. Nous restons interdits pendant deux secondes, avant que nos yeux s’écarquillent de surprise. Nous lâchons un « whoa » de satisfaction. Toute emmitouflée dans leur sauce compotée dont l’odeur nous retournait déjà les sinus, la chair des poissons, fondante et délicate, nous présente avec courtoisie son petit caractère fumé et profond, empreint de corail et d’iode, avec une touche sauvage et suave à la fois. La sauce, éclairée d’une l’acidité d’agrume, et soutenue par des tranches de citron cuites avec la peau, fait danser les Ti-Jaunes tout en leur apprenant les bonnes manières. Le résultat est tout simplement divin. Avec le très bon riz coloré de sauce, nous nous extasions sur les sensations mitraillées par ce cari, auxquelles un rougail aux accent puissants de piment et d’agrumes (y a-t-il seulement du citron là-dedans ?) ajoute une touche supplémentaire de soleil gustatif. Les lentilles proposées en accompagnement, au demeurant très bonnes, sont à peu près inutiles.

Le pavé de saumon joue dans la même cour. Presque croustillant dehors, ultra-fondant dedans, la chair orange arrange le palais de son fumet gras et volontaire. Les petits légumes équilibrent la texture gourmande de leur croquant frais. Les frites de patate douce et la crème de poireau complètent le tableau avec leur douceur très terrienne, apportant au poisson une couleur terre-mer intéressante. Le saumon glisse tout seul, et si bien que cela en est presque frustrant.

Les assiettes sont enlevées. Voici les desserts : Le Jade (entremet citron vert, fruits rouge), Le Crunchy (chocolat et cacahuètes), la tarte passion et romarin, le Topaz (chocolat, fruit « exotic », marmelade de mangue) et une tarte au citron meringuée. Plus des glaces artisanales.

La tarte passion et le Crunchy nous rejoignent quelques minutes plus tard.
Le mariage passion – romarin est indiscutablement réussi. L’herbe aromatique porte les humeurs acidulées du fruit de la passion dans une crème délicate, à laquelle une pate aux retours de beurre apporte un croustillant magnifique.
Le Crunchy aurait pu suivre cet exemple. Trop de mou chocolaté à notre goût, mais le chocolat lui-même est une petite merveille. Les amateurs lui feront grand honneur.

Voici qui termine cet excellent moment gastronomique passé sous le jeune badamier d’Ô Bord’ Mer. Nous sommes délestés de 82 euros. C’est un petit peu cher à première vue, mais le rapport qualité-prix est bon. C’est ce qui compte.

Depuis quelques mois, cette adresse du bord de mer de Terre Sainte semble attirer les gourmets et gourmands de l’île. Il y a de quoi. Un cadre confortable et dépaysant, un service excellent, et une cuisine inspirée, précise, et respectueuse des produits, en sont les explications.
Des produits de notre terroir mis à l’honneur par un chef qui va puiser dans la tradition culinaire locale pour offrir à la clientèle des plats qui ouvrent de nouvelles portes aux sensations gustatives.
Et tout ça presque sans avoir l’air d’y toucher, sans les raffinements ampoulés d’une gastronomie au dressage à la pince à épiler, mais avec une générosité et une passion qui se retrouvent dans l’assiette. Un chef qui est bien parti pour se faire un nom. Retenez-le. Il s’appelle Leveneur,  Emmanuel Leveneur.

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