Le Tangor doit confirmer

Saint-Joseph. La jolie commune du Sud abrite plusieurs établissements de cuisine réunionnaise. Certains réputés comme Chez Jo à Manapany, d’autres proposant une qualité très inégale, selon qu’on soit un dimanche ou la semaine. Du côté de la Plaine des Grègues, patrie du curcuma, un restaurant continue son bonhomme de chemin malgré les aléas sanitaires : le Tangor. Un fruit qui pousse bien là-haut. Nous l’avions testé en 2018. Il avait récolté d’une fourchette en argent. Qu’en est-il trois ans et demi plus tard ?  

La bâtisse était beaucoup plus fraîche dans nos souvenirs. Elle mériterait un peu d’entretien. C’est qu’il a fait humide ces derniers temps. Le cadre s’est donc un peu dégradé dirait-on, mais sans que cela en devienne repoussant, qu’on se rassure. La formule a changé aussi. Aujourd’hui le Tangor a choisi le buffet, à volonté, avec entrée servie à table quand même. Nous prenons place à l’intérieur, et demandons l’entrée du jour : une salade avec des cromesquis de chèvre.

Les légumes sont frais, et le chèvre chaud se déploie dessus en fournissant un petit croustillant sympathique, et les petits croûtons imbibés prennent le relais. Tout cela est imprégné de crème balsamique au curcuma, vigoureuse et douce à la fois, une merveille. L’assiette est vidée, passons au buffet. Au menu : Ti jacques boucané, un sauté chinois, rougail zandouille et poulet frit.


Le poulet est efficace. Ce n’est pas du poulet de luxe mais il est bien enveloppé de cette pellicule grasse teintée de fond de karay et se mange sans faim. Le cari Ti jacques n’est bien préparé, mais le fruit vert lui ne l’est pas. A l’œil, c’est haché avec des pieds arthritiques, grossièrement, et nous paraît un peu flasque pour cause d’humidité. Il n’a quand même pas plu dans la marmite, espère-t-on. Nous préférons les caris ti-jacques plus finement hâchés, et qui attachent un peu au fond, ce qui leur ravive les sucs, m’sieur le duc. Un cari ti jacques bien né, c’est comme le bichique, c’est sans eau, sauf si ce dernier aurait un peu de mal à cuire, auquel cas on rajoute de l’eau mais au fur et à mesure et en petite quantité. Et il doit « luire » aussi avec son huile.


Le rougail zandouille est à se taper le fondement au lustre. Belles sensations sous la dent, un fumet plutôt délicat, mais qui avance quand même un côté musqué marqué, cuisson parfaite, sel maîtrisé. Que demande le peuple ? Renseignements pris, l’andouille vient de chez Morel, charcuterie de Saint-Joseph réputée qui a participé sans le savoir (comme les autres) au concours de la saucisse d’or.
Une précédente dégustation privée de l’andouille ne nous avait pourtant pas convaincus. Les bonnes vieilles andouilles qui sentent la tripe et la chaussette, comme on les aime, est faite sur commande.
Ici, le chef maîtrise son sujet, visiblement.

Rien à dire concernant le riz. Les lentilles ont une belle saveur. Le rougail tomate est bon, même s’il est hâché encore plus gros que le Ti-Jacques. Ca fait un peu expédié. Le rougail de courgette est croquant et accompagne bien tous le poulet et l’andouille.

Un café gourmand termine ce bon repas d’excellente façon avec une crème brûlée au curcuma et des dès d’ananas passés à la poêle juste pour lui dégager les chakras. Nous réglons une addition de XX euros pour une boisson, une entrée, un buffet et un dessert. Le rapport qualité prix est bon.

Le jeune Thomas a du potentiel. Nous serions curieux de le voir à l’œuvre sans pression, dans un cadre amical et festif. Il met dans sa cuisine tout son cœur, et même si, ici et là, quelques détails sont à revoir, en commençant par être plus pointilleux sur la matière première (en l’occurrence le Ti Jacques) il peut devenir une référence en matière de cuisine créole avec du temps et du travail.  Du genre de celle qui déplace les foules. Pour le moment nous repartons bien repu, non sans lui avoir annoncé que le Tangor aura sa page dans le prochain guide des meilleurs restaurants créoles. Qu’il ne nous fasse pas mentir.

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