O Bord’Mer doit tenir bo !

Le village de Terre Sainte, « waterfront » comme disent les cousins Mauriciens, a gardé un cachet certain, auquel quelques constructions anciennes et malmenées par les ans et les éléments ne sont pas étrangères. On y respire le bon air marin, et ce d’autant plus quand la houle fait son show.
C’est dans ce cadre pittoresque que OBM est installé. O Bord’Mer « by » Leveneur.

Notre première visite date de deux ans, et nous avions été charmés par les lieux, le service et la qualité des plats. Qu’en est-il aujourd’hui, après les vicissitudes sanitaires et météorologiques ? O Bord’Mer a gardé sa philosophie : une cuisine créole, mais pas seulement dans le sens où on l’entend communément. Cette créolité s’exprime surtout dans le choix des produits et la manière de les travailler. Des produits de la mer, surtout, poissons et crustacés. Les amateurs de barbaque ne sont pas oubliés. Aujourd’hui du kangourou, du filet mignon, de l’agneau, de l’entrecôte et du canard. Côté mer : caris de thon et d’espadon frais, du Ti jaune rôti, filet de bar, thon mi cuit, tartares… Soit 19 plats en tout à l’ardoise, sans compter les desserts. Aucune entrée proposée. C’est sans doute beaucoup, peut-être trop. Ne vaudrait-il pas mieux se concentrer sur cinq plats principaux et deux entrées par exemple ?

Nous demandons quand même une entrée, et avons la bonne surprise de recevoir une réponse positive. Samoussas ou fritures d’éperlans ? Les samoussas n’étant pas de la maison, va pour les fritures. Après cela nous souhaitons tenter la fricassée de zourite et camarons citronnée, pour changer un peu des caris. Cette fois la surprise est mauvaise : il n’y en a plus. Pas plus qu’il n’y aura de glace tamarin au dessert. Attention à bien afficher les plats disponibles avant d’accueillir les clients. Nous nous rabattons sur le rizotto aux gambas au curry vert.

Un Ti-punch plus tard, voici venir les éperlans. Les petits poissons croustillants, bien égouttés, nous envoient une claque puissante teintée d’un fumet grillé tout à fait appétissant. C’est salé, mais le sel n’est pas si autoritaire que ça. Il invite plutôt à l’enrobage de mayonnaise. Celle qui est sur l’assiette en guise de décoration n’est pas su!sante. Une bonne dose de mayonnaise maison, nature, épaisse, celle qui colle, aurait très bien fait l’affaire.

Le risotto remplace l’entrée, proprement nettoyée. Il a tout pour plaire. Une texture crémeuse, avec une mâche agréable, juste assez résistante sous la dent pour avoir des sensations. Une saveur prononcée, assez marine, mais nous avons un peu de mal à reconnaître le curry dans l’histoire. C’est ce qui arrive quand on a le palais portant les souvenirs des tsunamis gustatifs des cuisines indiennes. Les gambas sont bons, quoique peu salés toutefois, et manquant de ce côté roussi des attaches au fond de poêle, qui donne une couleur gustative particulière aux crustacés. Mais sans doute n’était-ce pas l’effet désiré. Pour ajouter au thème indien voulu par le curry, des sortes de papadums sont fichés dans la garniture. Pour résumer le plat est joli, plutôt bon, mais le chef aurait pu aller un peu plus loin dans l’exercice, en épiçant davantage le risotto et en donnant plus de pêche aux gambas.

Nous terminons par deux boules de glace artisanale et un café avant de régler la note : 45 euros pour une boisson, une entrée, un plat et un (petit) dessert. Le rapport qualité prix est acceptable.

Petite plage à proximité du restaurant.

O Bord’mer a connu quelques aléas, à l’instar de ses confrères du coin et d’ailleurs, et semble soffrir d’une structure qui n’a d’avantage que son emplacement royal, les pieds dans l’eau. Le bâtiment est fatigué, la proximité océanique est intraitable avec les constructions humaines et nous ne sommes pas sûrs que les locaux soient pleinement fonctionnels pour travailler dans les meilleures conditions. Malgré tout, le chef et l’équipe du restaurant « i tienbo », en proposant une cuisine généreuse et joyeuse, à l’image du personnel qui nous a servi aujourd’hui. Nous notons quand même un léger tassement dans la qualité globale, par rapport aux plats que nous avons dégustés voici deux ans. Mettons cela sur le compte des di!cultés du métier et peut-être aussi de cette fatigue mentale ambiante qui touche tout le monde, entre la crise sanitaire qui continue en dépit du fait qu’on regarde ailleurs, les problèmes liés au fret, la guerre, les intempéries, et tutti quanti. Les bons restaurants ne sont pas légion, il est important de « tenir bo » encore pour ne pas constater un jour que la salle est vide, face à l’amer. Heureusement, pour le moment, aucune raison de ne pas revenir chez le chef Leveneur.

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