La ferme du Pommeau, cher payé pour de l’amateurisme

Notre dernière visite au restaurant de la Ferme du Pommeau (qui est aussi un hôtel) remonte à 2019. Elle s’était soldée par une fourchette en plastique. Repris l’année dernière, l’établissement, qui avait bien besoin d’un renouveau, a rouvert avec une nouvelle équipe. Étant donné la misère gastronomique créole de La Plaine des Palmistes depuis que le Relais des Pitons a fermé ses portes, nous avons conçu quelque espoir de trouver à la Ferme de quoi contenter les palais réunionnais exigeants. Résultat : patatras.

Nous arrivons sous les cieux cléments d’un soleil qui s’habille pour l’hivers à la Ferme du Pommeau. L’entrée a changé. On se gare maintenant côté jardin. La piscine est en fonction. Elle a bénéficié d’un petit lifting dirait on. Les bâtiments accusent encore extérieurement le poids des années, mais cela est plus soigné que dans nos souvenirs.
La salle du restaurant, avec sa cheminée centrale, paraît plus dépouillée. Le Covid et les distanciations obligatoires sont passés par là. Nous sommes accueillis fort chaleureusement par deux personnes. L’une d’elle, très sympathique, nous avoue même que c’est son premier jour. C’est bien, mais le client n’a pas à le savoir. Non plus qu’il n’a à entendre les conversations fusant depuis la cuisine, d’ailleurs.
La carte nous est présentée. Des feuilles imprimées, dans des pochettes en plastique. Si c’est un détail pour certains, pour nous ça veut dire négligé. Mais passons.

6 entrées, 5 spécialités créoles, 5 spécialités « du chef ». Les spécialités du chef étant magret de canard, entrecôte de bœuf, gambas poêlées au pastis, thon mi-cuit au sésame sauce tamarin, et steak de butternut galettes de légumes croquants. Excepté les deux derniers plats, les « spécialités » sont d’un commun navrant. Mais après tout, c’est peut-être excellent et il y a toujours des clients qui se fichent de l’originalité comme de leur premier petit pot.

Nous ne sommes pas venus pour ce genre de plat. Nous tentons le rougail saucisses et le cari coq. Pas non plus des modèles d’originalité, sauf pour le touriste tout frais, mais qui font partie du paysage culinaire.

Nous demandons « La Réunion des Saveurs » en entrée, un nom un peu dithyrambique pour des fritures péi, samoussas, bouchons, bonbons piment et sarcives. Des amuses gueules qui se révèlent pas mauvais. Il manque peut-être une sauce pour les accompagner. Chinois ou prune. C’est en effet un peu sec.

Nous demandons également une salade de palmiste « Passionnée », à savoir avec une vinaigrette agrémentée au jus de la passion… La perspective nous enchante. La première fourchette nous déchante. Le palmiste présente une texture qui a quitté le croquant du frais pour autre chose, beaucoup moins croquant, bien moins frais, et zombifié par la sauce, laquelle se montre davantage agrume que fruit de la passion. Deux olives et quatre tomates pour la déco. Pourquoi faire ? Ce n’est pas une entrée, ça, c’est une erreur. Les plats de résistance arrivent assez vite. Trop.

Le service est à l’assiette. Les dressages font pitié. Un riz aux contours bizarres (du bas de gamme très probablement) et dont le moulage se casse la figure. A peine trois cuillerées de saucisses. Des morceaux de blanc de coq, et des os, tout ça posé comme une pelletée de tout-venant dans une déchetterie marron. Cela ne ressemble à rien. Nous goûtons.

Le rougail saucisse est mangeable, même si les charcuteries sont assez quelconques, avec une petite tendance grasse, qui n’est pas trop gênante. La sauce est correcte, en dépit d’un côté acidulé-sucré qui rappelle les tomates en boîte, en moins prononcé. Rien à dire de plus. Ce n’est ni le meilleur ni le pire que nous ayons mangé, il se situe dans la moyenne inférieure.

Le cari de coq fait presque mieux, si l’on peut dire. Selon la dame au service, la plupart des produits proviennent du secteur. Nous nous attendions donc à un bon vieux coq fermier palmiplainois, au moins. Les blancs sont filandreux mais pas trop secs. Les épices sont trop timides, et la saveur générale déprimante, pour un coq. En risquant une métaphore cinéphile, si un bon cari de coq la cour est James Bond, ce cari ci c’est Johnny English. Une parodie, le rire en moins.

Les accompagnements sont globalement corrects. Le riz est bien cuit, avec un goût de « vieux » discutable en revanche. Les lentilles sont plutôt dans la bonne moyenne, assez parfumées, mais la sauce est un peu claire. Le rougail tomate est acceptable.

La carte des desserts ne brille pas non plus par son originalité. Nous demandons le moelleux au chocolat et un café. Le second est servi bien avant le premier. Les deux en même temps aurait été plus indiqué. Le moelleux est à moitié froid. L’autre moitié est à température ambiante. Problème de four ?
Le dressage se veut sans doute joli, mais c’est du niveau atelier de cuisine pour école primaire. Smarties en prime. Au milieu : deux raisins coupés en deux. Des raisins, alors que nous sommes dans la patrie du goyavier, en pleine saison, et qu’il y en a une quantité sous les fenêtres par-dessus le marché. Selon vous : > « Ils n’ont pas eu l’idée » >  « Il reste des raisins au frigo » > « Ils n’en n’ont rien à f… » > « Les raisins c’est mieux avec le chocolat » > « Goyavier ? C’est quoi le goyavier ? »

Addition : 73,50€ pour deux personnes, boissons, entrées, plats, un dessert et un café (pas bon). Soit 36,75€ par personne. Le rapport qualité prix est très mauvais.

La Ferme du Pommeau a été reprise en août 2021. Il y a donc 10 mois. Nous ne parlerons pas de l’hôtel, qui n’est pas notre propos, même si nous supposons qu’il a dû et doit encore mobiliser des énergies. Au détriment du restaurant ? Ce dernier a eu largement le temps de prendre sa vitesse de croisière, mais montre au contraire un amateurisme parfaitement incompatible avec ce genre d’établissement et les tarifs pratiqués. Carte mal présentée, au contenu sans originalité, sans innovation, sans recherche. Des plats approximatifs, mangeables mais qui ne déclenchent aucun plaisir. A part se remplir le ventre, on ne voit pas très bien quelle raison pourrait inciter à pousser la porte de ce restaurant si les plats ressemblent tout le temps à ceux que nous avons mangés aujourd’hui. Il est grand temps pour l’équipe en cuisine de se ressaisir et de passer à la vitesse supérieure, au lieu de pédaler dans le vide. Un bon restaurant est la locomotive d’un hôtel. Des consultants professionnels peuvent proposer leurs services pour mettre du charbon dans la chaudière et faire avancer le train ! Cela a un coût, mais celui-ci est largement rentabilisé. Décidément, La Plaine des Palmistes reste bien pauvre en cuisine créole de qualité pour l’instant. Un espoir subsiste encore : le restaurant les Platanes vient de rouvrir. Sait on jamais, là bas, ils savent peut être cuisiner. On ira le vérifier.

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