Beauvallon, vilain plan

Tracez un large cercle au compas à partir de la Rivière des Roches et vous y trouverez un certain nombre de points d’intérêt culinaire, entre des restaurants référencés au « jaune », Provanille, la charcuterie Marianne, et quelques autres petits établissements aux barquettes encourageantes.
Ce cercle englobe également le restaurant Beauvallon, quant à savoir si c’est un intérêt culinaire, rien n’est moins sûr.

Testé plusieurs fois par le passé, avec et sans publication, le restaurant profite d’un site magnifique largement apprécié des locaux et des touristes. A ce titre, il est en pôle position pour faire découvrir à ces derniers toutes les qualités de notre cuisine traditionnelle.
Nous débarquons peu avant midi. Pas un chat. Nous sommes accueillis avec le sourire et placés à la petite terrasse qui donne sur la Rivière où le bichique ne sera plus qu’un souvenir en noir et blanc à cause de la stupidité crasse des humains.
Le menu du jour est alléchant. Trois entrées, dont la fameuse assiette créole (achard, samoussas, etc.), un foie gras maison et des gambas grillés ; Cinq plats, un civet de cerf côtoyant un shop suey et un cari de poisson, un massalé d’agneau, un boucané bringelle. Quatre « spécialités » : bouillon coquilles, cari langouste, cari poisson rouge et civet zourite. Cinq desserts assez classiques.
Après quelques hésitations nous commandons le cari de poisson rouge, plus le boucané bringelles à emporter. Nous choisissons les gambas pour commencer.

Celles-ci arrivent assez vite, avec un effort de présentation, si l’on fait abstraction de la salade verte pâlotte encore croquante mais qui ne donne pas envie. Grillées les gambas ? A la vue comme à l’odeur, c’est juste un petit coup de soleil. En bouche ce n’est guère mieux. Les crustacés manquent de caractère. On est obligé de mâchouiller leur mince carapace pour aller chercher un peu de saveur. Un flambage au whisky leur aurait fait piquer un far aromatique. La sauce « cocktail », industrielle pour sûr, se charge de les faire passer. Une simple mayonnaise maison aurait mieux fait le travail.

Place au cari de poisson rouge, « spécialité », ce qui voudrait sous-entendre que le chef excelle particulièrement dans l’exécution du plat. Le cari a en effet été exécuté, mais plutôt au sens peloton du terme. Deux juvéniles sont présentés côte à côte, enduits d’une sauce épaisse hétérogène, d’une couleur entre le marron clair et le jaune sale, posée comme du vomi. Disons-le, c’est naze.
La dégustation est décevante, pour employer un euphémisme en dentelles. Les poissons ne sont pas très fins, tant au goût qu’en texture. Quand elle n’est pas complètement écrasée par la sauce curcumatée à la truelle, avec un gingembre aussi délicat qu’un videur de boîte de nuit un soir de baston, la chair du poisson nous évoque davantage (à tout « thazard ») le grenadier ou le vieux maquereau. Résultat : une amertume qui reste en fin de bouche, très désagréable. Les tomates n’étaient pas mûres (probable vu la couleur), ou bien il s’agissait de ces tomates sous serre pleine de flotte et sans goût dont l’agriculture moderne nous gratifie.

Le boucané bringelles dégusté à domicile fait mieux. Ce n’est pas difficile. Mais la dénomination est exagérée quand on constate que trouver des morceaux de bringelle dans la barquette ressemble presque au jeu « Où est Charlie ? », ce qui est très dommage car ceux-ci sont goûteux.
Le fumé du boucané fait son travail en activant l’appétence.

Un mot sur le riz, bien cuit, mais dont les grains, qui affichent de fines traces noires ici et là, sont absolument inconsistants et fadasses. Du riz bon marché, copain de la marge. Les lentilles pour leur part sont veloutées et parfumées. Le rougail oignon citron, pimenté juste ce qu’il faut, est ciselé gros doigt mais encourage le poisson.

Nous terminons avec un café gourmand. Il mérite son nom. Le brownie est très bon. Idem pour le gâteau patate, peu sucré et léger, ainsi que la panacotta. Le dessert sauve l’honneur, mais pas la note.

En parlant de note, la nôtre se monte à 58€, pour une boisson, une entrée, deux plats dont un à emporter, et un dessert. Le rapport qualité prix est très mauvais.

Bénéficier d’un cadre pareil pour proposer une cuisine aussi bâclée est du gâchis. Et c’est ça qu’on va proposer aux touristes ? Heureusement que les touristes ont d’autres bonnes tables où aller manger aux alentours, ce qui leur permet de faire la différence. Pourtant l’accueil est parfait, le service aussi, et la carte judicieusement limitée permet de mettre à l’honneur des produits de qualité. A la place nous avons constaté des cuissons ratées, des assaisonnements grossiers et des produits médiocres. Ce restaurant a figuré parmi les premiers à être visités, en 2011. Une deuxième visite a eu lieu en 2016. Et les deux fois, la fourchette en inox était sortie. Rien de neuf sous le soleil. Tout est à revoir. On ne peut faire autrement que de donner au Beauvallon une jolie fourchette en plastique.

Cette critique faite sur la foi de notre visite du 24 août 2022 à midi ne prétend pas être une vérité absolue et définitive sur la qualité des plats et du service de ce restaurant (quoi que là, à force…). Nous certifions n’avoir aucun rapport avec le ou les responsables de cet établissement ni aucun intérêt à lui attribuer une bonne ou une mauvaise note. Faites vous votre propre opinion.

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