Les Letchis, rapport qualité prix perfectible

Comme à notre habitude nous arrivons de bonne heure, le restaurant ouvrant dès 11h30. Rien n’a changé en 5 ans. Toujours le même toit en tôle sur la terrasse qui nous avait choqués lors de notre dernier passage, nous qui avons connu cet établissement avec les tables sous les arbres.

Les intempéries avaient été évoquées comme explication à cet enlaidissement de l’endroit. Les bassins à l’entrée, où nagent les poissons, sont toujours là, mais ils auraient besoin d’un bon nettoyage. Dans le prolongement de la terrasse, un caillebottis fatigué, qui s’affaisse quand mon marche dessus, accueille quelques tables et on nous y installe. Après les épisodes de pluies intenses, le ciel est d’un bleu magnifique. La Rivière des Marsouins chante a quelques mètres, et des pieds de longanis chargés s’y penchent. Tout cela est très bucolique, mais la fumée d’un feu, un peu plus loin, est assez désagréable.  L’accueil est aimable, détendu et très professionnel.

Aujourd’hui, en sus de la carte, on nous propose du poisson rouge. Nous sommes au courant. Mais la photo sur la page Facebook montre des juvéniles, et notre expérience a montré qu’ils sont parfois bien moins goûteux que les adultes, lesquels ont logiquement mangé davantage et nagé plus longtemps dans l’océan. Aller pêcher ce genre de poisson sans attendre qu’ils grandissent, c’est un peu la même histoire qu’aller casser toutes les mangues vertes de leur pied, sans en laisser à mûrir. L’appât du gain immédiat.

Nous ne prenons donc pas le risque, et nous nous rabattons sur l’un des plats qui a fait la réputation du lieu, selon la recette du sieur Lhomond père, à l’époque patron du restaurant, le canard braisé. En préambule nous demandons un mojito sans alcool qui nous rincera avant d’attaquer la salade de palmiste rouge (présenté comme tel en tout cas) choisie en entrée.

Si le palmiste est probablement rouge, son dressage ne laisse pas l’apprécier à sa juste valeur. Nous avons droit, une fois de plus, à cette sempiternelle découpe en fines lamelles qui n’autorise qu’un croquant limité impropre à apprécier la saveur subtilement lactée de ce produit d’exception. Tout ça sous prétexte que c’est joli. Mais on s’en cogne la couenne que ce soit joli, ce qu’on veut c’est que ça ait du goût ! Et là, le goût est forcément limité, et ce ne sont pas les quelques filasses un peu dures, signe d’un dépiautage pas trop soigneux, qui peuvent y remédier. L’assiette est aimablement enlevée, et le canard promptement servi, avec ses accompagnements.

La couleur fait plaisir à l’œil. C’est foncé, c’est luisant sur les bords, ça respire le fumet de fond de vieille marmite, celles qui sont si carbonées qu’il faut les nettoyer au marteau piqueur. Des reflets de poivre, de thym et de girofle, poussés jusqu’au bout du bout d’un roussi dans le gras qui va chatouiller le brûlé sans franchir le point de non retour, nous rappellent ce monument de cari dégusté voici quelques années chez les compères Pat’Jaunes. La première bouchée confirme. Si la viande affiche quelques filandres, elle n’en demeure pas moins moelleuse, presque confite. Les morceaux colorent le riz, puis on ajoute une cuillère de haricots bien en crème, puis un peu de rougail d’orangine, et c’est le paradis en bouche.

Le rougail bringelle est aussi très bon, mais manque de ce côté fumé-cramé du soulier verni qui a tâté du feu directement. Le rougail d’orangine est mieux présenté que la fois dernière. Il est délicieux, mais nous supposons qu’il aura mieux fait son travail en compagnie du poisson rouge que Sarah Patel a eu dans son assiette ce midi là, après que nous ayons quitté les lieux. En revanche, une fois la fumée dispersée, nous avons été incommodés par l’odeur du tapis de letchis pourri à proximité de notre table. Leur état indique qu’ils ne sont pas tombés dans la nuit et qu’ils macèrent ainsi depuis plusieurs jours, sans que personne ne connecte deux neurones pour aller les ramasser. Cette négligence aux conséquences tant olfactives que diptériques est parfaitement inacceptable dans un établissement qui affiche de telles prétentions, avec des tarifs plutôt salés. Les ronds de jambes devant les clients, c’est bien, l’hygiène, c’est bien aussi.

Le café gourmand du dessert est très varié et conclue positivement le repas.

Addition : 64,50€ pour un cocktail, une entrée, un plat, une eau gazeuse et un dessert. Le rapport qualité prix est perfectible.

Cela fait en effet cher pour une seule personne, même si, globalement, le repas fut très bon. Mais pas forcément meilleur qu’à d’autres tables de l’île, moins onéreuses. L’étude d’une formule ne serait pas du luxe. Le luxe, lui, est dans le cadre unique de ce verger en bord de Rivière des Marsouins, qui fait faire une pause au temps lui-même (mais est-ce une raison pour assommer le client ?) Le luxe serait aussi de fournir des salades de palmiste croquantes comme il faut. A part ces détails, et l’entretien des espaces verts qui laisse à désirer, et auquel les interpellés ont promis de remédier, rien de spécial à dire. Les Letchis font bien mieux qu’à notre dernière visite. La possibilité d’attribution d’une fourchette est très envisageable, mais en l’état actuel des choses, l’or est exclu. En espérant que ce sera encore mieux la prochaine fois.

La marmite tient le bon cap !

Nous profitons de notre présence à Cilaos pour continuer notre tour des restaurants de cuisine réunionnaise en vue de la parution du prochain guide jaune. L’année dernière deux d’entre eux ne s’étaient pas montrés sur leur meilleur jour. Deux autres sont testés le week-end dernier. Une découverte prometteuse et une déception.

Nous entamons ce nouveau tour avec La Marmite du Cap, situé à quelques dizaines de mètres en amont de l’hôtel Tsilaosa et du restaurant « Chez Noé », qui recevra aussi une visite d’ici août. La baie vitrée est en partie masquée par un adhésif qui expose la carte aux visiteurs. Le chevalet posé sur le trottoir, affiche pour sa part les plats du jour : boucané ti jacque, rôti de porc pomme de terre, cari canard, sanglier petit pois, civet de pigeon au vin de Cilaos, cari camaron, coquelet entier et cari d’espadon. La salle d’une quarantaine de couverts est encore vide. Bois verni et murs bleus composent la décoration. Tous les goûts sont dans la nature. Nous prenons place. L’accueil est poli et le sourire est composé. Nous prenons place, et examinons la carte, version réduite de celle de la vitrine. Un gratin « du jour » et un civet cabri, un de nos « plats test » préférés, feront l’affaire, sous le mode de la formule entrée plat et dessert à 26 euros. Ce qui paraît raisonnable.

Le gratin de citrouille est servi rapidement. Visuellement, le fromage est plus fondu que gratiné d’ailleurs, avec des reflets huileux, et quand nous en faisons la remarque à la serveuse, sa réponse, elle, est gratinée, avec une pointe d’ironie : « monsieur est cuisinier » ? Non, mais c’est pas notre premier gratin ! Pourquoi ? En dessous du fromage, de la citrouille très polie, accompagnée de morceaux de patate dirait-on. La dose de sel qui vient équilibrer avec justesse les atours doux de la cucurbitacée tout en relevant son goût. C’est très bon. Le gratin pas gratiné est quand même apprécié en dépit de l’absence de pain frais pour l’accompagner, et nettoyer le ramequin. Nous l’avons attendu un temps certain avant de nous résoudre à le réclamer. Quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver des tartines passées au four, toute dures. Fait exprès, ou plutôt oubli d’achat du pain ce jour-là ? Il existe pourtant une boulangerie pas loin.

Voici le cabri, en présentation petite marmite, c’est vintage, vu et revu, mais ça reste apprécié. Belle couleur, texture très moelleuse, odeur un peu en retrait, qui manque de fragrance, mais saveur fidèle au poste, ce cabri se situe au-dessus de la moyenne. La viande archi-cuite (probablement réchauffée) s’arrange bien des feuilles de caloupilé et d’une légère acidité en fond de bouche, accentuée avec éclat par un rougail zévis goûteux. Zévis, zé tout fini. Belle idée de marier le massalé et la prune de Cythère, pour voir si le silon s’y terre. Les os sont nombreux mais ils contribuent au goût et au suçage, tout enrobés qu’ils sont dans la sauce épaisse. Prétexte pour attaquer l’affaire à la main, à la traditionnelle.` Les haricots ont bon thym, et bon roussi. Le riz est sans défaut, épais et moelleux sans être collant, il donne avec le massalé de belles bouchées jouissives.

En dessert nous demandons une tarte tatin, non faite maison mais tant pis. Elle est servie chaude et la chantilly coule dessus. Joli point final au repas. Nous repartons en réglant une note de 29€ pour une boisson et une formule. Le rapport qualité-prix est bon.

Nouvellement testée, La Marmite du Cap donne des signes encourageants pour l’obtention d’une jolie fourchette au « guide jaune ». Sans atteindre des sommets, la cuisine créole est de bonne facture, dans tous les sens du terme. L’accueil est correct mais le service est perfectible. Cette fois encore nous avons déjeuné au régime des dromadaires, sans eau proposée. Si la politesse est globalement de mise, ça manque de chaleur. Faudrait peut-être repeindre les murs en jaune pour ça, allez savoir.  D’autre part, le genre de pique gentille « vous êtes cuisinier ?» ne passe pas avec tout le monde. Enfin, « Les clients préfèrent le fromage fondu plutôt que gratiné », sourire en coin, ressemble à un léger « foutant » à peine déguisé. Ce restaurant devra confirmer avant d’entrer dans le guide des meilleurs restaurants de cuisine créole, ce qui remplumerait les pages dédiées aux cirques, hélas bien désertes.

Le Petit Randonneur se prend une gamelle

Le Petit Randonneur, a qui nous avions donné une première fourchette en argent en 2016, suivie d’une autre dans le premier guide jaune, était l’un des plus réputé du cirque. Visite à l’improviste, comme d’habitude.


L’établissement se trouve pile dans le « triangle d’or » de Cilaos, avec deux concurrents à proximité, Les Sentiers à côté et Chez Lucay en face, dont les remontées de nos différentes antennes ne disent pas grand-chose de bon. Le Petit Randonneur a-t-il su résister au « syndrome du touriste couillon » ? Vous vous demandez de quoi il s’agit ? C’est tout simplement le fait de faire de la cuisine business, c’est-à-dire rentable avant tout, et par-dessus la jambe, sans saveur ni sentiment, pour les touristes d’outre océan qui ne connaissent pas ou mal la cuisine réunionnaise.
Aujourd’hui les touristes sont peu nombreux. La salle est davantage occupée par des locaux, venus pour la fête de Saint-Vincent et aussi pour le joli marché forain où l’on trouve des pépites comme de l’ail péi à 10€ la botte et des grains rares.
Au menu du jour : la traditionnelle assiette créole (nems, samoussas, fromage de tête), salade de poulet ou de chèvre chaud, émincé de poulet à la vanille, les saucisses aux lentilles de Cilaos, un steack de bœuf à la chinoise et des andouillette « à la créole ». Dès fois que les touristes prendraient ça pour des andouillettes zoreilles, peut-être. Magret, burger et steack de thon figurent aussi au programme. Et le sempiternel « menu enfant », encore. Un « supplément de lentille de Cilaos » est facturé 7€.
Nous choisissons l’assiette créole et les andouillettes, en fait un rougail zandouillettes pour appeler un chat, « un chat ».

La salle se remplit. L’attente est sensible entre chaque plat.

L’assiette créole débarque, bien garnie. Trop à vrai dire. C’est plus qu’une entrée, c’est presque un plat. Mais si c’est bon, ça passe tout seul. Ce n’est pas le cas. Les samoussas sont gras. La farce est épaisse, compacte et assez lisse gustativement. La pâte à la couleur bizarre d’un zombi perdu dans le brouillard, avec des reflets cramés. Les nems, pas avares en gras non plus, ont les relents de plastique et de fond de frigo des préparations industrielles. Aucune sauce n’est proposée avec. La salade verte en décoration est fatiguée. Appeler cette tranche de viande agglomérée « fromage de tête » revient à qualifier une voiture sans permis de Ferrari sous prétexte qu’on la peinte en rouge. Rien d’artisanal dans tout ça. A Cilaos. C’est un scandale.

Nous espérons nous rattraper avec le rougail zandouillettes. C’est pire. La chose qui nous est servie est spongieuse et remugle une arrière odeur forte et sauvage d’andouille mal préparée. La texture molle donne l’impression de mordre dans de l’inconsistant gorgé de sauce. Le sel bien présent est accompagné d’une amertume qui reste sur la langue, reflet de la tomate en boite peut-être. Nous laissons les 9/10e du rougail dans le plat, sans que personne n’y trouve à redire. Pas une seule question relative à la possibilité d’un souci quelconque, hormis le classique « ça s’est bien passé ? » au départ du client.
Le riz pour sa part, collant et sans une once de saveur, peut servir de joint pour du carrelage. Le rougail concombre arrache. Les pois du Cap sont très salés.

Le dessert, un très bon moelleux au chocolat, ne suffit pas à rattraper le repas.

Le Petit Randonneur aurait-il glissé dans un fond de ravine ? Ça arrive parfois quand on devient trop sûr de soi sur un sentier glissant. En tout cas, ce n’était pas son jour selon notre expérience. A noter que d’autres clients semblaient pourtant y prendre du plaisir avec des grillades. Nous nous sommes donc trompés de plat. Avoir un emplacement pareil et gâcher des plats créoles comme ça est très dommage, pour utiliser un euphémisme. Comment peut-on oser présenter ça à des clients ? C’est vraiment les prendre pour des cochons de payeur sans palais, ce que certains sont peut-être. Ce qui n’excuse rien. Le service quant à lui est resté aimable, quoiqu’un peu stressé.
Si de meilleures nouvelles nous sont remontées d’ici six mois, une nouvelle visite sera programmée. Autrement, le Petit Randonneur grossira le nombre des disparus sur les sentiers.

Le Riz Sofé ne décolle toujours pas

Passage éclair du côté du Riz Sofé, petit restaurant posé sur la traversante de Terre-Sainte et qui, depuis son ouverture, avait donné des signes positifs quant à la qualité de ses plats. Nous l’avions visité à peine un mois après son ouverture et nous avions également acheté des barquettes à l’occasion.


Nous nous y arrêtons une fois de plus en cette année 2022 finissante. Au menu : rougail saucisses, civet de cerf, rougail boucané, porc chouchou, rougail morue, Civet la patte cochon fumé, rougail chevaquine et cari poulet. Soit huit plats. Sont-ils tous du jour ? Non, certains sont de la veille.
Dans les accompagnements figurent des brèdes chou-de-Chine, et le plat le Riz Sofé éponyme.
L’accueil est sans défaut, le service non plus. Sourire et efficacité sont présents. Le cadre est agréable et confortable.
Nous demandons le rougail morue, sur place, plus le civet la patte à emporter.
Le plat arrive assez rapidement, le temps de se désaltérer.


A la vue le rougail morue présente bien, avec une jolie couleur. Au nez aussi, bien que nous ayons vu des rougails plus odorants que celui-ci. En bouche, surprise : la salaison envoie de la douceur, et pas subtilement. Qu’est-ce qui s’est passé ? Tomates trop mûres ou est-ce la faute aux oignons ? Heureusement que la texture est satisfaisante, bien que nous aurions aimé un plat un peu plus sec. Les brèdes sont à la fois croquantes et délicates, leur amertume est légère et la dose de sel est impeccable. Le riz « sofé », marque de fabrique de l’établissement, est assez bon. Les grains de riz sont tendres et collent juste ce qu’il faut, mais ici le sel fait défaut. On le compense avec le petit piment la pâte orange.

Le civet la patte cochon fumé est en soi un non-sens, selon nous. Mais il fallait le goûter pour en avoir le cœur net. Le verdict est imparable : le côté vin s’accommode mal de la viande fumée, et inversement. En effet les saveurs se mélangent et annulent mutuellement leur intérêt respectif. On n’apprécie plus ni le fumé et de la viande, ni la cuisson au vin. Mieux vaut faire un civet avec la patte fraîche, et un cari avec la patte fumée, c’est plus clair.

La crème brûlée du dessert fait son office, sans plus.
Nous repartons en réglant 33 euros pour une boisson, un plat, une barquette, un dessert.
Le rapport qualité prix est perfectible.

Le Riz Sofé figurait dans le « Guide Jaune », mais dans la liste de fin de chapitre, celle qui indique les restaurants dont la cuisine est correcte mais sujette à amélioration et/ou de qualité inconstante.
Nous avons bon espoir de le sortir de là pour lui attribuer une fourchette, mais ce ne sera pas le cas aujourd’hui. Il faudra une nouvelle visite pour cela. Il manque justement de rigueur et de constance. Parfois les plats sont bons, parfois ils naviguent dans les eaux grises du passable, celles fréquentées par les bouis-bouis dont l’ambition n’est que de remplir les ventres de clients peu exigeants. C’est inadéquat avec les tarifs pratiqués. Le décor c’est bien, les prestations aussi, mais ce qui compte au final c’est le goût. Il ne faudrait pas l’oublier.

Restaurant Law Shun, la qualité dans la simplicité

Aujourd’hui nous visitons un restaurant de Saint-André dont nos antennes nous ont vanté les caris. Il se situe dans le haut de la ville. Pour éviter les embouteillages, vous pouvez passer par la route menant à Salazie, puis, au rond point de la station, redescendre l’Avenue de Bourbon. Vous le trouverez sur votre gauche un peu plus bas. Un bâtiment relativement récent, une grande salle très propre à la décoration minimaliste, des tables et chaises en plastique, sans nappes, voilà le décor.

L’accueil est très sympathique et souriant. Il est 11h00, les plats sont prêts et attendent les clients. Au menu du jour : gratin de brocolis, salade fermière, vindaye de thon, brèdes songe morue, rougail boucané, porc aux trois merveilles, poulet croustillant, shop-suey poulet, cuisses de poulet rôties, riz safrané aux légumes. Soit une dizaine de plats, un nombre raisonnable qui laisse espérer davantage de soin dans leur préparation. Nous demandons le rougail boucané accompagné du riz safrané, plus un vindaye et une morue brède-songe à emporter.

Le boucané affiche une jolie couleur, assez appétissante. La première bouchée confirme le visuel : c’est du boucané « dur ». Non pas qu’il nécessite une mâchoire de néandertalien pour être mastiqué, il est juste composé de plus de viande que de gras. Pour autant, cette dernière n’est pas sèche et si elle offre une belle mâche, propice à diffuser sa saveur fumée, elle reste accessible aux molaires. La sauce réduite emballe les morceaux sans supplément d’huile. Rien à voir avec certains caris qui nagent dans la flotte comme nous en voyons parfois. Le sel est légèrement bavard, on s’y attendait, mais il se fait plus discret sur la longueur, quand le palais s’est habitué. Bon point donc tant sur le choix du boucané que sur sa préparation.

Nous sommes en revanche un peu plus nuancés concernant le riz safrané, et moins sur son assaisonnement que sur sa nature même. En effet, si les saveurs n’ont rien à se reprocher, et si pour une fois le riz long en grains détachés s’impose par le cousinage du plat avec le briani, la dégustation est un peu gênée par une sensation sableuse ou farineuse sur les grains de riz. Peut-être un morceau de pomme de terre s’est-il effrité, peut-être est-ce du à la qualité du riz lui-même, ou bien encore à la sauce des haricots blancs, ce qui dédouanerait le riz. On aurait d’ailleurs aimé que ces derniers soient plus en crème. Le rougail Dakatine pour sa part est efficace.

Le vindaye est un des meilleurs que nous ayons dégusté, et nous en avons dégusté de très bons. Le plat n’agresse pas, avec des saveurs fortes où le citron est revendicatif. Ici, place au raffinement, autant que cela est possible, avec un trio safran, citron et graines de moutarde qui jouent leur partition en parfaite harmonie. C’est délicat, et laisse au nez des odeurs complexes d’épices fraîches. Le thon n’est pas top sec, et profite amplement de ce festival de saveur.

La morue brèdes songe, ou l’inverse, n’est pas en reste. C’est de la belle ouvrage, très proche de ce que l’on pouvait apprécier naguère dans le regretté restaurant Chez Ti Fred. La texture n’est pas humide, signe d’un essorage des songes réglementaire, et l’on y distingue à peine les morceaux de morue, signe d’un émiettage patient, façon grand-mère. En bouche, c’est bien la morue qui s’impose, mais pas au détriment des brèdes songe, dont on sent quand même le goût si particulier.

Sur place, nous terminons avec un gâteau banane maison, pas trop sucré, et qui évite d’être compact et laisser la sensation d’avaler un parpaing après le boucané. C’est bon, mais une présentation à l’assiette avec une boule de glace, de la chantilly, du chocolat fondu et/ou un fruit serait un plus apprécié, quitte à ajouter 2 ou 3 euros au tarif.

Nous repartons après avoir réglé une note de 24€ pour trois plats dont deux à emporter, une boisson et un dessert. Le rapport qualité-prix est très bon.

Les « majors » de Saint-André ayant tous été visités, nous désespérions d’y trouver un établissement qui puisse soutenir la comparaison. Les nombreux petits restaurants, snack et point de vente à emporter sont en effet de qualité très inégale, et frisent la plupart du temps le très moyen. Ce n’est pas le cas du Law Shun auquel il ne manque pas grand chose pour atteindre le niveau supérieur, celui qui va déplacer les foules depuis loin. La cuisine est simple et bonne, si tous les plats ressemblent à ceux que nous avons testé. Le chef connaît visiblement son affaire. Une assiette de crudités pour accompagner le plat (et qui pourrait servir d’entrée), des desserts plus variés et travaillés, des nappes ou des sets de table (même en papier), avec des couverts, quelques plantes vertes, un peu plus de déco, autant d’éléments qui inciteraient davantage la clientèle à rester sur place. Pour l’heure, le Law Shun a de bonnes chances d’entrer dans le prochain « guide jaune ».

Zarboutan ? De quoi ?

Deux restaurants créoles de Sainte-Marie figurent dans le guide jaune 2022, mais cette commune en abrite bien plus, surtout des petites structures, à la qualité inégale et inconstante. Aujourd’hui nous visitons officiellement Le Zarboutan, qui n’est pas spécialement petit, après plusieurs passages tout au long de l’année qui nous avaient donné l’espoir de le voir rejoindre ses deux confrères dans le guide l’année prochaine. Eh bien c’est pas gagné.

Le Zarboutan est planté au bord de la traversante principale de la zone de La Mare, et bénéficie de l’ombrage des arbres et d’un vaste parking à l’arrière qui permet d’éviter de chercher de la place jusqu’à ce que mort s’ensuive.
70 couverts sous chapiteaux, des tables hautes et basses, globalement propres si on n’y regarde pas de trop près (la nôtre affiche une vieille tache de café), plus un local équipé d’une vitrine où les clients choisissent leurs plats en mode buffet à volonté.
Le menu du jour comprend, outre les entrées, un massalé cabri, un cari la patte cochon, un rougail saucisses fumées poulet, un sauté de courgettes, un cari bichiques (importés), des grillades. L’accueil est poli, et le service efficace.

En entrées nous demandons des œufs mimosa, des petits sandwichs Dakatine, quelques feuilles de salades variées, et de la charcuterie. Les œufs sont assez bons, bien que salés plus que de raison. L’idée des sandwichs, des petits pains viennois, est à saluer. Le rougail Dakatine est standard, fort probablement industriel, avec un piment léger. Les feuilles de salades sont fraîches et croquantes.

Nous refaisons la queue pour les plats cette fois et entamons le cabri massalé. La viande est bien cuite et très moelleuse, mais le goût général est éteint. C’est du massalé pour palais zoreil fragile, si fait exprès, ou plus sûrement un plat fait à l’étouffée, sans roussi, avec une poudre éventée. Les quelques feuilles de caloupilé peinent à donner au plat un semblant de relief gustatif. C’est frustrant pour les amateurs de massalé. Il ne manque pourtant pas grand-chose pour qu’il sorte la tête de cette déprime.

Le rougail saucisses est un tas de sel. Ce qui est dommage car les saucisses sont assez bonnes, quoiqu’un peu grasses, signe d’un pedigree bas de gamme. En fait, la sauce est salée aussi, le cuisinier ne s’est peut-être pas contenté d’exploiter le sel de la charcuterie et en a rajouté. Certaines personnes aiment ça, sans doute.

Le cari bichique n’est ni fait ni à faire. On le sait, les bichiques importés, congelés, ont beaucoup moins de saveur que leur congénères locaux, vendus à prix d’or pour cause de rareté (la faute à la surpêche et au je-m’en-foutisme des pouvoirs publics concernés). Voilà pourquoi les cuisiniers ont tendance à y aller au godet de tractopelle pour l’assaisonnement, surtout concernant le gingembre. C’est aussi le cas présentement, mais cela aurait pu éventuellement passer si les bichiques n’étaient pas bouillies ! Un cari bichique mouillé est un scandale en soi. On peut comprendre que ça prenne du temps à tourner dans la marmite délicatement pour ne pas que ça attache trop au fond, mais dans ce cas pourquoi proposer le plat ? Pour faire joli ? Le « Z » de « Zarboutan » devient « Z » comme « Zéro ».

Le cari la patte pour sa part est très bon. Belle viande tendre, dont la peau fond presque en bouche. Jolie couleur appétissante. Le goût est conforme à ce qu’on attend de ce cari emblématique de la cuisine réunionnaise, épicé, profond, gourmand. Nous constatons la présence dans la sauce de plusieurs grains de ce qu’il semble être des baies roses. Celles-ci sont assez nombreuses pour oser une tentative d’aromatisation du cari, en dépit du fait que leur saveur est pâle. Il faut vraiment tomber dessus pour la ressentir. Fraîche, les baies roses s’emploient avec bien plus de prudence. Qu’importe, leur présence a donné à la sauce un côté un peu plus corsé, à la marge, et le cari s’en trouve valorisé.

Le riz a les grains trop détachés pour nous satisfaire, mais le restaurateur suit la tendance actuelle imposée par la clientèle appréciant la « sensation basmati », un riz qui, rappelons-le, ne convient pas aux plats en sauce comme les caris. Les grains sont corrects. Le rougail margoze est ciselé épais, avec un assaisonnement très passable, ou alors il a été mal mélangé.

Un tiramisu pour clôt le repas. Fait maison ou acheté à un prestataire, c’est un « tirami-en-dessous ». C’est lourd et grossier, avec une crème trop épaisse. Du comblage flingue-diabétique.

Nous réglons une note de 64 euros pour deux formules « à volonté », deux desserts et des boissons. Le rapport qualité-prix est mauvais.

Le Zarboutan est l’archétype du restaurant du midi pour travailleurs qui sait de temps en temps sortir des plats très corrects, mais qui semble globalement privilégier la quantité à la qualité, et cuisine à la va-vite, à l’économie. Les idées sont pourtant là. Si nous avons vu largement pire dans la catégorie des buffets à volonté, celui-ci mériterait un peu plus d’attention de la part du (des) cuistot(s), même si certains clients ne viennent que pour se remplir le ventre en vitesse. Excepté trois groupes, sans doute des entreprises du coin, il n’y avait pas tant de monde que cela ce jour-là, et apparemment pas mal d’habitués. Nous sommes certains que ce restaurant peut faire beaucoup mieux, mais pour le moment, on se demande de quoi est ce « Zarboutan »… pas de la cuisine traditionnelle réunionnaise en tous les cas.

Cette critique est faite suite à notre visite du mardi 22 novembre à midi. Elle est subjective par nature et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive sur la qualité du service et des plats de ce restaurant. Nous certifions n’avoir aucun lien avec les responsables de cet établissement ni aucun intérêt à lui donner une bonne ou une mauvaise note. Faites vous votre propre opinion.

Timides progrès à l’Auberge

Sainte-Anne et Saint-Benoît, sont un vivier de restaurants qui compte quelques bonnes tables. L’on peut citer « le Saint-Benoît », « La Cabane aux Epices », « Il était une fois dans l’Est », « Saveur dan’ Fèy Banane ». Aujourd’hui nous allons faire une mise à jour de critique à l’Auberge Créole. La dernière visite date de 2013, il était temps.

Nous débarquons de bonne heure, comme d’habitude. Pas de souci pour se garer, le parking est grand. La salle aussi, d’autant que peu de tables y sont dressées. Idéal pour les évènements familiaux ou d’entreprise. En effet une très belle terrasse tout en bois a été réalisée, ce qui, outre le fait d’agrandir le restaurant, lui donne un certain cachet, surtout au bord de la mer et près d’une ligne de pinpins typiques de la côte Est et Sud Sauvage. En revanche un certain désordre règne aux alentours de la caisse. Des bacs qui traînent ici, des baskets posées là, à la vue du client. Tout ça n’est pas très présentable.
L’accueil est souriant et avenant. Nous choisissons notre table. Le menu sur ardoise nous est déposé pour le choix. Les seuls plats qui mettent en appétit : un civet de cerf et un poulet palmiste.

Nous demandons à la serveuse si le cerf est local, ayant un doute. « Oui », nous répond-on. Va pour le cerf, plus le poulet à emporter. Aucune entrée n’est proposée, les seules crudités font partie de salades qui sont des plats à part entière. Voilà qui est dommage. Pourquoi ne pas imaginer servir ces mêmes salades en version réduite en guise d’entrée ?
A notre surprise, ce sont des samoussas (au fromage), des nems et bonbons piment qui nous sont servis. Pas mauvais, mais sans doute pas faits maison. Le cerf arrive. A la chasse !
Nous notons d’abord que l’odeur caractéristique de civet est standard, et pas très relevée. L’aspect général ne donne pas envie. Un peu plus persil ciselé, saupoudré avec davantage de soin, une ou deux tomates cerise, auraient suffi à donner au plat quelques couleurs, y compris gustatives. La première bouchée n’est guère engageante, la texture est de papier mâché, presque farineuse sur certains morceaux. La saveur intrinsèque de la viande est au rabais, atomisée par le vin rouge. Tout ça est grossier. Ça, du cerf péi ? Nous reposons la question à un autre serveur qui confirme les origines néo-zélandaises (et donc surgelées) du bestiau. Si on avait su, on aurait pas venu, comme dit l’autre.

Le poulet, lui, vient bien de chez nous. Encore heureux. Il se défend d’ailleurs beaucoup mieux. Rien à dire sur le cari lui-même. Le roussi est bon, les odeurs conformes et les saveurs aussi. Le palmiste, coupé assez gros pour avoir de la mâche, est imbibé de la bonne sauce, laquelle n’est pas claire comme nous avons pu le constater ailleurs à maintes reprises. En revanche la chair est sèche, encore. C’est loin d’être un poulet fermier, ou les poulets fermiers d’aujourd’hui ne sont plus ce qu’ils étaient. Encore moins un poulet « la cour ». On peut comprendre le choix économique d’une volaille rentable mais dans ce cas il faut adapter le plat.

Le riz, quant à lui, n’est pas grandiose mais fait le travail. Les haricots sont bons. Le rougail aussi, même s’il aurait pu être mieux haché que ça. Il faut hélas faire une croix sur le rougail tomate pilé à l’ancienne, qu’on ne retrouve même plus dans les tables d’hôtes. Trop difficile, trop fastidieux, pénurie de pilon ?

Nous demandons si le dessert est fait maison. On nous certifie que oui. La tarte tatin arrive donc après un temps d’attente certain, toute chaude, accompagnée d’une glace au coco. Il aurait été bon de préciser le parfum lors de la prise de commande. Tout le monde n’aime pas le coco. La pâte est fine, l’appareil conséquent, tout ça se déguste avec plaisir, mettant un point final positif à un repas assez moyen.

Nous réglons une addition de 62 euros pour deux plats dont un à emporter, une bière et un dessert. Le rapport qualité-prix est perfectible.


L’Auberge Créole est présente depuis des années à Sainte-Anne. Son emplacement, la configuration des lieux ainsi qu’une carte qui ratisse large (hors menu créole), en fait un acteur de poids du secteur, encore plus depuis son extension en point de vente à emporter « Fins plaisirs » un peu plus loin en direction de Sainte-Rose. Et c’est pas fini, selon nos sources.
Que dire de cette visite ? Même si l’impression générale est meilleure qu’en 2013, nous sommes repartis passablement frustrés. Le nouveau décor est pourtant très engageant, mais la révolution ne se voit pas dans l’assiette créole, pas encore, et pas ce jour là en tout cas. Si l’adoption d’un menu resserré serait une bonne chose, signe de modernité, ce n’est pas juste pour faire « tendance » mais pour privilégier les produits frais et de qualité. Qu’est-ce que c’est que ce cerf venant d’outre océan indien ? En regard de cette qualité là, on pourra trouver tout ça bien cher. Il serait bon aussi de briefer le personnel sur le contenu exact des plats, histoire qu’ils ne racontent pas n’importe quoi aux clients. Au passage, on ne nous a pas proposé d’eau, mais ça devient assez commun. Compte tenu du service flottant et de la qualité hésitante aujourd’hui, il faudra que l’Auberge Créole fasse mieux si elle veut entrer dans le « guide jaune » l’année prochaine. Le décor, c’est bien, mais ce qu’on a dans l’assiette, c’est mieux. Qui trop embrasse mal étreint, surtout avec le recrutement problématique de nos jours.

Kel Délice, du potentiel à la rue Bois de Nèfles

Nous poursuivons notre tour de l’île des restaurants à la recherche de nouvelles fourchettes d’or. La récolte des dernières semaines n’a pas été à la hauteur de nos espérances. Certaines tables, comme une terrasse du côté de Saint-André nous ayant laissé sur notre faim, gustativement parlant, et trop hésitants sur la note. Aujourd’hui retour à Saint-Denis, du côté de la rue Bois de Nèfles, où plusieurs personnes nous ont recommandé un petit restaurant sans prétention.

Nous arrivons peu avant midi, après avoir fait trois tours du quartier pour trouver une place de parking. Si un peu de marche ne vous fait pas peur, et que vous répugnez à ronger votre frein et à mordre votre volant de rage, le « parking de la Sécu » est une solution envisageable. Et si toutefois vous trouvez une place pas loin, jouez au Loto, c’est votre jour. Le restaurant est logé au rez-de-chaussée d’un immeuble en retrait de la rue, juste à côté d’une pâtisserie. Le menu du jour est posé sur le trottoir.
Cabri massalé, poulet brèdes, cari de daurade, poulet croustillant et riz cantonnais, sauté de bœuf aux oignons, tagliatelles au poulet pesto et tomates séchées, et « pavé de saumon, haricot vert crème d’aneth potatoes ». Deux derniers plats qui prouvent une ouverture (et une compétence) vers d’autres cieux culinaires.
Nous voulions déjeuner sur place, mais la configuration des lieux ne nous y incite guère. Dedans les tables sont en désordre, dehors aucun parasol visible pour parer les premières ardeurs de midi. Tant pis, nous repartons avec des barquettes. Cabri, poisson et bœuf seront testés.

Nous commençons par le poisson, qui n’est pas un cari mais un poisson au gingembre. Le menu affiché à l’intérieur est bon mais pas celui de l’extérieur. Changement de dernière minute sans doute.
Les bouchées sont très goûteuses et moelleuses. Le poisson, relevé par le rhizome et par un assaisonnement doux salé délicat, est très bon. Son côté un peu brut a été domestiqué, sans pour autant être étouffé. Les carottes et les lamelles de gingembre croquantes passent sous la dent avec bonheur. La barquette pourrait se terminer sans difficulté, mais deux autres plats sont à goûter.

Le cabri se renifle avec plaisir. Si l’aspect visuel en barquette fait « pâté », l’odeur du massalé est plutôt suave et raffinée. La couleur l’annonce déjà, nous n’avons pas affaire à ce « gros » massalé très torréfié, qui envoie des claques. Confirmation en bouche avec des saveurs assez complexes, qui baignent et réjouissent les papilles. Le plaisir est augmenté par une cuisson aboutie sans laquelle certains morceaux de cabri auraient pu servir d’élastique à lance-pierre. Là-dessus, le sel appuie sans exagération des contours acidulés peut-être envoyés par du tamarin, et qui excitent l’appétence. Ce cabri massalé est indiscutablement dans la moitié supérieure de la liste des meilleurs que nous ayons dégustés.

Nous terminons avec le bœuf. Le sauté aux oignons (et poivrons) affiche un côté « sauvage » intéressant. Cela ressemble au bœuf sauce grand-mère, dans l’esprit. Les morceaux exigent un peu de mâche, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Les dents c’est fait pour ça, bien que la tendance générale penche vers la nourriture molle et prémâchée, celle des burgers des multinationales, qui a formaté les jeunes générations au point que celles-ci n’auront plus besoin de leur faïence un beau jour, et déjeuneront à la paille.

Mauvais point pour le riz. Si celui-ci est convenablement cuit, il ne fait pas mystère de sa basse extraction. Les grains détachés suintent un peu. C’est du demi-luxe, sauf erreur. Intéressant pour la marge, moins pour la mâche. Rien à dire en revanche au sujet des grains blancs, bons et veloutés.
Le rougail dakatine envoie du bois question piment, un vrai dopant pour le Grand Raid. Le rougail « zognons » est bon aussi quoique grossier à la présentation. Le rougail concombre s’impose avec le cabri massalé en apportant un croquant frais bienvenu.
Nous réglons 23,50€ pour les trois barquettes. Le rapport qualité-prix est acceptable.

Kel Délice ! Promesse tenue ? En tout cas, le restaurant de la rue Bois de Nèfles n’a pas à avoir honte de sa cuisine. La prestation du jour ne nous a pas déçus, excepté peut-être le riz, à revoir selon nous. Pour changer des caris, le cuistot sait aussi proposer des plats différents, ainsi que des salades et quelques gâteaux maison. Un effort serait à faire sur le cadre d’abord, et sur l’accueil, poli mais manquant de chaleur, si l’on se fie à notre expérience du jour. On espère que c’est différent la plupart du temps. Si la tendance se confirme lors de notre prochaine visite, Kel Délice devrait entrer facilement dans le « guide jaune » l’année prochaine. A suivre donc

La Terrasse Kréole, une escale intéressante

Aujourd’hui nous allons explorer les rues de Saint-André, et plus précisément le Chemin du Centre, qui compte plusieurs petits restaurants « barquettes ». Nous nous arrêtons à la Terrasse Kréole, qui offre non seulement des tables dans une salle confortable (quoique fatiguée par les ans) mais aussi un grand parking.

L’accueil est souriant et particulièrement gai de la part d’une jeune femme, « Jojo », comme l’indique une ardoise. Les tables ont toutes l’air réservées, heureusement il en reste une pour nous. Jojo nous propose un thé glacé « maison », qu’elle vante. Nous nous laissons convaincre. Au menu du jour : civet cabri, shop-suey poulet, cari poulet chou rave, cari pêche cavale, plus des desserts maison et des salades. Va pour le cabri, plus le poisson à emporter.

Le thé est très frais et bien aromatique. Des olives sont mises à disposition. A peine avons-nous le temps d’y toucher que le plat est servi, avec un enthousiasme non feint de Jojo.


Le civet de cabri est un plat délicieux quand il est réussi. Les humeurs un peu sauvages de cette viande s’accommodent très bien avec un vin, pour autant que ce dernier ait du tanin de caractère.
A la vue, presque rien à dire. La couleur est appétissante, mais nous remarquons que la sauce est claire, et pas très épaisse. La viande est parfaitement cuite, et même au-delà du nécessaire, rapport probablement à certains morceaux qui, sans cette cuisson poussée, auraient pu servir d’élastique à un lance-pierre. La mâche est correcte. Au niveau du goût en revanche cela se discute pour ceux qui aiment les civets forts. Ici, le gustatif est poussif. Le vin a-t-il été mal choisi ? La dose est-elle trop faible ? Ou un surcroît de flotte qui a-t-il noyé tout ça ? L’intérêt est que le goût du cabri lui-même est bien plus présent. Les oignons verts par-dessus font de la figuration avec le persil, qu’on aurait aimé plus démonstratif, histoire qu’il réveille un peu la saveur de vin cuit.

Nous avons demandé le cari pêche cavale à emporter, un plat très rare dans les restaurants. Nous aurons une pêche cavale, ni deux, ni trois. On trouve ça un peu pingre. C’est d’autant plus frustrant que ça sent bon et que le plat est qualitativement au-dessus du précédent.
Ce poisson n’est vraiment apprécié que par les amateurs, qui ne se laissent pas rebuter par les nombreuses arrêtes qu’il contient, et qui le dépiautent méticuleusement. La chair est plus dense que d’autres poissons courants en cari, avec une tendance à être sèche si on le cuit trop. Ici elle reste agréable à manger, d’autant que la sauce est parfaitement exécutée. Nous croyons même y déceler du piquant, un piment s’est sans doute baladé par là, pour notre bonheur. Un peu de combava là-dessus, ou dans une sauce piment vert en accompagnement, et le plaisir est décuplé.

Rien de spécial à dire sur le riz. Un « grain long » parfaitement cuit. Les lentilles sont délicieuses avec ce soupçon de massalé qui va bien. En revanche nous commençons à en avoir un peu assez de cette légumineuse qui devient systématique un peu partout. C’est le client qui réclame, ou bien est-ce une histoire de coût ? Les deux peut-être. Le rougail de courgettes est excellent. La petite salade verte en accompagnement est appréciable.

Nous terminons par un dessert maison recommandé par la tonique Jojo. Un « chococcino », pendant cacaoté du tiramisu cappuccino. Bon, mais un peu épais quand même. De la légèreté ne lui ferait pas de mal.

Nous réglons la somme de 30 euros pour une boisson, une bouteille d’eau, deux plats dont un à emporter et un dessert. Le rapport qualité prix est passable.

La terrasse créole est indéniablement une bonne adresse pour qui désire déjeuner rapidement, et correctement, du côté de Saint-André. La cuisine se défend, mais il est compliqué de noter suite à cette visite, avec les plats que nous avons dégustés. Le civet manquait de saveur, clairement, mais le poisson était parfait pour le peu qui nous a été servi. Le dessert, quant à lui, peut encore être amélioré. L’accueil et le service sont impeccables. Pour cette fois, nous attribuons à la Terrasse Kréole une « petite » fourchette de bronze. Le potentiel est là. Ce restaurant sait faire mieux, nous en sommes persuadés. Une seconde visite est nécessaire pour conforter cette note et qui sait, la remonter.