Le Warren Hasting doit éviter les écueils

Pour cette première visite de l’année, nous reprenons la route du Sud Sauvage, où nous trouvons un beau soleil et un vent modéré qui tempère quelque peu la chaleur.
Longeant les falaises noires battues par l’océan et les pimpins, les tronçons de route droite du Baril nous amènent au Warren Hasting, non point le navire bien sûr, et encore moins l’administrateur colonial sujet de sa majesté le roi Georges, paix sur ses os, mais au restaurant éponyme du bateau anglais échoué voilà 124 ans presque jour pour jour.

Le bâtiment de petite taille est propre. Une trentaine de couverts à l’intérieur, quelques tables dehors, accueillent les clients. L’accueil humain, lui, est poli, un poil distant, avec le sourire en cale sèche (même masqué, un sourire se voit). Cela se détend par la suite. Nous nous posons à l’intérieur. Il y fait très chaud. Un brasseur d’air n’aurait pas été du luxe, en sus de la brise de mer. Au menu du jour : rougail saucisse, Salmi poulet (recette mauricienne), saucisses palmistes, carri coq, et de l’espadon frais à la plancha. Nous testons le coq et les saucisses, qu’il est assez peu courant de voir associées au palmiste. Aucune entrée n’est proposée. Les assiettes arrivent assez rapidement, avec un dressage basique comprenant quelques crudités, qui prennent de la place et qui auraient été plus appréciées à part. On nous propose de l’eau. O miracle !

Les saucisses sont discrètes à l’odeur, un petit peu moins au goût, ce qui semble quelque peu étrange pour des saucisses fumées. En mettant le nez dessus, l’on perçoit ses atours, qui laissent en bouche une petite acidité. La peau fine craque sous la dent avant de lâcher une chair très moulue dont nous n’avons pas l’heur d’apprécier à cette heure. La sauce est minime. Les morceaux de palmiste l’ont bue, mais sans y perdre leur saveur diffusée par un beau moelleux. C’est bien, mais cela en devient frustrant, car les-dit morceaux sont coupés trop petits pour fournir des sensations généreuses en bouche.

De son côté le coq chante à l’heure. Lui aussi est découpé pour le rendement, et c’est une belle partie de suçage qui s’en suit, avec les doigts, d’autant qu’à la proposition de la serveuse nous acceptons une patte !
Le mâle galliforme dégage une odeur forte issue de ses sucs, sans doute, du poivre visuellement présent, peut-être, et d’un assaut de curcuma puissant, celui qui fait les doigts jaunes. En bouche, le coq ressemble à Cambronne jurant à Waterloo sous les assauts des rosbifs, tiens, encore eux. Il a beau hurler, le curcuma n’en a cure. Les os sont sucés, les morceaux de blanc mâchouillés, et le riz teinté avalé, mais ce coq-ci, qui n’a certes pas pataugé dans la cour d’un moun des hauts certifié à l’Amexa, ne nous laissera pas de souvenir impérissable.

Heureusement que le riz est correct, et les lentilles aussi, dans leur sauce épaisse, avec leurs humeurs rocailleuses. Le rougail tomate fait en revanche un peu pitié. Pimenté trop sagement pour un Réunionnais au palais galvanisé, il laisse poindre les relents fatigués des tomates d’âge avancé conservées au frigo quand il faudrait abréger leur souffrance.

Nous finissons par les bananes flambées proposées avec glace chocolat ou mangue. Nous laissons les glaces, mais commandons les bananes. Celles-ci sont amenées bien chaudes, et baignant dans le jus succulent de leur transpiration alcoolisée. Petit couac de percolateur : le café est clair comme le jus de chaussette d’un bidasse, anglais ou non. Il repart donc et se fait remplacer par un noir de chez noir, qui ressusciterait sir Hastings himself ! Nous quittons le restaurant en réglant une note de 55 euros, pour deux boissons, deux plats, un dessert et un café. Le rapport qualité-prix est perfectible.

Nous l’avons souvent entendu, ici et là, et lu dans les commentaires sur les réseaux sociaux : « Pourquoi aller payer pour manger dans un restaurant ? Chez « monmon » (ou la case) lé meilleur. » Notre repas au Warren Hasting ne pourrait hélas pas donner d’argument pour contrer ce genre de réflexion oiseuse. Fort heureusement, des restaurants proposent autre chose que de la pitance convenue, bonne, mais sans intérêt notable.
Le Warren Hasting semble toutefois vouloir sortir des grands classiques. Un plat mauricien, que nous n’avons jamais vu auparavant dans un restaurant, des saucisses avec du palmiste, sont des initiatives intéressantes, mais côté goût, tout cela reste approximatif, aujourd’hui en tout cas. Une nouvelle visite sera sans doute nécessaire pour valider la présence de ce restaurant sur une pleine page du guide 2022. Concernant l’accueil, un peu plus de sourire et d’enthousiasme serait bienvenu. Le service, lui, est efficace et professionnel. Bon dimanche !

Le Pti Koin Kreol, une cuisine assez honnête, et des aléas

Aujourd’hui nous prenons la route de Hell-Bourg, par un temps radieux, pour déjeuner au Ptit Koin Kréol, restaurant visité en 2016. La note avait été bonne, avec des remarques. Nous voulons voir si cet établissement mérite de figurer sur la liste des tables à recommander.

Les lieux n’ont guère changé depuis notre passage. L’antique et typique case créole est accueillante, même si, ici et là, le plancher vermoulu est affligé de tangage, ce qui donne du cachet à l’endroit, et des sueurs aux personnes à l’IMC au-dessus de la moyenne. De jolis tableaux, à la vente, ornent les murs. Un passage devenu urgent aux commodités nous révèle des toilettes endommagées. Il est très rare que nous avons des remarques à faire sur ce point, mais laisser un trône dans cet état fait négligé, et aucune excuse ne saurait être acceptée pour le justifier. Remarque faite à l’intéressé, il est possible que lors de votre passage, tout soit rentré dans l’ordre.

Au menu du jour : gratin de chouchou et salade exotique en entrée. Civet zourite, civet de cerf, espadon combava, porc à la vanille, rougail andouillette, rougail saucisse, cari poulet et poulet massalé. Soit huit caris et deux entrées. Il est important de le signaler pour la suite. Après les rafraîchissements, nous attendons une bonne vingtaine de minutes avant que nos gratins arrivent. Ils sont chauds. La texture est parfaite : moelleuse et non liquide, où le chouchou s’exprime pleinement, en dépit des assauts du fromage. Un gratin délicieux qui nous met en appétit pour la suite.

Nouvelle attente, un peu plus longue cette fois. La clientèle débarque en nombre. L’homme au service est seul. Nous observons ce dernier faire des va-et-vient à toute vitesse entre les cuisines et les tables, intérieures et extérieures, avec un air à casser du petit bois. Finalement les caris débarquent.

Disons le tout net, pour le civet zourite, nous sommes bons clients. Celui-ci ne nous décevra pas, même s’il ne va pas nous faire décoller de notre chaise. La cuisson est très équilibrée : de la mâche souple, juste résistante, mais pas du tout caoutchouteuse, qui donne du plaisir. Les petits morceaux du céphalopode lancent des attaques chaudes et poivrées, teintées du vin cuit, tout en restant un peu en retrait sur leurs saveur propre. C’est certainement du surgelé, on s’y attendait, mais qui se défend plutôt bien. Le plat est nettoyé.

Les andouillettes jouent la même partition moderato, sur une texture plutôt molle. La sauce bien rouge, avec des côtés un peu sucrés, trahit l’utilisation au moins partielle de la tomate en boîte. Cela n’est pas plus dérangeant que ça, gustativement parlant si ce n’est que les andouillettes elles-mêmes font profil bas. Trop dessalées ou défaut d’origine ? Nous les attendions plus éveillées, avec des petits bouts croquants de cartilage. Du piment vert aurait bien secoué cette affaire. Le plat est toutefois mangeable. Nous repoussons nos assiettes vides. En face, un couple, assis depuis un moment, semble perdre patience. Heureusement que leur commande arrive.

Nous demandons des bananes flambées au dessert. Elles ne seront pas flambées devant nous. Pas le temps. Les bananes n’ont pas eu le temps non plus d’attacher à la poêle, ni de prendre de la couleur.

Nous repartons après avoir réglé 68 euros pour trois boissons, deux entrées, trois plats et un dessert. Ou 26 euros pour un très bon gratin, un assez bon cari et deux bananes neurasthéniques. Le rapport qualité prix est perfectible.

La cuisine au Ptit Koin Kreol est relativement correcte, bien que les produits utilisés ne soient pas haut de gamme. Les clients exigeants y trouveront à redire, sans doute, mais le point le plus problématique est le temps d’attente. Evidemment, difficile de faire tourner à deux un restaurant fréquenté en plein Hell-Bourg. Le serveur souhaiterait sans doute avoir le don d’ubiquité.
Si les moyens humains, et financiers, manquent, pourquoi ne pas simplement réduire la voilure ? Est-il d’abord nécessaire de proposer huit caris, sachant qu’ils suivent deux entrées et précèdent quatre desserts, quand il est patent qu’en cuisine, on pédale dans la semoule ? Autant proposer simplement trois caris, comme bon nombre de petits restaurants le font déjà, et réalisés avec de bons produits frais.
Il serait ensuite judicieux de réduire le nombre de tables. Les circonstances sanitaires s’y prêtent déjà, la distanciation physique étant de rigueur, même si en l’état actuel la salle est assez spacieuse. A vouloir contenter tout le monde, on finit par indisposer des gens, qui, à la base, montent jusqu’à Hell-Bourg pour passer un bon moment. Un changement stratégique est donc urgent, et il se pourrait que les responsables du Ti Koin Kréol y songent. En attendant, nous vous recommandons l’adresse, mais si vous voulez déjeuner en paix, allez-y en semaine !

Une jolie balade gastronomique Ô Bord’ Mer…

Aujourd’hui nous allons traîner nos guêtres du côté de Terre Sainte pour découvrir un établissement conseillé par une de nos antennes sudistes.
De l’extérieur, Ô Bord’ Mer présente une simple entrée, une façade de bâtiment fatiguée par le temps et les embruns. Dedans, une sorte de patio, ombragé par un jeune badamier, avec vue sur la plage à droite et sur les roches volcaniques à gauche, et en face, l’horizon qui poudroie…

Nous sommes installés sous l’arbre, et le menu du jour nous est présenté.
18 plats de toute sortes sont proposés. De la salade végétarienne à la truite arc-en-ciel entière en passant par le risotto au curry rouge et gambas, le crémeux de camarons flambés au vieux rhum et le sacro-saint rougail saucisses en passe de devenir une sorte de religion chez les zoreils de passage.
Après hésitation, nous optons pour un pavé de saumon rôti crème de poireau, et un cari « Ti-Jaune », plat que nous n’avons encore jamais croisé jusqu’ici.

L’excellent ti-punch éclusé, nous patientons le nez en l’air, puis sur les lieux, où la décoration simple invite à la détente. Le service est joyeux et très prévenant, il est très rare de voir autant de professionnalisme et de dynamisme. Cette jeune femme est une perle.

Les assiettes arrivent. Le dressage est simple et coloré, et l’odeur du poisson nous écarte les narines. Ça renifle le roussi de fond de marmite, les épices fondues et mélangées. Ces exhalaisons sublimes de cari de poisson fignolé nous poursuivront durant tout le repas, relayées par les commandes des clients arrivés après nous.

Nous sautons sur les Ti-Jaunes. Nous restons interdits pendant deux secondes, avant que nos yeux s’écarquillent de surprise. Nous lâchons un « whoa » de satisfaction. Toute emmitouflée dans leur sauce compotée dont l’odeur nous retournait déjà les sinus, la chair des poissons, fondante et délicate, nous présente avec courtoisie son petit caractère fumé et profond, empreint de corail et d’iode, avec une touche sauvage et suave à la fois. La sauce, éclairée d’une l’acidité d’agrume, et soutenue par des tranches de citron cuites avec la peau, fait danser les Ti-Jaunes tout en leur apprenant les bonnes manières. Le résultat est tout simplement divin. Avec le très bon riz coloré de sauce, nous nous extasions sur les sensations mitraillées par ce cari, auxquelles un rougail aux accent puissants de piment et d’agrumes (y a-t-il seulement du citron là-dedans ?) ajoute une touche supplémentaire de soleil gustatif. Les lentilles proposées en accompagnement, au demeurant très bonnes, sont à peu près inutiles.

Le pavé de saumon joue dans la même cour. Presque croustillant dehors, ultra-fondant dedans, la chair orange arrange le palais de son fumet gras et volontaire. Les petits légumes équilibrent la texture gourmande de leur croquant frais. Les frites de patate douce et la crème de poireau complètent le tableau avec leur douceur très terrienne, apportant au poisson une couleur terre-mer intéressante. Le saumon glisse tout seul, et si bien que cela en est presque frustrant.

Les assiettes sont enlevées. Voici les desserts : Le Jade (entremet citron vert, fruits rouge), Le Crunchy (chocolat et cacahuètes), la tarte passion et romarin, le Topaz (chocolat, fruit « exotic », marmelade de mangue) et une tarte au citron meringuée. Plus des glaces artisanales.

La tarte passion et le Crunchy nous rejoignent quelques minutes plus tard.
Le mariage passion – romarin est indiscutablement réussi. L’herbe aromatique porte les humeurs acidulées du fruit de la passion dans une crème délicate, à laquelle une pate aux retours de beurre apporte un croustillant magnifique.
Le Crunchy aurait pu suivre cet exemple. Trop de mou chocolaté à notre goût, mais le chocolat lui-même est une petite merveille. Les amateurs lui feront grand honneur.

Voici qui termine cet excellent moment gastronomique passé sous le jeune badamier d’Ô Bord’ Mer. Nous sommes délestés de 82 euros. C’est un petit peu cher à première vue, mais le rapport qualité-prix est bon. C’est ce qui compte.

Depuis quelques mois, cette adresse du bord de mer de Terre Sainte semble attirer les gourmets et gourmands de l’île. Il y a de quoi. Un cadre confortable et dépaysant, un service excellent, et une cuisine inspirée, précise, et respectueuse des produits, en sont les explications.
Des produits de notre terroir mis à l’honneur par un chef qui va puiser dans la tradition culinaire locale pour offrir à la clientèle des plats qui ouvrent de nouvelles portes aux sensations gustatives.
Et tout ça presque sans avoir l’air d’y toucher, sans les raffinements ampoulés d’une gastronomie au dressage à la pince à épiler, mais avec une générosité et une passion qui se retrouvent dans l’assiette. Un chef qui est bien parti pour se faire un nom. Retenez-le. Il s’appelle Leveneur,  Emmanuel Leveneur.

O’QG ! Toujours une bonne table à Bourg-Murat

Il a été le premier restaurant à être testé, inaugurant la rubrique du dimanche. Il a obtenu la fourchette d’or en 2013. Avec ces horaires étendus il a fait le bonheur des randonneurs et des visiteurs du volcan. Fondé par André Béton, il est géré en salle et en cuisine par deux frères d’origine sénégalaise, qui vous font aussi profiter de la cuisine africaine, rejoints dernièrement par un troisième comparse, Daniel. Si vous n’avez pas reconnu le QG, rebaptisé O’QG avec la nouvelle gérance, c’est que vous ne sortez pas le dimanche !


Le moins qu’on puisse dire est que ce restaurant de la Plaine-des-Cafres revient de très loin. Cyclone, tracasseries administratives, des hauts et des bas en cuisine, l’établissement en a vu de toutes les couleurs, autant qu’il y en a sur les tenues exotiques portées par Abdou, illuminées par son sourire. Et maintenant le Covid.
La salle, elle, n’est pas vide. Loin de là. Les clients ont fait leur retour, à commencer par les fidèles des fidèles, ceux qui ont connu cet « esprit du QG », avec ses tables en bois de goyavier, sa cheminée où pendouillaient les charcuteries, et cette cuisine réunionnaise du terroir. Des signatures du sieur Béton que nous visitâmes tantôt dans son atelier tout proche.
Aujourd’hui, que reste-t-il de cet esprit du QG ? Derrière la salle rénovée, la nouvelle cave, le comptoir plus classique et moins « roots », et cette carte qui privilégie les recettes métro et les grillades, réalisées avec des produits « premium », et dont les tarifs ont pris un sacré coup de chaud.
Pour répondre à cette question, nous allons y déjeuner. Ça fait longtemps.

Nous débarquons masqués à midi tapante. La salle est déjà pleine et certains convives attaquent leurs salades. La serveuse nous désigne notre table, réservée nécessairement, et nous porte la carte des boissons. On est déjà dans le coup de feu, et les serveuses esquivent les balles avec souplesse et professionnalisme, malgré un léger couac : une entrée qui arrive avant les amuses-bouches, habitude culinaire pratiquée depuis longtemps par le père Cheikh. Aujourd’hui, c’est un velouté champêtre de chou, carottes et patates, vivifié par une petite crème fouettée toute douce et acidulée à la fois.
Si les plats locaux ont vu leur quantité réduite, les caris restants sont de bons ambassadeurs de notre gastronomie : massalé cabri, cari la patte, cari coq et rougail saucisses.
Va pour le cari la patte et le coq. L’entrée, déjà sur la table, est une salade de chèvre chaud.

Cette dernière est un bonheur croquant et frais, assaisonné avec maîtrise de l’acidité d’une vinaigrette magnifique. Un moment, comme une humeur d’estragon nous traverse les gencives. C’est extra bon. Les petits croutons appuient les tartines où le chèvre se prélasse. Nous le prenons pleine face. Il est enjoué, le fromage de biquette, remonté comme un syndicaliste recevant son insulte mensuelle. Il ne nous laissera en paix qu’après une gorgée de ti-punch et trois verres d’eau.
Les caris sont déjà servis, dans une jolie vaisselle. C’est parti.

Le coq est marquetté « la kour », une expression un peu exagérée si nous nous en tenons strictement à la texture de l’emplumé. Les morceaux de chair blanche et un peu sèche ne sont pas les caractéristiques d’un « terroir certifié » mais plutôt d’un « poulet fermier industriel » confirmé. Au maximum. Il a dû trop tâter de la marmite, à feu fort, ce que le roussi d’épices confirme, avec un côté grillé qui remonte aux sinus, sans que ce ne soit rédhibitoire fort heureusement. La sauce emballe bien la viande, fait quelques remontées de poivre et de thym, et nous trouvons notre bonheur dans l’écorchage méthodique de la patte du coq, obligeamment proposée à notre palais réunionnais de nettoyeur « d’zo ».

Le cari la patte est plus sage, et envoie ses effluves gras avec timidité. Il semble aussi avoir séjourné un poil trop longtemps dans la marmite. Le Relais des Pitons, à l’autre Plaine, nous a chanté dernièrement la même chanson, comme disait un type au courant. La sauce est belle aussi, elle aide le riz à s’assembler malgré ses grains indisciplinés de basmati juste bon pour les bryanis.
Sur la longueur, nous reste une légère acidité, comme si le cochon s’était envoyé une rasade de vin blanc sec pour la route.  La patte disparaît sans nous coller les dents.

La carte des desserts est gourmande : vacherin mangue-letchi, banane flambée, fraises melba, entre autres. Le plus gourmand est le baba au rhum, qualifié de « fameux ». Nous confirmons : il l’est.
Le beau baba imbibé bat le rappel de nos papilles. Cette chose énorme se déguste, se boit, se suce, se tête, se lèche, s’aspire, on ne sait plus quoi lui faire tellement il nous tourne la tête. Il a le sucre juste, sa texture spongieuse est une drogue. On pourrait faire des kilomètres pour lui, la modération sans doute conseillée devenant une vue de l’esprit pour junkie diabétique. Les bananes flambées sont bonnes, rien d’autre à ajouter.

Deux cafés serrés plus tard, nous déboursons à la caisse un peu plus de 100 euros, pour une entrée, deux boissons, deux repas et deux desserts. Soit grosso-modo 50 euros par personne. Le rapport qualité prix est … perfectible.

Alors ? Que reste-t-il de l’esprit du QG ?
Le restaurant a opéré une mue, une montée en gamme assumée, et qui fonctionne, si l’on en juge par la fréquentation du lieu. Les pièces de viandes qui défilaient sous notre nez ne sont pas faites pour les petits appétits. Des « joyeux anniversaires » ont résonné, applaudis par tout le monde. Le service est efficace, souriant, aimable, et prévenant. Abdou, toujours égal à lui-même, avec son « karo » dans la main, semble mener la salle comme un Monsieur Loyal, entraînant, joyeux, toujours en plusieurs endroits en même temps comme une sorte de farfadet. La cuisine… subit un peu l’affluence pourrait-on penser à la dégustation de nos plats, et fait de mauvais choix en matière de riz, cédant à cette détestable mode du basmati. Pas bon, le riz. N’absorbe pas les sauces. Mais la cuisine continue d’assurer quand même et c’est le plus important.
Plus important encore sont les femmes et les hommes du QG. En eux demeure et doit demeurer l’esprit du QG, devenu O QG. Cet esprit d’accueil, de convivialité, d’hospitalité qui caractérise les familles réunionnaises des hauts. C’est à cette condition qu’on peut envoyer valdinguer la nostalgie dans les près, et savoir profiter de ces instants, près du feu, à s’entendre simplement digérer.

Chez Jim le week-end, le grand n’importe quoi…

Aujourd’hui, nous descendons à Langevin, chez Jim. Ce restaurant de presque bord de rivière a été testé en 2016, et avait obtenu une fourchette en argent. Nous voulons voir si la qualité s’est maintenue pour l’inclure dans la liste des meilleurs restaurants de La Réunion.


La configuration du test est trés différente. En effet, à l’époque, nous y sommes allés en semaine. Langevin, le samedi, c’est une autre histoire, Covid ou pas d’ailleurs, à ce qu’il semble. C’est la foule habituelle, avec les familles qui pique-niquent le long des berges, et les cuirs peu frileux qui profitent de l’eau vive. Se garer est d’ailleurs compliqué, mais nous avons de la chance.
Le restaurant est plein, ou pas loin de l’être. Nous restons plantés là comme des cierges trois interminables minutes avant que l’on daigne s’apercevoir de notre présence. Deux ou peut-être trois personnes font des allées et venues entre la salle et les cuisines situées à l’arrière. Quelques clients patientent à table, d’autres ont largement entamé leur repas.
Miracle, on finit par nous prendre en charge. Nous avions réservé, heureusement.

Quelques minutes s’écoulent encore avant que l’on vienne s’enquérir de nos désirs de boisson, puis de plat. Nous jetons d’abord notre dévolu sur le cabri massalé au menu du jour, mais massalé, il n’y en a plus. Le canard à la vanille nous tente, et aussi le rôti de porc. Quelques minutes plus tard, une autre mauvaise nouvelle : point de canard non plus. Décidément, il faut croire que tout le monde s’est jeté sur ces plats depuis l’ouverture. Nous nous rabattons sur le cari de poulet. Pendant que la commande passe en cuisine, nous constatons qu’il nous manque un couteau.
Nous allons finir par nous demander si nous ne sommes pas dans un épisode de la Caméra Cachée. Mais les plats ne tardent pas trop et finissent par arriver dans des petites marmites.
Présentation kitch, mais bon, restons bien disposés, malgré les aléas. Au passage, un coup d’oeil sur le carrelage nous révèle que le ménage n’est vraisemblablement pas fait à fond, ce qui, pour un restaurant, envoie une image négligée.
Qui d’autre a remarqué ? Tout le monde a le nez dans son assiette.
A l’attaque !

Le rôti porc est sec. Les morceaux de viande ont heureusement gardé une mâche relativement souple, mais la saveur du cochon tient plus du carton imbibé au siave qu’autre chose. Peu de peau pour donner du gourmand à la mâche. Le siave est d’ailleurs très utilisé, car apparemment, le cari de poulet en profite aussi, héritant du même coup d’un sel causant, mais tolérable, et d’un fond de sauce passablement allongé et transparent. La viande du poulet, quand à elle, est aussi sèche que celle du porc, du moins en ce qui concerne le pilon et les autres morceaux où on retrouve un peu de viande blanche. La sauce n’a rien imbibé du tout. On dirait davantage un mauvais sauté de poulet “de lo” qu’un bon cari du dimanche. Pour un peu on se demande si poulet et porc ne viennent pas de la même marmite !
Pour accompagner ces deux pitoyables plats, réalisés par dessus la jambe avec un je-m’en-foutisme palpable qu’on pourrait attribuer à l’obligation urgente de fournir pitance à la nombreuse clientèle, un riz infect qui sent encore le vieux sac, des lentilles sans intérêt et une pâte de piment rouge, ou plutôt une pâte de sel parfumée au piment rouge. Ça donne soif. Pas d’eau sur la table, nous sommes obligés de réclamer.

Nous arrêtons là les frais et déclinons les quelques classiques desserts et glaces, pour terminer par deux cafés.
Nous repartons après avoir réglé la somme de 37 euros pour deux boissons très ordinaires et deux caris qui font la paire. Le rapport qualité-prix est très mauvais.

Chez Jim, ce week-end, nous avons eu l’image caricaturale du boui-boui de base qui s’attache davantage à remplir les estomacs et faire du chiffre qu’à mettre un tant soit peu de cœur dans la préparation des repas. La dernière fois que nous avons aussi mal mangé, l’établissement, Saint-Gillois, fermé depuis, avait récolté une fourchette en plastique. Les fourchettes ne sont plus d’actualité mais il est hors de question de considérer ces plats misérables comme de la cuisine réunionnaise authentique.
Ceci étant dit, c’est sans doute une stratégie assumée de la part du restaurateur. Les temps sont durs. Mais justement. Miser sur la rentabilité et la quantité au détriment de la qualité n’aidera pas. Cela n’aidera pas davantage si le service (même de bonne volonté) et l’accueil ne savent pas gérer correctement un coup de feu. C’est très bien de travailler en famille ou avec des amis, mais des formations existent, et pourraient bien s’avérer utiles en pareil cas.
Il est grand temps de changer de siècle chez Jim, et de proposer des prestations à la hauteur pour faire honneur à notre tradition culinaire. Il y a 4 ans, c’était le cas.

Si vous souhaitez tenter l’aventure, un conseil : réservez la table et aussi le plat !

Cette critique est tout à fait subjective mais parfaitement honnête, elle reflète notre expérience du dimanche 18 octobre au restaurant Chez Jim. Elle ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Faites-vous votre propre opinion.

Le Franciscea, grosse carte et assez bons petits plats

Aujourd’hui nous revoilà au Franciscea, restaurant de Saint-André posé juste derrière l’église du centre-ville, et tenu par le citoyen Nehoua Sully, même famille que la boutique située plus haut et qui, dit-on encore, faisaient les meilleurs sarcives de l’Est. Il s’agit de notre troisième visite depuis le début des critiques en 2011. La dernière avait abouti à l’octroi d’une fourchette en argent. Voyons si la qualité s’est maintenue depuis 2015.

Nous arrivons de bonne heure. La jolie case créole aux volets bleus est toujours accueillante. Peu de modifications ont été faites suite au Covid, les tables étant déjà espacées. L’accueil est souriant, devine-t-on à travers le masque, et nous nous posons près de la porte ouverte qui donne sur la petite varangue, pour profiter de la petite brise.

On nous dépose la carte. Un menu chinois, 19 plats et 6 entrées ; un menu Métro, 15 plats et 7 entrées ; un menu créole, 10 plats et 6 entrées. Des classiques pour la plupart, excepté le cari de légine au gingembre mangue. Cela fait beaucoup, tout de même, mais nous gardons espoir.
Nous prenons l’Assiette Créole composée de boudin, d’un achard, de samoussas et d’un piment farci, puis nous poursuivons avec un rougail zandouille et un cari la patte.

L’entrée arrive nous sautons sur les samoussas. Farce fine de poulet, bien arrangée d’épices et d’un piment volontaire, avec une pâte croquante. Le piment farci ne fait pas non plus dans le soft. Juteux et croquant, il envoie la salve de saveurs empreinte de cumin et de piment façon tsunami. Le boudin, mou et onctueux, fait dans le même registre. Cette assiette créole mérite son nom, non recommandée aux chochottes. Un délice.

Le cari la patte manque de punch. C’est du moins la première impression que nous avons eue. Mais notre palais allumé par l’entrée avait besoin de retrouver un peu de calme pour apprécier les subtilités du cari. Subtil il l’est, avec une sauce mesurée en quantité et qui laisse sur la langue comme un parfum d’herbe aromatique.  Du quatre épices probablement, du laurier peut-être, c’est raffiné. La viande en revanche l’est sans doute trop, raffinée. Nous aurions préféré des morceaux plus gras à la peau bien épaisse, histoire d’avoir de la mâche. Tant pis. C’est bon quand même, et le rougail zévis envoie ses atours verts et puissants pour tourner le cochon en bourrique.

Le rougail zandouille est un peu plus alerte que la patte. Le nez enregistre les vapeurs réglementaires teintées des odeurs fortes des dessous de bras pas rasés d’un ouvrier du bâtiment affligé d’hyperhidrose, coulant une dalle en plein cagnard. Tout cela adouci par la sauce bien tomatée, et souligné d’un sel présent, mais urbain. Les morceaux d’andouilles sont cuits comme il faut, suffisamment pour ne plus afficher la consistance des lanières de savates tout en offrant assez de mordant pour donner du plaisir. Le rougail tomate passe mieux avec. Pour 16 euros, c’est acceptable. On a vu plus cher et largement moins bon ailleurs…

Le riz, du grain long, est assez cuit pour qu’on obtienne des bouchées intéressantes, avec un liant acceptable. Les grains, en crème, corrects, aident un peu.

Les assiettes sont enlevées et remplacées par les desserts. Moelleux au chocolat et profiteroles. Le moelleux est aussi fondant au cœur. Les amatrices et amateurs de chocolat y trouveront un instant de bonheur. C’est très odorant.
Les profiteroles profitent de boules de glaces vanille excellentes, comme artisanales, avec moult chantilly.

Nous repartons repus après avoir réglé une note de 72 euros pour deux boissons, une entrée, deux plats et deux desserts soit 36 euros par personne. Le rapport qualité-quantité-prix est plutôt bon.

Que ce soit dit : nous nous méfions comme de la peste des cartes à rallonge, à nos yeux vestiges d’un autre temps où une certaine restauration voulait ratisser large pour faire du chiffre avec des produits bas de gamme. Mais nous connaissons au moins une ou deux exceptions où grosse carte ne veut pas forcément dire petite qualité. Aujourd’hui nous en découvrons une nouvelle.
Les plats que nous avons dégustés sont bien faits, ont le goût qu’ils sont supposés avoir, avec quelques petits plus qui leur donnent de l’intérêt… Nous n’avons donc aucun reproche à faire qui mériterait des lignes acerbes.
Peut-être serait-il souhaitable de varier un peu les grands classiques, fussent-ils demandés par la clientèle touristique, et leur adjoindre des brèdes par exemple.
Ce repas, servi avec bonne humeur et professionnalisme, nous a convaincu d’inscrire le Franciscea dans la liste des bons restaurants de cuisine réunionnaise que compte notre île.

Le Ti Piment, fort, fort…

Bras-Panon, sur la grande ligne droite en direction de la Rivière des Roches, avant d’arriver à la charcuterie Marianne, qui a le boudin fier et la saucisse exquise, vous trouverez le Ti Piment.
Le restaurant est plus précisément sur la rue Roberto, parallèle à la traversante. Nous débarquons là presque à notre propre surprise, sur une envie soudaine. Notre dernière visite date de 2017, et la fourchette en argent était tombée, même s’il nous était resté comme une insatisfaction.

Le cadre est le même que dans notre souvenir : confortable, joli, avec son plancher de caillebottis, ses mûrs recouverts de pierres de décoration, ses plantes qui égayent le tout.
Nous arrivons de bonne heure. Il n’y a pas un chat. Une serveuse nous prend en charge. Nous nous posons dans un coin et le tableau du menu est posé avec nous.
Quelques viandes et poissons : magret de canard, entrecôtes, kangourou, côtes d’agneau, espadon. Les plats locaux sont majoritaires, et certains sortent des grands standards du genre, toujours au programme un peu partout, signe que le chef est bien éveillé à la tradition culinaire réunionnaise. Citons, par exemple, le rougail boudin, le poulet au curry et lait de coco, le cari de bœuf chouchous et la morue aux brèdes lastron.

Nous faisons une très légère entorse à nos habitudes chauvines pour goûter le plat aux couleurs indiennes : le poulet curry au lait de coco. En préambule, une salade de poisson moutarde et mayonnaise fera l’affaire. La salle se remplit peu à peu.
Le service est efficace et agréable, on devine le sourire malgré le masque. « Carafe ou bouteille ? » s’enquit la jeune femme à notre grand plaisir, tant il est rare dans les restaurants créoles qu’on propose de l’eau aux clients.

Une gazeuse citron plus tard, nous sautons sur la salade qui vient d’arriver.
Fraîche et croquante, feuille, l’es-tu ? Elle l’est, elles le sont toutes. Les tranches de patates sont encore chaudes, croquantes dehors, fondantes dedans. La betterave, avec son caractère bien terrien, kitabwèt, donne le « la » au poisson fort en goût, un peu musqué, de la dorade, elle-même arrangée à la moutarde à l’ancienne que la mayonnaise retient un peu pour ne pas qu’on se reçoive des claques. La chair affiche assez de résistance pour une mâche plaisante, ce qui incite tout ce petit monde à se manifester davantage encore. La salade est sifflée.

Le poulet suit. Nous nous rinçons les amygdales pour calmer le poiscaille. Place au curry, sapristi.
La vue, l’odeur, tout nous va pour l’instant. Nous notons tout de même que du persil est haché par-dessus, c’est bien, mais tant qu’à faire, le chef aurait pu pousser le bouchon jusqu’à y adjoindre des feuilles de cotomili odorantes, pour peu qu’il en disposât il va sans dire.

Chargeons. Mordant gourmand, façon Obélix dans son sanglier, sur un des morceaux de viande tout enrobé de lait de coco coloré. Ah ça glisse, c’est un délice, même sans cuisse. La viande n’a pas le sang bleu, palsambleu, mais elle se défend honorablement en s’offrant sans filasse ni sécheresse, ni paresse, comtesse. La sérénade du coco, doucereux, paré d’un curry délicat, nous monte au nez par vagues de plaisir. L’épaisseur de la sauce en rajoute une couche, plein la bouche. Oui décidément, il ne manque que le cotomoli. Le très frais et bien bon rougail tomate donne un petit « peps » fort et acidulé qui équilibre un peu le lait de coco entreprenant. Ajoutez à la fourchette un riz élégant et des vouèmes vivaces, tout en velouté subtil, et vous obtenez des bouchées magnifiques.

L’assiette est si généreuse que nous avons peine à finir. Refusant des desserts classiques mais non moins tentants, nous nous dirigeons vers la caisse, régler une note de 31 euros pour une boisson, une entrée, un plat, plus une barquette de rougail graton (très odorant aussi) pour le soir, et un café. Le rapport qualité prix est très bon. Certains devraient en prendre de la graine.

Le Chef Agathe, et son second Arside, nous ont régalé aujourd’hui. Proposer de la viande, quelques mets d’ailleurs, et un menu créole traditionnel teinté de plats originaux est une très bonne stratégie. Rien n’est plus triste que de débarquer dans un restaurant et se voir proposer les sempiternels rougails et caris, surtout si ceux-ci sont très moyens. On aime aller au restaurant pour la surprise, la nouveauté et la qualité qu’on ne trouve pas chez soi. D’autre part, le touriste qui découvre appréciera un choix éclectique représentatif de notre culture culinaire dans son sens le plus riche. Le Ti piment fait bien ce travail.
Le service aimable et efficace ajoute à l’attrait de l’établissement. Nous sommes heureux de pouvoir désormais le compter dans la liste des meilleures adresses de notre île.

Le Relais des Pitons, la tradition en dessert

Nous voici à la Plaine-des-Palmistes l’hiver, avec ses platanes « en sève » et son air frisquet qui ouvre l’appétit. Ce dimanche, jour de marché, 11h30, il reste encore quelques clients qui louvoient entre les étals pour acheter la matière première du repas du midi, et des jours qui vont suivre, et accessoirement mordre dans les gâteaux péi ou les samoussas avant de regagner leurs pénates. A quelques pas de là, juste après la mairie, le Relais des Pitons a ouvert ses portes. Notre dernière visite date de juillet 2017. Et la note n’avait pas été bonne. On nous a laissé entendre qu’il pouvait s’agir d’un accident. Que l’adresse est réputée. Qu’à cela ne tienne, nous y voici de nouveau.

L’accueil est nous supposons souriant car réglementairement masqué, le monsieur est sympathique. Nous prenons place. Au menu du jour : gratin de chouchou, de citrouille et de patate douce, boudin créole et assiette de crudités pour les entrées ; cari la patte cochon, massalé coq, cari calamar, bœuf bourguignon et sauté de poulet au chouchou pour les plats de résistance. La patte et le coq feront l’affaire. Un jus de goyavier bien frais nous est proposé, il nous réveille la glotte. Les entrées débarquent sans tarder, toutes chaudes.

Le gratin est brûlant. Nous le triturons un peu pour qu’il refroidisse plus vite. L’intérieur est plus jaune qu’orange. La texture est un peu molle, mais pas liquide. La première bouchée nous rassure : la citrouille et le fromage font un ménage équilibré, teinté de thym, et de soupçons poivrés. A mesure que les bouchées se succèdent, la saveur de la citrouille se révèle de mieux en mieux. Le ramequin est vidé.

Le boudin, acheté chez un charcutier « du côté de Bras des Calumets » nous dit-on, n’affiche aucun piment revendicatif, mais offre généreusement une mâche moelleuse, où les dents rencontrent ici et là quelques résistances grasses et parfumées, avec le croustillant léger de quelque oignons vert ou persil, sans que nulle épaisseur désagréable de mie de pain ne soit détectée. Voilà du bon boudin des hauts, tendre, goûteux, bien loin des machins compacts qu’on trouve facilement un peu partout.

Nous commençons à avoir soif. Mais aucune eau ne nous a été proposée. Il faut donc demander ? A moins d’avoir un ADN de dromadaire, les êtres humains ont besoin d’eau, il nous semble.

Les plats ne tardent pas non plus. C’est presque trop rapide.

Le massalé coq ne casse pas trois pattes à un canard. La chair du volatile se délite, comme trop cuite, et d’une manière qui ne laisse aucun doute sur sa généalogie. Si c’est du coq péi, le coq péi n’est plus ce qu’il était. Côté goût : c’est grève du zèle. Circulez, il n’y a rien à voir, à part peut-être les supplications d’un massalé très ordinaire, passablement éventé, qui tente le sauvetage du coq naufragé. On a largement vu mieux ailleurs, mais cela reste à peu près mangeable.

La patte-cochon est plus alerte. Les morceaux arborent leur peau cuivrée et luisante, et ont la politesse d’offrir autant de chair à mâcher que d’os à sucer. Côté saveur, rien à dire de particulier. Le cari est correctement exécuté, peut-être juste un peu faible en épices mais certains l’aiment ainsi.
Un petit roussi supplémentaire, ou un flambage au rhum ou au whisky aurait réveillé ses ardeurs. Le quatre-épices peut aussi dire son mot. La peau est tout de même un peu trop fondante. Un peu plus de résistance sous la dent aurait délivré davantage de plaisir.

Côté accompagnements : des pois du Cap en crème, veloutés, délicieux ; un rougail concombre croquant au piment vif, qui a servi de béquille au coq, et, hélas, encore cet épouvantable riz premier prix, avec des brisures, correctement cuit mais qui n’absorbe aucune sauce, et dont les grains étiques jouent au slalom entre molaires et canines.

L’eau finit par arriver, après deux réclamations. Il était temps.

Vient le moment des desserts. On nous propose des tubercules cuits au sucre, à la marmite, comme chez les anciens. Une initiative rare dans un restaurant, qui mérite d’être applaudie, et nous demandons la patate douce et le cambar, tous deux accompagnés d’une boule de glace vanille.
Ces desserts font sensation, la patate douce dans un registre épais, velouté et gourmand, le cambar avec davantage de mordant, et son petit caractère plus terrien.

Il est temps de reprendre la route, après des cafés qui réveillent les trépassés.

Nous réglons en partant une note de 78,50€, pour deux entrées, trois plats, deux desserts et deux cafés. Le rapport qualité prix est perfectible.

Quand les caris sont bons, mais sans faire d’étincelles, le choix du riz est encore plus crucial qu’à l’ordinaire. Un riz aux grains bombés, parfumés, qui absorbent les sauces pour de belles sensations en bouche pourrait peut-être sauver un cari moyen. Ici, c’est le contraire. Nous conseillons les gérants de changer de marque d’urgence. Pour le reste, nous avons l’impression d’avoir dégusté des caris préparés à l’économie. Cela ressemble à des plats faits d’avance et réchauffés, qu’on a un peu oublié au feu et qui ont cuit plus que de raison.
Impression mitigée, donc, concernant le Relais des Pitons, qui, s’il fait un peu mieux que la fois précédente, ne parvient toujours pas à nous convaincre vraiment. Et pourtant, il ne manquerait pas grand-chose. Les desserts traditionnels, à eux seuls, ont été à deux doigts de le faire. C’est ce qui nous a permis de ne pas repartir dépités du Relais des Pitons.
A votre tour à présent d’aller y manger, et de vous faire votre propre avis.

La présente critique a été réalisée sur la foi de la dégustation du dimanche 30 août 2020 à midi. Cette critique est subjective par nature et ne prétend pas constituer une vérité absolue et définitive concernant la qualité des plats et du service de ce jour, ni des jours suivants. Nous certifions n’avoir aucun lien avec les responsables de ce restaurant ni aucun intérêt à donner une bonne ou une mauvaise appréciation. Dans tous les cas, les personnes concernées bénéficient d’un droit de réponse.

La Riviera : toutes nos illusions sont détruites

La Riviera, un nom qui évoque les vacances sur la Méditerranée, de la côte d’Azur au golfe de Gênes. A La Réunion, la Riviera est simplement un restaurant, au bord de l’eau du Bocage à Sainte-Suzanne.


Nous débarquons de bonne heure, l’endroit est à peu près désert. Trois options nous sont proposées par la personne qui nous accueille : jardin, salle ou terrasse. Les tables sont très espacées pour respecter le protocole sanitaire. Le cadre est assez agréable, et propre.
La cuisine proposée est éclectique. Aujourd’hui le poulet massalé et le cari de poisson rouge « Vieille Ananas » sont au menu, entre autres, et la suggestion du jour est une truite à la bisque de langoustine. Va pour la truite.

Nous commençons par une entrée de « tapas » créoles : samoussas, sarcives, bouchons et acras de morue. Le service est dynamique et gai.
Les sarcives sont tendres, et plutôt bonnes, mais manquent d’un peu de séchage et de saveur. Le miel est cher. Les samoussas, dont la farce ressemble à un hachar de légumes coloré, se laissent manger, les bouchons frits aussi. Les acras en revanche n’ont à peu près aucun goût, c’est assez dommage.

La truite suit, dans son assiette dressée dont la vue nous laisse dubitatif. Cet à peu près dressage sans originalité présente une truite qui a comme qui dirait séché en plein cagnard. La peau ne présente en effet aucun signe ostensible de friture poussée, la truite est pâle comme une endive.
Pâle aussi est son goût, dont nous détectons par-ci par-là, des pointes vaseuses. Ce devait être une truite pantouflarde, qui préférait les coins de bassin où l’eau remuait peu.
La bisque de langoustine, vraisemblablement de conserve, lui met conséquemment une claque, comme une brute épaisse tapant dans le dos d’une petite vieille.
Peut-être qu’une sauce crémeuse au citron, ou au combava, aurait redonné quelque couleurs à la truite blafarde, sans exterminer le peu de charme qui lui reste avec des saveurs brutales et concentrées de crustacés. La salade mesclun est croquante et bonne, mais on ne voit pas bien ce que du poivron vient faire là. Les pommes de terre en robe des champs, enduite de miel de sésame, sont passables, mais iraient mieux avec de la viande.

Un verre de moelleux sud-Africain efface efficacement le souvenir gustatif que ce plat ni fait ni à faire.

A quelques tables en face de nous, un client renvoie son assiette, poliment. Une quinzaine de clients est arrivée depuis, se dirigeant droit vers la terrasse.

Nous déclinons les desserts, très classiques (crème brûlée, mousse et « coulant » au chocolat…), et réglons l’addition. 23 euros, c’est cher pour une truite plate et mal accompagnée.

Nous repartons passablement déçu de cette cuisine qui frôle l’amateurisme. C’est dommage car le cadre est plaisant, l’accueil et le service aussi. Peut-être aurions nous dû suivre notre première intuition : prendre le cari de poisson. Tant pis. Si d’aventure vous passez par là, tentez donc la Riviera, en espérant que votre expérience soit meilleure.