Le Champ-borne

[Visite en mai 2012]

Aujourd’hui, nous allons déjeuner au Champ-Borne, situé dans la localité du même nom, à quelques encablures du Beau Rivage que nous avons testé au mois de février dernier. Le restaurant est au bord de la route, vous ne pourrez pas le manquer : un bâtiment avec des baies vitrées qui laissent tout le loisir aux convives de profiter du paysage côtier. Si on tient compte de la salle intérieure réservée en général pour les réceptions, le Champ-Borne peut accueillir 200 personnes.

A la carte, les spécialités créoles classiques, y compris le cari bichique, mais aussi quelques grillades (bœuf, agneau et canard) et des plats chinois, de quoi contenter tout le monde. Notre préférence va vers un civet de coq, et le gallinacé affiche tout de suite sa généalogie : «fermier !», et un cari de bourgeois. Un achard de chou de coco viendra nous ouvrir l’appétit. La salle extérieure, de 80 couverts, est propre mais mériterait un peu plus de décoration. L’endroit est assez vaste pour qu’on puisse déjeuner sans gêner les voisins.

L’accueil est prévenant. Nous commandons et pour patienter on nous propose le punch maison : jus de fruit et grenadine avec du rhum blanc. Un cocktail simple mais efficace car léger et pas trop sucré. L’achard est servi chaud. La température nous fait monter aux narines des effluves de safran et de cumin et nous attaquons aussi sec. Le chou de coco est très finement émincé mais reste croquant. Bien sûr, à part une légère acidité, son arôme est complètement masqué par les épices sus-citées. Il n’en demeure pas moins très agréable et rempli son office : réveiller nos papilles gustatives. C’est tant mieux, car voici venir sans tarder le civet de coq, qui a assez belle allure. Les morceaux, d’une couleur marron tirant sur le rouge baignent dans une sauce généreuse (trop peut-être à notre goût, mais certains aiment imbiber leur riz), qui nous envoie le parfum musqué du girofle.  

 Notre fourchette atteste le lignage du volatile : c’est effectivement du coq fermier. Il faut dire que nous avons semble-t-il hérité des parties charnues et la viande est un peu sèche sous la dent, mais sans exagération. La cuisse de l’animal est plus onctueuse, et son état révèle une cuisson qui a dû être longue, bien trempée dans le vin. Parlons-en justement, du vin : s’il n’est pas avare en goût, s’il a parfaitement imprégn é la viande, il demeure tout de même assez sage, laissant presque le girofle dominer. Une juste dose de sel vient équili brer le tout, et le fumet du coq nous reste dans le nez pour notre plus grand plaisir. Un plat à respirer autant qu’à manger. Une petite touche de persil aurait été appropriée.  

Pour sa part le poisson fait presque aussi bien. Les morceaux baignent dans une sauce rouge, abondante et veloutée, où chantent en canon le gingembre et le combava. Ces derniers ne parviennent toutefois pas à effacer totalement l’odeur sucrée des tomates en conserve. La chair du poisson est de bonne tenue, sa texture un peu râpeuse étant largement compensée par celle la sauce. On ne saurait trop vous conseiller d’y rajouter une petite cuillérée de piment vert «crasé» (fourni), histoire de «tuer» définitivement l’arrière-goût des tomates en boîte, sauf si, bien sûr, vous aimez ça.

Nous terminons par un dessert maison : de la confiture de pamplemousse, servie en minces lamelles, à capella. Une merveille. Les amateurs de l’agrume fermeront les yeux et apprécieront son amertume caractéristique, largement domestiquée (mais non dominée) par le sucre. Un réel plaisir physique, comme une décharge d’électricité dans la colonne vertébrale. Nous nous disons alors que l’affaire passerait bien avec un magret de canard saignant, disponible à la carte, mais accompagné de letchis. Faites-en donc l’expérience : laissez tomber l’accompagnement aux letchis (qui n’est pas de saison, en plus) et demandez plutôt le pamplemousse ! Une expérience intéressante, gageons-le ! Addition : 55 euros pour deux plats, avec une entrée et un dessert. Compte tenu de la qualité globale, c’est assez honnête.

Sur la route de Champ-Borne, voilà un restaurant sans prétention qui propose une cuisine de bonne facture. Il y aurait encore quelques progrès à faire pour atteindre la qualité de la cuisine créole authentique, telle que nous la recherchons dans cette rubrique, mais vous ressortirez du Champ-Borne relativement satisfaits, et la peau du ventre bien tendue. Libre à vous d’aller digérer avec une petite marche jusqu’à l’ancienne église en profitant de l’air marin. Conséquemment, nous attribuons à cet établissement une jolie fourchette en argent.

Pour résumer :
Accueil : très bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : moyen • Service : très bien • Qualité des plats : bons
Notre impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Chez Doudou

[Visite en mai 2012]

La Petite France, aux portes du Maïdo : son brouillard, ses bœufs, ses chevaux, ses cyprès, et ses restaurants au frais. Aujourd’hui nous décidons de tester l’un des plus connu : «Chez Doudou». L’établissement est constitué d’un bâtiment bas, en bois, qui semble avoir poussé au fur et à mesure et qui ne manque pas d’un certain charme champêtre, avec sa cheminée à proximité de laquelle les frileux aimeront se réfugier.

C’est qu’il ne fait pas chaud, avec l’hiver qui pointe son nez, mais cela ouvre l’appétit. Nous nous installons et une charmante demoiselle, fort accorte par ailleurs, nous explique le déroulement des opérations. Celles-ci commencent avec une entrée de beignets de morue et de chou et se poursuivent avec un buffet chaud dont nous ne connaissons pas encore la teneur. Il est tôt, et ce dernier n’est pas prêt. Le temps de patienter, on nous propose à la dégustation un jus de fruit frais et un punch maison, tous les deux excellents, à base de bananes. 

Les beignets ne tardent pas. Ils sont servis accompagnés d’une sorte de sauce tartare rouge assez typée. Et tant mieux pour les beignets, pourrait-on dire, car ces derniers à part un vague parfum de morue ont surtout un goût de…beignet, à savoir une pâte salée cuite à l’huile. Elle a fait long feu cette mode du beignet à tout et n’importe quoi, qu’on pouvait trouver dans beaucoup de restos des hauts se revendiquant de la tradition créole, et qui au bout du compte avaient tous le même goût : celui de l’huile ! Une entrée bien pratique, nous verrons plus loin pourquoi. Est-ce la fraîcheur, l’ambiance, la faim ou la sauce ? Les beignets sont proprement exterminés. 

Nous passons aux choses sérieuses. Les marmites chaudes sont mise à la disposition des clients. Au menu : un poisson au gingembre, un cari de poulet au coco et un plat de cochonnailles diverses, sorte de « rougail » mélangé de saucisses, boucané et andouillettes, qui baignent dans une sauce uniforme. L’aspect de l’affaire nous intrigue, nous entamerons donc les hostilités par là, avec, en accompagnement des lentilles et une sauce de piment.

Surprenant. Cette sorte de rougail panaché nous laisse pantois. La sauce, avec un arrière goût de fumé, ne manque pas d’attrait, les morceaux de saucisses et d’andouillettes font bonne figure et, tout en étant ferme d’aspect, fondent en bouche. Quand à la qualité intrinsèque de l’affaire, c’est le cas de le dire : on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon ! On est loin du rougail boucané ou du rougail saucisse de la pure tradition créole, sans aucun doute. Le plat est bon, mais il lui manque quelque chose : un peu plus de tonus gustatif. Le poulet est beaucoup plus goûteux. Il est ferme et a cette belle couleur jaune des bons caris au feu de bois. La sauce est parfaite et le tout exhale d’autant mieux les aromates avec la poignée de persil frais, hachés, et lâchés par dessus au dernier moment. Nous remarquons tout de même que le volatile a été, lui aussi, coupé en menus morceaux. Impossible de retrouver une cuisse entière, ou une hanche dans cette hécatombe, pas plus que de bons « morceaux à sucer ».

Le poisson, quant à lui, s’est fait buzzer à la première bouchée : du capitaine ou du brigadier congelé, à tout le moins, mais quelque soit son grade il diffuse une saveur forte qui a littéralement divorcé de l’aigre-doux de la sauce tomate en boite ! Tomate en boite, mes enfants ! Et si le gingembre est bien présent, on n’en voit pas traces, pas plus que celles des carottes du bon poisson gingembre chinois. Un plat métissé, sans doute, et certainement bon marché. 

Un bon point pour le riz, du grain long cuit ni trop sec ni trop en colle, et pour les lentilles, fort goûteuses et bien en crème où quelques lamelles de brèdes chou-de-Chine se promenaient. Nous terminons le repas avec des bananes « rôties », et un excellent gâteau de patate douce au franc goût d’anisette, comme on les aime. L’addition est sans surprise puisque clairement annoncée au début du repas : 20 euros par personne, tout compris. Notre portefeuille est content, mais nous pas vraiment, et pas vraiment surpris non plus. 

Dans le genre gargotte à touristes « zoreil tarmac », Chez Doudou fait fort. Il se fait fort aussi de passer les recettes traditionnelles créole à la moulinette de l’économie et utilise pour cela les vieilles ficelles du métier: couper le poulet en petits morceaux, pour faire quantité, donner des beignets en entrée pour que les estomacs soient bien remplis et les foies en surcharge, faire passer du poisson bas de gamme dans une sauce tape à l’oeil, mélanger les saucisses avec le boucané ultra-gras et utiliser tout le tremblement dans une formule buffet qui fait croire qu’on en a pour son argent. Bien entendu, nos amis touristes, déjà bronzés ou encore blancs comme neige (au sens propre comme au sens figuré d’ailleurs!) n’y voient que du feu (qui a dit :  « au Maïdo, c’est normal? »). Le restaurant n’étant ouvert que le week-end, nous pensons sincèrement qu’il est inutile de se farcir les virages du Guillaume et de la petite France exprès pour Doudou. Maintenant, si vous passez par là, pourquoi pas. Vous pourrez y déguster la tambouille créole pour zoreil ignorants, ce qui vous contentera le fondement mais rend pour le moment inaccessible la fourchette en argent. Nous décernons donc au restaurant « Chez Doudou » une fourchette en inox, en attendant un peu mieux, pour le respect de la tradition culinaire créole.

Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : buffet • Service : bien • Qualité des plats : moyenne
Notre impression globale : moyen
Fourchette en inox

Le Karambol

[Visite en avril 2012]

La jolie petite ville de Sainte-Marie (en travaux) ne compte que très peu de restaurants créoles. O Karambol resto étant l’un de ceux qui propose davantage de plats locaux, nous décidons donc d’y mettre les pieds sous la table. Vous n’aurez aucun mal à le trouver, il se situe à deux pas de l’église, sur l’ancienne nationale.

La salle compte une quarantaine de couverts, avec une décoration simple et efficace. Il est encore tôt. Nous prenons le temps de consulter le menu, affiché sur des tableaux, au mur du fond. Les entrées consistent en un buffet froid, où l’on trouve diverses crudités, quelques charcuteries, de la macédoine et des œufs mimosas, avec vinaigrette et mayonnaise de rigueur. Les plats chauds sont relativement variés : cari de poisson, rougail de morue, civet de lapin, shop-suey poulet, bœuf en daube, curry d’agneau…

L’accueil est courtois. Nous nous plaçons non loin du buffet et composons notre assiette de légumes : haricots verts, macédoine, œufs, et deux tranches de salami. Un ensemble rafraîchissant, malgré le fait qu’il n’y a rien de frais, excepté les carottes. Les haricots et la macédoine : surgelés et conserve.

Cela aurait passé comme une lettre à la poste si, au moins, la mayonnaise était faite « maison ». Rien du tout. De la mayonnaise standard au parfum de citron qu’on trouve au supermarché. Notre assiette vide est enlevée et on nous apporte notre commande : du civet de lapin, et un rougail de morue. Service à l’assiette.

Les quantités semblent correctes. Un joli « piton » de riz trône sur le plat à côté des lentilles. Et pas de piment en accompagnement ! Oubli réparé à notre demande. On nous dépose un rougail tomate direct sorti du frigo. Le civet est coupé en morceaux trop gros, et, s’il a une couleur bien foncée, ne dégage pas l’odeur si particulière de tout civet respectable, ce d’autant qu’il n’y a pas un brin de persil à l’horizon. Notre mauvaise impression se confirme en bouche : c’est sec et assez fade. Où donc est passé la saveur du vin ? Où est la force du girofle ? Rien. Le grand vide gustatif. Le plat est juste assez bon pour remplir un ventre affamé, mais guère plus.

Cela ne s’arrange pas avec le rougail morue, bien au contraire. Déjà, la morue est grossièrement hachée (et dire qu’on avait critiqué, gentiment, l’aspect de celle de la Table Créole, au Port, il y a quelques semaines ! C’était du grand luxe à côté). Les morceaux de chair se disputent la place avec des morceau d’oignons, et… une forêt d’arêtes ! Le tout est « blême », bien loin de la belle couleur orangée du rougail morue bien né. Si le parfum est plutôt conforme aux attentes, le goût est significativement en-deça du minimum tolérable : une amertume vient gâcher le plat. Quelque chose a dû cramer au fond, le combava peut-être, ou le gingembre ajouté à la louche. Bref, appelons cela un sauté de morue aux oignons, pour être proche de la vérité. Un sauté raté. Il est 12h45. La salle est pleine. Le service semble un peu bousculé, mais reste efficace. Nous attendons un peu notre dessert, une tarte aux pommes. Celle-ci s’avère passable. Tiède et sans joie.

C’est l’heure de l’addition et d’aller voir ailleurs si nous y sommes : 31 euros pour deux personnes, tout compris, avec un apéritif et un dessert. On ne peut pas dire que ce soit malhonnête. La formule « complète » hors boisson, c’est à dire le buffet plus un plat chaud est à 14 euros. Le rapport qualité prix est correct !

Effectivement les restaurants créoles ne pullulent pas à Sainte-Marie, et la plupart des établissements sont concentrés à Duparc et alentours. De plus, ô Karambol affiche des tarifs très raisonnables. Pour aller déjeuner pas cher le midi, à Sainte-Marie ville, si on a faim, et si on veut à tout prix manger des plats créoles, pourquoi pas… mais ce sont là des considérations purement alimentaires qui ne justifient en aucun cas l’obtention d’une fourchette de quelque métal que ce soit. Par conséquent, en souhaitant une amélioration substantielle de la qualité de ses plats, nous attribuons ô karambol, enfer et damnation, une pauvre fourchette en plastique.

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien • Service : moyen • Qualité des plats : méciocre
Notre impression globale : médiocre
Fourchette en plastique

Le Beau Rivage

[Visite en février 2012]

C’est à Champ-Bornes que nous nous sommes arrêtés aujourd’hui pour goûter à la cuisine de l’un des plus vieux restaurants de l’Est : Le Beau Rivage, pile en face de la mairie annexe, à côté des ruines de l’ancienne église. Au moment où nous écrivons ces lignes, le Beau Rivage ne porte pas bien son nom : il y a des travaux en cours sur le littoral, semble-t-il,  et le rivage ne ressemble à rien. L’intérieur du restaurant est décoré à la chinoise, un peu kitch, avec des chaises en plastique recouvertes de tissus. La salle est grande et climatisée.

Au milieu, trône une table à buffet, pour l’heure vide. L’accueil est sympathique et détendu. Nous nous plaçons près de la baie vitrée qui donne sur la mer. A la carte, des plats chinois et métros, et les grands classiques de la cuisine créole : du sempiternel rougail saucisse au cabri massalé en passant par le civet zourite et le cari bichiques. La seule entrée créole : une salade de palmiste. Pour une fois nous opterons donc pour des entrées chinoises : calamars frits pimentés et des nems au poulet. Suivront un rougail boucané, viande provenant d’un fameux charcutier de la région, et un cari de poisson rouge (local), servi pimenté, que nous espérons à la hauteur, vu son prix : 29 euros.

Avant d’entamer les hostilités, nous testons le cocktail “maison”, avec “la touche finale“ du barman…qui pique notre curiosité. Le breuvage est très sucré, mais assez léger en alcool, et on y détecte des saveurs de banane, d’ananas, et de menthe. La touche finale s’avérerait être la déco du cocktail… dixit le barman lui-même, mais on a du mal à le croire !

Les entrées arrivent. Les morceaux de calamar coupés finement ont frit avec une légère pellicule de pâte parfumée. Très intéressant en bouche puisqu’on a tour à tour le croquant-souple de la chair du calamar et le croustillant de la pâte d’une épaisseur moléculaire. Le tout fleure bon l’ail et le piment, sans exagération. Les nems, en revanche, sont parfaitement quelconques. Voire moins. Elles nous ont été servies un peu brûlées sur les coins, et le goût entêtant du chou écrase ceux des autres ingrédients. Par dessus le marché, ni feuilles de salade, ni menthe fraîche en accompagnement. Dommage.

Nous poursuivons par le boucané. La viande de chez le charcutier est ni trop sèche ni trop grasse, et cuite à point. La sauce du cari est peu abondante mais réalisée avec des bonnes tomates de chez nous, bien mûres, et pas celles qu’on trouve au rayon “tôles” des supermarchés. Etrangement, nous trouvons au boucané un arrière-goût de sarcives, mais sans que cela devienne désagréable. Une sauce de piment vert aux oignons vient relever un peu le plat. Les gros pois en crème complètent le tout avec bonheur.

Le poisson rouge, de 25 centimètres environ et servi entier, est assez correct. Sa carte d’identité arômatique, olfactive et sensorielle est conforme à ce que l’on est en droit d’attendre. La chair est tendre et fondante, et la sauce, légèrement gluante comme de juste, a capté la majeur partie des saveurs, particulièrement dans la tête. Cette dernière a fait l’objet de notre attention particulière. Nous l’avons dépecée avec soin, en suçant avec délectation les moindres morceaux, aussi piquant fussent-ils. Nous avons terminé par les joues, minuscules mais goûteuses, avec une pensée émue pour tous nos ami(e)s gourmets créoles qui font de la dégustation de la tête de poisson rouge une véritable cérémonie durant laquelle il ne faut surtout pas les déranger ! Le poisson est nettoyé mais, nonobstant la tête, nous déplorons tout de même un léger manque de punch gustatif. Il fallait bien chercher le piment, et nous aurions apprécié que le gingembre donne plus de voix, en duo avec du combava dont nous n’avons pas trouvé trace.

C’est l’heure du café, et de l’addition : 75 euros et des écailles de poisson pour deux personnes (apéritifs, entrées, plats et café). Un peu chaud quand même.

Le Beau rivage est toujours considéré comme une étape gastronomique incontournable de la côte est, en dépit de la nombreuse concurrence alentour et du site qui a grand besoin d’un sérieux lifting. La cuisine créole mériterait également d’y être davantage honorée, avec des plats sortant des ordinaires et communs caris et rougails. Pour autant, sans être vraiment sensationnels, les plats proposés sont d’honnête facture, et à la fin des repas vous repartirez assez satisfaits. Nous ajoutons par conséquent une petite fourchette en argent à la carte de visite du Beau Rivage. C’est la troisième depuis le début de l’année, pourvu que ça dure!

Pour résumer
Accueil : bien • Cadre : moyen • Plats : bons • Rapport qualité-prix : mauvais
Notre impression globale : bonne table
Fourchette en argent 

Note août 2013 : Un restaurant créole tendance cuisine chinoise.

La Table créole

[Visite en février 2012]

Aujourd’hui nous mettons les pieds sous « La table créole », au Port. Vous trouverez ce restaurant sur l’ancienne route nationale, un peu avant le temple tamoul dans la direction Possession – Rivière-des-Galets, niché dans le décor de savane typique du coin (galets-tamarins-soleil qui pwak). Une vaste salle ouverte taillée pour les dîners dansants nous accueille.

Le personnel est prévenant et nous propose un apétitif. La carte est au mur. Au menu du jour : rougail chevaquines, rougail morue, cuisse de poulet au four avec riz sauté, l’assortiment habituel des shop-suey (porc, bœuf, etc.) et quelques plats métros : entrecôte, magret de canard, rumsteak, salades. Ni une ni deux, nous salivons déjà pour le rougail chevaquines et son cousin le rougail morue et les commandons aussi sec. Comme nous sommes arrivés de bonne heure, nous patientons un peu le temps que le service se mette en place et que les autres clients arrivent. Des habitués, souvent, qui viennent chercher des plats à emporter (7 euros! Pas donnée la morue en barquette !), et des employés de la zone industrielle et commerciale voisine.

Les plats arrivent portés à bout de bras par la souriante serveuse à laquelle nous avons demandé un piment « crasé » pour aller avec les chevaquines. Un piment la pâte vert en tient lieu, on lui fera son affaire (au piment, pas à la serveuse !).

Les chevaquines ont une belle couleur marron, signe qu’elles ont été bien grillées comme il faut, et que la tomate a fondu et doré avec les petits morceaux de crevettes pilés dans les règles. Ces minuscules crevettes ont leurs amateurs et leurs détracteurs. Tout le monde n’aime pas. La faute, souvent, à une odeur assez forte et à leur goût prononcé. Le diable nous patafiole, mais ce qu’il y a dans nos assiettes n’a rien à voir avec cela. Le goût des chevaquines est toujours là, mais sage et domestiqué. De plus, elles ont été si bien pilées qu’en bouche aucune agression de gencive n’est à signaler. Un bonheur. Du coup, le riz teinté de la belle couleur de la sauce n’en est que plus goûteux.

Le fameux piment la pâte, bien musclé, accompagne tout cela à merveille en nous mettant une claque ou deux. Au passage, il dira bonjour aussi à la morue. Cette dernière est excellente. Et ce n’est pas évident de trouver du bon rougail morue par les temps qui courent. D’une belle couleur orangée, habillée de paillettes d’oignons verts, elle nous chante ses saveurs lointaines des souvenirs de ses ancêtres qui parfumaient les boutiques chinois d’antan. La sauce est parfaite, ni trop grasse, ni envahissante et salée juste ce qu’il faut. Un bémol : les morceaux sont un peu gros. On aurait préféré le poisson un peu plus émietté. Ceci dit, on peut comprendre celui ou celle qui s’en est occupé, on imagine : “MAAA fiiy ! Tout’ sa la morue-là pou éclitééé, moin na poin rienk’sa pou fé ! Et puis vi koné, la morue koméla, lé pu pareil sa d’avant !

On redemande du riz, pour finir les caris (un peu juste pour des travailleurs qui transpirent, la dose de riz, surtout avec des caris comme ceux-là). On nous débarrasse avec la question rituelle : “vous avez terminé ?” La table, qui ressemble à Dunkerque un 5 juin 1940, répond d’elle-même. Nous terminons effectivement par des douceurs, une crème brulée et un fondant tiramisu qui réconcilierait n’importe quel candidat au suicide avec la vie. L’addition (apéros-repas, desserts et cafés) se monte à 46 euros pour deux personnes. Bien. On ne regrette pas d’être venus.

“La Table créole” est un resto-midi qui propose de la bonne cuisine pour pas très cher et on y passe un bon moment. L’ambiance est conviviale, le personnel est disponible et très sympathique. Ceux qui travaillent aux alentours l’ont bien compris. Si vous êtes de passage pour affaire du côté du Port, n’hésitez pas. Un endroit idéal pour emmener un client et signer un contrat. Quelques points peut-être à améliorer : il y fait un peu chaud, des brumisateurs ne seraient pas du luxe. On aimerait aussi avoir une carte à table. Ceux qui sont assis loin ne peuvent pas forcément lire les tableaux. Nous décernons donc à la Table créole une magnifique fourchette en argent massif.

Pour résumer
Accueil : bien • Cadre : bien • Plats : bons / très bons • Rapport qualité/prix : correct
Notre impression globale : bonne table
Fourchette en argent 

 

Note août 2013 : L’un des établissements les plus sympas que nous ayons testé. Nous y sommes retournés de manière informelle un an plus tard, la qualité de la cuisine n’avait pas bougé.