La Perle du lac

Gros temps à la Perle du Lac…

En ce 26 décembre à la météo versatile, nous mettons à profit notre présence en cette bonne ville de Cilaos pour tester la Perle du Lac, restaurant à buffet situé sur les rives de la Mare à Jonc.

P1100456Ce dernier est logé dans une petite bâtisse agréable placée légèrement en hauteur qui lui donne une vue panoramique sur l’étendue d’eau Cilaosienne, où quelques vacanciers s’adonnent aux joies du pédalo. Une petite salle et une terrasse d’une soixantaine de couverts en tout accueillent la clientèle. Le buffet à volonté à 20€ se compose de trois entrées et de quatre caris. Un jeune homme aimable mais peu souriant nous installe à l’intérieur et aussitôt les boissons servies, dont un verre de vin « traditionnel », la dégustation et la météo se mettent à voguer de concert.

P1100450Nous choisissons deux salades (museau et papaye verte) et deux caris (civet de sanglier et rôti d’oie).
Le soleil darde encore ses chauds rayons sur les badauds quand nous attaquons la salade de charcuterie. Elle est fraîche, piquante et claquante, ou acidulée selon le mélange en bouche et la proportion de citron, de poivron rouge et de gros piment. C’est très agréable comme entrée en matière. La joie intrinsèque de cette assiette contribue davantage à notre appétit que les quelques samoussas gras et notoirement insignifiants précédemment servis en guise d’amuses-bouche.

Dans la même veine, la salade de papaye verte propose un joli croquant au cumin vivace qui évoque les plats de légumes des contrées orientales. Nous sommes proprement mis en condition pour la suite, mais les nuages s’amoncellent déjà sur le lac, descendant du col de Kerveguen comme la vérole sur le bas-clergé.

P1100453Le rôti d’oie présente un peu de tempérament, avec un goût musqué qui finit sur l’acidulé, plutôt bien aidé des patates dans leur robe salée et poivrée. L’ensemble manque quand même d’éclat, et la consistance du volatile tombe dans un avachissement déliquescent de viande bouillie. Bien dommage. Un peu plus de fermeté n’aurait pas fait de mal, avec un beau girofle au nez. Conclusion : l’oie se noie.

Et c’est bientôt le cas des badauds sus-mentionnés puisque ceux-ci se retrouvent en moins de temps qu’il ne faut pour le dire sous presqu’autant d’eau au-dessus de leur tête que sous leurs pédalos. C’est le déluge. Les quelques clients imprudemment attablés dehors sont accueillis à l’abri.

C’est probablement dans autant de flotte que le civet de sanglier a été cuit, ou alors le miracle de Cana s’est produit à l’envers, car s’il affiche, lui, un timide girofle, sa saveur de vin est passablement diluée. On aurait pu s’attendre à ce que la viande en profite pour révéler son caractère… zéro calbasse. A la place elle ne propose que des notes doucâtres de carottes et c’est à peu près tout. De la tambouille sans relief qui ne peux espérer aucun soutien de lentilles préparées plus flottantes que crémeuses, injure à leur terroir.
Seul un rougail mangue laisse passer un rayon de soleil sur tout ça, mais dehors, la pluie continue de tomber.

Nous nous passons de dessert et laissons 50 euros et des lentilles pour deux buffets adultes et un buffet enfant (à moitié prix).

P1100444La perle du lac, ce jour, nous en a fait une belle, de perle : une cuisine qui n’a pas tenu ses promesses. Fatigue après le réveillon de Noël ? Nous espérons que ce n’est que ça. Quoiqu’il en soit, si certains pourraient d’entrée maugréer au sujet d’une formule buffet un peu pauvre en choix, eut égard à ce qui est proposé ailleurs pour le même tarif, l’on peut argumenter sur les spécificités locales et des contraintes qui n’ont pas de comparaisons entre un « Zen » ou un « Go » et la « Perle ». Point d’argument en revanche pour défendre ce repas moyen, envoyé au chauffe-plat à la va-comme-je-te-pousse, tout juste sauvés de l’hallali par des entrées joyeuses. Et pour les desserts, le quasi-désert. Un repas moyen qui ne nous autorise pas à décerner à la Perle du lac autre chose qu’une fourchette en inox. Mouillée.

Pour résumer : Accueil : Bien • Cadre : très bien • Présentation des plats: buffet•  Service: bon • Qualité des plats : moyen • Rapport qualité-prix: mauvais

Impression globale : moyen
Fourchette en inox
La présente critique a été réalisée le 26 décembre 2015, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Le Petit randonneur

P1020182Cilaos. Ses lentilles, ses broderies, sa roche merveilleuse, son vin traditionnel et son chai, son eau, ses hôtels dont le plus vieux qui trône comme une verrue au-dessus du village (dans l’indifférence générale, dirait-on) et ses restaurants. Nous en avons testé deux pour vous. Aujourd’hui, nous som-mes allés mettre les pieds sous la table du Petit randonneur, assis là aux pieds de l’Eglise. C’est l’un des plus anciens de Cilaos, et son allure de brasserie aux stores jaunes le rend visible de loin.

L’accueil est courtois, le sourire est présent, et on nous conseille la terrasse protégée pour cause de météo capricieuse en cette période de fête où tout bon créole hausse des épaules fatalistes quand il faut replier le barbecue sous les hallebardes.

La carte est avancée. Eclectique, elle est, avec une tendance locale quand même prononcée. Ainsi, en tête des plats on trouve les saucisses aux lentilles, comme de bien entendu, suivies d’émincés de poulet à la vanille, des andouillettes fumées à la créole, du steak de bœuf à la chinoise, crevettes à l’ail, magret de canard, thon grillé, etc. 14 en tout. Et trois entrées : gratin de chouchou, cocktail de crevettes (pochées) et quiche maison, plus des crêpes. Nous commandons les andouillettes et les saucisses aux lentilles. Un verre de vin blanc frais du chais de Cilaos nous émoustille la glotte et nous rince la luette, avec sa petite pique acide capiteuse. Il ne manque plus que les tonnelles etc.

Nous sonnons la charge.

P1020195Les saucisses, estampillées « made in Bras-Sec », sont de la famille des moulues. Voire très moulues. Elles n’en demeurent pas moins compactes et proposent un mordant souple et sans petits morceaux rebelles qui vous bouchent les dents creuses. Leur fumet est intéressant, un peu sauvage sur les bords. Elles ont ce parfum de cochon au groin consciencieusement enfoncé dans le conflore comme autrefois, avec le piquant poivré et l’éclat odorant du thym après l’averse. Peu de gras emballe tout cela, et les lentilles crémeuses et parfumées leur en sont reconnaissantes. Ces dernières ont la saveur des terres rocailleuses et ensoleillées de l’îlet à Cor-des. Elles épousent les saucisses de Bras Sec dans une union merveilleuse pile entre ces deux patelins. Cette convergence géographique et culinaire se voit traitée de la manière appropriée : l’élimination jusqu’au dernier grain.

P1020192L’andouillette se montre très sage. Nous nous attendions aux envolées wagnériennes des andouillettes qui ont des tripes, associées à un poivre puissant. Que nenni. Même le sel respecte les convenances. Pour autant, la charcuterie ne s’en exprime pas moins, avec grâce et sans trop de graisse, offrant une mastication ludique de ses morceaux de cartilage qui envoie au nez leur humeur fumée à chaque coup de dent. Il est vrai que la belle sauce épaisse et rouge coagulé, qui enrobe les andouillettes, magnifie l’effet en ajoutant sa douceur de tomate mûre.

L’ensemble est bien soutenu par un riz abondant et bon, et des grains veloutés. Le rougail « zognons » trop ordinaire nous ayant fait réclamer un autre piment plus costaud, nous avons le plaisir de voir débarquer un bocal de piment « la pâte » des familles, rouge cramoisi, mariné depuis assez longtemps dans sa propre capsaïcine huilée pour dégager les sinus de son parfum aux autours profonds de gingembre confit. De quoi réclamer du rab pour finir le pot. Cette sensationnelle chose est vendue 4€ sur place.

IMAG1029Nous terminons par un café gourmand ou une bonne boule de glace artisanale rattrape un gâteau patate un peu trop dense. Excepté un gâteau patate, justement, les autres desserts sont assez classiques. L’addition se monte à 90 euros pour quatre adultes et un menu enfant, boissons comprises, soit un peu plus de 22 euros par tête de touriste. Très honnête compte tenu de la qualité globale.

Nous sommes rassurés. Nous aurions pu finir par croire que tous les restaurants ayant pignon sur site touristique n’offraient à leurs clientèle que des ersatz de cuisine créole mal fagotée, qui privilégie la rentabilité au détriment de la qualité, en profitant de l’ignorance naturelle des visiteurs d’outre-océan. Nous avons de nombreux exemples en magasin, hélas. Nous sommes donc rassurés, car ce n’est pas le cas du Petit randonneur. L’établissement propose en effet une honnête cuisine créole authentique, avec une carte qui peut contenter tout le monde sans pour autant ressembler à un bottin ! Bien sûr un effort serait peut-être à faire sur la présentation des plats, mais l’endroit se prête davantage à la convivialité. Le service est correct, bien qu’un peu plus lent quand la clientèle se fait nombreuse, mais sans que cela n’entame le plaisir du moment. Tout cela justifie amplement que nous décernions au Petit randonneur une belle fourchette en argent.

Fourchettes

 

Pour résumer : 

Accueil: bien • Cadre : bien • Présentation des plats: perfectible
Service: bien • Qualité des plats: bons • Rapport qualité-prix: correct.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent
La présente critique a été réalisée le 24 décembre 2015, à partir de midi, et ne prétend pas être une vérité absolue et définitive. Notre point de vue est subjectif, par nature, mais parfaitement honnête. Nous certifions n’avoir aucun rapport de près ou de loin avec les propriétaires de ce restaurant et aucun intérêt à attribuer à ce dernier une bonne ou une mauvaise note. Dans tous les cas, le restaurant dispose d’un droit de réponse.

Le Franciscéa

P1100329Avril 2011. Nous sortons du Franciscéa passablement déçus. Service aléatoire, plats moyens. La fourchette en inox était tombée. Précisons que le système de notation étant à ses début, cette fourchette n’était pas encore considérée comme une mauvaise note telle qu’elle l’est aujourd’hui. Une mise à jour s’impose donc. 

C’est en cette orée de décembre que nous décidons d’aller remettre les pieds sous la table du Franciscéa, dans ses murs de case créole, un peu plus défraîchis par endroit, derrière l’église de Saint-André. L’intérieur est toujours aussi confortable, sobrement mais gaiment décoré. L’accueil est souriant et courtois. Nous nous installons et l’on nous apporte la carte. 

Trois menus s’affichent : créole, métro et chinois. Neuf caris créoles suivent cinq entrées. On pourra y trouver un rougail zandouille, un cari de porc au palmiste frais, un cari de canard fumé pays, un civet de cerf pays au whisky et aussi notre prisé cari bichiques, signalés « selon saison » donc frais, quand il y en a. Dix-huit plats chinois sont proposés, qui suivent six snacks dont du calamar frit ou des beignets de songe, pour les amateurs.
Le menu métro quant à lui affiche également six entrées et pas moins de dix plats. Au programme : pâvé de biche, côte de bœuf grillée avec accompagnements variés. Calculette : 37 plats et 17 entrées, sans compter les desserts et les (chers) menus enfant. Beaucoup de choix donc, mais à moins qu’un bataillon ne séjourne en cuisine, le surgelé est de rigueur à tous les étages, menu du jour (peut-être) excepté.

Nous nous décidons pour une salade et un gratin de palmiste, suivis d’un Coq massalé et d’un pavé de saumon. Deux coktails sans alcool plus tard, les entrées sont servies.

P1100315La salade est fatiguée. En effet les morceaux de palmiste effilés présentent des traces brunes à leurs extrémités, et leur couleur n’est pas le blanc-crème éclatant qui est censé lui seoir. Au goût, rien de transcendant, la saveur lactée du cœur se serait mieux exprimée avec davantage de croquant, donc une découpe différente. Il faut arrêter de ne présenter que des filasses de palmiste sous prétexte que ça fait joli : on ne sent rien ! La vinaigrette, Dieu merci proposée à part, est à utiliser en mode homéopathique, vu sa dose d’acidité, si on veut sentir le palmiste. Mais il est vrai que certains préfèrent cette salade bien relevée. Autant dire que le produit devient alors un simple support pour mastiquer de la vinaigrette ! Nous terminons l’assiette, mais tout cela semble un peu expédié. 

P1100317Le gratin fait bien mieux. Bon équilibre entre la quantité de palmiste et la béchamel, un fromage qui nous dilate les narines mais ne s’impose pas en bouche, et le tout, jaune curcuma, ne manque pas d’épices. C’est presque à croire que l’affaire a été préparée dans un fond de cari qui n’est pas sans rappeler, par certains côtés, la cuisine des cousins mauriciens, avec leur curry entêtant. Cela donne un gratin créole de caractère, très enlevé, que nous avons exterminé avec plaisir.

P1100321Le coq massalé est bon dans l’ensemble. La viande est assaisonnée d’un massalé équilibré, goûteux, complexe, et pas trop agressif, qui laisse le caloupilé s’exprimer, à tel point que ce dernier nous chante dans les sinus son refrain fumé et piquant. Tout cela est bien mis en valeur par une jolie sauce épaisse, au fond d’huile discret, et par un sel qui n’est pas très loin de prendre ses aises, mais qui reste juste en deça de la ligne rouge. Dommage en revanche que le gallinacé n’ait pas fréquenté de basse-cour créole digne de ce nom. Il n’a pas le sang bleu, palsembleu. Sa chair présente en effet l’avachissement ordinaire des viandes de batterie. Frais, il l’était sans doute, comme indiqué sur la carte (peut-on espérer) mais son goût typique est aux abonnés absents tant est si bien qu’on pourrait douter de son yang. 

P1100319Le poisson a davantage d’envergure. La chair rosée du saumon nous lance ses puissants atours gustatifs avec une certaine longueur en bouche qui se termine sur des notes grillées. Le beurre au baies roses nous semble presque trop velléitaire dans son besoin d’exister, au détriment des saveurs de la belle chair du saumon. Les accompagnements sont corrects, mais un peu bavards en sel surtout dans la la tomate. Le riz safrané, façon pilaf, répond en écho au gratin de palmiste, avec des revendications indiennes sous-jacentes. Il accompagne bien le saumon. Pas grand chose à dire sur le riz servi avec le coq, en grains longs indépendants, mais mention spéciale pour les haricots blancs crémeux, très parfumés, avec un velouté qui n’est pas sans rappeler la surface des dhall. Le rougail tomate est pareillement ensoleillé. On retrouve le bon goût de tomate au pilon, avec un piment présent mais respectueux, le tout laissant cette sympathique petite acidité sur la langue qui appelle d’autres cuillérées. 
Nous prenons le dessert par pure conscience professionnelle. Deux tranches de gâteau tison avec quelques morceaux de papayes épars. Une petite crème anglaise ou une chantilly auraient été les bienvenus en accompagnement, signant une once de dressage de bon aloi, mais fort malheureusement inexistant aujourd’hui. Tarif pour deux apéritifs, deux entrées, deux plats, deux desserts, deux verres de vin, et deux cafés : plus de 90 euros. Soit la totale à 45 euros par tête. Un tarif peut-être acceptable quand la qualité est au rendez-vous du début à la fin, ce qui ne fut pas forcément le cas. Cher donc. 
P1100324Et c’est bien le dressage général qui pèche en premier lieu. Dans un cadre comme celui-ci, et avec des tarifs tels que ceux-là, on est en droit d’attendre des assiettes plus jolies à l’œil. Il faut bien le dire : c’est basique. Le service, pour sa part, a fait un vrai bon en avant. Mais attention quand même à vérifier la vaisselle quand on la pose sur la table : le pichet d’eau ébréché, c’est moyen. Enfin, la qualité de la cuisine a quelque peu progressé, dirions-nous. Mais bien trop timidement. La faute sans doute au sempiternel (mauvais ?) choix stratégique de vouloir proposer pléthore de plats, et de céder un peu trop aux exigences de rentabilité. Dommage, car il y a largement matière à faire mieux, beaucoup mieux. Considérant la qualité globale satisfaisante, bien qu’encore insuffisante, nous décernons au Franciscéa une fourchette en argent d’encouragement.

Fourchettes

Pour résumer : 

Accueil: Très bien • Cadre : bien • Présentation des plats: aucune
Service: bien • Qualité des plats: bons • Rapport qualité-prix: correct.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Kiosque des mandarines

Aujourd’hui, nous prenons la route vers les hauteurs de Saint-Benoît, au village de Takamaka. A quelques tournants au-dessus du patelin, dans les premières frondaisons de la forêt, est niché un petit restaurant, le kiosque des Mandarines, où nous décidons de déjeuner.

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L’accueil est souriant, et très convivial. C’est visiblement un couple qui tient l’affaire, avec monsieur aux marmites. Quelques mots affichés nous informent que la carte bleue n’est pas acceptée. Trois ou quatre tables en terrasse, l’équivalent à l’intérieur, une bâtisse en bois dont les fenêtres sont ouverte sur un jardin campagnard, et tout ça dans un joyeux désordre. Si les tables et les couverts sont propres, nous préférons ne pas nous attarder en détail sur le reste. Pour euphémiser, disons que l’établissement est à cent lieues des ambiances aseptisées et des agencements au millimètre. Ici c’est la bonne franquette… De toute façon, ce qui nous intéresse principalement, c’est ce qui va remplir nos assiettes. Ces dernières le seront des trois caris disponibles aujourd’hui, sans entrées : cari de poisson (du brigadier), un cari de poulet et un rôti de porc pomme de terre.

Service rapide. Nous attaquons avec un punch mandarine, parfumé mais un peu trop sucré.

Deux caris sont présentés dans de petits bols, ce qui donne une fausse impression de pas assez.

Le cari de poisson n’est pas ce que nous pourrons appeler une réussite. Cela est dû essentiellement au poisson lui-même, du congelé, simple brigadier bien loin des saveurs d’un capitaine, du général Rouge ou de l’amiral Légine. Sa chair sèche sans sensations chut sans chichis sur sa sauce (essayez de le dire vite). Huileuse, la sauce. Bref, de simple crevettes ou du bourgeois, même congelés, auraient mieux présenté que ce particulier là, définitivement à éviter.

Le cari de poulet est largement meilleur, « plus  meuyeur» même. A la vue, le gallinacé affiche la cuisse ferme et alerte et la viande dorée appelant à mordre. Ses effluves sont conformes à ce qu’on attend d’un poulet honnête ayant séjourné dans une sauce respectable préparée à une bonne marmite créole au feu de bois. Au goût, presque rien à dire. La sauce onctueuse habille la chair de ses reliefs tomatés avec moins d’huile que le précédent plat. La chair est ronde sous la dent, tout aurait été parfait si le sel avait été un peu plus discret.

Un sans faute que s’offre le rôti, dans lequel on aurait pu s’attendre à un sel trop présent, justement. Eh bien non. Les pommes de terre ont peut-être équilibré le plat, toujours est-il que le rôti, qui arbore bout de gras et épiderme fondant, nous rappelle les bons vieux repas lontan, mitonnés à la marmite et à la braise, le jour où le cochon passe l’arme à gauche dès potron-minet avant que famille et voisins entament le long travail de transformation des viscères du trucidé en andouilles et boudin. La viande est onctueuse et dégage son humeur de roussi de fond de marmite, poivré, avec comme des pointes lointaines de girofle. Le patates sont fières, toutes imbibées des saveurs du rôti, avec une texture pas trop farineuse et de la tenue.

Le riz est très correct. Les grains sont assez crémeux et magnifiquement relevés par un quatre-épices vaillant, qui nous claque les gencives.

Nous déclinons les glaces industrielles du dessert, préférant un café, qui fut très bon. Il nous en a coûté 13 euros par cari, 54 euros tout compris pour trois personnes. Bon rapport qualité-prix…quand les plats sont bons.

Tenu depuis 21 ans par Jacky Boyer, agriculteur, le kiosque des mandarines est un honnête restaurant des hauts qui propose de la bonne cuisine créole authentique. Son côté un peu « roots », avec des tables où s’étalent légumes, pots de piments à vendre et autres objets hétéroclites a son charme, malgré un aspect négligé. En fait on a plus l’impression d’être dans une table d’hôte. Si on excepte le poisson, rentable mais raté, le repas fut assez satisfaisant dans l’ensemble. Suffisamment en tout cas pour décerner au Kiosque des mandarines une juste fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil : Très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : aucune
Service : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : correct.
Impression globale : bonne table

Fourchette en argent

L’Escale des Calumets

Le Relais des Plaines, le Ti feuille songe, La ferme du Pommeau, Les Platanes… autant de restaurants que nous avons déjà visités à la Plaine-des-Palmistes, avec plus ou moins de bonheur. Globalement, les notes étaient plutôt bonnes. Aujourd’hui, en ce mois de septembre 2015, où le fond de l’air est encore frais, c’est L’Escale des Calumets, situé au Bras éponyme, que nous décidons de tester, en version barquettes. Il serait dommage de ne pas profiter du beau temps et du cadre magnifique dans lequel l’établissement est niché.

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Le restaurant se situe sur la gauche dans le sens montant. Il propose de la cuisine chinoise ou créole, sur place, à emporter, et en mode buffet à volonté à 15 euros dans une grande salle passablement sombre et où le fond de l’air y semble encore plus frais qu’à l’extérieur. L’endroit est parfait pour un repas dansant, mais n’est pas très accueillant. La petite salle attenante d’une quarantaine de couverts, où les plats à emporter sont servis, est beaucoup plus chaleureuse. Vous avez le choix entre les barquettes à 5 ou 6 euros, en fonction de votre appétit. Déjeuner sur place vous coûtera 9 euros.

Au menu du jour : coq au vin fermier, cari poulet palmiste, cabri massalé, poulet sauce d’huître, riz cantonnais, porc sauce grand-mère et shop-suey poisson. Nous préférons les créolités, et portons notre choix sur le poulet et le cabri, servis avec pois du Cap et rougail de courgettes. L’accueil est poli, le service est un peu brouillon. Il est encore tôt, mais une petite queue s’est déjà formée, alors même que tous les plats ne sont pas encore disponibles.

Nous déjeunons donc dans l’herbe, sur le site réaménagé du calvaire tout proche. Il y a bien des kiosques, mais ceux qui les ont posés là n’ont semble-t-il pas jugé opportun de les équiper d’une table, comme n’importe où ailleurs. Drôle de choix.

Nous ouvrons les barquettes.

Le poulet, en plein soleil, se révèle d’une pâleur d’anorexique atteint de phtisie. Ce n’est pas bon signe. Au nez, ce n’est pas mieux, et au goût, c’est tout à fait éteint. Que la pauvre volaille ne soit pas fermière comme le coq au vin du menu, passe encore, mais qu’elle manque autant de roussi est vraiment navrant. Le fumet est conséquemment quasi inexistant. Le chef aura eu une panne d’oreiller et le temps lui a manqué, ou le feu aura été un peu asthmatique. Question épices, ce n’est pas mieux. Une panne d’ail aussi dirait-on. Ou de gingembre. Ou de curcuma. Quoi que ce soit, le résultat n’est pas vraiment mauvais mais franchement décevant. Seuls le palmiste frais donne un tant soi peu de dignité à toute cette affaire, nonobstant le fait qu’il aurait pu être un peu plus cuit (parce que ça croque franchement) et surtout mieux coupé : plusieurs morceaux affichent encore leurs filasses (voir photo). Ni très élégant, ni très digeste. Le rougail de courgette, pourtant assez goûteux, est impuissant à redonner quelques couleurs à ce plat préparé à la va-vite et par-dessus la jambe.

Côté massalé cabri, ce n’est guère mieux. Qualifier le plat de « massalé » relève en effet de l’exagération gustative. A l’image du plat précédent, celui-ci est trop timide, timidité mal cachée par l’attaque franche d’un sel bavard. La poudre n’est peut-être plus toute fraîche, elle a perdu de son panache. Ou alors c’est une autre panne : ils ont dû racler les fonds de bocaux. Le cabri lui-même est plutôt sage en goût, autrement il aurait été plus indiqué de l’assaisonner comme le coq : au vin. Il n’empêche que le tandem viande-massalé ne nous enchante guère le palais, malgré la bonne proportion de caloupilé. Bref, le plat est juste bon à contenter un ventre creux, mais pas un palais exigeant.

Pas grand chose à dire sur les pois du Cap, pas très crémeux, et sur le riz plutôt correct.

Nous avons fait l’impasse sur le dessert. Ce dernier consistera plus tard en une bonne tranche de fromage de la Plaine arrangée avec du miel de letchis, trouvés tous deux en descendant les rampes.

Addition : 15 euros pour trois barquettes. Ce n’est certes pas cher, mais s’il faut faire des kilomètres (que) pour manger ça, autant rester sur Saint-Denis.

L’Escale des calumets, aujourd’hui, s’est avéré décevant. Pour être tout à fait objectif il aurait fallu goûter au coq au vin ou aux chinoiseries, dont les couleurs étaient déjà plus présentables. Peut-être avons-nous fait les mauvais choix. La queue des clients augurait pourtant de la bonne cuisine créole authentique. Ce fut plus anémique qu’authentique. Un accident de parcours, espérons nous. Parfois, qui trop embrasse, mal étreint : cinq bons plats valent mieux que sept moyens, ou cinq bons et deux passables, surtout quand on est à la bourre. Même si la fourchette en argent n’est pas très loin, compte tenu de ce que nous avons dégusté aujourd’hui nous sommes au regret d’attribuer à l’Escale des calumetsune pâle fourchette en inox.

Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : barquettes
Service : poli • Qualité des plats : très moyen
Impression globale : moyen
Fourchette en inox

Planète Vegan

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Dans le milieu de la restauration en général et de la restauration à La Réunion en particulier, les menus végétariens, végétaliens ou végans se sont faits une petite place.

Nombre d’établissements proposent des plats « végé » à leur carte, et certains ont même tenté de ne proposer que de la cuisine végétarienne, parfois sans lendemains. Difficile en effet de tenir dans ce créneau là. Pourtant, la clientèle existe. Outre les végétariens convaincus, élevés ainsi depuis l’enfance, et les convertis, (souvent suite à une prise de conscience de la nécessité de manger plus sain) La Réunion compte aussi les végétariens occasionnels, qui s’astreignent à des obligations d’ordre cultuelles.

Planète Vegan, dont nous avons testé les plats sur trois jours, n’est pas (encore) un restaurant « classique », mais une entreprise de fabrication et de livraison de repas végétariens. Une petite entreprise qui fait son bonhomme de chemin et que nous avons sollicité pour découvrir la variété et la richesse de la cuisine végan, au travers d’une critique sans concession.
Nous avons en effet souhaité mettre leurs plats sur le même pied d’égalité que tous les autres plats testés lors des critiques gastronomiques. Planète Vegan a cependant eu un avantage, et non des moindres : savoir que ses plats sont soumis à une critique. Ce qui n’est pas le cas lors de nos visites puisque celles-ci se font à l’improviste. On pondérera quand même cet avantage car les plats qui nous ont été livrés sont les mêmes que ceux figurant au menu du jour, et nous pouvons raisonnablement penser qu’ils ont été tous préparés de la même façon. Cette petite explication étant faite, passons donc aux choses vraiment sérieuses.

Mardi

– Taboulé fraîcheur 
– Brochettes de soja accompagnées de riz parfumé, haricots coco rosé, 
brèdes et rougail tomates 
– Cake à l’ananas frais.

Le taboulé entame de belle façon notre repas. Même si nous préférons de loin la semoule dans un bon coucous, celle-ci est tout a fait présentable. Cuite comme il faut, les grains sont détachés tout en étant moelleux et ne font pas de grumeaux. La menthe aurait pu y être plus présente, mais elle n’est pas pour autant timide. Celle-ci côtoie des petits morceaux de concombre joyeux et des raisins secs qui délivrent leur humeur sucrée avec justesse. Tout ça est frais comme la rosée du matin.
Suit une barquette qui n’aurait pas dépareillé dans un snack créole bon teint. Riz, grain, et brèdes Chou-de-Chine accompagnent des brochettes de soja. A la vue comme au goût, on jurerait que c’est du poulet. Les brochettes ont vraissemblablement mariné dans une sauce aigre-douce, dont le doux est plutôt sage d’ailleurs. Leur texture est presque celle d’un blanc de poulet passé au mixeur. C’est assez bon. Les brèdes assurent. Leur fraîcheur nous monte au nez comme pour dire “on a été cueillies ce matin”, et leur saveur franche confirme le fait.
Les grains rosés sont corrects. Peut-être eussent-il été plus présentables s’ils avaient été plus en crème, mais étant bien cuits, il n’y a pas beaucoup de reproche à leur faire. 
Même genre de remarque concernant le rougail tomate. Son goût est correct, son piquant est au minimum syndical (la faute à notre palais créole en kevlar sans doute), mais il aurait pu être présenté plus hâché que ça, ou même écrasé dans un bon vieux pilon !
Un petit cake à l’ananas ferme la marche joliment. Nous n’avons quasiment gobé d’une seule bouchée, à la gourmande, pour apprécier son parfum et son moelleux.

Mercredi

– Tarte salée à la provençale accompagnée d’une salade composée.
– Salade asiatique : salade verte, concombre, pousse de soja, cacahuètes pilées, 
dés de brochettes de soja épicées, citron vert.
– Base compote de pomme à la cannelle , une couche de pommes caramélisées, 
une couche de yaourt de soja nature et une pluie de spéculos.

Voyage en Asie et en Provence ce jour là. La tarte salée est composée d’une pâte tendre qui soutient une compotée de tomates et d’oignons recouverte de tranches de courgettes. Un petit passage au micro-ondes est souhaitable mais pas obligatoire. En revanche, la tranche de tarte a quelque peu subi les virages. Elle est présentable mais il s’en est fallu de peu que non. La dégustation révèle une belle affaire : la compotée est magnifique, puissante et toute ensoleillée des parfums de thym(g) et de romarin(g), avec une acidité maîtrisée et une juste dose de sel. Là-dessus les courgettes semi-croquantes font ce qu’elles peuvent, mais le font bien.Nous retrouvons dans la salade le soja d’hier (si ce n’est lui, c’est son frère), qui s’accomode très bien des autres ingrédients d’ailleurs. Tout ça est croquant à souhait et les cacahuètes y apportent avec bonheur leur saveur addictive. On allait dire “heureusement”, sans quoi ça manquerait un peu de caractère à notre goût. Du rab de menthe aurait été bienvenu, surtout avec les rouleaux de printemps qui accompagnaient la salade. Des rouleaux frais et bons, mais vraiment trop timides gustativement.Rien de gravissime, d’autant que l’excellente vinaigrette moutardée et la sauce aigre-douce nous secoue tout ça comme il faut.
Le dessert est un bonheur. Nous avons joyeusement mixé pommes, yaourt et spéculos comme un gamin privé de douceurs depuis un mois. La cannelle en dénominateur commun nous fait un sitting nasal, et magnifie la variété de texture entre l’épaisseur du yaourt, le sablé des spéculos et le croquant-spongieux des morceaux de pommes.

Jeudi

– Piments farcis
– Burger classique accompagné d’une petite salade fraîcheur 
et d’un écrasé de pomme de terre.
– Crème de coco à l’agar agar

De notoriété publique, hélas, trouver des bons piments farcis relève de l’exploit. Sauf si bien sûr vous avez un parent ou un ami qui vous cuisine ça comme il faut, ou en tout cas comme nous considérons qu’il faudrait : la pâte fine et croquante et le piment fort. Oui, sinon, quel intérêt franchement de farcir un piment ? Autant farcir des courgettes, des poivrons ou on ne sait quoi d’autre.

Les piments farcis de Planète Vegan ont une pâte assez fine, mais molle, qui entoure une farce épicée sagement dans un piment croquant et… musclé ! L’un dans l’autre (c’est le cas de le dire) se pose sans difficulté par rapport aux tas de graisse sans goût ni sentiment qu’on trouve un peu partout, surtout en stations service, mais tient aussi la dragée haute à des piments plus présentables comme ceux de Taïlou (Hello Victorine, on adore tes samoussas mais tu sais ce qu’on pense de tes piments, mh ?).
La roquette donne à la petite salade du jour la pêche que sa devancière n’avait pas. Et on retrouve la même dans le burger. Et là, errare humanum est si nous nous fourvoyons tant haute nous avons mis la barre, mais le burger fait « ploc ».
C’est pas mauvais en soi, mais c’est un peu éteint. On ne s’attendait pas à du rock endiablé, mais le steak végé, qui tient la place de la viande d’un burger classique, nous joue de la musique de chambre au lieu d’une belle balade rythmée. La tapenade tartinée essaie quand même de mettre de l’ambiance, mais sans trop de succès. Et le pain n’arrange rien, au contraire. Ce n’est sans doute pas simple de trouver (et de garder) du bon pain à burger. Celui-là en tout cas s’effrite en petit morceaux et nous semble absorber, pour faire disparaître, le peu de saveur de la garniture; comme une vieille éponge. Oublions le burger.

Les pommes de terres écrasées arrivent comme la cavalerie. Quelle douceur, quel velouté, et quel fumet. Sont-ce juste les miettes d’oignons éparpillées qui éclatent sous les molaires qui donnent ce subtil parfum ou des filets de harengs auraient-ils également dormi sur ce matelas de patates ? Très très bon.

La crème de coco nous rejoue la même partition, version sucrée cette fois. Si vous ne connaissez-pas l’agar agar, cette composition vous séduira. Le coco s’y éclate ! Et tout ça est si frais, et descend si vite ! On en redemande.
Fin des hostilités. Chaque jour, il ne restait pas grand chose sur la table. 

Résultat global très positif donc pour les menus de Planète Vegan, avec des plats originaux, frais et savoureux. Nous ne nous attendions pas à moins. Les béotiens, blanc-bec et autres bleusailles de la cuisine vegan pourront découvrir que cette dernière est très variée, à des années lumières des clichés “manger lapins” encore trop vivaces. Et Planète Vegan l’aura d’autant plus prouvé qu’à aucun moment nous n’avons trouvé d’assaisonnement indien comme c’est souvent le cas à La Réunion dans ce type de restauration. Même s’ils l’ont eux aussi à leur carte. Et ça, franchement, c’est fort. Nous souhaitons à toute l’équipe de Planète Vegan de pouvoir continuer à faire voyager ses clients, végés ou non, avec leur cuisine saine et estivale, dans le souci constant de toujours mieux faire. Qu’est-ce que ça vaut ? Comment “quelle fourchette ils ont eue” ? Une fourchette en argent bien sûr !

Pour résumer : 
Accueil téléphonique : Très bien • Cadre : sans objet • Présentation des plats : aucune
Service (livraison) : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix: bon.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Relais des cimes

P1000268En tout début de cette année, nous avions testé le Ptit Chouchou, à Hell Bourg. Aujourd’hui, c’est un autre restaurant de ce charmant village du cirque de Salazie que nous visitons : celui du Relais des Cimes, seul hôtel de Hell-Bourg depuis des lustres, en attendant la résurrection de feu l’hôtel des Salazes, qui est l’arlésienne en cours dans le paysage touristique de l’Est.

Nous mettons les pieds sous une table propre et bien dressée, dans une belle salle à la décoration sobre très accueillante. Sourire de bienvenue et accueil professionnel, le personnel est aux petits soins.
Tout en dégustant un cocktail de fruits frais, largement ananassé, nous compulsons la très riche carte composées des grands classiques de la cuisine créole, mais aussi de plats moins ordinaires, qui proposent des produits du terroir local, comme la « Truite grillée sauce cresson » ou « truite à la vanille flambée au rhum », ou la « pintade rôtie aux pêches et goyavier ». Un « romazava » et un « ravin’toto » se joignent à la compagnie, chose assez rare. Dans nos pérégrinations, nous n’avons vu ce premier plat qu’à la carte du Roland Garros à Saint-Denis. Mais nous nous laisserons plutôt tenter par un bon vieux cari la patte cochon et un rougail zandouille. Le dernier que nous ayons dégusté, au Jardin des Délices au Baril, était fameux. Voyons si celui-ci fait mieux.
Auparavant, goûtons voir à la « Salade Salazienne », de cresson et de foie de volaille, et un incontournable du cirque : le gratin de chouchou.

Le cresson est jeune et croquant, tout frais, il sent presque la rosée. Une fraîcheur exhalée avec sa saveur inimitable, et à la force raisonnable, qui n’éteint aucunement le beau fumet du velouté foie de volaille. Le mariage des deux produits est connu et apprécié des brouteurs de cresson dont nous sommes.
Le gratin quant à lui est conforme aux canons du genre. Le fromage fondu délivre un sel ajusté dans une béchamel présente mais non envahissante qui laisse s’exprimer le roi chouchou. Ce dernier est fondant, parfumé, délicat, magnifique.

Les assiettes sont débarrassées rapidement, et les plats de résistance les remplacent.

La patte cochon présente bien. Bien cuite, peau et chair se détachent facilement des gros os et se mélangent agréablement en bouche, enrobées d’une sauce au gras maîtrisé. En revanche nous trouvons l’affaire un peu pâlotte à la vue. Et les sensations gustatives aussi. Ça manque d’épices. Nous aurions souhaité un ail moins timide, par exemple. Rien de rédhibitoire pour autant puisque le plat est sifflé.

L’andouille est allongée en tranches d’un peu moins d’un centimètre, et nous emballe d’entrée par ses effluves poivrées. A vue de nez, il y a parité entre la viande et le gras. Une viande parfaite, qui ne laisse pas de filasses sous la dent, et des morceaux de gras expressifs mais qui ne jouent pas les dictateurs. Le tout emballé dans une belle sauce de tomates mûres. Le plat est excellent. La charcuterie a bénéficié d’une préparation étudiée qui l’a débarrassée de son sel surnuméraire et en a laissé juste assez pour soutenir sa saveur musquée.

Les plats repartent vides, laissant notre contentement plein.

Il reste une petite place pour le dessert. Un gâteau de patate douce à la vanille. Ce sera la vraie déception du repas. Non pas tant à cause du goût mais plutôt de la texture. Une fois de plus, les bouchées sont denses et lourdes, et ce n’est pas le petit flanc chocolaté en accompagnement qui y change quoi que ce soit. Le dessert aurait mérité un peu plus de préparation et de présentation, et c’est bien celle-ci qui a péché tout du long. Rien n’est fait pour habiller les plats et les rendre agréables à l’œil. La présentation basique des caris, dans un restaurant comme celui-là, ne devrait plus être la norme. Sans aller jusqu’à transformer les plats en œuvre d’art, quelques petites touches de décoration ne seraient pas de trop, comme par exemple un léger habillage de l’assiette, tel que nous l’avons vu la semaine dernière au « Ptit Zinc ».

Addition : une soixantaine d’euros pour deux personnes, tout compris. Le rapport qualité-prix est assez correct.

Le Relais des Cimes à Hell-Bourg a été mis en gérance par son propriétaire, mais en cuisine, c’est Gilbert Elisabeth qui œuvre. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il nous a régalé aujourd’hui. Même si certains détails sont à améliorer. Voilà de la bien belle cuisine créole, goûteuse, respectueuse de la tradition et aussi inventive avec des plats qui sortent de l’ordinaire. L’accueil et le service sont satisfaisants, en dépit de quelques petits écarts comme l’eau non proposée et oubliée.

Ce vieil établissement a donc encore de sérieux atouts et, culinairement en tout cas, représente bien notre île auprès des touristes. Tout cela lui vaut, aujourd’hui, une très belle fourchette en argent.

 
Pour résumer : 
Accueil : Très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : aucune
Service : bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix : bon.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le P’tit zinc

C’est par un beau 15 août marital que nous décidons d’aller visiter le restaurant « Le Ptit zinc », installé sur la traversante de Saint-Gilles. La vieille bâtisse à étage qui abrite l’établissement ne manque pas d’un certain charme. Quelques tables sont au rez-de-chaussée, mais l’essentiel est au premier dans une jolie salle d’une cinquantaine de couverts, d’où transpire l’ambiance agréable et nostalgique des lieux patinés par le temps.

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C’est le patron lui-même qui assure le service en ce jour chômé du personnel. Il nous propose une table et un apéritif. Nous ouvrons la carte.

Onze plats métros côtoient neuf plats créoles assez classiques (du massalé cabri au cari de camarons), accompagnés de rougails divers « selon saison ». Les entrées sont majoritairement créoles. Une formule complète, entrée-plat-dessert est proposée à 25 €. Ce qui paraît un tarif raisonnable pour la station balnéaire.

Nous arrêtons notre choix sur la salade de palmiste frais et sur le boudin créole aux achards de légumes pour l’entrée, et poursuivrons la dégustation avec un cari Ti-jacques boucané, un cabri massalé et un cari de poulet péi « aux épices de kaloupilé ». C’est parti.

Le service est rapide. Les entrées sont bien présentées. La salade de palmiste est croquante à souhait, et déploie sa saveur subtile et lactée soutenue par un assaisonnement léger qui alterne acidité citronnée et douceur d’ananas. Le palmiste est présenté tranché un peu au hasard ce qui a l’avantage d’augmenter le plaisir de la mastication.

Le boudin créole pour sa part se défend bien. À des lieues de ses congénères pâteux et passablement secs, tels que l’on peut en trouver même dans des charcuteries réputées, celui-ci est tout à fait onctueux, souple, et respire l’oignon vert avec une attaque pimentée respectable. En revanche, certains morceaux s’avèrent salés et d’autres pas du tout, et un arrière-goût de vieux cochon revient de temps à autre. Rien de méchant toutefois, d’autant que l’achard est délicieux, curcumaté comme il faut et bien croquant.

Et puis ça se gâte.

Le cabri massalé est en dessous de tout. D’entrée de jeu, un examen attentif de la marmite laisse apparaître une viande au rabais, de troisième choix, où les morceaux de chair sont rares comme des letchis au mois d’août. À la place : du gras, du cartilage, baignant dans une sauce au massalé éteint et de toute façon atomisé par une dose de sel invraisemblable. Appeler cette chose « massalé cabri » relève de l’injure.

Le cari de poulet est bien mieux préparé. La sauce au kaloupilé dominant qui l’imbibe est assez intéressante. Comme un clin d’œil gustatif et olfactif aux origines du mot « cari » : le ragoût indien « Kari ». Tout aurait été presque parfait s’il n’y avait erreur sur la marchandise. En effet, le poulet « pei » annoncé sur la carte est retroussé des cuisses, décharné de la viande, et vulgaire comme un gros mot. La dégustation confirme indubitablement ce que la vue annonce : c’est du poulet de batterie, même pas fermier. Loin de nous l’idée de supposer une volonté délibérée de prendre les clients pour des cloches, chose qui marcherait (peut-être) avec le touriste béotien, mais en aucun cas avec des Créoles « la cour ». Ils auront été en rupture de stock. Mais dans ce cas, il aurait été plus indiqué de signaler l’absence du plat.

Le cari de ti-Jacques sauve l’honneur. Malgré la présence d’un boucané standard sans intérêt notoire, le fruit vert est bien cuit, fondant, avec un léger gras glissant qui dégage un fumet appétissant. L’ensemble est honnête.

Les accompagnements sont à peu près fréquentables. Bon riz, des pois du Cap écrasés en vitesse mais corrects, un rougail tomate un peu fade peut-être et un rougail Dakatine froid.

Seules les brèdes chouchou sont risibles. Archi cuites, avec trois tonnes de sel et de gingembre, elles sont posées sur l’assiette avec leurs serpentins et leurs filasses. Incroyable. Ces brèdes ne sont pas triées ! 

Nous finissons sur un gâteau patate, une crème brûlée et un fondant au chocolat. Si la crème brûlée se défend bien, le reste est décevant. La pâtisserie au chocolat est avachie et n’a de moelleux que le nom. Le gâteau de patate, s’il est plutôt bon et parfumé, affiche une texture épaisse éloquemment qualifiée par certains Réunionnais de « comblage ».

Addition : 90 € et des feuilles de kaloupilé pour trois Créoles, soit 30 € par tête tout compris. Un tarif en soi acceptable compte tenu de la Saint-gilloisité du restaurant et des quantités, mais le rapport qualité-prix, aujourd’hui, n’est pas bon.

Après ce repas mi figue, mi raisin, le patron nous pose la classique question, « ça s’est bien passé ?« . Non. Pas vraiment. Pour d’autres ce l’eut pu, mais nous sommes là pour faire les difficiles et les exigeants, à plus forte raison dans un lieu comme celui-là, en pleine zone balnéaire, en première ligne du tourisme, et qui donc, conséquemment, prétend faire découvrir la gastronomie créole à ceux qui ne la connaissent pas. Et là-dessus, le tôlier, un ancien de la restauration, nous apprend qu’il vient de reprendre l’affaire il y a quatre mois, et qu’il a renouvelé tout le personnel. À l’énumération des griefs, l’homme semble comme tomber des nues. Il nous remercie de nos remarques et affirme qu’il les prendra en compte. Sur quoi nous promettons de revenir dans quelques mois. Nous partons avec le furieux sentiment que quelque chose ne colle pas en cuisine. Nous sentons comme un vague relent de je-m’en-foutisme assorti d’une politique de rentabilité au détriment de la qualité. Il n’est guère bon de commencer une activité dans ces conditions, et compte tenu de ce fait, nous accordons au Ptit Zinc le bénéfice du doute. Nous espérons que notre alerte portera ses fruits, mais pour l’heure nous ne pouvons attribuer à cet établissement qu’une fourchette en inox.

Pour résumer : 
Accueil : Très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : très bien
Service : bien • Qualité des plats : très moyens • Rapport qualité-prix : mauvais.
Impression globale : très moyen
Fourchette en inox

Chez Mimi

Saint-Benoît par un temps de curé sans bréviaire, en cet hivers bien rentré. Nous allons déjeuner dans la zone de Bras-fusil, pas très loin de la nationale grimpant aux Plaines, dans le petit restaurant de Micheline Avril. P1090592

Nous débarquons à l’improviste et de bonne heure, comme d’habitude, accueillis par la patronne et un personnel souriant. Une jolie terrasse caillebottante dans un jardin luxuriant auprès d’une piscine est le décor de notre repas. La maison pratique le buffet à volonté. Les trois plats du jour sont : cari la patte cochon, poulet au coco et cari bichiques (congelés, ce que Mimi­ annonce d’entrée de jeu). Point d’entrée, et des glaces au dessert.

On nous propose un petit punch maison orange-ananas léger pour nous fouetter le système gustatif. Nous voilà partis à l’attaque.

Les bichiques ouvrent le bal. Il est entendu que si nous prenons comme maître-étalon le cari de bichiques frais vendus éhontément au prix d’un rein sur les bords de route en fin d’année, les bichiques congelés, intrinsèquement, n’en sont gustativement parlant qu’un reflet fantomatique. Ceci étant posé, le cari de Chez Mimi est d’une honnêteté de premier communiant. Bon assaisonnement tomaté, dans lequel le combava et le gingembre se répondent comme des commères, avec un sel qui paraît autant bavard en première louche mais finalement bien dosé. Un petit piment vert « crasé » aurait pu donner davantage de couleurs aux alevins que l’unique sauce piment disponible. 

Nous poursuivons avec le cari la patte. Ce dernier est parfaitement exécuté. Beau fumet de feu de bois, au piquant d’un poivre léger, belle couleur luisante sur une peau qui fond en bouche, peu de gras en définitive dans la sauce de fond de bac qui oint la viande, plus une jolie souplesse sous la dent. Un cari simple mais goûteux, et étonnamment digeste malgré les apparences. Juste un bémol : quelques petits os, dommages collatéraux d’une découpe cavalière, sont venus nous gêner les plombages.

Le poulet au coco suit le mouvement, en faisant encore mieux. Si la volaille a certainement passé son existence en communauté serrée, sa viande a la bienséance de se comporter dignement sous les dents de notre fourchette. Elle n’est pas avachie et affiche une saveur méritante, appuyée efficacement par le lait de coco à la douceur subtile. L’épaisse sauce se déguste d’ailleurs avec un plaisir certain, telle quelle, mais le riz ne lui fait pas honneur.

En effet, si les accompagnements sont satisfaisants bien que peu nombreux, ce riz, type basmati, aux grains fins, détachés et peu absorbants, ne convient absolument pas aux caris créoles dont on aime que les sauces colorent et imprègnent l’assiettée. Les sensations en bouche sont franchement décevantes, voire désagréables, n’en déplaisent aux détracteurs des riz plus épais, qui, s’ils ne sont pas cuits en colle, conviennent davantage. La marque et le type de riz sont donc à revoir.

Le repas se termine avec deux cafés et une addition de 31 euros pour deux yabs et un marmaille.

La petite mère Micheline porte bien son prénom : c’est une locomotive ! Un caractère bien trempé, avec une hospitalité créole authentique, sincère et sans ronds de jambe. Dans son jardin elle vous accueille comme quelqu’un de la famille, et c’est sans doute pour cela qu’elle a aussi ses habitués. « C’est la clientèle qui fait la carte » dit-elle, preuve d’une écoute des avis et des envies. Sa cuisine quotidienne, simple et familiale, est très bonne. Et elle sait aussi sortir des sentiers battus, quand elle fait le service traiteur pour la salle de réception qu’elle loue aux fêtards de toutes occasions. Son menu de tous les jours mériterait peut-être de s’étoffer d’une entrée et d’un dessert, plus deux rougails supplémentaires pour une meilleure harmonie avec les différents plats. Tout le reste, excepté un choix de riz sujet à débat, est d’une facture suffisante pour que nous octroyons à Mimi et son équipe une très belle fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil :  bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : bien • Qualité des plats : bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Fuzion

Aujourd’hui notre balade gourmande nous emmène dans l’Ouest,au restaurant Fuzion situé à trou d’eau. Nous sommes accueillis chaleureusement par un serveur qui nous laisse choisir notre table et nous installer. ll nous propose la carte des boissons ainsi que les menus. On nous signale que le restaurant ne fait plus les ciabatta*gratinées qui sont pourtant encore sur la carte. Nous choisissons donc le duo de poisson à la plancha et ses sauces et le carpaccio de bœuf à l’Italienne.

La salle. Elle est en deux parties d’un côté des tables rondes, entourées de larges fauteuils avec de moelleux coussins noirs qui forment d’agréables assises. L’autre partie est composée de table entourées de chaise en osier, de fontaines et d’un jacuzzi.  

Le duo de poisson à la plancha et ses sauces. La très grande assiette en ardoise est bien présentée, on y trouve donc deux tranches de poissons grillées, des frites présentées dans une mini-friteuse et de la salade dans un petit bol en inox. Les poissons sont trop cuits, la sauce au combava ne l’est que de nom, car à part la couleur verdâtre ,le goût n’y est pas du tout, les frites sont molles et grasses , dommage car c’était le seul point positif sur ce plat car elles étaient fraîches. Rien d’extraordinaire.

Le carpaccio de bœuf. L’assiette en ardoise, là aussi, est recouverte de très fines tranches de bœuf et n’ont rien de bœuf péi, mais plutôt celles qu’on trouve sous vide. Les tranches sont généreuses mais n’ont aucun goût, elles sont parsemés de pesto fade, de parmesan et d’une petite poignée de légumes grillés qui sont fades aussi. Des frites fraîches et de la salade accompagnent l’assiette. Rien de transcendant.

La carte dessert n’est pas des plus originales : café ou thé gourmand avec mousse au chocolat-moelleux ou encore tiramisu, panacotta et son coulis-crème brûlée, du déjà vu… et des glaces artisanales. Sans enthousiasme prenons un tiramissu et boules de glace mangue.

Le tiramissu. Que dire ? L’assiette est très très simple elle arrive sans un saupoudrage de cacao, sans petite déco, le tiramissu est imbibé de tout sauf de café fort et d’alcool comme se veut la recette et qui plus est, n’a aucun goût.

La glace nous arrive servie dans un verre à eau ordinaire, heureusement que son goût excellent nous fait oublier le reste.

Le restaurant Fuzion situé à 1mn du lagon de  la Saline, a tout ce qu’il faut pour réussir, l’accueil agréable et professionnel, le cadre exceptionnel, son emplacement, tout y est ou presque car ce qu’on a eu dans l’assiette aujourd’hui n’est pas du tout à la hauteur du lieu. Aujourd´hui, nous sommes sortis déçus et amers de ce restaurant au cadre exceptionnel. Amers car payer 50€ pour ce que nous avons mangé c’est exagéré. Aussi c’est avec ces arguments que nous décernons au restaurant Fuzion une belle fourchette en inox.

*La ciabatta est un pain croquant avec une mie bien alvéolée. Elle est préparée à partir d’une pâte au taux d’humidité supérieur aux autres pains et avec de l’huile d’olive, du sel et des améliorants.

Pour résumer : 

Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : bien
Service : moyen • Qualité des plats : très moyen
Impression globale : moyen
Fourchette en inox