Chez Moustache

IMG_4318Saint-Philippe. La pluie joue au chat et à la souris en ce samedi de juillet, et sur la route du côté de Sainte-Rose, certains pilotes de rallye ont l’air de s’estimer dispensés de prendre garde à la vie des autres usagers de la route, en doublant dans les virages. Cela nous frise les moustaches. Elles le sont encore, frisées, quand nous arrivons chez Moustache, le restaurant, à quelques encablures de la Case Volcan, fourchette en argent.

La jolie petite case créole traditionnelle, avec portes sur la route, accueille le client dans sa salle de bois et plafond de paille de décoration, avec une terrasse à l’arrière. Juste à côté, un feu de bois chauffe karays et marmites.

IMG_4331Une jolie collection de rhums arrangés variés ornent deux coins de mur près de la caisse. Dans un bocal, une couleuvre, un margouillat et une « babouk » macèrent depuis on ne sait combien de temps dans une étreinte éthylique. Et le bocal est à moitié vide. La décoration générale est très « touristique », avec une guirlande de cartes postale et une carte de France géante. Voilà pour l’ambiance.

L’accueil est souriant et détendu. Nous nous installons juste sous la liste du menu du jour: salade de palmiste, cuisse poulet vanille, rougail saucisse, cari camarons, cari filet de perroquet, cari bichiques, cari poulet quatre épices et « Medley »… Renseignement pris, le «Medley» est simplement un rougail saucisses, boucané et zandouille mélangés. Va donc pour le «Medley», avec un cari poulet et une salade de palmistes.

IMG_4332La salade se pointe assez vite après les apéritifs. A 10 euros, une pour deux suffit amplement, d’autant qu’elle est assez bien servie. La découpe trahit le geste de connaisseurs. Pas en grandes filasses, comme certains restaurants s’échinent encore à présenter le palmiste, sous prétexte que ça fait joli. Ici, les morceaux assez épais donnent une belle mâche qui aide à percevoir la saveur délicate du produit, sous les assauts citronnés et poivrés de l’assaisonnement. Le pain aux céréales fourni accompagne parfaitement cette entrée. On irait même jusqu’à penser qu’il serait intéressant de déguster le palmiste en compagnie de sésame, de cacahuètes ou de noix de cajou non salées.

Le poulet et le « Medley » sont un peu plus longs à venir. Plus longs par rapport au temps auquel d’autres établissements nous ont habitués, bien sûr. Tout est relatif, comme disait un autre moustachu. Mais tout vient à point à qui sait attendre. En fait, la patronne vient nous chercher. Ici, il faut lever sa majesté pour aller se servir soi-même !

IMG_4333Le Medley de cochonnailles remugle un parfum fort qui tire presque sur le gibier, et écarte les narines. La couleur foncée, luisante, est appétissante. En bouche les morceaux donnent un vrai festival de saveurs. Les épices et les tomates fondues, douces au palais et acidulées sur l’arrière langue, les viandes à la friture poussée qui laisse des bords croustillants, et les belles odeurs de dessous de bras pas rasés de l’andouille portent ce «Medley» au hit-parade du cochon. 

Nous croyons même un instant que ce qui nous colle les molaires n’est autre que du bon graton. Pas du tout. Il s’agit bel et bien de morceaux de peau, comme du porc-pété, frit jusqu’à presque fondre, qui composent l’andouille. Ces charcuteries viendraient de la maison Selly. Quelques morceaux de bringelles ajoutent leur fondant à la texture générale.  

IMG_4334Le cari poulet, emballé dans le parfum éclatant du quatre-épices, est le digne représentant de sa race, avec et sans tomate, depuis que les arriè-res grand-mères de nos grand-mères font tâter aux volailles du fond de leur marmite propre dedans, noire dehors, dans les cuisines en bois sous tôle fumantes des campagnes, les dimanches où i reçoit d’moune. La chair présente bien, dans sa robe orange curcuma, en restant souple sous la dent, imbibée de sauce délicieuse, et distribue sans avarice ses charmes gustatifs de poulet péi. Le goût, le vrai, oté, et pas ôté.

Les accompagnements sont dans la même veine. Riz presque collant, et « presque » c’est important, aux grains fermes qui boivent la sauce pour de belles bouchées enjouées. Lentilles au savant goût fumé de caloupilé, veloutées, avec un sel qui les chatouille juste assez pour les réveiller. Rougail d’avocat crémeux, apportant fraîcheur et gourmandise sur une allégorie pimentée subtile, adaptée aux palais rétifs à la capsaïcine. Ces réjouissances terminées, nous goûtons au gâteau coco-chocolat, bon, mais quelconque par manque de chocolat. Il manque clairement deux desserts plus élaborés pour finir en beauté un tel repas. Mais il faut pour cela du temps, et des compétences. Pourquoi ne pas sous-traiter ?

La note se chiffre à 44,50 euros pour une entrée, deux plats, deux boissons, un dessert et deux cafés. Le rapport qualité-prix est excellent.

Pour la petite histoire, une critique de Chez Moustache a été faite en 2011, au tout début de la rubrique. Critique non parue pour des raisons techniques, mais que vous pouvez retrouver ici. Notre déception de l’époque laisse place aujourd’hui au contentement pâteux du Réunionnais repu, paupières lourdes et sourire idiot plaqué en travers de la cafetière, qui n’attend plus que son rhum arrangé pour aller digérer tranquillement. Voilà de la belle cuisine réunionnaise authentique et familiale, réalisée ce jour par Sydney, 27 ans au compteur, jeune papa, et « bon mangeur » comme il se qualifie lui-même, bien que n’affichant point les entournures ventrues de nombre d’entre ceux qui revendiquent ce titre, dont nous sommes.

Les bacchantes tout à fait défrisées, et pour un bout de temps, nous repartons en catapultant sur le restaurant « Chez Moustache » une jolie fourchette en or. 

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For
Pour résumer. 
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : sans objet
 Service : bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix : très bon. Impression globale : très bonne table

Fourchette en or

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Le Reflet des îles

IMG_6570La visite d’aujourd’hui est la troisième depuis le début de la rubrique en 2011. La première date de septembre 2011, la deuxième de juin 2015. Ce restaurant d’une quarantaine d’années d’existence est devenu une institution à Saint-Denis, comme ce fut le cas de tant d’autres qui ont hélas disparus, on pense notamment au restaurant « Chez Georges », au « Ti couloir » ou « Chez Marcel ». Il ne faut pas croire que cette ancienneté atténue notre intransigeance. C’est conséquemment armés de nos quatre fourchettes et aussi déterminés qu’à l’accoutumée que nous débarquons au Reflet des Iles.

Le décor est aussi accueillant que dans nos souvenirs. La partie gauche de la salle a même été refaite à neuf. Les tables en bois au cannage apparent posent une ambiance classe avec une touche créole. La caisse n’a pas bougé, et derrière le comptoir, le patron est toujours en sentinelle, l’oeil vigilant.

Nous reconnaissons quelques anciens du personnel, qui font partie des meubles, et des têtes nouvelles. Celui qui s’occupe de nous est une armoire créole en tamarin, tout sourire, partant pour le bon mot. Il nous pose des cartes graphiquement jolies, en papier rigide, affichant la foultitude habituelle de plats divers et Dieu sait si nous sommes très méfiants au sujet de la qualité quand les cartes sont à rallonge. Rien que la page « spécialités créoles » propose 21 plats, sans parler des 16 autres des rubriques « rougail à la marmite », « civets » et « tradition lontan ». Parmis les plats les plus typiques on note le bouillon coquille la rivière, spécialité de l’Est, le rougail graton gros piment, la morue brèdes songe et des riz chauffés.

Nous entamons les hostilités avec des boulettes de morue, que suivront un rougail zandouille et un cari de poisson rouge, les anguilles étant aux abonnés absents. Le tarif est le même pour les deux : 30 €. Oui madame.

Les boulettes sont servies par quatre. Elle résistent à peine sous la lame du couteau, et en bouche, font montre d’une légèreté parfumée, trop légère peut-être. La morue joue la timidité là où nous l’attendions plus revendicative. Tout cela n’est pas gras du tout et convenablement salé. Et la sauce citron en accompagnement est succulente, un vrai festival de fragrance qui se déguste sans soucis toute seule avec du pain. La présentation pourrait être plus soignée. Quelques feuilles mal découpées posées anarchiquement au fond du plat, ça fait négligé. L’andouille et le poisson suivent sans attendre. 

IMG_6598C’est une andouille composée davantage de viande que de tripes. Les tranches ont de la tenue. C’est dommage pour les amateurs de l’odeur et du goût musqué de chaussette de coureur du grand raid sous la pluie, mais la charcutaille se défend très bien tout de même. Un mordant souple diffuse des ondes fumées de saveur toute empreinte de poivre qui fouette les glandes salivaires. La sauce rouge et épaisse, au fond doux de tomates mûres, fait un lien parfait avec le riz. Au tour du poisson. 

On ne mange pas un poisson rouge. On le déguste. Quand on déguste un poisson comme celui là, le temps s’arrête. Les effluves profondes de la sauce où la tomate a compoté à l’extrême, avec les oignons, l’ail le thym et le curcuma, se répandent en bouche en surfant sur le fond gélatineux qui porte en lui les réminiscences d’océan et de corail. La chair délicate se délite sous la langue, offerte comme une dulcinée à son promis et le rougail citron ne fait pas que tenir la chandelle dans ce rendez-vous galant qui en devient orgasmique quand on attaque le meilleur morceau, celui qui se déguste en silence : la tête ! Voilà ce que nous attendons de ce plat emblématique de la cuisine réunionnaise, et notre satisfaction pleine et entière s’est manifestée par le dressage des poils des bras tout au long du suçage méthodique de la tête du rouge. 

IMG_6597Les accompagnements sont à la hauteur. Nous qui vitupérions tantôt contre la pauvreté des rougails dans les restaurants, sommes servis. Pas moins de quatre sont posés sur la table : tomates, «zoignon», «dakatine» et citron. Des tomates non écrasées, hélas. Le riz est très bon. Il absorbe les sauces convenablement malgré les grains longs. Les grains blancs sont veloutés. Les brèdes Chou-de-Chine sont fraîches et croquantes.

Une mousse au chocolat et un délicieux tiramisu, tout en crème et biscuit concassé, terminent le repas. L’addition se monte à 94 euros pour trois apéritifs, une entrée, deux plats, un verre de vin, deux desserts et un café. C’est cher, mais heureusement, c’est bon.

Le citoyen David Banon n’a plus rien à prouver à personne. Depuis les décennies qu’il tient son restaurant angle des rue Pasteur et rue de l’Est, il en a vu passer des têtes célèbres et anonymes, des locaux comme des touristes, qui ressortent le plus souvent le ventre bombé avec un sourire béat. Evidemment, tout n’est pas parfait. La perfection n’existe pas. Mais David Banon s’est toujours attaché à soigner ses clients et à promouvoir la culture culinaire de son île. Peu d’établissement peuvent revendiquer une telle longévité tout en maintenant une­ régularité dans la qualité des plats. Le projet d’ouverture d’un autre « Reflet des îles » serait enfin sur le point d’aboutir à l’entrée ouest de la ville. Une adresse plus en phase avec notre époque, dans un cadre qui, aménagé, tiendra la dragée haute aux plus belles tables de La Réunion et de Maurice. 

En attendant, pour ce repas excellent et pour ses bons et loyaux services, nous décernons au Reflet de île une très belle fourchette en or.

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For
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : moyen
• Service : très bien • Qualité des plats : très bons • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : très bonne table

Fourchette en or

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Oncle Sam

Il fait chaud, ce vendredi de juillet, sur les pentes de Bellepierre. Le seul lieu où l’on peut se poser un instant pour se rafraîchir autour d’un verre est le restaurant Oncle Sam, installé là depuis des lustres, et dont les samoussas aux parfums variés ont longtemps fait la réputation.

IMG_4279Nous décidons d’y déjeuner. La salle grande ouverte peut accueillir une quarantaine de couverts, plus une quinzaine en terrasse. L’accueil est poli. Nous nous installons à une table « classique » du fond. Celles qui constituent l’essentiel du mobilier sont en effet «design» mais semblent peu pratiques. Et leurs dessus en verre ne sont pas de la plus grande netteté pour certaines. Les étagères en bois non plus d’ailleurs, ornées d’une belle couche de poussière. Si la cuisine est faite comme le ménage, ça promet.

Outre les supposés fameux samoussas, Oncle Sam propose aussi des sandwichs divers et aussi 21 plats cuisinés, pour des tarifs allant jusqu’à 14 euros. 

Pas l’ombre d’un cochon à la carte. Les saucisses et boucané sont au poulet, et certains plats sont clairement destinés aux végétariens, comme le « rougail saucisse veggie ». Une stratégie orientée qui satisfera la clientèle anti-porc. Nous optons pour le ti-jacque boucané, poulet donc, et un cabri massalé à emporter.

Des samoussas au poulet pimenté et aux bringelles seront nos amuses-bouche. Leur pâte épaisse, un brin farineuse et grasse, emballe une (petite) farce effectivement très épicée pour le poulet, qui assassine la saveur de la viande. On pourrait aisément y mettre n’importe quelle viande blanche sans qu’on trouve de différence. Le samoussa bringelle est d’ailleurs sensiblement du même acabit, à la nuance près qu’il présente la texture gluante particulière du légume cuit. Des samoussas pas vraiment mauvais, mais faire des kilomètres pour les déguster, comme des amateurs le faisaient auparavant, serait aujourd’hui un gaspillage de carburant.

IMG_4280Le cari Ti-jacque, disons le tout net, est insignifiant. Le fruit, battu à la va-vite comme certains le font gros-doigts dans les marchés forains, manque singulièrement de cette légère fermeté croquante qui procure du plaisir sous la dent. Le jacque serait-il déjà adolescent ou a-t-il été noyé ? Ce tas mou accompagne du boucané de poulet à peu près insipide. On ne s’en rend pas compte tout de suite, étant donné que le plat est curcumaté à la truelle et gingembré au karcher, ce qui laisse une amertume prononcée au palais. Pour ajouter au déplaisir, une profusion de petits os brisés et de morceaux de bois de thym viennent nous piquer les gencives. C’est ni fait, ni à faire.

Le cabri massalé s’en sort mieux. Remarquez il n’a pas de mal. La viande comporte quelques morceaux gras. Elle est tout à fait fondante, et arbore les saveurs recherchées de la poudre d’épice, soutenues par le caloupilé. Mais le plat reste assez brut de décoffrage dans l’ensemble, loin de valoir les 12 euros affichés.

Le riz est correct, les longs grains passent bien avec le massalé. Les gros pois sont farineux et froids mais convenablement parfumés. Le rougail tomate, bien pimenté, est davantage un rougail gingembre couleur tomate. Il faut croire qu’ils veulent écouler tout un container du tubercule. On ne sent presque plus le combava, sauf quand un éclat passe sous la dent. Derrière cet assaut féroce nous croyons même déceler du cotomili, enfoui comme une victime sous les gravas après un tremblement de terre. A quoi sert-il de faire un rougail tomate boute-feu s’il n’est pas capable de mettre d’abord en avant une saveur intéressante ?

Nous concluons le repas avec un café et il nous en coûte trente euros et des poussières de gingembre pour quatre samoussas, une boisson, deux plats (même tarif à emporter et sur place pour le cabri) et le petit noir. Le rapport qualité-prix est perfectible.

Le restaurant Oncle Sam, installé dans un décor qui se voudrait moderne, mais en réalité fatigué et mal entretenu, nous a proposé aujourd’hui une cuisine très moyenne, bâclée, composée de plats qui ressemblent fort à des sorties de congélateur, et dont on maquille la médiocrité à grandes louches d’épices, à des tarifs où, en centre-ville, on peut avoir de bien meilleures (et plus fraîches) assiettes. Même les samoussas, gras, ne sont plus à la hauteur de ceux que nous avons connu autrefois. A tout prendre, ceux d’un semi-industriel de la place sont meilleurs, tout en étant aussi variés. Le service est quant à lui correct mais on aimerait voir plus de sourires sur ces visages blasés. C’est bien dommage pour la clientèle des futurs professeurs d’en face, qui ont naguère maugréé au sujet de la qualité de leur propre cafétéria (laquelle a fait l’objet d’une enquête de satisfaction en fin d’année dernière), et pour celle des hospitaliers, un peu plus bas, dont les patients préfèreraient, peut-être, le ti-jacque du jour à la pitance à laquelle ils sont accoutumés. 

Le cabri massalé a fait ce qu’il a pu mais pour la qualité, chez l’Oncle, on reste dans l’attente. Nous décernons donc à ce restaurant de Bellepierre une très charitable fourchette en inox.

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Finox
Pour résumer. 
Accueil : bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : moyen
• Service : bien • Qualité des plats : très moyen • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : négative

Fourchette en inox

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Le Bocage

Aujourd’hui nous allons flâner aux portes de l’Est, et au bord de l’eau de l’étang du Bocage, à Sainte-Suzanne, avant d’aller goûter à la cuisine du restaurant du même nom, tout nouvellement ouvert. La structure en pierre de taille et bois, intégrée à l’environnement, prend place au même endroit que l’ancien restaurant chinois qui eut ses heures de gloire à la fin du siècle dernier.

IMG_6450La salle et la terrasse sont assez vastes pour accueillir plus de cent cinquante couverts. Les lieux affichent un côté moderne chic épuré agréable à l’œil. Nous som-mes accueillis avec le sourire et choisissons une table près de la baie vitrée. Au fond, la cuisine ouverte laisse voir la petite brigade en action. On nous dépose la carte des cocktails, très fournie, et le tableau du menu du jour. 5 entrées et 19 plats de résistance y sont alignés, des grands classiques rougails aux préparations « nobles » (langouste, légine) en passant par des mets plus originaux, comme le croustillant de pied de porc, le magret de canard sauce miel et gingembre-mangue, et les onéreuses mais recherchées guêpes frites. Nous nous contenterons d’un cari de coq et d’un rougail boudin (de chez Vee, dit le patron), qui suivront un gratin de citrouille et un foie gras mi-cuit au chutney d’ananas.

Le service est efficace et prévenant. On nous propose de l’eau, on nous débouche les bouteilles. C’est hélas assez rare pour mériter d’être souligné. Les entrées ne tardent pas. Le gratin est tout chaud, le foie gras à température presque ambiante. A l’assaut.

IMG_6484Le foie gras seul nous propose un arrière-goût suave et subtil qui rappelle des confits de fruits, comme s’il était mis en condition pour son mariage avec l’ananas. C’est l’effet de la vanille, et c’est efficace. Le chutney, préparé maison, prend volontiers le foie gras dans ses petits bras sucré-acides, pour lui coller deux ou trois éclats d’ananas croquant comme des bises vigoureuses. Quel-ques fraîches crudités accompagnent le couple.

IMG_6482Le gratin est moelleux, onctueux et glisse sous la langue en laissant la fragrance de son thym jusque dans les sinus, comme le Petit Poucet sème ses cailloux. La citrouille, choisie à bonne maturité, fait un peu sa doucette, mais sans exagération, ce qui laisse le fromage lui chanter sa ballade. La suite arrive vite. Et les tables sont peu à peu occupées.

IMG_6486Le cari de coq déborde de sa petite marmite, avec des couleurs marrons et orange foncé de roussi abouti, que confirme l’odeur caractéristique de la viande qui a tâté d’un feu vigoureux et prolongé. Sous la dent, le réveil matin estampillé poulet péi, (issu d’un élevage installé sur la commune), est sec comme les vieux d’avant à qui l’on demande la main de leurs filles. Heu-reusement que la sauce l’emballe comme il faut et que ses relents frits activent la salive, soutenus par les succulents morceaux de palmiste.

Le rougail boudin donne davantage dans le très tendre, vu sa nature. Quelques morceaux ont fondu dans la compotée de tomate, d’oignon et de thym, lui assagissant le caractère. Le boudin de chez Vee est en effet réputé pour sa touche de « sillon », petite malabarité appréciée des amateurs. On sent moins cette dernière, lissée dans le rougail. Un plat léché.

IMG_6485Les accompagnements sont mi-figue, mi raisin. Le riz, type basmati, de marque Forban (nous dit-on), n’est pas fort bon. Même s’il est correctement cuit, ce riz est fadasse et n’absorbe pas correctement les sauces comme il devrait. Les lentilles de leur côté pataugent dans la flotte comme « marmailles lécol » sous la pluie, avec un sel minimal. Heureusement les brèdes chou-de-Chine sont assez bonnes et apportent une verdure bienvenue au repas. L’aspect pimenté est assuré par un rougail tomate arbuste, aux reflets doux et acides d’un fruit presque croqué sur le pied et un rougail de courgette savoureusement frais.

Nous déclinons les desserts faits maison : crème brûlée, gâteau ti-son, mille-feuille vanille passion. Deux cafés suffiront. L’addition se monte à 85 euros pour les apéritifs, deux entrées, deux plats, deux verres de vin et deux desserts. Le rapport qualité-prix est acceptable.

Il a longtemps manqué à Sainte-Suzanne un établissement de ce niveau. Le Bocage commence en l’occurrence à chatouiller un peu la Cabane aux épices, à Saint-Benoît, et le Velli ou le Franciscea à Saint-André. Placé dans le parc éponyme, et dont les berges de l’étang souffrent encore des saletés jetées par des non civilisés je-m’en-foutistes, l’établissement peut se prévaloir d’une cuisine créole de qualité, classique, traditionnelle ou originale, propre à montrer dignement à nos touristes ses meilleures facettes. Ouvert seulement depuis un mois, quelques ajustements ou réglages sont sans doute encore nécessaires, notamment concernant le menu du jour (on lit « cari de coq » et « cari de coq palmiste », on nous annonce verbalement un cari de coq au palmiste et un cari de poulet fermier), le choix du riz (avis tout à fait subjectif bien sûr), ou la cuisson des lentilles, aujourd’hui. Rien de bien méchant. La prestation globale n’est pas très loin de mériter l’or, il nous serait donc difficile d’attribuer au restaurant le Bocage autre chose qu’une fourchette en argent avec recommandation.

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Fargent
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : bien
• Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : acceptableImpression globale : très bonne table

Fourchette en argent avec recommandation

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Retour à La Caz

IMG_5772Le Port, rue Evariste de Parny. Une brise de mer tempère les ardeurs du soleil de midi, encore chaud en ce début d’hiver. La vieille centrale EDF a des allures de décor à la Mad Max. Sur le trottoir opposé les cases se succèdent, dans leur jardin créole, oasis privées dans l’environnement de béton et de poussière.

C’est justement à « la Caz » que nous descendons pour une mise à jour de sa fourchette d’argent avec recommandation obtenue en 2013Rien n’a changé, extérieurement. Même petite allée garnie de plantes. Même salle coiffée d’un plafond créole, d’une quarantaine de couverts, avec son mobilier en bois sous nappe en tissu et ses objets anciens comme les pathéphones ou l’antique poste de radio. L’ambiance est plutôt chic, mais l’accueil est décontracté et souriant. 

On nous expose le menu du jour, en formule entrée plus plat à 23 euros : mesclun aux lardons, crudités, tempura de brocolis, rougail zandouille, canard à la vanille et steak de marlin poêlé. Nous réclamons aussi la carte où figurent des plats typiques comme le cari tangue, le cari bichique, ou le bouillon la morue baton mourong à côté des caris la patte, cari poulet fermier, cari langouste et civet zourite.  «Il peut manquer certains plats, et à la carte c’est plus long» nous précise-t-on. L’andouille, un rougail saucisses et le romazava feront l’affaire, précédés de la salade mesclun aux lardons et de beignets de brocolis.

IMG_5776Rien de particulier à signaler sur les salades, aux feuilles délicatement croquantes, toutes apprêtées dans une bonne vinaigrette, même si cette dernière nous paraît un peu trop huileuse. Les beignets de brocolis, mous dedans, croquants dehors, font bien la paire avec les petits lardons délicieusement frits de l’autre entrée. 

IMG_5788Le rougail zandouille a moins l’aspect d’un rougail que d’une andouille frite avec de la sauce. Où sont les tomates ? La charcuterie, épaisse, affiche un bon équilibre entre la viande et le gras collant, mais les saveurs sont assez éloignées de la charge puissante des tripes poivrées des andouilles traditionnelles. Cette andouille-ci joue plutôt la sagesse d’un fumet qui évoque davantage les charcuteries métropolitaines. Et le plat n’est pas pimenté. Quand nous avons lu «Rougail zandouille», nous ne nous attendions pas à ça. Ceci étant dit, si l’on passe sur cette petite déception, le plat s’avère tout de même satisfaisant.

IMG_5786Le romazava est un bonheur. Les morceaux de bœuf et leurs parties gélatineuses sont fondants à l’extrême. Leur goût un peu fort est tyrannisé par les élans acidulés et picotants du bouillon des brèdes mafane dans une étreinte sado-masochiste du plus bel effet. Les fleurs de mafane, particulièrement chargées d’anesthésiant, font trembler les lèvres et excitent les glandes salivaires, et l’on apprécie d’autant plus ce bouillon aux aromates fondus quand la claque du rougail tomate achève de l’exalter.

IMG_5787Le rougail saucisse ressemble à l’andouille, il n’a pas l’air d’un rougail. La sauce est quasi-inexistante, c’est à croire que les tomates ne sont pas arrivées à bon port. Les saucisses sont très bonnes mais aussi très sèches. Que ça se sache : des saucisses si sèches, salées et sans sauce, sont surtout savourées sans souci chaussées de chouchous chauds sautés. C’est sûr. Et de brèdes aussi évidemment.

IMG_5784Les accompagnements sont assez bons dans l’ensemble, même s’il peut y avoir meilleur riz. Les grains crémeux sont odorants. Le rougail tomate a deux défauts : il est solitaire et haché assez grossièrement et non écrasé. Pourtant, le pilon, ça lé kalou ! Nous nous passons des desserts maison pour siroter un succulent café servi à la grègue, qui ferait danser le séga à un bonze nonagénaire sous anxiolytique. 

L’addition est un peu salée : 83 euros pour deux formules, avec un rougail saucisses, les boissons et les cafés et sans dessert. Le rapport qualité-prix est perfectible, à la marge.

La Caz nous a aujourd’hui encore contentés avec sa cuisine créole très bien exécutée. Les plats sont goûteux, le service est jovial, le cadre est accueillant et confortable. Le menu du jour autorise plus facilement l’utilisation de produits frais et de qualité. Ceci étant dit, à ce niveau de prix, on pourrait ergoter sur deux ou trois choses qui méritent des suggestions : proposer de l’eau, sans attendre que le client réclame, et des amuses-bouche ; servir au minimum deux rougails d’accompagnement variés, et faire en sorte de passer les tomates au pilon ; faire plus de sauce compotée dans les rougails saucisses ou zandouille, et choisir des charcuteries moins sèches.  Nous repartons repus, et assez satisfaits pour octroyer au restaurant la Caz une nouvelle fourchette en argent avec recommandation.

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Fargent
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : moyen
• Service : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : bonne table

Fourchette en argent avec recommandation

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Chez Alice

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Nous voilà de retour dans le Bourg du gouverneur Hell, classé parmi les plus beaux villages de France, pour mettre (de nouveau) les pieds sous la table de Chez Alice. Notre dernière visite date de juin 2012, le restaurant avait obtenu une fourchette en argent de justesse. Il est grand temps de faire une mise à jour de fourchette.

Le restaurant n’a pas bougé de la rue des Sangliers, accueillant, avec son ambiance chalet, les fenêtres à carreaux, les tables et chaises en bois, et la soixantaine de couverts sur nappe de la salle principale, sans compter les quelques tables à l’extérieur, proche de l’entrée, au milieu des plantes. Tout est est propre, seuls les sets de table estampillés à la marque du brasseur historique mériteraient de prendre leur retraite. Si le brasseur nous lit… 

La carte propose toujours des plats créoles classiques, au nombre de dix, dont le plus original est le porc à l’ananas. Pour changer des caris, entrecôte, magret de canard, omelette et truites sont les autres choix possibles. Une carte à rallonge, comme avant… Le menu du jour, quant à lui, est affiché à 22 euros, entrée, plat et dessert. Nous y piochons un cari de porc pomme de terre et une truite à la sauce cresson, accompagnée au choix de frites, légumes et/ou riz. Nous laissons le riz.

Un ti punch savoureux avec tranche de citron vert nous réveille les papilles.

IMG_5613Nous entamons le repas avec un gratin de chouchou, quasi obligatoire dans le cirque. Nonobstant le fait de sacrifier à une tradition culinaire, le but est aussi de comparer avec le gratin que nous goûtâmes en 2012. Ce dernier était une exposition du chouchou en compétition de natation, dans son propre jus, avec une béchamel misérable. Ce gratin-ci est plus présentable. Un sel bien dosé donne l’opportunité au chouchou qui résiste de prouver qu’il existe, tout emberlificoté d’une béchamel plus épaisse que la fois précédente, avec un fromage assez sage pour préserver la saveur délicate de la christophine. Les gratins sont sifflés. Les plats suivent.

IMG_5615Le cari de porc est mangeable. Les morceaux suintent comme il faut des odeurs d’épices de la marmite, qui peinent quand même à masquer cet arrière goût connu, un peu fort, des morceaux de cochon claustrophobe où refluent des relents d’enclos sale. La viande, souple, a quand même la politesse de comporter assez de gras pour donner au cari une tournure gourmande sans tomber dans l’excès.  Les morceaux de pomme de terre sont légèrement trop cuits (et trop gros) à notre goût, avec une pellicule farineuse heureusement limitée.

IMG_5621La truite débarque accompagnée de frites et de légumes, pour changer du riz. Le poisson est enduit de la sauce au cresson, mais les légumes trempent dans une autre sauce de couleur foncée. Qu’est-ce donc ?  Il s’avère que nous avons là quelques légumes sautés, encore croquants, comme rescapés d’un karay à shop-suey. Effectivement, la sauce épaisse, tirant sur le gluant, donne dans les parfums chinois.  En soi, les légumes sont plutôt bons, mais la sauce puissante oblitère totalement celle au cresson qui accompagne la truite. Nous nous attendions simplement à un sauté de légume standard, quitte à ce qu’ils trempent dans la même sauce que le poisson. Voilà un mélange des genres étrange. D’ordinaire nous ne sommes pas contre les innovations, mais ici on tombe un peu dans le n’importe quoi. La truite, pour sa part, dégustée tel quel, est assez bonne. La chair fondante est dépourvue de tout relent de vase comme c’est parfois le cas, et se marie bien avec la sauce au cresson, bien que celle-ci manque de punch. 

Le riz, grain long, qui accompagne de cari de porc, est convenablement cuit. Les grains blancs sont parfaits. Le rougail tomate quelconque et la sauce de piments écrasés, qui ont passablement confit, sont trop salés.

Les desserts consistent en une part de gâteau au coco et une glace vanille accompagnée de rhum et raisin secs. Le gâteau est aérien, léger et parfumé. Pas de sucre surnuméraire pour venir tuer le coco comme un Bounty. La glace est succulente, toute réveillée de la claque de l’alcool et des raisins. L’addition se monte à 54,60 euros pour deux menus, deux boissons et deux cafés « coulés ». Le rapport qualité prix est perfectible.

Peut-être avons nous mal choisi notre plat. Comment aurions nous pu nous douter qu’un shop-suey de légumes accompagnerait la truite. Nous qui pensions nous délecter du poisson avec des saveurs subtiles, travaillées et toute en nuances qui l’auraient magnifié. Toutes nos illusions sont détruites.  Heureusement que le reste tient à peu près la route, mais nous nous laissons dire, encore une fois, qu’il faudrait abandonner ce vieux concept antédiluvien de la carte à rallonge pour retrouver des plats plus aboutis et mieux travaillés, tels que les touristes sont en droit d’attendre. Pourquoi continuer à proposer quotidiennement la même longue liste de caris cuisinés à la chaîne ? Par tradition ? La tradition est indispensable, mais il convient de la garder intacte dans le goût, pas dans le nombre de plats. La qualité d’abord.  Nous partons de Chez Alice avec un sentiment mitigé. La cuisine y est banale, sans éclats. On attend davantage de ce genre d’établissement, qui est en première ligne du tourisme réunionnais, surtout dans le petit paradis  d’Hell-Bourg. Il faut se réveiller. La fourchette en inox s’impose.

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Finox
Pour résumer. 
Accueil : moyen • Cadre : très bien • Présentation des plats : très moyen
• Service : bien • Qualité des plats : moyen • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : table moyenne

Fourchette en inox

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Le Gourmand

Aujourd’hui nous grimpons jusqu’au Tampon. Nos antennes nous ont fait part de l’existence d’un petit restaurant de quartier qui aurait les faveurs de sa clientèle, si l’on en juge par la longueur de la queue aux barquettes. 

IMG_5334« Le Gourmand » a pignon sur la longue rue Général de Gaulle où moult autres restaurants et snacks sont ouverts, du chinois au créole en passant par le métro. L’un d’eux, l’Escale gourmande, a d’ailleurs obtenu une fourchette d’or en 2014. Voyons si le « Gourmand » l’est tout autant que le fut l’Escale. Quelques tables en salle, et quelques autres en terrasse, cinq personnes au service sur place ou à emporter derrière les vitrines, avec un « bonjour » jovial et le sourire accueillant. Le bâtiment n’est pas tout jeune, mais c’est propre. 

Un coup d’oeil sur les plats exposés nous fait hésiter entre un cari de thon banane, des filets de poulet panés et printanière de légumes, un rougail morue proposé avec et sans piment, un porc palmiste et un sauté de poulet aux brèdes. Nous choisissons ce dernier, plus la morue pimentée. Le service est instantané, toujours avec le sourire, et l’on nous propose une carafe d’eau, chose rare dans les restaurants de quartier, et même dans certains établissements plus « chics ». Nous attaquons.

IMG_5329Le sauté de poulet aux brèdes est coloré. Les morceaux sont en effet bien dorés et les brèdes hachées finement ont encore leur couleur verte appétissante. Nous regrettons d’emblée qu’il n’y ait pas davantage de brèdes d’ailleurs ; à vrai dire nous aurions peut-être préféré un sauté de brèdes au poulet. Et pimenté, comme la morue. La dégustation ne prête le flanc à aucune remarque plus négative. Les morceaux de blanc de poulet sont moelleux et parés de la saveur caractéristique d’une bonne attache à fond de karay, que le sel vient relever en fin de mastication, accompagné d’un côté légèrement acidulé qui active la salivation. Au nez, le fumet est délicat. Il y a eu autre chose que de l’huile et du sel dans ce karay là. Les brèdes ne sont pas assez nombreuses pour que l’on perçoive nettement leur saveur, tout juste apportent-elle leur petite amertume.

IMG_5324Le rougail morue est très goûteux également. Si l’on y regarde de plus près, la salaison, d’ailleurs parfaitement dessalée, est assez timide en goût. Sans doute a-t-elle été trop dessalée, mais nous penchons plutôt sur la qualité intrinsèque (et « in trin sec ») de la morue elle-même. C’est qu’on trouve difficilement de nos jours ces bonnes morues d’avant, qui fouettaient comme Josumé dan’ sentié Grand bassin par gros soleil, et imprégnaient la boutique du chinois en duo avec les émanations de rhum charrette dans la buvette d’à côté. Fort heureusement, le cuistot n’en est visiblement pas à sa première morue. Sauf son respect bien sûr. Emiettée finement, la chair s’est parfaitement imprégnée des épices et du piment, et d’une morue banale le Gourmand fit une dame présentable qui nous mit en joie.

IMG_5326Les accompagnements sont dans le ton. Un riz aux grains ni trop secs ni trop cuits, qui donne de belles et tendres bouchées. Deux rougails et non un seul sont proposés (chose encore trop rare ailleurs) : un rougail bringelles correct, même s’il ne dégage pas cette odeur de grillé qui sied bien aux « souliers vernis » et un rougail tomate honnête, mais sans éclat. Les pois sont bien en crème, veloutés, et parés de leur fumet réglementaire. Nous terminons avec un gâteau patate servi généreusement et qui ne déçoit pas. Le gâteau est assez loin des « comblages » étouffe chrétiens, tamouls, musulmans et athées, qui vous descen-dent dans la panse comme un galet bord d’mer. C’est léger et parfumé.

L’addition se chiffre à 29 euros et des poussières pour deux repas, deux boissons, un dessert et un café. Le rapport qualité-prix est très bon.

IMG_5331Le long de la rue Général de Gaulle au Tampon, vous ne manquerez pas de choix de restaurant. Aujourd’hui le Gourmand nous a pleinement satisfait, avec un accueil très sympathique, un service efficace et souriant, et une cuisine créole simple et bien faite, qui travaille parfaitement des produits pas forcément haut de gamme, où les légumes ne sont pas oubliés.  Pour chipoter, nous mettrons un bémol sur les rougails qui, bien que corrects, manquaient de caractère. Un soin plus attentif au cadre serait également un plus qui le rendrait aussi accueillant que la dynamique équipe. Il n’en faut pas davantage pour attribuer au Gourmand une belle fourchette en argent. Encore quelques petits efforts, et la recommandation et pourquoi pas l’or, seront aisément acquis.

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Farg2
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : très moyen • Présentation des plats : bien
• Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : très bienImpression globale : bonne table

Fourchette en argent

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Carré Zen à Savanna

De la Détente du corps aux plaisirs du palais

Ingrid Masseaux est enthousiaste. La patronne d’Alter Nativ, espace Spa détente de Savanna, qui s’occupe des corps, en face de l’église du patelin, qui s’occupe des âmes, vient tout juste d’ouvrir le restaurant bistronomique et gastronomique, complétant son activité existante comme une sorte de suite logique d’une philosophie liée au bien-être et à l’éco-responsabilité. 

«Nous sommes inscrits dans une démarche RSE (Responsabilité sociale des entreprises), explique Ingrid, nous faisons attention aux achats, aux déchets, au bien-être du personnel. Les pailles sont en bambou, la bière est bio, les contenants des plats à emporter sont biodégradables, les produits frais viennent du marché ou du Groupement Agriculture Biologique de La Réunion» (voir ci-dessous).

Le projet devait voir le jour en fin 2018, mais a dû être reporté à février dernier pour cause de jaunisse circulatoire généralisée. Ingrid et son mari Vimal Dinnoo déboursent plus de 70 000 euros dans l’affaire, entre autre pour satisfaire les caprices légitimes de leur chef Jonathan Moidinecouty-Patouma, qui souhaite une cuisine toute option pour travailler correctement.

Itinéraire d’un jeune chef 

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Jonathan Moidinecouty-Patouma et Cedric Berfeuil

« Je voulais un jeune chef talentueux qui avait un peu les mêmes valeurs que moi, raconte Ingrid, j’ai été impressionnée par son CV long comme le bras. » Très long en effet. Nous rencontrons le phénomène pour la première fois en 2015 au restaurant de l’hôtel du front de mer Saint-Pierrois La Villa Delisle, qui récolte notre fourchette d’or. Jonathan revient de métropole, a passé par l’école Bocuse et les frères Pourcel, avant de tâter du Saint-Alexis. Ses pérégrinations le mènent à la plupart des bonnes tables que compte notre île, Case Pitey, Blue Margouillat et le Battant des Lames compris, jusqu’à feue la Vigie à Saint-Paul, où nous le retrouvons lors d’un repas des Disciples d’Escoffier, honorable association où il fut intronisé quelques années plus tôt en tant que chef espoir. Jonathan n’attend plus rien d’autre maintenant que de s’adonner pleinement à sa passion pour la cuisine. C’est en tout cas l’impression que nous avons eu en dégustant son menu concocté aux petits oignons.

Pour tous les budgets

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IMG_5277« Nous avons commencé avec les Buddha Bowl, précise Ingrid, Le menu est tout nouveau. Il changera tous les jours ». Un menu du midi revu le samedi avec de la cuisine réunionnaise réinterprétée. Les vendredis et samedis soir ce sera un voyage gastronomique en première classe, madame, pour 69 euros par paroissien. Le ticket d’entrée du midi est à 24 ou 28 euros selon que vous optez pour la totale ou non, et les Buddha démarrent à 9 euros à emporter. Et la patronne de nous demander ce qu’on en pense. Que du bien, pour l’heure. Pas question de dégainer les fourchettes en inox ou en plastique, car ce n’est pas notre cible, d’abord, et l’eut-elle été que l’or conviendrait mieux au gravelax de saumon Label Rouge, au foie gras mi-cuit, au filet de cabillaud poché aux agrumes et à la noisette de filet de boeuf Bavière qui nous firent baver avant de nous régaler.

IMG_5279Une cuisine de cuisson juste, d’associations de saveurs connues mais si ensoleillées, de recherche de textures opposées et complètes, comme le franc croquant aux atours de potager des lamelles de légumes qui répond à la délicate chair du poiscaille, toute emmitouflée des réminiscences joyeuses des agrumes. Le boeuf pour sa part a joué dans la cour des élans musqués, poivrés et saignant sur une sauce veloutée évoquant les joies vinicoles et les  champignons émergeant de  l’herbe mouillée du matin.

Quand vous lirez ceci, le menu aura probablement changé. Vous irez donc, le palais alerte, les papilles en ordre de bataille et les narines dilatées taquiner les oeuvres gustatives du  père Jonathan, flanqué de son second Cedric Berfeuil (notre photo). Puis vous irez au spa, n’est-ce pas, vous faire dorloter les doigts de pieds que vous aurez du mal à sortir de leur position d’éventail.  

Les Badamiers

Grand Anse. Sa plage battue par les vagues d’un bleu intense. Son site en plein travaux. Son piton couvert de filaos. Tout cela constitue la vue plongeante que vous aurez du « Palm », le luxueux hôtel de Petite-Ile. Sous un angle différent, vous aurez le même genre de vue de la terrasse des Badamiers, modeste restaurant créole, qui vous propose la pitance du lundi au vendredi midi. 

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IMG_5165L’établissement est en effet posé en contre-bas du chemin Neuf, à un souffle de son prestigieux confrère Makassar. Nous décidons d’y descendre, au sens propre comme au figuré, et sommes accueillis aimablement. Il est midi, et quelques tables sont déjà occupées. Une dame assure le service. Un homme, à priori le chef cuistot, fait des allées et venues entre la salle et la cuisine pour lui donner un coup de main. Les lieux sont simples, sans décoration touristiques ostentatoires, et  propres. La terrasse contient une soixantaine de couverts. 

Le menu est inscrit à la craie à l’entrée. Aujourd’hui : cari de coq, rougail saucisses, massalé cabri, rougail morue, boucané bringelles et cari de poisson, plus deux desserts : une crème brûlée et une tarte tatin à la papaye. Le coq et le cabri feront notre affaire. Le temps de se rincer la glotte d’un rafraîchissement, nous attendons notre tour pour être servis. Et malgré le monde, cette attente n’est pas trop longue.

IMG_5234Le coq présente bien, avec sa cuisse généreuse et des morceaux de bonne tenue. Sa couleur trahit une utilisation vigoureuse du curcuma local, et du poivre dont les poussières constellent la peau. En bouche, l’on devine que le volatile est d’extraction commune. Il n’a pas couru la poule dans les chemins caillouteux, celui-là. La chair manque d’un peu de la résistance et de la souplesse qui autorise une mâche virile. Ceci étant dit, la viande est convenablement préparée et imbibée de sauce, et procure le plaisir nécessaire à l’extermination du gallinacé. C’est un peu salé quand même.

IMG_5233Le cabri, pour sa part, nous est servi noir et clapotant dans l’huile jusqu’aux chevilles. La viande est plus que cuite. Elle a le goût prononcé de vieux bouc soupe-au-lait. Celui qui vous montre les cornes quand vous l’approchez. La poudre de massalé est de la tendance gros grains grillés, qui, mélangés aux épices confites et au gras de la viande, surnagent entre deux huiles au fond du plat. Ce n’est définitivement pas régime, mais, sous ses airs un peu brut de décoffrage, ce massalé cabri, relevé de caloupilé, propose des bouchées enjouées et parfumées. Le seul bémol, si l’on passe sur le gras, est peut-être le sel derechef, qui aurait tendance à la ramener, juste avant la finale acidulée.  

IMG_5237Le riz est bien choisi et convenablement cuit. Il est souple et s’imbibe des sauces comme il faut. Les grains sont assez bons. La sauce de piment joue son rôle parfaitement en relevant les plats avec un éclat fort et frais.

Ces plats consistants nous font faire l’impasse sur les desserts. L’addition est de 26 euros, boissons comprises, pour deux repas, soit 13 euros par tête de touriste. Le rapport qualité-prix est très correct.

Voici la critique rapide d’un restaurant sans chichis, qui offre aux visiteurs de passage une cuisine créole authentique et très bien exécutée, avec des produits assez bon marché pour permettre des tarifs de vente abordables.  La qualité des plats est proche de la cuisine familiale de tous les jours. L’établissement n’est ouvert que les midis de la semaine, ne fait pas de plats à emporter et ne prend pas la carte bleue. Les gérants  n’ont visiblement pas envie de s’embêter, et l’on ne saurait leur en tenir rigueur. Pour leur gentillesse et leur caris convenables, nous attribuons aux Badamiers une honnête fourchette en argent.

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Farg2
Pour résumer. 
Accueil : moyen • Cadre : bien • Présentation des plats : aucune
• Service : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : très bienImpression globale : bonne table

Fourchette en argent

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Les Platanes

IMG_4035En ce samedi d’avril, la Plaine-des-Palmistes ruissèle sous une pluie régulière précédant la descente du brouillard. Cela n’a pas découragé les bazardiers de bord de route, du plus gros désormais accroché aux lacets boisés, et qui ne manque pas de verbe, à la petite dame sous les platanes, à l’orée du village, pas fâchée par la météo : « navé besoin ! ».

C’est justement « dans » un platane que nous nous retrouvons aujourd’hui, non pas bien sûr pour le baiser funèbre de la tôle froissée sur l’un des solides pieds d’bois, que semblent rechercher quelques abrutis trompe-la-mort écraseurs de champignon, comme on en croise dans le coin, mais pour un déjeuner copieux, puisque le platane en question est aussi le restaurant « Chez Jean-Paul ». La salle est bien (trop ?) remplie par les tables, et peut accueillir plus d’une centaine de convives. La déco, assez vieillotte, mériterait un bon rafraîchissement. Les nappes en tissu, vertes, sont recouvertes d’une autre en papier, pour éviter le passage à la blanchisserie sans doute.

L’accueil est souriant. Nous nous posons à une table et la carte débarque aussitôt. Pas de plats du jour, tout est là. Des fritures en guise d’entrée, avec la traditionnelle assiette créole de nems, samoussas, bouchons, bonbons piment ou beignets de crevettes, ou bien tout cela séparément. Cela manque singulièrement de verdure et de crudités. Treize plats de résistance très classiques sont affichés à la page suivante, dont une entrecôte et du canard à la vanille. Ici, c’est vive les sentiers plus que battus.

De menus biscuits salés accompagnent les boissons. Un punch coco plus tard, nous voyons arriver notre commande : des minis nems et des bonbons-piment, suivis rapidement du canard et d’un cari crevettes.

IMG_4038Les entrées sont assez ordinaires mais relativement efficaces pour calmer la faim et faire attendre les plats suivants. Les petites nems sont croustillantes et ont le bon goût d’être présentées dans des feuilles de salade fraîche avec de la menthe. Les bonbons piment sont assez sages gustativement parlant. Pas plus de piment là-dedans que dans la plupart de leurs congénères qu’on trouve un peu partout ailleurs. Il est loin le temps où cet amuse-bouche méritait son nom.

IMG_4041Passons aux crevettes. Celles-ci sont offertes aux sens dans leur coques orangées. L’odeur seule réveille les papilles et les saveurs s’apprécient pleinement dans la mastication consciencieuse des enveloppes qui les concentrent. La chair est également bonne, mais propose une texture qui laisse en arrière bouche un côté sec. Ce n’est pas du premier choix, mais c’est correctement cuisiné, bien que nous aurions souhaité une sauce plus épaisse et plus homogène (quelques morceaux d’oignons dépassent comme des mèches rebelles d’une chevelure) et plus piquante aussi, en sus de la sauce piment vert servie en accompagnement.

IMG_4040Le canard, pour sa part, est bon. Même s’il n’a pas été occis la veille dans quelque basse-cour où il fut nourri aux herbes et à l’eau sale, comme avant. La chair très cuite du volatile s’effiloche quelque peu, mais le cari est assez engageant tout de même, proposant une belle couleur et le parfum doux d’une vanille bien élevée, qui reste à sa place, sans être ni trop timide, ni trop expansive. La mâche est gourmande, mais elle l’eût été davantage avec une sauce plus épaisse, là encore. Le sel est convenablement dosé, jouant son rôle d’exhausteur de goût à la perfection. 

Les grains rouges sont bien cuits, et assez crémeux. Le riz grain long type basmati est bon, mais nous l’avons assez écrit : il n’absorbe pas assez les sauces, comme le font ses cousins aux grains plus dodus, et donne des sensations en bouche moins pleines. La sauce piment vert accompagne magnifiquement les crevettes et le canard avec un beau combava ensoleillé.

IMG_4046La carte des desserts est fournie. Un fromage des plaines, délicieusement accompagné d’une gelée de goyavier, vient clore le repas. Le mariage de ces deux produits du terroir local a toujours été d’une efficacité redoutable.

65 euros et des poussières, pour deux personnes, c’est la note que nous réglons pour ce repas, cafés compris, soit un peu plus de trente-deux euros par tête. Le rapport qualité prix est perfectible.

«Les Platanes» sont une institution à la Plaine-des-Palmistes. L’on y goûte une cuisine locale assez bien faite, même s’il manque tout de même un je ne sais quoi pour la faire briller. Peut-être un peu moins de routine, plus de punch au niveau des saveurs, un peu plus de variété dans les plats de la carte, notamment concernant la présence de légumes, si les sentiers de l’originalité paraissent encore trop glissants. A trop vouloir s’appuyer sur des valeurs sûres, on fait parfois naître l’ennui. Les tarifs sont un peu élevés pour cette carte trop classique, par ailleurs assez raccord avec un cadre vieillissant, pour ne pas dire kitsch. Cela dit, certains recherchent ce genre d’ambiance, même si elle commence à sentir la naphtaline. Mais quand on a fait le tour, souhaite-t-on revenir ? La question se pose. Le niveau est en tout cas assez bon pour que nous octroyons aux Platanes une juste fourchette en argent. Attention à l’assoupissement. 

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Farg2
Pour résumer. 
Accueil : très bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : aucune
• Service : très bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix : perfectibleImpression globale : bonne table

Fourchette en argent

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