La Roz i Dor ne doit pas s’assoupir

Aujourd’hui, nous retournons à Sainte-Rose, près du centre du village, à la Roz i Dor, récompensée dans le guide 45 d’une fourchette d’or méritée, l’année dernière, pour sa cuisine familiale, simple et goûteuse. Le restaurant nous a fait quelques frayeurs, étant fermé à chaque fois que nous passions devant… les week-ends. Une pancarte indique la fermeture le vendredi et samedi. Nous sommes vendredi, il est ouvert. Le patron nous fait part de la possibilité d’ouverture le dimanche, de nouveau. Cette hésitation dans les jours d’ouverture devrait (et devra) être réglée rapidement. La formule ne change pas : deux caris aujourd’hui. Poulet au gingembre et cassoulet péi. Nous dégusterons le second sur place et l’autre ira remplir une barquette pour plus tard. Il n’est pas encore midi. Les clients arrivent tout doucement. Nous prenons place en terrasse, le fond de l’air est rafraîchissant, surtout avec l’araucaria qui fait de l’ombre, abritant en même temps, deux tables de jardin en bois. Lequel jardin mériterait davantage de soins, pour bien faire.


Le “cassoulet péi” est présenté, nous attaquons. Dans l’assiette, un beau morceau de boucané et une
saucisse baignent dans la sauce avec les haricots rouges. Des charcuteries achetées chez l’artisan du
quartier. Leur couleur indique une fumaison prononcée et un passage en marmite appuyé, au moins
pour le boucané à la peau luisante. La saucisse, coupée, affiche un aspect spongieux, comme gonflée
de jus, mais se comporte convenablement en bouche. La texture plaira aux dentiers paresseux.
C’est du moulu fin. La saveur fumée est tout de même bien présente et relativement appétissante. Le boucané se défend mieux sur ce terrain. Sa texture montre une cuisson prolongée, qui semble avoir
été réalisée avant incorporation aux haricots qui n’ont pas trop pris le fumé. Ceux-ci sont bien cuits, sans aller dans le crémeux, ce qui donne de la mâche. Leur goût est correct. Le sel est maîtrisé.
L’ensemble se mange avec plaisir, mais une sélection plus rigoureuse des saucisses est à envisager pour améliorer le plat, pour autant qu’elles puissent être trouvées, bien sûr. Tant qu’à faire un cassoulet
“péi”, des saucisses battues seraient idéales.


Rien de spécial à dire sur le poulet. Sous sa jolie couleur dorée, la viande a un goût de poulet. Par
les temps qui courent, c’est déjà quelque chose. Les juliennes de gingembre lui donnent un relief gustatif
intéressant. Le plat est basique, mais efficace. Le riz est correct mais quelques grains ne sont pas
assez cuits. Du dessus de marmite probablement. La sauce de piment est très bonne. Sa claque acidulée
et parfumée, équilibrée en force, vient avantageusement relever le cassoulet.

Nous terminons le repas avec la tarte aux pommes du jour. Un vrai délice. Les textures de la pâte, de l’appareil et des morceaux de pommes composent en bouche des sensations jouissives. Le sucre, tenu en respect, laisse les saveurs de la pâtisserie se développer, portées par la cannelle vivifiante.
Un café coulé là dessus et nous réglons la somme de 22,80 euros pour une boisson, deux plats et un
dessert. Le rapport qualité-prix est bon.

La cuisine de la Roz i Dor est toujours bonne, dans l’ensemble. Mais nous ressentons comme une fatigue latente. Il est vrai que cette année n’a pas été idéale pour garder le moral et nombreux sont les restaurateurs à la même enseigne. La Roz i Dor était une des meilleures adresses du secteur, il faut faire en sorte qu’elle le reste. Proposer un plat de plus, ouvrir le dimanche pour les promeneurs et les touristes, quitte à fermer lundi et mardi, mettre un légume en accompagnement de manière systématique (brèdes, daube, sautés), tout cela pourrait redonner de la pêche le midi. Ce n’est pas la fréquentation qui doit faire la cuisine mais la cuisine qui doit faire la fréquentation. Et il faut répondre au téléphone !
Le restaurant « La Roz i Dor » est sélectionné pour le prochain guide, une nouvelle visite devra confirmer la note finale.

Coup de bol pour Piton Sainte-Rose

Nous retrouvons deux vieilles connaissances : le chef Jean-Philippe, décoincé de son cabanon des Orangers et heureux de l’être, et le citoyen Maugis, grand mufti de la pomme-en-l’air, actif défenseur du terroir réunionnais et des produits lontan à travers son association Ecologie Environnement, et dont le Bol Renversé est devenu le nouveau quartier général.

Samoussas aux brèdes chouchou

Le nom de l’établissement n’est pas choisi au hasard. Le bol renversé du père JP est en effet devenu une référence réunionnaise, adulé des connaisseurs pour sa qualité, demandé par les estomacs sans fond pour la quantité, recherché par les curieux qui en ont entendu parler comme une légende. Ce mets qui fait partie de notre culture culinaire au même titre que le riz cantonnais et le sauté de mines, est proposé sur une petite carte à part, c’est dire.

Nous débarquons avec une réservation faite le matin même. Il reste de la place mais de justesse. Un groupe de motards, estampillé d’une marque teutonne connue, va arriver.

Aujourd’hui, nous ne goûterons pas aux bols renversés, mais préférons le cari poulet au chou de coco et le cari ti jacques boucané.

En guise d’entrée, on nous propose les fameux samoussas aux brèdes chouchous qui nous ont régalés la fois précédente. Ils sont bien plus remplis que dans nos souvenirs, et toujours succulents. La pâte fine et croustillante, comme savent les faire les “zarabs”, laisse pleinement les brèdes fricassées s’exprimer, portées par un piment déluré.
Le bon punch coco, épais juste ce qu’il faut, arrose tout ça très bien, modérément bien sûr.

Les assiettes dressées ne tardent pas. Que dit le ti jacques ?

Ti jacques

Le Ti-Jacques dit qu’il est servi suffisamment pour ne pas laisser trop de place au boucané. Il dit que ce dernier lui a bien imbibé la chair hachée. Il dit que le boucané se la ramène aussi, avec son goût fumé un peu spécial, et appétissant. Il ajoute qu’en bouche il va offrir une belle moelleusité même si ça n’existe pas dans le dictionnaire, et sans être mouillé comme un mimite sous la pluie.
Et il ne ment pas ! Le bouchées sont non seulement moelleuses mais magnifiquement parfumées, même si, en ce qui nous concerne, on aime bien aussi quand il reste du croquant.

Poulet au chou de coco

Le poulet ne déçoit pas non plus.
Ce n’est déjà pas du poulet “de lo”, il est fier comme un coq, et ne rougit pas de la comparaison, avec une chair assez ferme, aux reflets violets dans la cuisse, qui a bien pris de la saveur de la sauce où remontent des éclats d’épices avec un joli curcuma en arrière plan. C’est du cari d’expert, où le choux de coco est très goûtu, tout autant que son cousin palmiste, voire davantage car il ne négocie pas avec la sauce, lui. Il revendique sa personnalité fraîche et croquante.

Le riz est très bon. Il donne de belles bouchées gourmandes, tout jauni du cari, avec des grains gonflés dans être collants. Nous boudons le rougail tomate, pas pour son goût, mais pour une envie de piment la pâte.
La petite salade à côté est fraîche et équilibre la générosité grasse des sauces avec son croquant. Un achard de légume coloré aurait été bienvenu à la place, mais cela aurait peut-être changé le tarif.

Nous terminons avec des desserts, cabosse de chocolat et chocolat moelleux, plus un café gourmand. Le moelleux est puissant, il enrobe la cavité buccale pour la mitrailler de sensations. La cabosse est une mousse sculptée, plus raffinée, et plus dangereuse aussi : on en veut encore !

Nous réglons l’addition : 96 euros, cafés compris pour trois personnes, soit 32 euros par tête. Le rapport qualité-prix est correct.

Jean-Philippe, le chef

L’équipe de l’ex-5 orangers n’a rien changé à ses habitudes. Toujours bon accueil, ainsi qu’une carte étudiée qui contente tous les goûts. Et toujours hélas une route bien droite où les moteurs et pots d’échappement se font bien entendre en terrasse ! Si les autorités compétentes pouvaient faire installer des ralentisseurs dans le coin, ça calmerait certaines ardeurs et réjouirait quelques tympans. Le principal, la cuisine du chef, ne change pas non plus sauf pour se bonifier. Quand on travaille dans de meilleures conditions, les résultats sont là : les assiettes, généreusement servies, sont dressées avec une belle démonstration de toutes les qualités de notre art culinaire, pour les touristes notamment, assez nombreux dans la zone. Un grand soin est toujours apporté aux desserts, ce qui est quand même assez rare par ailleurs pour être noté.
Que manque-t-il au Bol Renversé ? Un décor intérieur plus accueillant ? L’équipe vient d’entrer dans les murs, laissons lui le temps. François Maugis pourrait y installer une treille de pomme-en-l’air, pourquoi pas ! A part ça, on ne voit pas bien quoi souhaiter de plus qu’une belle longévité et une constance dans la qualité sur le long terme, qui construit la réputation d’un restaurant.
Si vous voulez mettre les pieds sous la table du Bol Renversé, n’attendez pas d’en avoir, du bol, réservez plutôt, nous vous le conseillons fortement.

Les Terrasses de Bellepierre : simplicité et convivialité

Le chef-lieu compte nombre de petits restaurants et snacks de qualités diverses, des camions-bar sales, les dionysiens savent où ils sont, aux petites structures de quartier confortables où les caris sont courus, en témoignent les nombreuses commandes de barquettes qui vident les bacs bien avant que sonne midi. La misère pour les retardataires. C’est un peu le cas dans le restaurant que nous visitons aujourd’hui.

Vous trouverez les Terrasses de Bellepierre sur la contre-allée du boulevard Sud, entre les rues Tourette et Philibert, peu après le pont Vinh-San. L’endroit est ombragé, accueillant, et le bruit de la circulation se fait vite oublier. Quand le patron vous sert du « chef », du « mon garçon » ou du « mon caf », vous commencez à cerner l’ambiance du lieu : la convivialité avant tout. Deux menus sont proposés : un créole, à emporter, et sur place s’il en reste, et un menu métro d’inspiration brasserie, plutôt sur place.

Les tables sont réparties à gauche et à droite du local principal. Nous prenons place et commandons des boulettes de bœuf sauce tomate, plus un cari de porc pomme de terre en barquette.
Les autres plats, cari poisson, civet de cerf et poulet aux fines herbes, sont manquants à l’appel, ou en voie de l’être. Côté métro l’on trouve des émincés de poulet aux fromages, de la langue de bœuf sauce piquante, une poêlée océane au pastis, du confit de canard aux champignons, un steak haché au roquefort, une omelette au lard pomme de terre, et un plus créole poulet rôti sarcives.

Le service est rapide. Une mousse plus tard nous faisons la fête aux boulettes. Nous n’allons pas vous faire un chapitre sur le boeuf, les boulettes ont exactement le même goût que du steak haché, seule la forme change. Tout l’intérêt du plat se trouve dans la sauce tomate, assez relevée en sel quand on la déguste toute seule, mais la viande compense, et fait ressortir le parfum frais et un côté méditerranéen du plat. Ce dernier passerait d’ailleurs très bien avec des pâtes fraîches, peut-être bien mieux qu’avec le riz jaune. Trois barres de dépit s’affichent sur notre front devant les grains longs et détachés du riz pourtant appétissant, et tout ragaillardi par le safran. Nous n’apprécions pas trop le riz typé basmati, qui joue au flipper entre dents, quand il accompagne autre chose que des plats indiens. Heureusement que le goût est là. Les grains blancs arrangent la texture du riz avec leur velouté. Le rougail courgette chauffe Marcel n’est pas à conseiller aux palais sensibles.

La dégustation de la barquette un peu plus tard, est satisfaisante. Le porc massalé pomme de terre, au nez, fait son intéressant. Les effluves sont d’ailleurs moins malbars qu’on pourrait s’y attendre. Cela rappelle un peu plus l’odeur riche et épicée de certains plats mauriciens, curry en moins. Le cochon étale un peu son propre musc par-dessus, laissant présager un massalé plus nuancé que tonique. La viande se fait tendre, et bien gorgée de sauce où une poudre de massalé civilisée manifeste autant sa présence en bouche qu’au nez. Pas l’ombre d’une feuille de caloupilé à l’horizon, mais le porc s’en passe très bien. Sur la fin, il laisse une longueur acidulée qui appelle la bouchée suivante. Les patates sont trop cuites à notre goût, mais ont fait office d’aspirateur à sel. Décidément, le cuistot a été frappé par Cupidon.

Nous déclinons les desserts qui n’ont pas été faits maison, et terminons le repas avec un café. Addition : 19 euros pour une pression, un plat sur place, une barquette et un petit noir. Le rapport qualité-prix est très correct.

Sans prétention ni roulage de mécaniques, Les Terrasses de Bellepierre régalent la clientèle depuis maintenant trois ans, et pour y avoir régulièrement acheté des barquettes, nous constatons une relative régularité dans la qualité des plats proposés. Certes, ce n’est pas de la haute gastronomie traditionnelle, faite avec des produits de grande qualité, sur un feu de bois d’expert, comme on peut en trouver dans d’autres lieux dont le nombre est hélas bien maigre. Mais réussir à faire une cuisine relativement bonne en maintenant le niveau est en soi louable. Ce n’est pas si évident. Il suffit que le chef s’absente et derrière ça ne suit plus, ce qui est très préjudiciable surtout quand un critique gastronomique choisit précisément ce jour-là pour se pointer. Nous n’avons jamais goûté les plats de brasserie des Terrasses de Bellepierre, mais en tout cas, pour ce qui concerne le menu créole, nous ne pouvons que recommander, le rapport qualité-prix étant honnête. Attention quand même au sel. L’amour, c’est bien, mais la tension artérielle aussi. Nous sommes repartis repus, avec un « merci mon caf » affectueux.

Une générosité étonnante

Entre les zones portuaire et industrielle, à deux pas du cimetière paysager : Rosie & John. Non, ce n’est pas le résultat d’un mélange iconoclaste entre deux marques de whisky connues, ni davantage le nom d’un groupe de pop britannique, encore que l’enseigne pourrait revendiquer une touche pluriethnique assez commonwealth, dans sa cuisine. Vous êtes dans un restaurant, mais pas un restaurant ordinaire. Voyage au pays des grands appétits.

Le nom “Rosie & John” est arrivé à nos oreilles par l’entremise d’une de nos antennes, très portée sur la bonne boustifaille comme sur la clé à molette, qui nous tint en substance ce langage : “C’est pas vraiment créole, c’est très spécial, et très bon, à découvrir.” Dès lors l’information fut stockée quelque part entre deux synapses, et à la faveur d’un passage dans l’Ouest nous nous souvînmes du fromage.

De l’extérieur, Rosie & John ressemble à un vieux dépôt de marchandises, et se fondrait complètement dans le paysage industriel si on ne tenait compte d’un petit jardin verdoyant qui se révèle complètement aussitôt que vous passez la porte. Le moins que l’on puisse dire, c’est que quelqu’un à la main verte ici. Une allée serpente ainsi entre les arbustes et les plantes, longeant un premier espace de tables, menant à un second, tout au fond. Un mur de pierres naturelles sépare ces terrasses de l’extérieur. L’accueil est bon enfant, sans ronds de jambes ni salamalecs, direct. Il n’est pas midi, deux clients seulement sont là. Nous prenons place. On prend notre commande sans traîner, boissons d’abord, puis les plats.
Au menu du jour : rôti de porc, filet de dorade sauce citron, perroquet “à Squash”, filet de grenadier pané, aile de raie aux câpres, poulet au coco et des entrecôtes, pour des tarifs allant de 12,50€ à 21€.

La veille, nous avions vu du cabri massalé, mais pas de place pour le déguster. Nous interrogeons la bonne dame qui nous a accueillis sur les attributs du perroquet. “C’est du poisson dans une sauce au lait de coco avec de la citrouille et mis au four, comme ça”… genre “persé mette sec” comme dit le créole. Du brut de décoffrage qui nous interpelle, va donc pour le perroquet, et le rôti de porc plus classique. Les deux plats arrivent, une douzaine de minutes plus tard, et les tables autour de nous sont déjà bien occupées. Notez que la jauge est basse, comme la cale, contraintes sanitaires obligent.

Perroquet a Squash
Riz d’accompagnement

Le rôti de porc est déjà conséquent, mais moins que la portion de frites qui l’accompagne. Des frites bien droites et croustillantes. Que celui ou celle qui n’a jamais chipé une frite dans l’assiette d’en face nous jette la première patate.
Quand le perroquet est servi, dans son plat à gratin brûlant, nous pensons d’abord à une erreur. Nous touchons deux mots à la serveuse : “Tout ça ?”
Oui, tout ça. Un plat à gratin pour quatre à soi tout seul. C’est une ville de dockers, mais tout de même ! Le perroquet baigne dans une sauce peu épaisse et très odorante où les tranches de citrouilles surnagent comme des crocodiles oranges. Nous soufflons sur notre première cuillère de sauce pour tenter de la refroidir. Elle est encore chaude mais montre sans timidité une saveur délicieuse en équilibre doux-salé, le doux conjointement parfumé du coco et de la citrouille, que vient titiller des petits oignons causants. Le poisson est fondant, sa chair blanche est délicieuse, sublimée par le côté fromage fondu et les notes de fines herbes de ce bain d’hivers. Nous aspirons, suçons, déglutissons, à peine mâchons, la cavité buccale comme la chaudière de l’antique loco du ti train lontan.
Ce plat est une torture : sa vitesse de refroidissement est inversement proportionnelle à l’envie de le bouffer goulûment, là, tout de suite, sur la table, devant tout le monde !

Le riz « persillé » déposé en accompagnement ne suffira pourtant pas à nous faire finir cette chose pantagruélique.

Rôti de porc

Le rôti de porc est plus sage, mais non moins bon. La viande est assez tendre en dépit de quelques zones sèches. Elle est comme marinée avant le passage au barbecue, et les dents qui s’y enfoncent vont y chercher des reflets grillés et poivrés, tout à fait prêts à embrasser de la juste sauce la moutarde à disposition sur la table. Un plat sans chichi, franco de porc !

Nul place pour honorer plus d’un dessert après ça. Nous terminons avec une délicieuse mousse au chocolat dont le cacao achève de nous mettre le cul bas. C’est en démarche de culbuto que nous gagnons la caisse, laquelle va être à fond quand tous les clients présents se dandineront à leur tour vers son tiroir. Nous réglons une note de 36 euros et repartons vers nos pénates, nos bonnes résolutions et notre Citrate de Bétaïne. In fine, le perroquet s’avère très digeste. Le rapport qualité-quantité-prix est royal.

Peut-être connaissez vous déjà, et depuis longtemps, Rosie & John. Peut-être même faites-vous partie des nombreux habitués du lieu, et dans ce cas, honte à vous si vous ne nous avez pas devancés pour faire découvrir à vos proches cet établissement unique en son genre.

“Satisfaire le client c’est la politique de la maison, il faut qu’en sortant d’ici il n’ait plus faim” nous jure le Chartier, chef de cet improbable endroit qui vous fait cligner des yeux quand vous en sortez. “Après 19 ans, beaucoup de personnes, même du Port, ne nous connaissent pas encore, nous raconte-t-il, ici le menu se fait au jour le jour, en fonction des produits frais que je trouve.” Une inspiration assez marine aujourd’hui, comme sans doute les autres jours, et qui ne pêche pas par son avarice. La cuisine est simple, très goûteuse, généreuse, familiale voire presque maternelle, comme celle des grand-mères qui repassent les plats devant leur descendance sur le point d’éclater, en disant : “reprend un peu, mon enfant, vous lé blême…”.

Ti Kan, typique

“Ti Kan” se trouve facilement sur la route du volcan, au milieu du dernier hameau avant la forêt de résineux, les aires de pique-nique et les hauteurs menant à notre Piton de la Fournaise adoré.

Tout autour, fermes, prairies, vaches, veaux et pots au lait composent l’essentiel du paysage, avec ou sans brouillard. En ce mois de juillet frisquet nous débarquons bien avant l’heure annoncée par téléphone et sommes accueillis par un yab trapu, de la catégorie des toujours jeunes, et masqué. Il nous montre le menu écrit au tableau blanc dans la première pièce après la porte d’entrée : des plats créoles typiques, des sandwichs, des samoussas poulet porc et fromage à un euro pièce et des sandwichs. Nous nous arrêtons sur le cari poulet, le cari canard et le boucané bringelles, laissant le rougail saucisses et le massalé coq.

Nous nous inquiétons de la provenance des charcutailles, l’homme qui nous accueille, qui n’a pas l’air de couper les cheveux en quatre, nous renseigne tout de suite : “Salaisons de Bourbon. Si c’est pour payer des saucisses plus cher chez le charcutier, autant mi fé mwin mèm” assène-t-il. “Et de toute façon c’est ce que les clients réclament, ajoutera sa moitié à la fin du repas. On a bien essayé de proposer d’autres saucisses, mais ça ne marche pas.” Quand on vous dit que le goût se perd. Non pas que les saucisses des Salaisons soient mauvaises, mais plutôt que le mangeur commun veut retrouver ce goût de la saucisse standard propre à notre industriel local. Allez savoir.

Nous nous plaçons à la table la plus proche du poêle, vu que “la fré i kok”. Mauvaise idée. Le poêle va nous foutre à poil tant il est efficace, et c’est toute la pièce qui en profite, y compris les restaurateurs italiens qui se sont installés au fond. Philippe, le patron qui nous a accueillis, vient encore lui charger la gueule.
Le décor est rustique. Nappes cirées sur les tables, plafond bas, comme les trolls sur “ki cabri”, un mur de capelines colorées, la vitrine à boisson où l’on se sert soi-même, et le placard à rhums, cadenassé, car certains prenaient le restaurant pour une table d’hôtes et tétaient les breuvages sans demander l’heure. Manque plus qu’un babyfoot dans un coin et le tableau de “l’enfant qui pleure” pour faire bonne mesure.


Nous commandons huit samoussas, quatre porc et quatre poulets. Philippe nous regarde comme si nous étions des pensionnaires évadés d’un asile. “C’est pas que mi veut pas ven’ à zot, mais mi conseille a zot de pren’ moins.” A notre tour de le regarder comme s’il était sous camisole.
Cette incompréhension mutuelle sera dissipée aussitôt les samoussas servis : ceux-ci sont obèses. Plus grands que la moyenne locale, et bombés à exploser, ce qu’ils ont presque fait du reste. La pâte fine fiche le camps par place. C’est très huileux. Mais la farce n’est pas une plaisanterie, hachée fin, très goûteuse et parfumée. La viande du poulet a été fumée et grillée au feu de bois par le sieur Philippe. Les bouchées sont généreuses. Les appétits d’oiseau se contenteront aisément de deux exemplaires, d’une salade verte, d’un coup de sec et d’un Je-vous-salue-Marie pour faire descendre.

Nous enchaînons avec le cari canard. Nous aurions bien vu du maïs avec mais n’en demandons pas trop. La sauce est épaisse, et reflue cette bonne odeur de fond de marmite des hauts, celle qui attire les nez à des kilomètres à la ronde des foyers de pique-nique. La viande est “rouge”, assez fondante, et donne de jolies sensations avec le riz parfait. Les remontées poivrées restent quelques minutes, et font la transition avec le cari poulet.

Philippe n’a pas fait mystère sur les origines du poulet. Il n’a pas gambadé, la crète et l’ergot fiers dans la boue de la Plaine-des-cafres, en quête de boustiffe du terroir ; le poulet, pas Philippe. Il sort des grilles de Duchemin et Grondann. Malheureusement pour nous, le plat est garni de morceaux blancs et secs, peu imbibés de la pourtant excellente sauce cari. Nous boudons donc le plat pour nous rabattre sur le boucané. Question gras, celui-ci ne fait pas dans la dentelle. Mais il contient suffisamment de maigre pour envoyer du goût fumé sous la molaire. Les patates ont passablement fondu, épaississant la sauce plus que de raison, mais les bringelles aussi, et le mariage des deux donne une intéressante texture veloutée onctueuse, avec une touche de liant, qui nous réjouit les papilles et nous satisfait la glotte. A voir si une version avec des patates moins cuites serait possible en changeant la qualité des pommes-de-terre dont la fête bat son plein quelques kilomètres plus bas. La bringelles elle même est très bonne, et laisse en fin de bouche sa petite amertume forte caractéristique.

Nous avons le bonheur de déguster des zantaks. Leur saveur un peu sauvage, très boisée et terrienne est un délice. Nous en arrosons les assiettes copieusement, même si nous trouvons la dose de sel un peu trop élevée à notre goût. Le petit piment vert “krasé” fait son office, davantage que le rougail zognons mixés dédié aux palais délicats des visiteurs de l’hémisphère nord.

Le gâteau de patate proposé au dessert est bon, mais ne fait pas d’étincelles. Trop compact. Des sorbets et cornets sont aussi disponibles. Après le bon rhum arrangé “pour la route”, avec modération, nous réglons la note. Total des courses : 63 euros pour trois boissons, six samoussas, trois caris, un dessert et deux cafés.

Le rapport qualité prix est correct.

Philippe et Josie Payet ne sont plus des bleus de la cuisine créole depuis longtemps, et cela se sent dans l’assiette. S’ils utilisent de la charcuterie standard, c’est moins pour faire des économies que pour satisfaire les désidératas des clients, et cela nous le trouvons un peu dommage. L’éducation au goût est certes un challenge bien difficile quand des générations ont été nourries au tout-venant et à la bouffe industrielle, sans découverte ou redécouverte des traditions culinaires et des bons produits du terroir. Le couple parvient tout de même à garder l’essentiel, notamment au niveau de la cuisson et des assaisonnements. Nous sommes sortis bien bombés du repas, comme les samoussas ! Heureux d’avoir fait connaissance avec Philippe, kasseur lé kui pince-sans-rire qui s’y connaît un brin en préparation du cochon, et Josie, qui fait tourner sa cuisine et ses marmites comme elle l’a appris auprès de sa grand-mère et de ses multiples formations. Sans prétention, sans chichi, “Ti Kan” vous invite à un repas traditionnel à la bonne franquette, au chaud, dans l’ambiance des restaurants de quartiers d’autrefois. Une adresse à visiter qui, souhaitons-le, maintiendra la qualité aussi longtemps que possible.

« Lé Gadiamb » ? Pas encore assez…

Le restaurant Lé Gadiamb a été testé en 2011 puis 2016. La dernière visite fut soldée par une fourchette en inox. Cinq ans ont passé depuis et nous décidons de retourner nous asseoir à une de ses tables, et profiter de sa jolie terrasse verdoyante. Les lieux ont peu changé : toujours cette petite maison créole typique, et ses objets lontan en décor.

Au menu aujourd’hui : sauté de sounouk, canard à la vanille, saucisses pétée et riz chauffé et rougail boudin pour les plats les plus traditionnels et moins courants, et les grands classiques. L’accueil est souriant. Le service l’est tout autant, la jeune femme qui s’en occupe est dynamique, et le mot est faible.

Samoussas et bonbons piments pas mauvais

Nous prenons quelques fritures en entrée, proposées par vannes pour une, deux ou trois personnes. Samoussas, bonbon piments et bouchons frits se mangent sans façon, avec des jus de tamarin et de mangue (venant des bouteilles en verre disponibles dans le commerce). On aurait pu nous suggérer un jus de tangor frais, par exemple, c’est la saison. Nous n’aurons pas d’eau non plus, seulement en la réclamant un peu plus tard. Restaurateurs, rappelez à votre personnel que les clients ne sont pas des dromadaires, ils peuvent avoir soif à un moment donné.

Les vannes vidés, viennent les plats. Nous sommes d’abord interpellés par les quantités de cari. Comme dit le créole : « na poin pou tuer ». Les tarifs ne sont pas particulièrement bas, si en plus les portions sont rachitiques… mais rassurez vous, elles satisferont parfaitement les appétits raisonnables. Les bons mangeurs, en revanche, râleront un peu. Nous réviserons cette impression à chaud à la fin du repas, vous verrez pourquoi.

Si vous aimez le sucré-salé…

Nous commençons avec le cari la patte cochon « façon gadiamb ». La couleur est belle, assez cuivrée, et pas besoin d’être un expert pour voir que la viande est bien cuite, elle part en morceaux. En bouche, la façon Gadiamb s’affiche tout de suite, avec une humeur sucrée salée et une touche un peu sarcive. C’est cuisiné avec de l’anisette, comme nous l’a dit le météore qui passe entre les tables pour le service.

C’est très particulier. Les inconditionnels de la patte cochon classique hurleront au blasphème, à l’assassin, à la mise en danger de l’avis des truies.Nous n’irons pas jusqu’à ces extrémités, mais ressentons tout de même une certaine frustration. La patte a été sucrée, notre contentement aussi.

En revanche les amateurs de chinoiseries et de sarcives prendrons du plaisir à mordre dans cette patte fondante.

Nous passons sans regret au civet zourite. Petite parenthèse. Plusieurs personnes nous ont signifié par le passé leur désappointement concernant ce plat, dont le vin cuit viendrait gâcher le goût du zourite, lequel serait davantage mis en valeur en cari. Il y a sans doute du vrai là-dedans, d’autant que c’est dans ce même restaurant, en 2011 cette fois, que nous avons eu le plaisir de goûter à un civet zourite au vin blanc, largement plus raffiné. Mais ma bonne dame, où diable trouve-t-on du zourite frais à La Réunion, comme on en trouvait autrefois suspendus et dégoulinants en bord de route du côté de la Saline-les-bains ? Cette bestiole là envoyait du lourd, question goût, avec des charges iodées extraordinaires. Les morceaux de caoutchouc sous blister importés d’on ne sait où sont bien incapables de rivaliser, même avec une DLC. Le nôtre, de civet (au vin rouge), n’est en tout cas pas avare en sel, à défaut d’iode. L’octopus est correctement cuit, la sauce épaisse, rouge cramoisi, donne dans le poivré et la tomate mûre confite, comme il se doit, et pour être honnête, la chair a quand même du goût. Le chef devrait en revanche cesser d’être amoureux, ce n’est pas bon pour le coeur. On n’ose imaginer ce que donnerait le sounouk.

Le coq massalé est plus réussi. Un « coq pei » à la chair sèche sur certains morceaux, mais plus tendre sur d’autres, comme la cuisse, avec une teinte tirant sur le mauve signe d’une viande de meilleure qualité que la sauce imbibe correctement. Le parfum du massalé est correct, mais nous n’avons pas vu de feuilles de caloupilé traîner dans la barquette. Les bouchées sont satisfaisantes. Nous les avons relevées avec un morceau de piment cabri rouge, pour donner au massalé davantage de vigueur.

Chou trop salé.

Les accompagnements sont satisfaisants. Le riz offre une bonne mâche, sans grains fous qui jouent au flipper avec les gencives, les lentilles sont très bonnes aussi, avec leur parfum de terre rocailleuse après la pluie. Le sauté de chou a le mérite d’exister, mais n’envie rien au zourite question salage.

Le concombre est bon, bien croquant, mais le rougail dakatine ne ressemble à rien : saveur en berne, force nulle, texture de mastic de bricolage. 

Nous terminons avec un fondant au chocolat (apprécié) et une crème brûlée revisitée à la patate douce. Il y a de l’idée. Mettre une crème brûlée par dessus une purée de patate douce pourrait fonctionner si l’affaire n’était pas froide. Une purée plus légère et veloutée à température ne serait-ce qu’ambiante se mélangerait mieux avec une crème tiède.

Nous repartons après le règlement d’une note de 69 euros pour deux boissons, une entrée, trois caris dont un à emporter et deux desserts. Sans café. Soit plus de 30 euros par personne en ne comptant pas la barquette. C’est un peu cher pour ce que c’est. Finalement, les quantités sont bonnes, avec cette qualité là :  on n’a pas trop envie de se resservir.

Il serait malhonnête de dire qu’on mange mal au restaurant Lé Gadiamb, mais ce nom est-il encore approprié ? Voilà un restaurant niché dans une jolie case créole, avec une ambiance authentique qui met à l’aise, et un service avenant, efficace et professionnel, mais dont la cuisine est somme toute moyenne. Trop. L’authenticité et la tradition ne doit pas figurer seulement dans le décor et dans le nom des plats, elle doit aussi se ressentir en bouche, c’est un minimum. Et cela commence par la maîtrise du sel. Que manque-t-il donc pour que ce soit vraiment « gadiamb » ? Un peu plus de goût, et aussi de finesse, un travail des épices et du roussi plus abouti, et, sans doute, davantage de temps à consacrer aux marmites. En l’état actuel, une inscription sur la liste des meilleurs établissements créoles est délicate. Une nouvelle visite sera nécessaire.

Tchapati, Tchapata : la bonne cuisine indienne au coin de la rue

Le nom de ce petit restaurant installé depuis presque un an à l’angle des rues Victor MacAuliffe et Charles Gounod à Saint-Denis, sonne comme un gimmick enfantin. Et c’est bien de la cuisine indienne familiale, teintée d’occident, qui est proposée à cet endroit.

Oumema Mamadali et son chef Jérémy


Oumema Mamadali, la gérante, est issue d’une famille de commerçants dont l’histoire et les pérégrinations dans les îles de l’océan Indien pourrait faire l’objet d’un roman. Elle défend un héritage culinaire forgé au gré des générations et des peuples rencontrés entre la côte Est de l’Afrique et les Comores, en passant par Madagascar. « C’est la cuisine comme à la maison, équilibrée, celle que mes enfants apprécient » raconte-t-elle. Un équilibre diététique, mais aussi gustatif, « assez légère pour qu’on puisse la manger tous les jours ».

Ouvert depuis presque un an, Tchapati Tchapata a pris place dans des locaux neufs, dans un quartier qui, selon Oumema, se teinte peu à peu d’une couleur marquée par le sous-continent, entre les épiceries spécialisées et les restaurants indiens et mauriciens. Un investissement immobilier que son père souhaitait voir évoluer dans la restauration. Les plats au menu du jour : les « Thali », végétarien ou non, composés de riz (basmati bien sûr), d’un chapati, plus deux caris de légumes, de viande ou de poisson au choix, selon ses envies ou son régime. Des boulettes de légumes savoureuses, croquante dehors, moelleuses dedans, sont proposées en supplément. Un menu « recommandé par les nutritionniste » précise la gérante, car composé de féculents et de légumes cuisiné avec de « bonnes épices », comme le curcuma, sans ajout de gras.

L’authenticité d’une « Indian ocean street food*»

Aux fourneaux, le fringant Jeremy Pottigan, ancien du lycée de la Renaissance, qui, en matière de cuisine indienne, n’y connaissait rien de rien en entrant au service d’Oumema. Cette dernière lui apprend tout de cette cuisine du Gujarat, riche de saveurs et de parfums, et de recettes toutes plus succulentes les unes que les autres. Très vite, naan, rotli, tartari, khitchri n’ont plus de secret pour le jeune chef, qui apporte à cette gastronomie aux couleurs de curry, de coriandre et de cumin son savoir-faire en termes de cuisine française rigoureuse et codifiée, acquis en jouant de la cuillère et du couteau au lycée. Le menu intègre d’ailleurs à l’occasion quelques mets plus occidentaux, d’où les mots « mais pas que… » inscrits sur l’enseigne.
Oumema s’en félicite. Elle souhaite également partager avec ses clients des mets issus de la cuisine de rue, la meilleure, car authentique, tirée de la sueur des petites gens (au sens figuré bien sûr) qui travaillent pour gagner quelques sous, de Tana à Anjouan en passant par Rose-Hill, ayo cousin, et jusqu’aux contrées vertes et fleuries de l’Asie du Sud-Est. Quand ce genre de cuisine est réalisé dans le cadre rigoureux de l’hygiène « à la française », elle gagne en sécurité davantage qu’elle ne perd en authenticité. Au final, le client est non seulement rassuré mais aussi heureux de retrouver en bouche les saveurs découvertes au gré des voyages, sans Smecta ni ultra-levures. Jérémy, en professionnel, a fait des fiches.


Les succulentes boulettes de légumes jouent dans ce thème-là, comme les naans et chapatis, qui ne sont pas sans rappeler les dholl puris vendus par paire et avec dextérité dans l’île sœur et depuis quelques années sous nos cieux également, à des tarifs qui, vu du mauricien moyen, redonneraient ses jambes à un grabataire, pour qu’il les prenne à son cou.

« Je souhaite proposer bientôt ces petites brochettes qu’on trouve à Madagascar » ajoute Oumema, qui a l’air bien décidée à nous faire voyager, sans billet, sans avion et sans quatorzaine. Des « Maskita Gasy » qui tireront peut-être une larme de nostalgie aux gens de la communauté malgache locale. Tchapati Tchapata, un nom qu’on n’oublie pas. Une adresse qui mérite une pause déjeuner, pour le moment à emporter, jusqu’à ce que les restaurants soient complètement déconfinés.

Plusieurs pains, plusieurs farines
Naan, chapati, rotli… les noms de ces pains indiens différent en fonction de la farine utilisée (blanche et/ou complète) et de la méthode de cuisson, à l’huile, ou à sec, enduits de ghee (beurre clarifié). « Dans notre famille on cuisine dans du ghee, meilleur pour la santé » confie Oumema Mamadali.

Cari et curry, cousins d’appétit
La cuisine au curry se rapproche beaucoup de nos caris. La parenté est évidente. « La préparation des oignons, ail et tomate est la même, explique Oumema Mamadali, avec l’ajout des épices selon ce qu’on veut faire : curry seul ou avec du curcuma accompagné de cumin et de coriandre. Sans oublier le kaloupilé, très usité en Inde et à Maurice. »

Les cuisines indiennes
Patrick Ramassamy, chef réunionnais spécialisé en gastronomie indienne, nous avait jadis entretenu de la diversité des cuisines du sous-continent. Oumema Mamadali confirme : « La cuisine du Sud de l’Inde n’est pas la même que celle du Nord. Elle est plus relevée, plus pimentée, plus colorée. La cuisine du Nord est très imprégnée de celle de rois Moghols – en particulier du roi Akbar – venus en Inde au XIVe siècle. » Outre la géographie, la religion a également son rôle dans la richesse de la gastronomie indienne. En effet si les musulmans mangent de la viande (porc excepté, bien sûr), les hindous n’en mangent pas. Quels que soient les cultes, les moments de fête sont l’occasion de mettre les grands plats dans de plus grands encore. Un grand festival d’épices.

Chez Yann, le bon goût de la marmite créole

Chez Yann 1Le petit restaurant posé à l’angle des rues Jules Auber et Labourdonnais a continué son activité en mode barquette uniquement quelques semaines après le début du confinement. Aujourd’hui nous débarquons à 11h45, en ayant réservé préalablement, et très vite cinq ou six personnes patientent.

Certaines attendent la pintade combava encore au feu, dont les effluves viennent nous prendre par le nez jusque dans la rue, comme dans ces dessins animés de Tex Avery.
Cabri massalé, porc brèdes, pintade combava, dorade à la chinoise sont au menu du jour. Aussitôt la pintade prête, nous repartons avec une barquette, plus un massalé cabri.
Depuis 2017, où ce petit restaurant à obtenu la fourchette en argent avec recommandation, nous nous sommes régulièrement tenus informés de la qualité de ses plats. Il est temps de faire une mise à jour objective.

Chez Yann2Le cabri massalé est très plaisant. La chair est moelleuse, enrobée d’une pellicule fine de poudre de massalé, avec juste assez de mordant pour donner une mâche intéressante. L’assaisonnement ne fait pas mystère d’un massalé chauffé comme il faut, qui lui a permis de révéler tout son potentiel, appuyé par les feuilles de caloupilé ajoutées généreusement.
Quelques petits os par-ci par-là viennent chatouiller les gencives mais ils restent minoritaires.
Le riz, coloré par le fond de sauce épaisse, est de qualité. Les pois du Cap sont fondants et veloutés, avec un roussi en joué. Un plat qui se mange comme il se respire !

Chez Yann3La pintade s’est fait désirer, et c’est tout apprêtée de sa couleur safranée qu’elle vient jouer avec nos sens. La cuisson est parfaite. La pintade n’est point sèche, comme une gouvernante acariâtre, la cuisse raide, la peau élastique, le maquillage à la truelle. Nous sommes ici en présence d’une pintade aimable, assez tendre pour qu’on apprécie ses charmes à leur juste valeur. La marmite de Yann l’a arrangée avec des épices fondues et confites dans une sauce de cari parfaite, avec des grosses feuilles de combava qui impriment leur marque, mais sans dépasser les bornes. Ça se sent, ça se voit, et parbleu ça se mange avec un plaisir non dissimulé.
Toutefois, il aurait été seyant que la donzelle fut correctement débarrassée de quelques restes de plumes superfétatoires sur le bout des ailes. Ça aurait fait rire Fernandel (« J’pris un homard sauce tomates, Il avait du poil au pattes, Félicie… aussi ! »). En dépit de ce couac d’esthéticienne presbyte, et bon marché, le cari se dévore sans rechigner, et l’on ira même jusqu’à lui nettoyer les os !

Un mot sur le rougail tomate. Il est haché gros, mais la tomate mûre relève bien l’un et l’autre cari. Le piment vert « krazé », un peu confit, fait tout aussi bien, et même mieux avec le massalé. Les deux barquettes sont sifflées sans ambages, à domicile, nous laissant un sentiment de pas assez.

Covid ou pas, le restaurant « Chez Yann » a de toute manière toujours fonctionné avec des barquettes, les places assises étant limitées par la surface. Il mérite amplement de figurer dans notre sélection des meilleurs restaurants de cuisine réunionnaise car il propose une cuisine authentique, simple, goûteuse, qui fait honneur à notre tradition culinaire. Certains plats disparaissant à grande vitesse, la réservation par téléphone est fortement conseillée.

[ACTU] Steff glacier garde la tête froide

Vous l’avez sans doute croisé dans les foires et manifestations, et peut-être vous êtes-vous régalés de ses glaces artisanales. Pendant le confinement, Steff Glacier vous donne rendez-vous sur les parkings de supermarchés.

Steff 2Avant les Gilets Jaunes, Steff Glacier, artisan initialement basé à Saint-Pierre, et réputé pour la qualité de ses glaces, était devenu une entreprise de 28 salariés, qui avait étendu sa zone d’influence du côté de l’Ouest, avec l’ouverture de deux points de vente à Saint-Leu et Saint-Gilles. Mais les blocages ont eu raison de cette expansion. L’entreprise a fondu comme un sorbet au soleil.
Qu’à cela ne tienne, Stéphane Soulié, le gérant, n’est pas du genre à se laisser abattre. Il recentre son activité sur la production, dans son laboratoire de Trois-Bassins, cible les professionnels de la restauration, tout en touchant indirectement une clientèle de particulier à travers un partenariat avec les repreneurs des points de vente. « Saint-Leu est une concession de marque, le nouvel exploitant continue avec le même concept (bubble waffle and co), et la même qualité de glaces et sorbets. La recette des bubble waffle est conservée. L’offre demeure : glaces et sorbets, milkshakes, frozen bowl et bien sur les bubble waffle. Une offre de gâteaux glacés (déjà prêt ou sur commande) est également proposée. Le point de vente de St Pierre a trouvé preneur, en attente de signature. Le concept est conservé, le repreneur souhaite réaménager le local pour le rendre plus attractif », détaille Stéphane.

Nouvelle stratégie

Steff 1La crise sanitaire du Covid-19 est un nouveau coup dur pour Steff Glacier, qui se remettait à peine de la jaunisse de 2018. Mais Stéphane a la niaque.
« L’activité, liée à 100% à la restauration est à l’arrêt depuis le 14 mars date du décret de fermeture des restaurants, hôtels et petits commerces non indispensables, se désole Stéphane.  Le personnel a été mis en chômage partiel. »
Une nouvelle stratégie est mise en place rapidement. A l’instar de nombre d’autres artisans et commerces, Steff Glacier continue de bouger grâce aux livraisons en point de retrait sur toute l’île, essentiellement des parkings de supermarchés, pour être dans la continuité des courses.
Steff 3« Nous nous appuyons sur un site de vente en ligne (app.cagette.net) que nous avons dû adapter en quelques jours. Nous proposons une large partie de notre gamme aux particuliers – environ 80 références sur les 200 que compte notre catalogue – conditionnés en pot carton de 500 ml convenant à une consommation individuelle ou familiale et permettant de varier les parfums » détaille Stéphane, qui reste à l’écoute de sa clientèle via les réseaux sociaux.
Pour commander, rendez-vous donc d’abord sur le site de Steff Glacier, avant de prendre livraison sur les points de retrait.

Facebook : SteffMaitreGlacier
Site : app.cagette.net/p/pro/public/2876

 

Des glaces aux saveurs incomparables

« Nos produits sont fabriqués traditionnellement avec des produits majoritairement issus de l’agriculture réunionnaise (sucre de canne, pulpes de fruits et légumes locaux…) » explique Stéphane Soulié. Et cela se sent en bouche. Ananas-Coco, Banane flambée au rhum Charrette,

Cardamome vanille, gingembre et miel ou ce petit « rougail dessert » qu’est la crème glacée Dakatine-piment, les saveurs originales ne manquent pas pour vous surprendre et vous régaler. Les parfums « classiques » étant aussi disponibles (café, chocolat…) ainsi que les sorbets aux bons fruits frais de notre île, ananas, fraise, letchis, sapotille, mangue, goyavier, et plus encore puisqu’affinités.

Les Embruns du Baril, une assez bonne cuisine dans un cadre exceptionnel

IMG_2490Aujourd’hui, nous poursuivons notre tour des tables réunionnaises et notre périple nous ramène aux Embruns du Baril, hôtel restaurant réouvert en 2018, qui, il faut bien le dire, revient de loin. Après un passé glorieux (quand on disait qu’on allait manger au Baril, c’était quelque chose !) et des années de décrépitude, l’établissement renaît grâce à son propriétaire, le citoyen Mogalia, qui y investit près de deux millions d’euros, selon Stéphanie Barret, la maîtresse des lieux.
Nous arrivons sur les coups de midi, sous une brise qui rafraîchit l’atmosphère. Nous sommes accueillis par Sté-phanie Barret elle-même, laquelle est ce jour au four, au moulin et en salle, dans cet ordre ou dans un autre.
Nous sommes installés au balcon, pour profiter des fameux embruns de ce côté d’océan toujours un peu soupe-au-lait et l’on nous présente la carte.
Celle-ci est composée de quatre entrées, sept plats et cinq desserts. Le palmiste est présent, en gratin ou en salade. Le foie gras aussi. Poisson rouge, langouste et camarons sont également de sortie, mais la « plèbe » est également là : poulet, canard, cabri et de l’agneau.
Nous passons quelques minutes à apprécier le paysage, puis nos boissons sont servies, dont un très joli et excellent jus de fruits frais, où l’orange joue avec l’ananas.
Nous commandons un cari poulet palmiste frais et un cari de poisson rouge, tant qu’à faire. Le poulet vient de chez «Duchemin et Grondann», passé un temps affiché comme une référence, et le poisson rouge est estampillé «Océan indien», ce qui nous fait comprendre qu’il ne vient pas des eaux agitées en contre-bas mais de beaucoup plus loin.

IMG_2467Nous dégustons d’abord le gratin de palmiste. Ce dernier est pâteux, mais heureusement pas au point d’être utilisé comme mortier. Sa texture est assez soyeuse et souple, et donne de belles bouchées où le palmiste prouve qu’il existe face à un fromage velléitaire. Mille fois cela que les gratins où palmiste, chouchous, etc. nagent la brasse coulée dans du liquide où s’égarent des molécules de béchamel.

IMG_2479Le cari poulet est très bon. Le cari. Le poulet lui-même, moins. Louée donc l’expérience d’une cuisinière qui, nous dit-on, a 35 ans de bouteille, pour ne pas dire de baril, mais faut-il louer, ou même d’acheter, les médiocres volatiles de D&G, (même affichés fermiers) qui se dessèchent en marmite comme des momies sous le soleil du désert ? Au point que malgré les efforts d’une sauce de cari exécutée dans les règles de l’art, la viande soit en bouche aussi goûteuse que du papier mâché. Le palmiste pour sa part a correctement bu la sauce et propose une mâche respectable et tendre.

IMG_2473Le poisson n’a guère de mal à faire mieux, encore que… Les raisons diffèrent, mais le résultat est le même. Le poisson rouge « Océan Indien » est de plus basse extraction que celui qui, naguère, furetait par nos côtes, avant de se retrouver pendouillant en bord de route par les petits pêcheurs. C’était le bon temps, ma bonne dame. Dans l’assiette, «Poisson rouge O.I» se traduit par des chairs peu fondantes et raffinées, qui se détachent en morceaux bien nets. Heureusement que la sauce, très réussie, empreinte de curcuma, d’onctuosité tomatée et de gingembre, et bien relevée de piment, à notre demande, compense le côté quelque peu vulgaire des poissons. Le mélange en bouche est assez satisfaisant pour finir l’assiette en y glissant un bout de pain.

Le riz, type basmati, est paraît-il réclamé de la clientèle. Encore un effet de mode. Nous l’avons écrit cent fois : à notre sens, ce genre de riz ne convient pas aux caris réunionnais, les grains ne buvant pas la sauce comme le font ceux, plus bombés, des riz classiques ; et nous ne parlons évidemment pas des riz bas de gamme, loin d’être fort bons.

Le repas se termine par un café. Mais si vous le souhaitez, la carte vous laisse le choix entre huit desserts assez communs : banane flambée, crème brûlée, moelleux au chocolat ou gâteau de patate douce maison, entre autres.
Nous réglons une note de 94,50 euros pour deux personnes, soit un peu plus de 47 euros par personne pour une (seule) entrée, deux plats, deux boissons et deux cafés. Sachant que le poisson rouge est vendu 38 euros. Le rapport qualité prix est perfectible.

En dépit de la qualité moyenne de certaines viandes ou poissons, ce qui sort des cuisines reste à la hauteur de ce qu’est en droit d’attendre un client désireux de manger correctement. L’expérience de la cuisine réunionnaise se sent dans l’assiette. Peut-être, à présent, faudrait-il s’écarter des sentiers battus et montrer davantage de créativité dans les menus, sans pour autant oublier les grands classiques toujours appréciés. Peut-être, aussi, en attendant de pouvoir disposer de produits plus raffinés, serait-il judicieux d’afficher des tarifs qui soient davantage en adéquation avec la qualité intrinsèque de la matière première utilisée. Car il y a «poisson rouge» et «poisson rouge».
Pour l’heure le restaurant des Embruns du Baril mérite d’être sélectionné pour la remise des fourchettes de fin d’année.

Les hôteliers ont-ils le choix ?

A l’instar des autres hôteliers ou restaurateurs, les Embruns du Baril sont soumis à la réglementation en vigueur en termes d’achat des produits, qui doivent justifier d’une DLC et d’une traçabilité qui les fassent entrer « dans les clous » pour les autorités.
Il se trouve, hélas, qu’à La Réunion, les fournisseurs capables d’assurer une production suffisante de viandes et de poissons «péi» pour approvisionner le marché tout en respectant (en principe) la loi, peuvent se compter sur peu de doigts de peu de mains.
Donc, nous explique-t-on, le choix des bons produits locaux est relativement restreint, à moins de se mettre en délicatesse avec la DAAF.
Il serait peut-être judicieux que les autorités soient plus souples avec les artisans, tout en les aidant (y compris financièrement) à se mettre en conformité avec les régles d’hygiène. Peut-être aussi qu’un peu plus de concurrence ferait du bien, mais c’est un autre débat, déjà largement évoqué par ailleurs.
Dans le (sans doute) difficile équilibre entre la protection du consommateur et de ses intestins, et la satisfaction de son palais qui réclame des produits plus authentiques et goûtus, l’aiguille de la balance aurait plutôt tendance à pencher vers la première option, quitte à ce que ce soit les industriels cultivant le néant gustatif maquillé aux additifs qui en profitent.
Aucune importance de toute façon, doit-on se dire dans les milieux autorisés, puisque le palais du commun des mortels est maintenant habitué au trop de sel, aux exhausteurs de goût et aux saveurs formatées, tant et si bien que lorsqu’il a la chance de déguster un fruit, un légume ou une viande avec son goût véritable, sa figure n’est plus que grimaces. Bon appétit.