Plantation Ravily, la vanille, naturellement !

Vous pensiez presque tout savoir sur la culture et la préparation de la vanille ? Vous pouvez tout jeter aux galaberts ! François Ravily, à Bois-blanc, vous montre qu’il n’existe pas un seul process pour travailler notre or noir.

La vanille dans le milieu qu’elle préfère : les sous-bois humides du Sud Sauvage

Le petit quartier de Sainte-Rose, lové dans une végétation luxuriante encouragée par les pluies fréquentes abrite un terroir idéal pour la vanille. Celle-ci s’épanouit en sous-bois sur les 5 hectares de la Plantation Ravily certifiée bio. « Bio et naturel, précise l’exploitant. Ici nous laissons faire la nature. Si par exemple une maladie se déclare sur un pied de vanille, on n’y touche pas. On ne fait aucun traitement. Une partie va mourir, une autre va survivre, se régénérer et devenir beaucoup plus résistante aux maladies. » Effectivement, au cœur du terrain planté en ti natte, bois de chandelles, bois de gaulette et goyavier, François nous montre un plan dont une partie est toute sèche.  « Nous ne cherchons pas un rendement important mais davantage la qualité » insiste François qui accepte les aléas de la nature, laquelle le récompense pour sa patience. « Nous pouvons faire de la vanille givrée en moins d’un mois. Les conditions climatiques le permettent. Le taux de vanilline est si concentré que les gousses vertes éclatent. C’est un signe de maturité. »
La plantation se fait à partir d’une bouture prélevée sur des « pieds mère », qui ont déjà fructifié.
L’agriculteur en prend grand soin, sacrifiant son temps à tous leurs caprices. Car la vanille a ses petites préférences, en commençant par le support où elle va se développer. Les pieds de palmistes, rouge ou blanc, ont ses faveurs, le goyavier ou le jembrozade aussi. « Généralement des bois sucrés, moins les bois amers comme le letchi où le rendement ne sera pas le même. Et elle va préférer les troncs qui gardent l’humidité, et si elle n’aime pas un tuteur, elle va aller voir ailleurs ! » indique-t-il.

L’agroforesterie exigeante

A portée de main, un magnifique « balai » de gousses termine sa croissance, certaines pouvant dépasser 45 cm ! « Ici nous pouvons garder les pieds plus de vingt ans, ce qui nous évite de les renouveler tous les trois ans et attendre trois ans supplémentaires pour avoir les premières fleurs » raconte François en examinant le plant. Il assiste parfois à un « miracle », des fleurs qui pointent en huit mois, profitant d’une bonne lune. L’agriculteur les sélectionne pour la fécondation mais avoue ne pas pouvoir les féconder toutes. Les demoiselles malicieuses peuvent en effet s’ouvrir juste après son passage.
Si la culture en agroforesterie produit une vanille autrement plus goûteuse que son équivalent sous serre, cela demande une présence et une observation constantes, afin que les gousses profitent d’un équilibre judicieux entre le couvert végétal et la lumière du soleil. « Elle aime bien être dans son écrin de verdure et profiter de 60% d’ombrage et 40% d’humidité, raconte François Ravily. On taille les espèces envahissantes a hauteur d’homme, comme le zembrovade et le goyavier, pour laisser les espèces endémiques prendre le dessus.» De plus, une « distanciation physique» (ça vous rappelle quelque chose ?) est préservée entre chaque tuteur afin d’éviter la propagation des maladies.

La vanille va chercher la lumière

Pas d’échaudage

Chez François, la vanille est récoltée bien mûre, quand il fait très chaud. Elle peut se conserver dix ans après transformation. « Nous maîtrisons les trois étapes : fraîche, sèche et givrée », indique-t-il, en précisant qu’il ne pratique pas l’échaudage, qui, selon lui, retire une partie des flaveurs du produit. Cette intensité du goût se retrouve dans la vanille « éclatée », que François commercialise. « C’est la meilleure » souligne-t-il, en dépit de ce que pourront en dire d’autres et de l’image moins « propre » qu’elle pourrait afficher.
Même s’il privilégie la qualité à la quantité, le producteur est pessimiste au sujet de la future récolte. « Cette année sera maigre. On va surveiller de très près le terrain pour éviter les vols, car les tarifs vont augmenter » prévient-il. Les voleurs, vermine pire que les rats, les geckos importés et la mouche des fruits.

François Ravily

Pour l’honnête citoyen, la Plantation Ravily est visitable sur rendez-vous, le nombre de participant n’étant limité que par la capacité du guide à se faire entendre ! Le tarif est de 5 euros par personne et François ne compte pas son temps. En été, prévoyez les répulsifs anti moustiques. Pour tout renseignement et réservation, appeler le 0692 547617.

Retrouvez les vanilles de la Plantation Ravily un peu plus bas, en direction du Tremblet, de midi à 16h00, avec Armande Ravily-Viraye, qui propose aussi des caris, des bouchons et de délicieux gâteaux traditionnels faits maison. Sous ses airs modestes, le petit chapiteau s’est fait une solide réputation, notamment auprès des touristes. Paul Allen lui-même s’y est arrêté !