O’QG ! Toujours une bonne table à Bourg-Murat

Il a été le premier restaurant à être testé, inaugurant la rubrique du dimanche. Il a obtenu la fourchette d’or en 2013. Avec ces horaires étendus il a fait le bonheur des randonneurs et des visiteurs du volcan. Fondé par André Béton, il est géré en salle et en cuisine par deux frères d’origine sénégalaise, qui vous font aussi profiter de la cuisine africaine, rejoints dernièrement par un troisième comparse, Daniel. Si vous n’avez pas reconnu le QG, rebaptisé O’QG avec la nouvelle gérance, c’est que vous ne sortez pas le dimanche !


Le moins qu’on puisse dire est que ce restaurant de la Plaine-des-Cafres revient de très loin. Cyclone, tracasseries administratives, des hauts et des bas en cuisine, l’établissement en a vu de toutes les couleurs, autant qu’il y en a sur les tenues exotiques portées par Abdou, illuminées par son sourire. Et maintenant le Covid.
La salle, elle, n’est pas vide. Loin de là. Les clients ont fait leur retour, à commencer par les fidèles des fidèles, ceux qui ont connu cet « esprit du QG », avec ses tables en bois de goyavier, sa cheminée où pendouillaient les charcuteries, et cette cuisine réunionnaise du terroir. Des signatures du sieur Béton que nous visitâmes tantôt dans son atelier tout proche.
Aujourd’hui, que reste-t-il de cet esprit du QG ? Derrière la salle rénovée, la nouvelle cave, le comptoir plus classique et moins « roots », et cette carte qui privilégie les recettes métro et les grillades, réalisées avec des produits « premium », et dont les tarifs ont pris un sacré coup de chaud.
Pour répondre à cette question, nous allons y déjeuner. Ça fait longtemps.

Nous débarquons masqués à midi tapante. La salle est déjà pleine et certains convives attaquent leurs salades. La serveuse nous désigne notre table, réservée nécessairement, et nous porte la carte des boissons. On est déjà dans le coup de feu, et les serveuses esquivent les balles avec souplesse et professionnalisme, malgré un léger couac : une entrée qui arrive avant les amuses-bouches, habitude culinaire pratiquée depuis longtemps par le père Cheikh. Aujourd’hui, c’est un velouté champêtre de chou, carottes et patates, vivifié par une petite crème fouettée toute douce et acidulée à la fois.
Si les plats locaux ont vu leur quantité réduite, les caris restants sont de bons ambassadeurs de notre gastronomie : massalé cabri, cari la patte, cari coq et rougail saucisses.
Va pour le cari la patte et le coq. L’entrée, déjà sur la table, est une salade de chèvre chaud.

Cette dernière est un bonheur croquant et frais, assaisonné avec maîtrise de l’acidité d’une vinaigrette magnifique. Un moment, comme une humeur d’estragon nous traverse les gencives. C’est extra bon. Les petits croutons appuient les tartines où le chèvre se prélasse. Nous le prenons pleine face. Il est enjoué, le fromage de biquette, remonté comme un syndicaliste recevant son insulte mensuelle. Il ne nous laissera en paix qu’après une gorgée de ti-punch et trois verres d’eau.
Les caris sont déjà servis, dans une jolie vaisselle. C’est parti.

Le coq est marquetté « la kour », une expression un peu exagérée si nous nous en tenons strictement à la texture de l’emplumé. Les morceaux de chair blanche et un peu sèche ne sont pas les caractéristiques d’un « terroir certifié » mais plutôt d’un « poulet fermier industriel » confirmé. Au maximum. Il a dû trop tâter de la marmite, à feu fort, ce que le roussi d’épices confirme, avec un côté grillé qui remonte aux sinus, sans que ce ne soit rédhibitoire fort heureusement. La sauce emballe bien la viande, fait quelques remontées de poivre et de thym, et nous trouvons notre bonheur dans l’écorchage méthodique de la patte du coq, obligeamment proposée à notre palais réunionnais de nettoyeur « d’zo ».

Le cari la patte est plus sage, et envoie ses effluves gras avec timidité. Il semble aussi avoir séjourné un poil trop longtemps dans la marmite. Le Relais des Pitons, à l’autre Plaine, nous a chanté dernièrement la même chanson, comme disait un type au courant. La sauce est belle aussi, elle aide le riz à s’assembler malgré ses grains indisciplinés de basmati juste bon pour les bryanis.
Sur la longueur, nous reste une légère acidité, comme si le cochon s’était envoyé une rasade de vin blanc sec pour la route.  La patte disparaît sans nous coller les dents.

La carte des desserts est gourmande : vacherin mangue-letchi, banane flambée, fraises melba, entre autres. Le plus gourmand est le baba au rhum, qualifié de « fameux ». Nous confirmons : il l’est.
Le beau baba imbibé bat le rappel de nos papilles. Cette chose énorme se déguste, se boit, se suce, se tête, se lèche, s’aspire, on ne sait plus quoi lui faire tellement il nous tourne la tête. Il a le sucre juste, sa texture spongieuse est une drogue. On pourrait faire des kilomètres pour lui, la modération sans doute conseillée devenant une vue de l’esprit pour junkie diabétique. Les bananes flambées sont bonnes, rien d’autre à ajouter.

Deux cafés serrés plus tard, nous déboursons à la caisse un peu plus de 100 euros, pour une entrée, deux boissons, deux repas et deux desserts. Soit grosso-modo 50 euros par personne. Le rapport qualité prix est … perfectible.

Alors ? Que reste-t-il de l’esprit du QG ?
Le restaurant a opéré une mue, une montée en gamme assumée, et qui fonctionne, si l’on en juge par la fréquentation du lieu. Les pièces de viandes qui défilaient sous notre nez ne sont pas faites pour les petits appétits. Des « joyeux anniversaires » ont résonné, applaudis par tout le monde. Le service est efficace, souriant, aimable, et prévenant. Abdou, toujours égal à lui-même, avec son « karo » dans la main, semble mener la salle comme un Monsieur Loyal, entraînant, joyeux, toujours en plusieurs endroits en même temps comme une sorte de farfadet. La cuisine… subit un peu l’affluence pourrait-on penser à la dégustation de nos plats, et fait de mauvais choix en matière de riz, cédant à cette détestable mode du basmati. Pas bon, le riz. N’absorbe pas les sauces. Mais la cuisine continue d’assurer quand même et c’est le plus important.
Plus important encore sont les femmes et les hommes du QG. En eux demeure et doit demeurer l’esprit du QG, devenu O QG. Cet esprit d’accueil, de convivialité, d’hospitalité qui caractérise les familles réunionnaises des hauts. C’est à cette condition qu’on peut envoyer valdinguer la nostalgie dans les près, et savoir profiter de ces instants, près du feu, à s’entendre simplement digérer.

Le Franciscea, grosse carte et assez bons petits plats

Aujourd’hui nous revoilà au Franciscea, restaurant de Saint-André posé juste derrière l’église du centre-ville, et tenu par le citoyen Nehoua Sully, même famille que la boutique située plus haut et qui, dit-on encore, faisaient les meilleurs sarcives de l’Est. Il s’agit de notre troisième visite depuis le début des critiques en 2011. La dernière avait abouti à l’octroi d’une fourchette en argent. Voyons si la qualité s’est maintenue depuis 2015.

Nous arrivons de bonne heure. La jolie case créole aux volets bleus est toujours accueillante. Peu de modifications ont été faites suite au Covid, les tables étant déjà espacées. L’accueil est souriant, devine-t-on à travers le masque, et nous nous posons près de la porte ouverte qui donne sur la petite varangue, pour profiter de la petite brise.

On nous dépose la carte. Un menu chinois, 19 plats et 6 entrées ; un menu Métro, 15 plats et 7 entrées ; un menu créole, 10 plats et 6 entrées. Des classiques pour la plupart, excepté le cari de légine au gingembre mangue. Cela fait beaucoup, tout de même, mais nous gardons espoir.
Nous prenons l’Assiette Créole composée de boudin, d’un achard, de samoussas et d’un piment farci, puis nous poursuivons avec un rougail zandouille et un cari la patte.

L’entrée arrive nous sautons sur les samoussas. Farce fine de poulet, bien arrangée d’épices et d’un piment volontaire, avec une pâte croquante. Le piment farci ne fait pas non plus dans le soft. Juteux et croquant, il envoie la salve de saveurs empreinte de cumin et de piment façon tsunami. Le boudin, mou et onctueux, fait dans le même registre. Cette assiette créole mérite son nom, non recommandée aux chochottes. Un délice.

Le cari la patte manque de punch. C’est du moins la première impression que nous avons eue. Mais notre palais allumé par l’entrée avait besoin de retrouver un peu de calme pour apprécier les subtilités du cari. Subtil il l’est, avec une sauce mesurée en quantité et qui laisse sur la langue comme un parfum d’herbe aromatique.  Du quatre épices probablement, du laurier peut-être, c’est raffiné. La viande en revanche l’est sans doute trop, raffinée. Nous aurions préféré des morceaux plus gras à la peau bien épaisse, histoire d’avoir de la mâche. Tant pis. C’est bon quand même, et le rougail zévis envoie ses atours verts et puissants pour tourner le cochon en bourrique.

Le rougail zandouille est un peu plus alerte que la patte. Le nez enregistre les vapeurs réglementaires teintées des odeurs fortes des dessous de bras pas rasés d’un ouvrier du bâtiment affligé d’hyperhidrose, coulant une dalle en plein cagnard. Tout cela adouci par la sauce bien tomatée, et souligné d’un sel présent, mais urbain. Les morceaux d’andouilles sont cuits comme il faut, suffisamment pour ne plus afficher la consistance des lanières de savates tout en offrant assez de mordant pour donner du plaisir. Le rougail tomate passe mieux avec. Pour 16 euros, c’est acceptable. On a vu plus cher et largement moins bon ailleurs…

Le riz, du grain long, est assez cuit pour qu’on obtienne des bouchées intéressantes, avec un liant acceptable. Les grains, en crème, corrects, aident un peu.

Les assiettes sont enlevées et remplacées par les desserts. Moelleux au chocolat et profiteroles. Le moelleux est aussi fondant au cœur. Les amatrices et amateurs de chocolat y trouveront un instant de bonheur. C’est très odorant.
Les profiteroles profitent de boules de glaces vanille excellentes, comme artisanales, avec moult chantilly.

Nous repartons repus après avoir réglé une note de 72 euros pour deux boissons, une entrée, deux plats et deux desserts soit 36 euros par personne. Le rapport qualité-quantité-prix est plutôt bon.

Que ce soit dit : nous nous méfions comme de la peste des cartes à rallonge, à nos yeux vestiges d’un autre temps où une certaine restauration voulait ratisser large pour faire du chiffre avec des produits bas de gamme. Mais nous connaissons au moins une ou deux exceptions où grosse carte ne veut pas forcément dire petite qualité. Aujourd’hui nous en découvrons une nouvelle.
Les plats que nous avons dégustés sont bien faits, ont le goût qu’ils sont supposés avoir, avec quelques petits plus qui leur donnent de l’intérêt… Nous n’avons donc aucun reproche à faire qui mériterait des lignes acerbes.
Peut-être serait-il souhaitable de varier un peu les grands classiques, fussent-ils demandés par la clientèle touristique, et leur adjoindre des brèdes par exemple.
Ce repas, servi avec bonne humeur et professionnalisme, nous a convaincu d’inscrire le Franciscea dans la liste des bons restaurants de cuisine réunionnaise que compte notre île.

Le Relais des Pitons, la tradition en dessert

Nous voici à la Plaine-des-Palmistes l’hiver, avec ses platanes « en sève » et son air frisquet qui ouvre l’appétit. Ce dimanche, jour de marché, 11h30, il reste encore quelques clients qui louvoient entre les étals pour acheter la matière première du repas du midi, et des jours qui vont suivre, et accessoirement mordre dans les gâteaux péi ou les samoussas avant de regagner leurs pénates. A quelques pas de là, juste après la mairie, le Relais des Pitons a ouvert ses portes. Notre dernière visite date de juillet 2017. Et la note n’avait pas été bonne. On nous a laissé entendre qu’il pouvait s’agir d’un accident. Que l’adresse est réputée. Qu’à cela ne tienne, nous y voici de nouveau.

L’accueil est nous supposons souriant car réglementairement masqué, le monsieur est sympathique. Nous prenons place. Au menu du jour : gratin de chouchou, de citrouille et de patate douce, boudin créole et assiette de crudités pour les entrées ; cari la patte cochon, massalé coq, cari calamar, bœuf bourguignon et sauté de poulet au chouchou pour les plats de résistance. La patte et le coq feront l’affaire. Un jus de goyavier bien frais nous est proposé, il nous réveille la glotte. Les entrées débarquent sans tarder, toutes chaudes.

Le gratin est brûlant. Nous le triturons un peu pour qu’il refroidisse plus vite. L’intérieur est plus jaune qu’orange. La texture est un peu molle, mais pas liquide. La première bouchée nous rassure : la citrouille et le fromage font un ménage équilibré, teinté de thym, et de soupçons poivrés. A mesure que les bouchées se succèdent, la saveur de la citrouille se révèle de mieux en mieux. Le ramequin est vidé.

Le boudin, acheté chez un charcutier « du côté de Bras des Calumets » nous dit-on, n’affiche aucun piment revendicatif, mais offre généreusement une mâche moelleuse, où les dents rencontrent ici et là quelques résistances grasses et parfumées, avec le croustillant léger de quelque oignons vert ou persil, sans que nulle épaisseur désagréable de mie de pain ne soit détectée. Voilà du bon boudin des hauts, tendre, goûteux, bien loin des machins compacts qu’on trouve facilement un peu partout.

Nous commençons à avoir soif. Mais aucune eau ne nous a été proposée. Il faut donc demander ? A moins d’avoir un ADN de dromadaire, les êtres humains ont besoin d’eau, il nous semble.

Les plats ne tardent pas non plus. C’est presque trop rapide.

Le massalé coq ne casse pas trois pattes à un canard. La chair du volatile se délite, comme trop cuite, et d’une manière qui ne laisse aucun doute sur sa généalogie. Si c’est du coq péi, le coq péi n’est plus ce qu’il était. Côté goût : c’est grève du zèle. Circulez, il n’y a rien à voir, à part peut-être les supplications d’un massalé très ordinaire, passablement éventé, qui tente le sauvetage du coq naufragé. On a largement vu mieux ailleurs, mais cela reste à peu près mangeable.

La patte-cochon est plus alerte. Les morceaux arborent leur peau cuivrée et luisante, et ont la politesse d’offrir autant de chair à mâcher que d’os à sucer. Côté saveur, rien à dire de particulier. Le cari est correctement exécuté, peut-être juste un peu faible en épices mais certains l’aiment ainsi.
Un petit roussi supplémentaire, ou un flambage au rhum ou au whisky aurait réveillé ses ardeurs. Le quatre-épices peut aussi dire son mot. La peau est tout de même un peu trop fondante. Un peu plus de résistance sous la dent aurait délivré davantage de plaisir.

Côté accompagnements : des pois du Cap en crème, veloutés, délicieux ; un rougail concombre croquant au piment vif, qui a servi de béquille au coq, et, hélas, encore cet épouvantable riz premier prix, avec des brisures, correctement cuit mais qui n’absorbe aucune sauce, et dont les grains étiques jouent au slalom entre molaires et canines.

L’eau finit par arriver, après deux réclamations. Il était temps.

Vient le moment des desserts. On nous propose des tubercules cuits au sucre, à la marmite, comme chez les anciens. Une initiative rare dans un restaurant, qui mérite d’être applaudie, et nous demandons la patate douce et le cambar, tous deux accompagnés d’une boule de glace vanille.
Ces desserts font sensation, la patate douce dans un registre épais, velouté et gourmand, le cambar avec davantage de mordant, et son petit caractère plus terrien.

Il est temps de reprendre la route, après des cafés qui réveillent les trépassés.

Nous réglons en partant une note de 78,50€, pour deux entrées, trois plats, deux desserts et deux cafés. Le rapport qualité prix est perfectible.

Quand les caris sont bons, mais sans faire d’étincelles, le choix du riz est encore plus crucial qu’à l’ordinaire. Un riz aux grains bombés, parfumés, qui absorbent les sauces pour de belles sensations en bouche pourrait peut-être sauver un cari moyen. Ici, c’est le contraire. Nous conseillons les gérants de changer de marque d’urgence. Pour le reste, nous avons l’impression d’avoir dégusté des caris préparés à l’économie. Cela ressemble à des plats faits d’avance et réchauffés, qu’on a un peu oublié au feu et qui ont cuit plus que de raison.
Impression mitigée, donc, concernant le Relais des Pitons, qui, s’il fait un peu mieux que la fois précédente, ne parvient toujours pas à nous convaincre vraiment. Et pourtant, il ne manquerait pas grand-chose. Les desserts traditionnels, à eux seuls, ont été à deux doigts de le faire. C’est ce qui nous a permis de ne pas repartir dépités du Relais des Pitons.
A votre tour à présent d’aller y manger, et de vous faire votre propre avis.

La présente critique a été réalisée sur la foi de la dégustation du dimanche 30 août 2020 à midi. Cette critique est subjective par nature et ne prétend pas constituer une vérité absolue et définitive concernant la qualité des plats et du service de ce jour, ni des jours suivants. Nous certifions n’avoir aucun lien avec les responsables de ce restaurant ni aucun intérêt à donner une bonne ou une mauvaise appréciation. Dans tous les cas, les personnes concernées bénéficient d’un droit de réponse.