Chez Philo inspire confiance

Aujourd’hui nous empruntons la route des Plaines, à quelques encablures de Saint-Benoît dans le quartier de la Confiance, pour tester les plats de chez Philo. La Confiance est le dernier patelin de Saint-Benoît avant d’attaquer les rampes des Plaines, et écrin du domaine du même nom aujourd’hui fermé, hélas. Le radar du coin ne doit pas être la seule raison de lever le pied. Ce quartier verdoyant, ou les champs de cannes sont entrecoupés de pieds de letchis, recèle quelques arrêts gourmands, de la pâtisserie de quartier au vendeurs d’ananas, en passant par le petit restaurant « Au Bon Mangeur » référencé dans le guide « 45 » des bonnes tables de cuisine réunionnaise. C’est là que commence le Chemin de Ceinture qui vous rapprochera notamment de l’un des meilleurs établissements hôteliers de l’île, le Diana Dea Lodge.

Chez Philo est posé en bord de route dans le sens montant, vous ne pouvez pas le rater. La salle étant fermée pour cause de rigueur préfectorale, nous repartons avec trois barquettes : poulet au citron, civet canard et civet zourite, avec un petit temps d’attente pour le poulet pas encore prêt. Rougail morue, Shop suey poisson, Porc gros piment, Sauté boeuf étaient également au menu du jour. Au comptoir nous notons un service poli mais qui pourrait être un peu plus souriant. Voyons où les plats de Philo mènent.

Civet Zourite

Le civet zourite est assez bon dans l’ensemble. La sauce au vin épaisse l’enrobe dans une gangue tomatée qui renifle un roussi appétissant, le girofle et le poivre, mais imprègne mal la chair de l’octopus d’origine congelée fort probablement. Ce dernier a bien perdu de sa consistance de gomme pneumatique à la cuisson sans pour autant devenir vraiment moelleux. Visiblement le temps de marmite a eu un léger souci, mais c’est sans gravité. Les bouchées sont appréciées à leur juste de valeur. Nous avons tout de même déjà trouvé mieux.

Civet Canard avec zembrocal

Son cousin civet de canard nous a été servi avec le riz zembrocal du jour, à notre demande. La couleur est déjà engageante et la chair tient assez bien aux os. Gustativement parlant le palmipède s’en sort un peu mieux que le zourite, avec une saveur intrinsèque plus présente qui donne la réplique au vin cuit efficacement. Les épices du civet lui vont comme un gant, avec un roussi qui leur a bien profité. Le riz zembrocal gros pois est un bon partenaire du canard. En bouche, il apparaît plus épais que le riz blanc respirant le curcuma, avec un côté soyeux qui aurait mérité une humidification de sauce plus importante.

Nous apprécions le persil hâché saupoudré par-dessus avant la livraison des barquettes.

Poulet au citron

Le poulet citron nous mène à des horizons plus asiatiques. Les morceaux de viande ne sont pas secs, et font des avances douces et parfumées qui calment les élans acidulés du citron. Les tranches de peau de l’agrume sont d’autant plus vives en goût, comme elles le sont dans les vindayes. Mais le poulet revêt ici un caractère plus rond qu’un poisson et les bouchées mêlent la tendreté de la viande et le croquant des bouts de citron et de poivron, que la sauce de piment vert finit d’arranger. Un plat doux-acidulé-salé très réussi.

Rien à signaler au sujet des gros pois, à part peut-être une sauce qui aurait pu être plus crémeuse. Le riz blanc ne fait pas d’étincelles mais joue son rôle honnêtement. Le rougail Dakatine assure aussi, même s’il est un peu « mastic » sur les bords. Une petite tomate grillée dedans quand on est arrivé à la case, et le tour est joué.

Le restaurant « Chez Philo », qui est le diminutif du nom du gérant et non le prénom de la gérante, apparaît à première vue comme une bonne adresse de cuisine locale à Saint-Benoît, qui compte par ailleurs plusieurs excellentes tables. La salle a l’air confortable, même si on ne peut pas en profiter tout de suite, et on peut y déguster un large panel de plats typiques réunionnais, et aussi « créole chinois » comme le porc sauce grand-mère, le riz cantonnais et poulet croustillant et les shop-sueys.
La cuisine semble respecter les standards gustatifs que les clients sont en droit d’attendre, mais il manque un je ne sais quoi pour qu’elle soit plus éclatante, plus goûteuse. Les raisons sont peut-être à chercher davantage dans les temps de préparation que du côté de la qualité des matières premières car nous avons rencontré à d’autres tables des plats plus « punchy » réalisés avec des produits pas chers. Nous devront y retourner pour juger plus avant de la qualité du service dans une configuration normale.
En attendant nous inscrivons tout de même « Chez Philo » sur la liste des restaurants à fréquenter.

Le Pti Koin Kreol, une cuisine assez honnête, et des aléas

Aujourd’hui nous prenons la route de Hell-Bourg, par un temps radieux, pour déjeuner au Ptit Koin Kréol, restaurant visité en 2016. La note avait été bonne, avec des remarques. Nous voulons voir si cet établissement mérite de figurer sur la liste des tables à recommander.

Les lieux n’ont guère changé depuis notre passage. L’antique et typique case créole est accueillante, même si, ici et là, le plancher vermoulu est affligé de tangage, ce qui donne du cachet à l’endroit, et des sueurs aux personnes à l’IMC au-dessus de la moyenne. De jolis tableaux, à la vente, ornent les murs. Un passage devenu urgent aux commodités nous révèle des toilettes endommagées. Il est très rare que nous avons des remarques à faire sur ce point, mais laisser un trône dans cet état fait négligé, et aucune excuse ne saurait être acceptée pour le justifier. Remarque faite à l’intéressé, il est possible que lors de votre passage, tout soit rentré dans l’ordre.

Au menu du jour : gratin de chouchou et salade exotique en entrée. Civet zourite, civet de cerf, espadon combava, porc à la vanille, rougail andouillette, rougail saucisse, cari poulet et poulet massalé. Soit huit caris et deux entrées. Il est important de le signaler pour la suite. Après les rafraîchissements, nous attendons une bonne vingtaine de minutes avant que nos gratins arrivent. Ils sont chauds. La texture est parfaite : moelleuse et non liquide, où le chouchou s’exprime pleinement, en dépit des assauts du fromage. Un gratin délicieux qui nous met en appétit pour la suite.

Nouvelle attente, un peu plus longue cette fois. La clientèle débarque en nombre. L’homme au service est seul. Nous observons ce dernier faire des va-et-vient à toute vitesse entre les cuisines et les tables, intérieures et extérieures, avec un air à casser du petit bois. Finalement les caris débarquent.

Disons le tout net, pour le civet zourite, nous sommes bons clients. Celui-ci ne nous décevra pas, même s’il ne va pas nous faire décoller de notre chaise. La cuisson est très équilibrée : de la mâche souple, juste résistante, mais pas du tout caoutchouteuse, qui donne du plaisir. Les petits morceaux du céphalopode lancent des attaques chaudes et poivrées, teintées du vin cuit, tout en restant un peu en retrait sur leurs saveur propre. C’est certainement du surgelé, on s’y attendait, mais qui se défend plutôt bien. Le plat est nettoyé.

Les andouillettes jouent la même partition moderato, sur une texture plutôt molle. La sauce bien rouge, avec des côtés un peu sucrés, trahit l’utilisation au moins partielle de la tomate en boîte. Cela n’est pas plus dérangeant que ça, gustativement parlant si ce n’est que les andouillettes elles-mêmes font profil bas. Trop dessalées ou défaut d’origine ? Nous les attendions plus éveillées, avec des petits bouts croquants de cartilage. Du piment vert aurait bien secoué cette affaire. Le plat est toutefois mangeable. Nous repoussons nos assiettes vides. En face, un couple, assis depuis un moment, semble perdre patience. Heureusement que leur commande arrive.

Nous demandons des bananes flambées au dessert. Elles ne seront pas flambées devant nous. Pas le temps. Les bananes n’ont pas eu le temps non plus d’attacher à la poêle, ni de prendre de la couleur.

Nous repartons après avoir réglé 68 euros pour trois boissons, deux entrées, trois plats et un dessert. Ou 26 euros pour un très bon gratin, un assez bon cari et deux bananes neurasthéniques. Le rapport qualité prix est perfectible.

La cuisine au Ptit Koin Kreol est relativement correcte, bien que les produits utilisés ne soient pas haut de gamme. Les clients exigeants y trouveront à redire, sans doute, mais le point le plus problématique est le temps d’attente. Evidemment, difficile de faire tourner à deux un restaurant fréquenté en plein Hell-Bourg. Le serveur souhaiterait sans doute avoir le don d’ubiquité.
Si les moyens humains, et financiers, manquent, pourquoi ne pas simplement réduire la voilure ? Est-il d’abord nécessaire de proposer huit caris, sachant qu’ils suivent deux entrées et précèdent quatre desserts, quand il est patent qu’en cuisine, on pédale dans la semoule ? Autant proposer simplement trois caris, comme bon nombre de petits restaurants le font déjà, et réalisés avec de bons produits frais.
Il serait ensuite judicieux de réduire le nombre de tables. Les circonstances sanitaires s’y prêtent déjà, la distanciation physique étant de rigueur, même si en l’état actuel la salle est assez spacieuse. A vouloir contenter tout le monde, on finit par indisposer des gens, qui, à la base, montent jusqu’à Hell-Bourg pour passer un bon moment. Un changement stratégique est donc urgent, et il se pourrait que les responsables du Ti Koin Kréol y songent. En attendant, nous vous recommandons l’adresse, mais si vous voulez déjeuner en paix, allez-y en semaine !