O’QG ! Toujours une bonne table à Bourg-Murat

Il a été le premier restaurant à être testé, inaugurant la rubrique du dimanche. Il a obtenu la fourchette d’or en 2013. Avec ces horaires étendus il a fait le bonheur des randonneurs et des visiteurs du volcan. Fondé par André Béton, il est géré en salle et en cuisine par deux frères d’origine sénégalaise, qui vous font aussi profiter de la cuisine africaine, rejoints dernièrement par un troisième comparse, Daniel. Si vous n’avez pas reconnu le QG, rebaptisé O’QG avec la nouvelle gérance, c’est que vous ne sortez pas le dimanche !


Le moins qu’on puisse dire est que ce restaurant de la Plaine-des-Cafres revient de très loin. Cyclone, tracasseries administratives, des hauts et des bas en cuisine, l’établissement en a vu de toutes les couleurs, autant qu’il y en a sur les tenues exotiques portées par Abdou, illuminées par son sourire. Et maintenant le Covid.
La salle, elle, n’est pas vide. Loin de là. Les clients ont fait leur retour, à commencer par les fidèles des fidèles, ceux qui ont connu cet « esprit du QG », avec ses tables en bois de goyavier, sa cheminée où pendouillaient les charcuteries, et cette cuisine réunionnaise du terroir. Des signatures du sieur Béton que nous visitâmes tantôt dans son atelier tout proche.
Aujourd’hui, que reste-t-il de cet esprit du QG ? Derrière la salle rénovée, la nouvelle cave, le comptoir plus classique et moins « roots », et cette carte qui privilégie les recettes métro et les grillades, réalisées avec des produits « premium », et dont les tarifs ont pris un sacré coup de chaud.
Pour répondre à cette question, nous allons y déjeuner. Ça fait longtemps.

Nous débarquons masqués à midi tapante. La salle est déjà pleine et certains convives attaquent leurs salades. La serveuse nous désigne notre table, réservée nécessairement, et nous porte la carte des boissons. On est déjà dans le coup de feu, et les serveuses esquivent les balles avec souplesse et professionnalisme, malgré un léger couac : une entrée qui arrive avant les amuses-bouches, habitude culinaire pratiquée depuis longtemps par le père Cheikh. Aujourd’hui, c’est un velouté champêtre de chou, carottes et patates, vivifié par une petite crème fouettée toute douce et acidulée à la fois.
Si les plats locaux ont vu leur quantité réduite, les caris restants sont de bons ambassadeurs de notre gastronomie : massalé cabri, cari la patte, cari coq et rougail saucisses.
Va pour le cari la patte et le coq. L’entrée, déjà sur la table, est une salade de chèvre chaud.

Cette dernière est un bonheur croquant et frais, assaisonné avec maîtrise de l’acidité d’une vinaigrette magnifique. Un moment, comme une humeur d’estragon nous traverse les gencives. C’est extra bon. Les petits croutons appuient les tartines où le chèvre se prélasse. Nous le prenons pleine face. Il est enjoué, le fromage de biquette, remonté comme un syndicaliste recevant son insulte mensuelle. Il ne nous laissera en paix qu’après une gorgée de ti-punch et trois verres d’eau.
Les caris sont déjà servis, dans une jolie vaisselle. C’est parti.

Le coq est marquetté « la kour », une expression un peu exagérée si nous nous en tenons strictement à la texture de l’emplumé. Les morceaux de chair blanche et un peu sèche ne sont pas les caractéristiques d’un « terroir certifié » mais plutôt d’un « poulet fermier industriel » confirmé. Au maximum. Il a dû trop tâter de la marmite, à feu fort, ce que le roussi d’épices confirme, avec un côté grillé qui remonte aux sinus, sans que ce ne soit rédhibitoire fort heureusement. La sauce emballe bien la viande, fait quelques remontées de poivre et de thym, et nous trouvons notre bonheur dans l’écorchage méthodique de la patte du coq, obligeamment proposée à notre palais réunionnais de nettoyeur « d’zo ».

Le cari la patte est plus sage, et envoie ses effluves gras avec timidité. Il semble aussi avoir séjourné un poil trop longtemps dans la marmite. Le Relais des Pitons, à l’autre Plaine, nous a chanté dernièrement la même chanson, comme disait un type au courant. La sauce est belle aussi, elle aide le riz à s’assembler malgré ses grains indisciplinés de basmati juste bon pour les bryanis.
Sur la longueur, nous reste une légère acidité, comme si le cochon s’était envoyé une rasade de vin blanc sec pour la route.  La patte disparaît sans nous coller les dents.

La carte des desserts est gourmande : vacherin mangue-letchi, banane flambée, fraises melba, entre autres. Le plus gourmand est le baba au rhum, qualifié de « fameux ». Nous confirmons : il l’est.
Le beau baba imbibé bat le rappel de nos papilles. Cette chose énorme se déguste, se boit, se suce, se tête, se lèche, s’aspire, on ne sait plus quoi lui faire tellement il nous tourne la tête. Il a le sucre juste, sa texture spongieuse est une drogue. On pourrait faire des kilomètres pour lui, la modération sans doute conseillée devenant une vue de l’esprit pour junkie diabétique. Les bananes flambées sont bonnes, rien d’autre à ajouter.

Deux cafés serrés plus tard, nous déboursons à la caisse un peu plus de 100 euros, pour une entrée, deux boissons, deux repas et deux desserts. Soit grosso-modo 50 euros par personne. Le rapport qualité prix est … perfectible.

Alors ? Que reste-t-il de l’esprit du QG ?
Le restaurant a opéré une mue, une montée en gamme assumée, et qui fonctionne, si l’on en juge par la fréquentation du lieu. Les pièces de viandes qui défilaient sous notre nez ne sont pas faites pour les petits appétits. Des « joyeux anniversaires » ont résonné, applaudis par tout le monde. Le service est efficace, souriant, aimable, et prévenant. Abdou, toujours égal à lui-même, avec son « karo » dans la main, semble mener la salle comme un Monsieur Loyal, entraînant, joyeux, toujours en plusieurs endroits en même temps comme une sorte de farfadet. La cuisine… subit un peu l’affluence pourrait-on penser à la dégustation de nos plats, et fait de mauvais choix en matière de riz, cédant à cette détestable mode du basmati. Pas bon, le riz. N’absorbe pas les sauces. Mais la cuisine continue d’assurer quand même et c’est le plus important.
Plus important encore sont les femmes et les hommes du QG. En eux demeure et doit demeurer l’esprit du QG, devenu O QG. Cet esprit d’accueil, de convivialité, d’hospitalité qui caractérise les familles réunionnaises des hauts. C’est à cette condition qu’on peut envoyer valdinguer la nostalgie dans les près, et savoir profiter de ces instants, près du feu, à s’entendre simplement digérer.

Chez Alex

Par ces nouvelles chaleurs de l’été approchant, nous allons prendre le frais à Bourg-Murat, où il y aura bientôt plus de restaurants que de boeufs. Pour rappel, Le QG et le Ti Resto Lontan ont déjà été notés les années précédentes, deux fourchettes d’or, d’autres établissements ont reçu notre visite incognito, et c’est « Chez Alex » que nous testons aujourd’hui.

L’établissement, situé en face du Palais du Fromage, à deux pis du QG, a fait pour ainsi dire peau neuve il y a un peu plus d’un mois en mettant à la disposition de sa clientèle une belle salle d’une quarantaine de couverts espacés, très agréable quand il pleut comme vache qui pisse, ou quand, comme on dit : « brouillard i marche quat’ pat’ « , avec les températures qu’on sait, surtout en hiver.

Le menu est au tableau noir. Quelques banalités métros (entrecôtes, frites, steak) ; des classiques créoles pour l’essentiel, comme du canard pays à la vanille, cabri massalé et cari de coq fermier, et des plats plus intéressants comme le magret de canard au cidre et miel ou du thon banane frais.

Aucune entrée proposée. Nous goûterons le cari de coq fermier et le rougail saucisses fumées.

Les plats sont servis sans chichis. Pour le coup (et pour le prix) nous aurions apprécié quelques chichis. Il devient lassant de voir arriver des caris sans aucune espèce de semblant de présentation (une feuille de laitue, une touffe de persil …). Certes la tradition créole ignore peut-être ce genre de coquetterie, encore que. Mais la tradition créole est d’abord domestique, comme celle qu’on retrouve dans les tables d’hôtes, qui, pour beaucoup, font assez attention quand même à l’esthétique de leurs plats. 

Cette parenthèse refermée, nous ouvrons la bouche sur la cuisse du coq. C’est bien un coq fermier. Et pas un coq la cour. Néanmoins tonique, et goûteux, il présente sa viande ronde avec quelques tâches rouges cramoisies à l’intérieur. Dans sa sauce réduite jaunie du safran, il offre de correctes sensations gustatives, tout à fait dans les normes d’un bon cari qu’Ernestine ne renierait pas. Le sel est bien dosé, ce qui préserve la saveur de la chair.

Le rougail saucisse n’est pas au niveau. Moins à cause de la préparation, aussi réussie que celle du coq, qu’à cause des saucisses elles-mêmes. Ces dernières sont tout à fait mangeables et donnent au nez une agréable odeur de fumaison. En revanche en bouche, les saucisses fumées manquent de fumet. D’autre part, leur chair est moulue et non battue. Très moulue même. C’est gramoune qui va être content s’il a oublié ses dents à la case. Du coup, rien à mâcher. Et nous nous disons que le fumet disparu est peut-être parti dans l’eau bouillante.

Le riz grain long est sans intérêt. Les pois du Cap pour leur part affichent une jolie odeur  d’épices roussies et sont bien en crème. Les rougails tomates et bringelle, formatés pour les touristes délicats et les palais juvéniles, sont plutôt bons. La bringelle est un peu blème, sans défaut ni accroc comme un manequin photoshopé, mais son goût est bien amené par une trace vinaigrée. Les tomates sont mûres et intéressantes tant par l’odeur que par le goût.

Les plats totalement vides sont enlevés. On vient nous proposer un dessert. Nous prenons un moelleux au chocolat. Ce dernier nous emballe avec son petit coté cacao amer qui fait passer le sucre comme une lettre à la poste .

Addition : 50 euros pour deux personnes, apéritifs, plat et desserts, soit 25 euros par tête de yab. Un peu cher quand même quand on sait qu’il n’y a pas eu d’entrées.

Chez Alex présente bien. Si on en juge par le défilé au comptoir des plats à emporter, c’est une adresse connue et prisée, sachant qu’à deux pas se trouve l’aire de pique nique qui brosse le dos du tout nouveau musée du Volcan. L’accueil est pas mal, le service est attentionné, même si on n’a pas toujours su répondre à nos questions.  La cuisine y est très correcte, mais certains points mériteraient d’être améliorés : présentation et sélection des produits notamment. Espérons que le patron (ou la patronne) ne sera pas tenté d’augmenter ses marges au détriment de la qualité, pour rentabiliser ses investissements. 

En attendant, c’est repus et assez satisfaits que nous avons pris congé, non sans avoir décoché au restaurant « Chez Alex » une belle fourchette en argent.­ 

Au diable le menu enfants
Au tableau des menus de Chez Alex, nous avons retrouvé le sempiternel « menu enfant » à 9 euros. Qu’il nous soit permis ici de lancer un cri à ce sujet. A l’heure où l’on parle de manger des légumes et des fruits, d’alimentation équilibrée et variée, et où tout ce qui a un rapport avec la cuisine est tendance, il serait bon que nos chers restaurateurs envisagent autre chose que le misérable « menu enfant » constitué de steak frites ou de poulet rôti.
C’est hélas une évidence : nos progénitures en culottes courtes raffolent de ce genre d’alimentation qui rappelle certains produits dont ils peuvent s’empiffrer notamment aux mangeoires de deux enseignes multinationales bien connues. Bien entendu, c’est pratique pour les restaurateurs de proposer (et de vendre) ce genre de menu, très rentable. Mais ne serait-ce pas là une façon de considérer les enfants comme de « sous-consommateurs » abrutis et dénués de tout sens gustatifs ? ­­Ne serait-ce pas plus intéressant, pour leur édification personnelle, de leur proposer simplement une déclinaison en plus petite quantité des plats à la carte tout en faisant en sorte que le patron du restaurant s’y retrouve financièrement parlant ? N’oublions pas que les enfants d’aujourd’hui deviendront clients demain.

Pour résumer : 

Accueil : Bien • Cadre : bien • Présentation des plats : moyen
Service : très bien • Qualité des plats : bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le QG

[Visite en janvier 2013]

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Le mois dernier, à l’occasion de l’une de nos tournées, nous surprenons la conversation d’une cliente assise à deux mètres de nous, la cinquantaine pomponnée et le petit doigt en l’air, qui déclarait en substance, sur un ton du plus parfait mépris :  « Je ne comprends pas que les créoles aillent manger créole dans les restaurants, c’est vraiment de la paresse ! ». Sur le fait, nous eussions de loin préféré la surdité plutôt qu’ouïr un tel monceau d’âneries. Mais cette personne ne connaissait visiblement pas le QG.

Testé en 2011, ce restaurant de La Plaine-des-Cafres situé à Bourg-Murat sur la route du volcan, avait récolté une très injuste fourchette en argent. C’était en effet le premier d’une longue liste, et nous ne voulions pas décerner d’entrée la fourchette d’or. Cette nouvelle visite était donc prévue depuis longtemps, compte-tenu des nombreuses remontées que nous avons eu de la part de clients pour le moins satisfaits.
En presque deux ans, le cadre, très roots, s’est largement amélioré, un mélange réussi de Réunion et d’Afrique qui se traduit aussi dans la musique d’ambiance où le kayamb côtoie le balafon. La cheminée est toujours là, offrant la douce chaleur de son feu aux arrivants, avec ses andouilles « pendillées » !
Installés tout près, nous taillons une bavette avec Abdou qui, comme à l’accoutumée, nous annonce la carte et prend les commandes de tête. Il faut dire qu’Abdou n’est pas n’importe qui. Ce grand Sénégalais a fait la connaissance de sa yab de femme à Nice, alors qu’il travaillait au Novotel. Et question standing, l’homme pourrait vous en conter.
Cari de coq, cabri massalé, cari la patte cochon, rougails zandouille et saucisses sont toujours au menu, avec quelques plats métro, dont des moules marinières que nous nous ferons un plaisir de goûter. Sachant ce qui nous attend, nous ne prenons pas d’entrées. Rupture de stock en revanche sur le civet gourmand, visiblement très prisé, trio de langoustes, de camarons et de noix de Saint-Jacques ! En attendant l’arrivée des plats, nous sirotons un punch maison à base de fruits frais, très léger, avec la modération circonstanciée. De la cuisine toute proche nous parvient le parfum caractéristique des épices qui ont chaud aux fesses, et « not’ bouche i fé d’leau ! » Puis les moules font leur apparition, et les caris suivent de près.
Les papilles émoustillées, nous attaquons le coq. L’emblème français n’a pas perdu de son tonus. La superbe cuisse se laisse déguster en se déshabillant lentement comme une playmate ! Un coup de dent à l’os certifie d’un lignage racé qui a dû faire frémir nombre de poules « la cour ». Nous poursuivons avec le cari de porc dans sa peau moelleuse enrobé. Si le plat nous semble manquer un peu de « réduction » au niveau de la sauce, l’ensemble est assez conforme à nos souvenirs : parfumé et bien collant comme cela doit être, avec des reflets de miel d’Acacia.
S’il est un plat qui vous révèle tout de suite l’excellence d’une cuisine créole, c’est le rougail saucisses. Le plat référent, s’il doit y en avoir un. En effet, déjà pas facile de trouver de bonnes saucisses. Il y a souvent du trop ou du pas assez : trop grasse, trop ou pas assez sèche, pas assez épicée, trop salée, trop moulue… Alors quand vous trouvez un bon charcutier, vous le gardez ! Au QG, ils ont trouvé. Les saucisses sont un modèle d’équilibre à tout point de vue, et dans leur belle sauce rouge toutes leurs épices contenues vous chantent leur créolité en bouche, avec le délicieux riz Basmati et ses longs grains, avec les crémeux et très odorants pois du Cap et la touche fortissimo du piment vert « crasé ».
Pour finir, nous quittons la tradition créole pour une incursion dans le Nord-Pas-de-Calais, avec les moules marinières. Des moules dodues comme Juliette avant Roméo, fleurant bon le vin blanc, l’iode et la marée, accompagnées des bonnes vieilles frites qu’on oubliera finalement tant les mytiloïdes étaient goûtues. Quelques respirations plus tard, on nous apporte les desserts : crème brûlée et bananes flambées. Le contraste de saveur, après les moules, profite à la banane, dont le sucre un peu caramélisé nous laisse sur la longueur sa douceur fruitée accompagnée d’une légère acidité très agréable. La crème brûlée est bien tiède, veloutée et nous envoie son parfum de vanille bien de chez nous en guise de point final à ce plantureux repas.
Addition : 81 euros, hors boissons, pour quatre, soit une vingtaine d’euros par tête de yab, avec cette qualité-là !
Bon. Oubliez tout ce que vous venez de lire. A vrai dire, cela ne sert à rien. Pourquoi ? Il y a deux ans, l’équipe du QG aurait pu avoir une fourchette d’or. Vous croyez qu’ils en ont besoin ? Que Nenni. Quand on a atteint ce niveau, à l’exemple de tous les autres restaurants bien notés que nous avons testés, pas besoin de titre de reconnaissance. Le bouche à oreille est et demeurera la principale publicité, la plus authentique, celle qui vous remplira les salles ou les videra. La salle du QG est remplie. Et tous les jours. Le QG est plus qu’un restaurant, c’est un peu chez soi, un peu d’ailleurs. Le QG se vit. Si vous, créole, qui adorez la cuisine de votre grand-mère ou votre mère, vous voulez lui faire le plaisir de mettre les pieds sous la table, pour une fois, vous l’emmènerez dans la fraîcheur de Bourg Murat, aux bons soins d’Abdou. Que peut-on ajouter ? Allez : une fourchette d’or ! Méritée depuis longtemps. Avec nos plus sincères remerciements et nos encouragements à Abdou et toute sa joyeuse compagnie afin qu’ils puissent continuer ainsi pour bien des années encore !

Pour résumer :
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : bien • Service : très bien • Qualité des plats : excellents
Impression globale : très bonne table
Fourchette en or

 

Ti Resto lontan

[Visite en août 2012]

Aujourd’hui, nous débarquons sans tambours ni trompettes à la Plaine des Cafres, au Ti resto longtemps, situé pile en face de la maison du volcan en plein travaux. La salle, d’une cinquantaine de couverts, est décorée très simplement. Les tables sont agrémentées de véritables orchidées en pot, pour la touche authentique. 

Nous arrivons au beau milieu d’une trouée de soleil, et la température, très supportable est tout de même assez fraîche pour nous fouetter les sangs et nous ouvrir l’appétit. Ça tombe bien, la carte, essentiellement créole, est assez engageante. Ainsi, parmi les entrées on nous propose divers gratins (pommes de terres, chouchou, palmiste, bois de songe…) et des salades variées, chaudes ou froides. La liste des plats, outre les classiques, affiche quelques préparations plus ou moins inédites comme le poulet au coco ou une poêlée de crevettes au palmiste. Le poisson n’est pas en reste avec divers plats à base d’espadon, et on y trouve du camaron cuisiné à toutes les sauces (ou presque). Nous entrons donc et sommes accueillis avec le sourire par une sympathique demoiselle, qui ramène aussitôt la carte, collée au fond de vanes. Présentation jamais vue. Un point pour l’originalité.

Notre choix se portera d’abord sur un gratin de bois de songe et un foie de volaille à la crème et au vinaigre de framboise, que suivront un poulet palmiste (précisés fermier et frais), et un cari boucané baba-figue. La salle se remplit doucement de locaux autant que de touristes, tandis que nous sirotons notre apéritif avec modération. Pour une fois nous avons choisi un porto, et nous ne le regretterons pas. Les entrées sont là au bout de dix minutes, la présentation est correcte.

Et plus que correct sera le foie de volaille ! L’affaire est chaude, délicatement parfumée (étrangement il y a comme une humeur de figue), et donne toute sa mesure en bouche : onctuosité au début, velouté à la fin. La crème où l’on devine une pointe de moutarde danse la valse avec la saveur délicate du foie sublimée par la légère acidité du vinaigre de framboise avec lequel, nous le supposons, l’abat été déglacé. Et c’est là que le fond de porto entre en scène : juste magnifique. Il s’entend avec le foie comme larron en foire. Une gorgée, une bouchée, un morceau de tomate frais à la fin pour « claquer » tout ça et nous voici souriant béatement en repoussant l’assiette proprement nettoyée.

Le gratin joue dans la même cour. La béchamel, moelleuse, délivre finement sa partition au fromage. Ce dernier n’est pas trop agressif et laisse le bâton de songe s’épanouir. On y retrouve, sur la fin, en pointillé, le goût de fumé un peu âcre du légume qui donne au plat toute sa personnalité.

Un peu d’eau (que nous devons réclamer) pour rincer tout ça et calmer les papilles, quelques minutes d’attente, puis les caris arrivent, servis à l’assiette, excepté le rougail de courgettes et les grains blancs. Les portions sont correctes. Quelques brèdes viennent donner une touche de vert, mais il semble qu’elles ne soient là que pour la couleur, car en trop petite quantité.

La couleur du poulet, elle, est satisfaisante, ainsi que son fumet. Le premier coup de dent confirme la qualité « fermière » annoncée sur la carte, mais révèle aussi une chair trop blanche et plutôt sèche dans l’ensemble. Fort heureusement, le cari est parfaitement exécuté, tant dans son aspect que par l’odeur qu’il dégage. Et si la texture pêche un peu, le plat reste très bon, avec ses morceaux de palmistes goûteux et d’une légère acidité.

Enfin, le boucané baba-figue fait merveille. Point d’acidité ici, dans les bouchées de baba : cool ! La fleur de bananier en fines lamelles s’emmêle et fond lentement sous la dent. Le boucané, très équilibré pour ce qui est du gras, a distribué généreusement son parfum au fond de la marmite pour ce mariage réussi avec le baba, tout à fait dans la grande lignée de la tradition créole. Sur ces hauteurs chantantes du Sud, on entendrait presque la mère Turpin, Ethève ou Dijoux hurler de la case : « Ernestiiine ! » « voui ma mèèère !» « allé rode baba dan’ fond pou câri onze heeeure ! Et trap-lo-lave-riz-casse-bois-allume feuuuu ! » On se réveille. Les desserts. Finissons en beauté ce repas. Se sera crème brûlée et gâteau ti son. Une crème brulée flambée au vieux rhum, tiède, délicate, douce comme une fiancée de huit jours enchantera notre palais. Le gâteau ti son est dans la lignée du baba ci-dessus dégusté : conforme à la tradition, c’est à dire succulent mais étouffe-chrétien. Cela a été parfaitement atténué par la présence de crème et de chantilly : c’est bien vu ! Addition : 50 euros pour deux personnes, hors boissons. Nous repartons repus et satisfaits.

Le Ti’Resto Lontan affiche clairement son attachement à la tradition culinaire créole « au feu de bois » et ce n’est pas de la publicité mensongère. Même si tout n’est pas encore parfait, (une volaille « la cour » nourrie au maïs et autres produits naturels aurait été la bienvenue) le moins qu’on puisse dire est qu’on s’y régale. Le chef ne se contente pas de respecter ses classiques, il innove aussi, par légères touches, prudemment. Ouvert depuis un an et demi, Le Ti’ Resto Lontant, s’il n’en a pas l’air extérieurement en revendique en tout cas l’esprit, et nous l’y encourageons fortement en lui décernant une jolie petite fourchette en or !

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : très bien
Service : très bien • Qualité des plats : très bons
Notre impression globale : très bonne table
Fourchette en or 

Le QG

[visite en janvier 2011]
 
Direction la Plaine-des-cafres. Ce haut lieu touristique réunionnais (haut, dans tous les sens du terme), regorge de restaurants en tout genre proposant de la cuisine créole. On finira bien par les faire tous, un jour, mais sur les conseils avisés de ma chère soeur, nous avons commencé par le QG, sur la route du volcan, à deux pas de la maison du même nom, à Bourg-Murat
L’établissement, un bâtiment aux volets jaunes, détonne dans le paysage. Vous ne pouvez pas le rater, d’autant qu’il est pratiquement sur la route.
L’intérieur a été décoré avec les moyens du bord. Même les chaises sont faites « maison » avec des bouts de contreplaqué. Dans le prolongement de l’entrée, vous pourrez admirer une antique vitrine traditionnelle de « boutique chinois ».
Une fois installés, vous remarquerez alors, comme nous, que dans la cheminée du fond diverses charcuteries sont en train de fumer…voilà pour le décor. Là-dessus, un grand sénégalais hilare répondant au patronyme d’Abdou, vient vous souhaiter la bienvenue et vous met tout de suite à l’aise. Je me demande d’abord où j’ai atterri, et comprend bien vite qu’ici, il faut vite se décoincer !
Après nous avoir apporté l’apéro,  un punch planteur bien vivifiant, Abdou se met en devoir de nous faire la liste de ce qu’il y a à manger. La carte : c’est lui ! Nous optons pour un carri-la-patte-cochon, un rougail zandouille et un carri de coq. « Out » les entrées, ici on attaque direct ! Nous patientons en grignotant les cacahuètes et les olives marinées, et observons les clients autour de nous. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont l’air de se régaler. C’est encourageant. Les plats arrivent. Bonne surprise : des brèdes Chou-de-Chine font partie des accompagnements, chose de plus en plus rare sur les tables de bien des restaurants créoles. Je goûte un morceau de patte en piochant dans l’assiette de ma voisine : la couleur dorée juste ce qu’il faut, et l’odeur de carri bien safrané ont excité ma curiosité. C’est un pur délice. La peau est ferme, la viande est bien cuite. de toute évidence cette patte-la n’a pas été cuite à la cocotte, mais a mittonné à petit feu pendant un bon moment dans une marmite bien de chez nous.
Le rougail zandouille est très fin. Un modèle d’équilibre : le goût de « tripes » est présent mais non dominant, et la dose de sel est parfaite. Les morceaux, délicatement émincés, descendent tout seuls ! Bon point supplémentaire pour le poivre qui joue son rôle en relevant parfaitement le plat sans exagération. (dans d’autres établissement, souvent, le poivre a tendance à vous emporter la g…). Enfin, je teste le carri de coq, et là, j’en tombe à la renverse.
Très sincèrement, je suis difficile sur la volaille : trop souvent des chefs peu scrupuleux nous servent du poulet en batterie, bien épicés pour masquer leur absence de goût. Pas la peine d’aller au resto si c’est pour manger comme ça, autant rester chez soi. Ici, il est évident que le coq en question a chanté en rase-campagne ! La chair est ferme et goûteuse et d’une belle couleur dorée caractéristique des carris de grand-mère. Les épices ont cuit dans les règles de l’art : elles ont totalement disparu dans la sauce qui imprègne la viande de sa saveur exquise. J’en aurais pleuré.
Avec des carris aussi succulents, inutile de préciser que les plats étaient vides et les assiettes nettoyées quand on est venu débarrasser ! Courage, il faut déguster les desserts, et je ne sais plus où mettre mon ventre. Je me décide pour une crème brûlée à la vanille de Bras-Panon. Elle est excellente, et le caramel vient mettre un point final à mes sensations gustatives. Que d’émotions !  la note est de 56 euros pour deux personnes (apéros + Plats + 1/2 de vin en carafe + dessert + café).

 

Pour résumer
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Plats : presque parfaits
• Service : très bien • Rapport qualité/prix : très très bien.
Notre impression globale : TRÈS bonne table
Fourchette en argent

Note août 2013 : Le QG aurait mérité la fourchette d’or. Mais c’était aussi notre première critique publiée. Comment lui donner la meilleure note sans élément de comparaison ? Il finiront par l’obtenir fin 2012. Mais nous nous rendons très vite compte qu’attribuer une fourchette n’est pas aussi facile, et que notre avis sera remis en cause par ceux qui auront eu une expérience différente. C’est le jeu.