Planète Vegan

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Dans le milieu de la restauration en général et de la restauration à La Réunion en particulier, les menus végétariens, végétaliens ou végans se sont faits une petite place.

Nombre d’établissements proposent des plats « végé » à leur carte, et certains ont même tenté de ne proposer que de la cuisine végétarienne, parfois sans lendemains. Difficile en effet de tenir dans ce créneau là. Pourtant, la clientèle existe. Outre les végétariens convaincus, élevés ainsi depuis l’enfance, et les convertis, (souvent suite à une prise de conscience de la nécessité de manger plus sain) La Réunion compte aussi les végétariens occasionnels, qui s’astreignent à des obligations d’ordre cultuelles.

Planète Vegan, dont nous avons testé les plats sur trois jours, n’est pas (encore) un restaurant « classique », mais une entreprise de fabrication et de livraison de repas végétariens. Une petite entreprise qui fait son bonhomme de chemin et que nous avons sollicité pour découvrir la variété et la richesse de la cuisine végan, au travers d’une critique sans concession.
Nous avons en effet souhaité mettre leurs plats sur le même pied d’égalité que tous les autres plats testés lors des critiques gastronomiques. Planète Vegan a cependant eu un avantage, et non des moindres : savoir que ses plats sont soumis à une critique. Ce qui n’est pas le cas lors de nos visites puisque celles-ci se font à l’improviste. On pondérera quand même cet avantage car les plats qui nous ont été livrés sont les mêmes que ceux figurant au menu du jour, et nous pouvons raisonnablement penser qu’ils ont été tous préparés de la même façon. Cette petite explication étant faite, passons donc aux choses vraiment sérieuses.

Mardi

– Taboulé fraîcheur 
– Brochettes de soja accompagnées de riz parfumé, haricots coco rosé, 
brèdes et rougail tomates 
– Cake à l’ananas frais.

Le taboulé entame de belle façon notre repas. Même si nous préférons de loin la semoule dans un bon coucous, celle-ci est tout a fait présentable. Cuite comme il faut, les grains sont détachés tout en étant moelleux et ne font pas de grumeaux. La menthe aurait pu y être plus présente, mais elle n’est pas pour autant timide. Celle-ci côtoie des petits morceaux de concombre joyeux et des raisins secs qui délivrent leur humeur sucrée avec justesse. Tout ça est frais comme la rosée du matin.
Suit une barquette qui n’aurait pas dépareillé dans un snack créole bon teint. Riz, grain, et brèdes Chou-de-Chine accompagnent des brochettes de soja. A la vue comme au goût, on jurerait que c’est du poulet. Les brochettes ont vraissemblablement mariné dans une sauce aigre-douce, dont le doux est plutôt sage d’ailleurs. Leur texture est presque celle d’un blanc de poulet passé au mixeur. C’est assez bon. Les brèdes assurent. Leur fraîcheur nous monte au nez comme pour dire “on a été cueillies ce matin”, et leur saveur franche confirme le fait.
Les grains rosés sont corrects. Peut-être eussent-il été plus présentables s’ils avaient été plus en crème, mais étant bien cuits, il n’y a pas beaucoup de reproche à leur faire. 
Même genre de remarque concernant le rougail tomate. Son goût est correct, son piquant est au minimum syndical (la faute à notre palais créole en kevlar sans doute), mais il aurait pu être présenté plus hâché que ça, ou même écrasé dans un bon vieux pilon !
Un petit cake à l’ananas ferme la marche joliment. Nous n’avons quasiment gobé d’une seule bouchée, à la gourmande, pour apprécier son parfum et son moelleux.

Mercredi

– Tarte salée à la provençale accompagnée d’une salade composée.
– Salade asiatique : salade verte, concombre, pousse de soja, cacahuètes pilées, 
dés de brochettes de soja épicées, citron vert.
– Base compote de pomme à la cannelle , une couche de pommes caramélisées, 
une couche de yaourt de soja nature et une pluie de spéculos.

Voyage en Asie et en Provence ce jour là. La tarte salée est composée d’une pâte tendre qui soutient une compotée de tomates et d’oignons recouverte de tranches de courgettes. Un petit passage au micro-ondes est souhaitable mais pas obligatoire. En revanche, la tranche de tarte a quelque peu subi les virages. Elle est présentable mais il s’en est fallu de peu que non. La dégustation révèle une belle affaire : la compotée est magnifique, puissante et toute ensoleillée des parfums de thym(g) et de romarin(g), avec une acidité maîtrisée et une juste dose de sel. Là-dessus les courgettes semi-croquantes font ce qu’elles peuvent, mais le font bien.Nous retrouvons dans la salade le soja d’hier (si ce n’est lui, c’est son frère), qui s’accomode très bien des autres ingrédients d’ailleurs. Tout ça est croquant à souhait et les cacahuètes y apportent avec bonheur leur saveur addictive. On allait dire “heureusement”, sans quoi ça manquerait un peu de caractère à notre goût. Du rab de menthe aurait été bienvenu, surtout avec les rouleaux de printemps qui accompagnaient la salade. Des rouleaux frais et bons, mais vraiment trop timides gustativement.Rien de gravissime, d’autant que l’excellente vinaigrette moutardée et la sauce aigre-douce nous secoue tout ça comme il faut.
Le dessert est un bonheur. Nous avons joyeusement mixé pommes, yaourt et spéculos comme un gamin privé de douceurs depuis un mois. La cannelle en dénominateur commun nous fait un sitting nasal, et magnifie la variété de texture entre l’épaisseur du yaourt, le sablé des spéculos et le croquant-spongieux des morceaux de pommes.

Jeudi

– Piments farcis
– Burger classique accompagné d’une petite salade fraîcheur 
et d’un écrasé de pomme de terre.
– Crème de coco à l’agar agar

De notoriété publique, hélas, trouver des bons piments farcis relève de l’exploit. Sauf si bien sûr vous avez un parent ou un ami qui vous cuisine ça comme il faut, ou en tout cas comme nous considérons qu’il faudrait : la pâte fine et croquante et le piment fort. Oui, sinon, quel intérêt franchement de farcir un piment ? Autant farcir des courgettes, des poivrons ou on ne sait quoi d’autre.

Les piments farcis de Planète Vegan ont une pâte assez fine, mais molle, qui entoure une farce épicée sagement dans un piment croquant et… musclé ! L’un dans l’autre (c’est le cas de le dire) se pose sans difficulté par rapport aux tas de graisse sans goût ni sentiment qu’on trouve un peu partout, surtout en stations service, mais tient aussi la dragée haute à des piments plus présentables comme ceux de Taïlou (Hello Victorine, on adore tes samoussas mais tu sais ce qu’on pense de tes piments, mh ?).
La roquette donne à la petite salade du jour la pêche que sa devancière n’avait pas. Et on retrouve la même dans le burger. Et là, errare humanum est si nous nous fourvoyons tant haute nous avons mis la barre, mais le burger fait « ploc ».
C’est pas mauvais en soi, mais c’est un peu éteint. On ne s’attendait pas à du rock endiablé, mais le steak végé, qui tient la place de la viande d’un burger classique, nous joue de la musique de chambre au lieu d’une belle balade rythmée. La tapenade tartinée essaie quand même de mettre de l’ambiance, mais sans trop de succès. Et le pain n’arrange rien, au contraire. Ce n’est sans doute pas simple de trouver (et de garder) du bon pain à burger. Celui-là en tout cas s’effrite en petit morceaux et nous semble absorber, pour faire disparaître, le peu de saveur de la garniture; comme une vieille éponge. Oublions le burger.

Les pommes de terres écrasées arrivent comme la cavalerie. Quelle douceur, quel velouté, et quel fumet. Sont-ce juste les miettes d’oignons éparpillées qui éclatent sous les molaires qui donnent ce subtil parfum ou des filets de harengs auraient-ils également dormi sur ce matelas de patates ? Très très bon.

La crème de coco nous rejoue la même partition, version sucrée cette fois. Si vous ne connaissez-pas l’agar agar, cette composition vous séduira. Le coco s’y éclate ! Et tout ça est si frais, et descend si vite ! On en redemande.
Fin des hostilités. Chaque jour, il ne restait pas grand chose sur la table. 

Résultat global très positif donc pour les menus de Planète Vegan, avec des plats originaux, frais et savoureux. Nous ne nous attendions pas à moins. Les béotiens, blanc-bec et autres bleusailles de la cuisine vegan pourront découvrir que cette dernière est très variée, à des années lumières des clichés “manger lapins” encore trop vivaces. Et Planète Vegan l’aura d’autant plus prouvé qu’à aucun moment nous n’avons trouvé d’assaisonnement indien comme c’est souvent le cas à La Réunion dans ce type de restauration. Même s’ils l’ont eux aussi à leur carte. Et ça, franchement, c’est fort. Nous souhaitons à toute l’équipe de Planète Vegan de pouvoir continuer à faire voyager ses clients, végés ou non, avec leur cuisine saine et estivale, dans le souci constant de toujours mieux faire. Qu’est-ce que ça vaut ? Comment “quelle fourchette ils ont eue” ? Une fourchette en argent bien sûr !

Pour résumer : 
Accueil téléphonique : Très bien • Cadre : sans objet • Présentation des plats : aucune
Service (livraison) : bien • Qualité des plats : bons • Rapport qualité-prix: bon.
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Reflet des îles

P1090361Aujourd’hui, nous décidons de remettre le couvert au Reflet des îles, à Saint-Denis. Nous avions octroyé à l’établissement une fourchette en argent en 2011, et depuis, des avis divers nous sont parvenus, de plusieurs sources, tantôt bons, tantôt moins bons. Son concurrent le Fouquet, dans le bas de la rue Jules-Auber, ayant tiré sa révérence, les « gros » restaurants créoles dionysiens se réduisent à plus grand-chose. Compte tenu de cet état des lieux, il nous a paru opportun de faire une mise à jour de fourchette, presque 4 ans plus tard.

Toujours la même bâtisse en bois, plutôt bien entretenue malgré son grand âge. Toujours le même personnel, avec quelques nouvelles têtes. Toujours le même patron souriant derrière son comptoir, qui veille au grain comme mère poule ses poussins. Nous nous installons tout au fond, avec un angle de vue à 90° sur les différents espaces du restaurant, où près de 170 couverts attendent les clients qui, par l’odeur alléchés, franchissent la petite porte vitrée, sourire aux lèvres après avoir lu le menu du jour affiché à l’extérieur.

Neuf plats et desserts parmi lesquels un gratin de palmiste, une pintade combava, un rougail morue gros piment, des côtes d’agneau grillées, un civet zourite, un rôti de langue de bœuf sauce diable, lequel bien sûr, s’attend. La carte, quant à elle, est toujours aussi (trop ?) riche et adopte une présentation moderne et soignée, avec le mot du patron. 14 entrées diverses, 12 grillades de viande, 6 brochettes et 6 poissons grillés, 21 caris, du cari zanguilles au cari de porc palmiste en passant par les massalés, et presque une trentaine de desserts, glaces comprises. Ouf !

Nous entamons le repas avec une assiette créole mixte, sorte de marronnier des cartes des restaurants créoles, avec diverses fritures à déguster. Un achard de légumes et du boudin viennent accompagner les beignets de morue et de bringelle. Ces derniers sont assez bons, pas trop gras, comme ce peut être le cas par ailleurs. Le goût un peu piquant de la tranche de bringelle n’est pas noyé dans l’huile, ce qui lui conserve tout son intérêt. 

Bémol en revanche sur les beignets de morue. Comme il y a quatre ans, mais en moins bourratifs. Pâles choses à côté des merveilleux acras de nos souvenirs d’il y a plus de vingt ans. C’est le goût de la pomme de terre qui domine, éteignant celui d’une morue de toute manière fadasse et livide. Ancun intérêt. 

Le boudin est de bonne facture. Sa texture peu dense respire et nous fait profiter d’un cumin étonnant mais pas du tout désagréable, assorti d’une belle attaque pimentée qui vous accroche les papilles comme du velcro.

Les achards ne déçoivent que par leur présentation : en tas ! Il est bien compréhensible que hacher à la main les légumes pour un restaurant de cette taille n’est pas chose faisable, mais quand même. Juste quelques morceaux finement découpés suffiraient à présenter l’affaire et donner en bouche un croquant plus valorisé. Une petite verrine, par exemple, donnerait du cachet. Le goût, lui, demeure dans les canons du genre.

La pintade et les crevettes suivent rapidement. Le service, tablette en mains, est toujours aussi efficace et professionnel.

Le cari de pintade combava est dans l’ensemble correct. Belle sauce rouge enveloppante, beau nez d’épices avec un combava respectueux, petit fumet de cuisson. Tout y est. Heureusement. Car si la pintade nous offre sans surprise sa chair aux atours secs, dans la limite du tolérable, sa saveur intrinsèque est en berne. En bouche le combava est fugace, en faisant plus d’effet dans les sinus. Le cuisinier a comme qui dirait péché par excès de prudence, tant le parfum envoûtant de l’agrume peut se révéler très vite agressif, voire écoeurant, en cas de sur-dosage. Nous préférons ça.

Les crevettes jouent un ton au dessus. Pimentées à la demande, celles-ci sont cuites de manière experte puisqu’elles offrent souplesse et résistance, juste assez pour un croquant délicat qui envoie illico leur saveur, soutenue par un gingembre courtois. Le piment, vert et frais, à vue de nez, est dosé dans la juste quantité pour autoriser un plaisir masochiste et larmoyant au touriste de deux jours. Point de force brute pour autant, mais son parfum piquant inimitable porte le cari comme un prince sa dulcinée. 

Les accompagnements ne dénotent pas. Bon riz, servi généreusement, grains veloutés sans prétention mais bons, des brèdes chou-de-chine croquantes et très goûteuses. Le rougail « zognon » est standard, le rougail tomate commun, le rougail margoze est quant à lui bienvenu, surtout avec les crevettes auxquelles il confère un autre caractère, comme si la dulcinée changeait de robe, et demeurait tout aussi belle quoique différente.

Nous terminons par des bananes flambées, préparées à table. Un peu dures mais savoureuses.

Addition : 55 euros pour deux personnes (une entrée, deux plats, deux desserts), soit 27,50 euros par personne sans les boissons. C’est cher. 

Les détracteurs de tout acabit peuvent continuer à dire que Le Reflet des îles, ce n’est plus ce que c’était, que c’est la cantine, qu’on ne s’entend pas parler, etc. Et il y a certainement un peu de vrai dans tout cela. Il était donc bon que nous y retournassions afin de nous faire notre propre opinion. Et celle-ci est bonne, compte tenu de ce que nous avons dégusté aujourd’hui. Maintenir plus de 40 ans un établissement comme celui-là avec une telle fréquentation n’a d’autre explication qu’une qualité générale supérieure à la moyenne et surtout constante. Il y a certainement des plats moins bien réussis, en fonction des circonstances, mais David Banon, fervent défenseur de la tradition créole, veille. Indéniablement, c’est une performance, et des jaloux doivent maigrir devant ! Bien entendu, rien n’est encore parfait. Il manque à la carte une touche d’originalité, de nouveauté, histoire de surprendre le client. Une prise de risque qui est le signe de la vitalité et de la créativité, comme nous l’avons vu dans d’autres établissements. Un renouveau dans la présentation ne serait pas du luxe non plus, sans forcément jeter les bonnes vieilles petites marmites. Enfin, les tarifs, peut-être justifiés, sont toujours élevés. Nous chicanons à dessein, mais constatons avec grand plaisir que Le Reflet des îles est toujours au niveau. Celui d’une fourchette en argent avec recommandation de l’équipe !

Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : bien • Qualité des plats : très bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Le Vieux Kréole

Aujourd’hui, nous mettons les pieds sous table du Vieux Kréole, restaurant du quartier du Butor à Saint-Denis, à l’arrière de l’ex-BUT. Avec 120 places assises possibles et un buffet d’une dizaine de plats, créoles pour la plupart mais aussi chinois, l’endroit pourrait passer pour la cantine standard des travailleurs de semaine.

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Rougail morue, cari la patte cochon, rougail d’andouillettes, sauté de poisson aux légumes, cari de poulet fermier, riz aux légumes, poulet croustillant, il y a de quoi exciter les papilles de tout créole du cru. Et si ce n’était pas suffisant, la présence d’une fricassée de brèdes chouchous, chose aussi rare dans les restaurants créoles qu’un rosbif dans la gamelle d’un végétarien, nous a convaincus que le patron tient à justifier l’appellation « Vieux Kréole ». « Vieux » dans le sens authentique et traditionnel bien sûr. Les pattes de poulet dans le cari, les rougails pistaches grillées, les piments confits et les desserts maison abondent en ce sens.

L’accueil est sympathique et attentionné. Le cadre chaleureux et confortable fait oublier l’extérieur citadin très béton. Deux ou trois objets lontan viennent agrémenter l’ambiance, trop discrètement. On est loin du petit musée qu’on peut trouver au Gadiamb, par exemple.

Nous entamons donc les hostilités dans la joie, la bonne humeur, et avec un cocktail de pitaya-ananas-passion pour nous nettoyer la glotte. Très frais cocktail, sucré certes mais goûteux. C’est parti !

Le rougail d’andouillette est sage en goût comme en sel. Le produit lui-même contient pas mal de viande moulue et n’est pas très gras. Il est oint d’une sauce tomate standard tout à fait correcte, en boîte semble-t-il, et assez épicée pour faire de ce rougail un plat qui donne envie d’y revenir.

Le cari la patte est délicieux. Sa couleur sombre et la brillance de la peau appellent la fourchette, laquelle n’est pas déçue du voyage tant la viande est très présente, moelleuse et parfumée. Le coup de fouet supplémentaire d’un petit vin rouge charpenté ou même d’un flambage au rhum n’aurait pas été de trop pour ajouter plus de tonus au plat, mais nous laissons ces broutilles et finissons la patte sans chagrin.

Le poulet, pour sa part, affiche son ascendance fermière ne serait-ce que par ses pattes, morceaux courus du créole spécialiste en suçage des os, avec les doigts bien sûr. La viande donne juste assez de résistance pour confirmer le fait, et déploie en bouche sa saveur authentique et ce d’autant plus que le sel y est raisonnable. Les sensations au palais et dans les sinus se répondent parfaitement, signant une dégustation concluante.

Mention spéciale pour la fricassée de brèdes chouchous, qui, en sus du fait d’exister, n’a pas l’outrecuidance de présenter des oignons comme certains oseraient en mettre dans ce plat. Le croquant est équilibré, comme le sel aussi d’ailleurs, ce qui contente à peu près tout le monde, des herbivores qui aiment ces brèdes-là juste sautées, aux tenants du bien cuit limite bouillon.

Chose peu courante, pour autant que nous ayons pu en juger lors de nos pérégrinations, les rougails ne font pas que de la figuration. Ils existent et le revendiquent presque. Placés en tête de buffet, on ne peut pas les oublier. Le rougail pistaches grillées a une belle couleur crème foncée, et donne des sensations en bouche qui rappellerait à beaucoup la cuisine de mémé. Fantastique avec la patte cochon.

Les piments confits, à ne recommander qu’aux estomacs tolérants, surtout pour le piment cabri, se croquent volontiers avec les andouillettes dont le retour de fumet se marie bien avec la libération de l’acidité vinaigrée.

Le rougail margoze dansera plutôt avec le cari de poulet, en lui relevant les ergots histoire de lui faire passer sa timidité première. Croquant itou est le légume à peau de lézard, qui vous reste au nez comme un souvenir de la bouchée précédente.

Nous prenons la pause nécessaire avant d’aller tâter les desserts.

Parmi les gâteaux créoles traditionnels, nous optons pour la mousse de cambar, plus une crème brûlée. La mousse du tubercule mauve est joliment présentée, très en raccord avec la couleur des murs d’ailleurs. Celle-ci est légère et superbement parfumée, avec des accents de menthe et, plus lointains, d’anis. Un bonheur en compote pour des coqs en pâte !

Nous allons réclamer l’addition. 40 euros pour deux personnes, sans les boissons. Les buffets à volonté s’affichent à 14 euros. Très correct compte tenu de la qualité globale.

C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleurs caris, dit-on. Depuis un an et demi, le Vieux Kréole propose à sa clientèle une cuisine traditionnelle dans un cadre moderne et confortable, à deux pas des lycées du Butor et de Champ Fleuri. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sieur Clain, traiteur connu par ailleurs, a su donner à son affaire un joli tour puisque les deux salles sont pleines. Notre dégustation nous a révélé une cuisine généreuse, simple, respectueuse de la tradition, autant que faire se peut, et à la recherche des petits « plus » qui vont faire la différence par rapport à la concurrence. Nous aurions même envie de voir décliner ce buffet en une formule à l’assiette, semi-gastronomique, pour aller encore plus loin dans l’exercice. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, pour l’accueil souriant, le cadre, l’effort de présentation sur le dessert, et la qualité globale des plats proposés, nous sommes heureux de décerner au Vieux Kréole une jolie fourchette en or.

Pour résumer : 
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : buffet
Service : très bien • Qualité des plats : très bons
Impression globale : excellente table
Fourchette en or

L’Entrepotes

Aujourd’hui nous allons lézarder du côté de la rue Bois-de-Nêfles, celle qui monte vers la clinique de Sainte-Clotilde, pour mettre les pieds sous la table au restaurant Entrepotes, situé dans l’immeuble où se trouve la station service du coin, au rond-point. Une petite porte donne sur la caisse et le comptoir aux plats à emporter, avec dans le prolongement, une salle d’une vingtaine de couverts, plus une terrasse en bois « suspendue » attenante, de même capacité.

La salle climatisée est équipée d’écrans plats où défilent des clips vidéos. La terrasse est moins bruyante, nous nous y installons. L’accueil, féminin, est souriant et très serviable, autant que nous pouvons en juger à cette heure où la clientèle est encore peu nombreuse. 

On nous prie de choisir nos boissons dans l’armoire froide puis nous nous mettons dans la « file » pour choisir nos plats. Au menu du jour : cari de porc pomme-de-terre, poulet au chouchou (qui a « largué le corps » on dirait), sauté de poulet aux brèdes, cari de thon au combava, accompagnés au choix de riz blanc ou de riz-massalé, une originalité que nous nous faisons un devoir de goûter, avec des lentilles.
« Nous avons aussi des grillades » nous informe une jeune demoiselle, « avec un petit temps d’attente« . Effectivement, sur un tableau nous lisons: « entrecôte de bœuf frais (mot souligné !) sauce poivre, magret de canard au miel, filet de poisson grillé (du Merlu), salade du jour, bol renversé« , pour des tarifs allant de 9 à 18 euros.

Nous nous contenterons des créolités en optant pour le cari de porc et le sauté de poulet. Nous retournons nous asseoir avec des assiettes correctement garnies.

Le porc pomme-de-terre est assez bon. La viande est plûtot maigre que grasse, ce qui plaît à nos artères mais moins à notre palais. Les pommes de terre coupées en tranches d’un demi-centimètre ont une bonne tenue, même si la sauce un peu épaisse trahit une légère fonte. Peut-être eussent-elles été plus joyeuses avec un poelage adapté. La dose de sel est faible. Nous pensons d’abord que le féculent l’a un peu pompé. Fausse piste : le sauté de poulet nous révèlera que le chef a eut la main prudente sur l’exhausseur de goût. Nous qui vitupérons à qui mieux-mieux contre les icônoclastes sous toque qui nous chargent les plats en sel, nous n’allons pas nous plaindre.

Un œil sur la salle qui est déjà pleine de personnes

debout attendant leur tour. Le service suit le mouvement. Chez Entrepotes, ça dépote !

Le sauté, donc, affiche une macération délicate avec des brèdes un peu trop rares selon nous. Les morceaux coupés petits sont assez goûteux, même si dans l’ensemble tout cela manque un tantinet de pêche. Rien d’alarmant. Le riz-massalé soutient bien tout ça. La saveur du massalé est assez diffuse et aucunement agressive. Au final, elle nous reste un peu dans les sinus avant de tirer sa révérence, le temps de mastiquer la viande. Quand même, ça manque un peu de sel.
Rien à dire sur les lentilles. Les rougails, une sauce zoignons et un dakatine combavaté assez sage, apportent une précieuse contribution aux plats.

Nous terminons par un café gourmand, accompagné de petites pâtisseries dont certaines sont aux fruits confits, délicates, et pas trop sucrées.

L’addition s’élève à 28 euros et des bouts de brèdes, tout compris (la formule buffet-dessert-café est à 15 euros), soit 14 euros par personne. Très honnête en regard de la qualité globale.

Entrepotes est ouvert depuis 4 ans, au rond point de la rue Bois-de-Nêfles, et si on se base sur l’affluence, on peut en déduire qu’ils ont su se tailler une réputation respectable en proposant des plats de bonne qualité auxquels s’ajoutent des extras comme les grillades qui satisferont les clients désireux de sortir de l’ordinaire riz-cari. Si nous émettons un léger bémol concernant les plats que nous avons testés, gustativement parlant assez timides aujourd’hui, l’ensemble nous paraît plutôt dans la moyenne supérieure de ce que nous sommes en droit d’attendre dans ce genre d’établissement. La fourchette en argent s’impose donc logiquement. 

Pour résumer : 
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : buffet
Service : très bien • Qualité des plats : bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

Au resto de La Bretagne

Visite en août 2013

Aujourd’hui nous grimpons vers la Bretagne, charmant quartier de Saint-Denis, où un petit restaurant vient s’ouvrir. Vous le trouverez sur votre droite après la station service, à l’angle du Chemin de la Grotte.

Un petit jardin potager, deux tables d’extérieur, une salle d’une trentaine de couverts, et, au fond, les alignements des plats à emporter avec la caisse, où, à 11h30 déjà, s’affairent deux personnes pour servir la clientèle des barquettes. La salle, simplement décorée, est propre, très agréable et ventilée. Les propriétaires ont eu la bonne idée d’y conserver un pied de letchis. Un jeune homme nous propose de nous y installer et vient prendre la commande.

Le menu, qui change tous les jours, est déjà affiché à l’extérieur. Aujourd’hui, c’est cari bichiques (bichiques déor, à ce prix là, c’est évident), steack porc à la chinoise, civet de canard, poulet aux oignons, camarons sauce d’huître, gratin aux légumes et un cari de poisson. « C’est du vivaneau », nous précise notre serveur qui nous le recommande. Va donc pour le vivaneau et nous nous laissons également tenté par le porc à la chinoise.

Le temps d’apprécier un rafraîchissement nous remarquons que le défilé de clients vers les barquettes est de plus en plus soutenu. Certains repartent avec quatre, cinq, six plats. Les nôtres arrivent sans trop tarder.

Déjà, nous sommes positivement surpris par la quantité respectable de riz. Et le rougail tomate rouge vif attire notre regard. Nous le humons. Il sent bon la tomate des champs, le piment et le persil frais. Il n’en faut pas plus pour nous mettre les glandes salivaires au garde-à-vous.

Nous entamons le déjeuner avec le poisson. Déjà, ce dernier, du surgelé probablement, est au moins présenté en darnes, tout enveloppé d’une épaisse sauce rouge où l’oignon ne fait pas défaut. C’est déjà pas mal tant il est vrai que, par ailleurs, certains ont le culot de proposer à leur clientèle du poisson congelé en cube au goût de carton, en baptisant cela de la cuisine créole ! Ici nous sommes bien loin de ces médiocrités. Le poisson est savoureux. Il libère son arôme soutenu par un gingembre bien présent et le petit arrière-goût sucré de tomates mûres. La texture des chairs est fine, avec des arêtes en nombre limité, mais la sensation en bouche, farineuse sur la fin, trahit une cuisson peut-être poussée au-delà du maximum syndical (par inadvertance supposons-le), sans pour autant que cela devienne désagréable.

Le porc pour sa part est souple, tendre, d’une belle couleur luisante et nous offre des saveurs sucrées-salées où la sauce d’huître a semble-t-il côtoyé d’autres aromates, dégageant le parfum un peu piquant des sautés déglacés aux alcools d’anis. Il s’entend à merveille avec notre rougail frais, fleurant bon la tomate la cour, celle qui a du goût, et pas les vulgaires tomates gonflées d’eau que nous servent régulièrement les supermarchés.

Le riz est correctement cuit. Les pois du Cap sont assez équilibrés, pas trop en grain, pas trop en crème, et très satisfaisants au palais. Nous terminons notre déjeuner par un gâteau d’ananas maison. Une petite pâtisserie familiale fort goûtue quoiqu’un peu dense peut-être, et joliment présentée.

Nous repartons repus, avec une barquette de civet de canard, pour le soir. Nous réglons 27 euros et des poussières pour trois repas dont un à emporter, un dessert et deux boissons. C’est notre portefeuille qui est content.

Si d’aventure vous passez par là, le Resto de la Bretagne, tout nouveau, vous propose de la bonne cuisine traditionnelle créole et chinoise. Vu les prix, ne vous attendez pas à des produits haut de gamme, mais le talent du chef accommode magistralement l’ordinaire pour vous laisser la satisfaction qui vous fera revenir. On ne s’y trompe pas : à midi et demi, c’était plein. Il est donc préférable de réserver si vous comptez passer un bon moment entre midi et quatorze heures. A trois minutes en voiture de la Technopole, voilà une sympathique adresse à conserver dans son agenda. Et c’est avec grand plaisir que nous décernons au Resto de la Bretagne une bien jolie fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil :  bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien
Service : bien • Qualité des plats : bons
 Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

La Villa Angélique

[Visite en novembre 2012]

[à apprécier sur la Marche de Radetzky, Johan Strauss]

Saint-Denis, 20h00. Nous passons le portail de La Villa Angélique, petit hôtel-restaurant de charme de la rue de Paris, où une soirée «créole revisitée» est organisée. La belle case en bois est illuminée. Nous sommes accueillis par de charmantes hôtesses qui nous proposent un petit punch et des mignardises à grignoter : tubercules divers hachés menus et frits. Nous sommes ensuite dirigés vers la terrasse où plusieurs convives sont déjà attablés, le nez dans leur assiette ou écoutant d’une oreille distraite le chanteur-guitariste de service qui entonnera toute la soirée un best of du répertoire local, avec du Souchon, du Brassens et du Cabrel, de fameux compositeurs créoles comme chacun sait.

Oops. Nous médisons déjà, en oubliant qu’il s’agit d’une soirée créole revisitée ! Voilà pourquoi les jeunes messieurs de service sont déguisés en Antoine de carnaval ! 

[à apprécier sur Casse-noisette, Danse des Mirlitons, Piotr Illicht Tchaikovsky] 

Nonobstant le respect dû au travail nécessaire pour organiser la soirée, tout ce flonflon artificiel pour touristes habitués des hôtels étoilés un peu partout dans le monde nous laisse de marbre (excepté peut-être le sourire des hôtesses !). Nous nous installons dans un coin et attendons le pied ferme et les papilles sur les starting-block, de voir arriver les mets proposés pour cette soirée à savoir : un «ti cornet» de palmiste au Piton Maïdo (l’intitulé déjà nous fait froncer le sourcil), de la légine au gingembre mangue et ses «ravioles de Ti-Jack» et un «Mille-feuilles de magret et ananas Victoria en son gratin lontan». Pour clore le repas, ce sera une «mousse de patates douces sur biscuit des îles et glace vanille bourbon». Nous mettons en veilleuse nos ADN yab et malbar pour laisser s’exprimer davantage le charentais, histoire d’être convenablement disposés à déguster avec impartialité ces plats «zoréoles». Très vite, on nous apporte les cocktails avec la mise en bouche. Et là que faire ? Rire aux éclats ou pleurer ?

[à apprécier sur Adagio for Strings, Samuel Osborne Barber] 

La mise en bouche est constituée d’un samoussa accompagné d’une «sauce au curcuma péi». Un samoussa. Pas trois, pas deux : un, miséricorde ! L’affaire ressemble à ces tableaux d’art minimaliste qui se vendent à prix d’or chez les gens de la haute société. Minimaliste, le samoussa l’est aussi par le goût : il a un goût de friture. Point. Sa présentation suggère qu’il soit dégusté avec la sauce, et celle-ci est bonne, fort heureusement.  Quant aux cocktails, leur composition est simple : 90% de glace pilée ! Autant dire qu’ils ne nous ont apporté qu’un plaisir très limité, à part celui d’étancher notre soif.

L’entrée est très jolie à regarder mais ne nous consolera guère. Hélas. Quelle idée saugrenue de mélanger palmiste et notre très goûteux (et caractériel) Piton Maïdo ? Déjà que nous avions toussé, il y a quinze jours, sur la salade trop assaisonnée du Vieux Port. Mais là ! Ce n’est plus un mariage, c’est du viol. Foutez-lui la paix, au palmiste ! C’est un peu facile, voire grotesque, de toujours l’associer à tout et n’importe quoi pour faire «genre». Le seul détail intéressant : la capucine qui orne le plat. Deux tables plus loin, une touriste l’a mise dans ses cheveux, comme Ernestine qui, batifolant dans les champs, affichait ainsi la fleur afin de signifier à son bouillant fiancé de modérer ses ardeurs pour cause d’invasion anglaise imminente. Les assiettes sont enlevées et nous croyons sentir comme une vague odeur de fourchette en plastique… c’est de mauvaise augure. La soirée semble se réchauffer un peu. Le chanteur aborde des airs antillais. Le service a l’air de se dérouler comme du papier à musique. Les Antoines (et Antoinettes) sont efficaces.

[à apprécier sur la 5e symphonie en C mineur (pom pom pom pom !), Ludwig Van Beethoven]

Et voici le magret et la légine. Et voici la lumière. Le mille-feuilles se présente comme succession de tranches de magret et d’ananas, posées sur le gratin «lontan» : de fines lamelles de patates douces. La belle viande de canard, saignante comme nous l’avions demandé, est tendre, poivrée, goûteuse, et se mélange superbement avec l’ananas, poussant parfois la courtoisie jusqu’à le laisser passer devant. Le moelleux gratin, avec la texture légèrement poudrée de la patate douce vient calmer ces élans gustatifs et cela se traduit au palais par un équilibre savant entre le sucré et le salé et un plaisir à la mastication qui en devient presque bestial. Le verre de Chinon rouge proposé est le bienvenu.

[à apprécier sur la Suite pour orchestre BWV 1068 «Air on the G string», Johann Sébastian Bach] 

Pour sa part, la légine joue plutôt dans le registre du raffinement, de l’élégance et de la simplicité. Elle est ainsi présentée dans son plus simple appareil, nue comme Eve avant la pomme ; le gingembre-mangue se distinguant à peine, de loin en loin, pour préserver cette virginité de saveurs des mers glacées. On apprécie donc avec moult délectations la chair odorante du poisson blanc, qui se laisse glisser derrière les molaires en nous donnant des frissons (ça y est, nous sommes convertis à la légine!). Le ti-jacque est presque de trop. «Presque» parce qu’il est lui aussi sur son trente-et-un. Un brin croquant, très parfumé mais pas trop épicé, le ti-jacque rivalise avec celui de Chez Alice, à Hell-bourg, qui l’avait tantôt sauvée de la fourchette en inox. Nous louons ici le respect du produit, et eussions souhaité qu’il en fût de même à l’égard du palmiste servi en entrée comme valet de pied à un fromage trop fort pour lui. Les assiettes sont nettoyées au pain, et remplacées trois chansons plus tard par le dessert.

[à apprécier sur Les noces de Figaro, ouverture, Wolfgang Amadeus Mozart]

Encore une fois, la présentation est soignée. Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que l’élément décoratif est…de la colle-pistache ! Après une prière pour notre taux de glycémie nous enfournons la nougatine, la croquons goulûment. C’est les années 70. Nous avons huit ans, et de la colle plein les dents ! La mousse de patates douce brille davantage par sa texture que par son arôme, trop subtil, surtout après la colle-pistache, mais fait merveille mélangée à la glace où la vanille se révèle dans toute sa splendeur. Le «biscuit des îles», au coco, nous semble presque de trop.  Le jeu des sensations est fort réussit et le dessert vient clore avec bonheur un repas pourtant bien mal entamé. Addition de la soirée : 103 euros pour deux personnes. Correct si on tient compte du repas, de l’ambiance et du standing, mais le rapport qualité-prix de cette soirée est «limite».

[à apprécier sur Casse-noisette, la valse des fleurs, Piotr Illicht Tchaikovsky]

La Villa Angélique mérite visite, ne serait-ce que pour ses atours. L’ambiance qui se dégage de cette maison créole entièrement refaite invite au repos et à la sérénité. Nous jugeons ici les plats qui nous ont été proposés au cours de cette soirée, qui ont le mérite de révéler le talent et la créativité de la jeune et dynamique Chef, ci-devant Kelly Jean-Baptiste. Comme quoi la valeur n’attend pas le nombre des années, et le talent non plus, du reste. Il est indubitable que si ce talent s’exprime ainsi tous les jours que Dieu fait (et à cette condition seulement, nous n’excluons pas, d’ores et déjà, une contre-visite l’année prochaine), La villa Angélique est l’une des meilleures table du chef-lieu. Mis à part quelques erreurs de concept au début du repas, le reste tient parfaitement la route, ce qui justifie amplement, pour l’heure, l’octroi à ce restaurant d’une très jolie fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : très bien
Service : très bien • Qualité des plats : bons dans l’ensemble • Rapport qualité-prix : perfectible
Notre impression globale : Bonne table
Fourchette en argent

Le Reflet des îles

[visite en septembre 2011]

Aujourd’hui, nous rendons visite à l’un des mammouths de la gastronomie créole du chef-lieu, angle des rues Pasteur et Issop Ravate: le Reflet des Iles. Mammouth par son âge d’abord : l’établissement officie depuis pas moins de 38 ans. Mammouth par le nombre de couverts aussi : 150 au compteur, et mammouth encore par le nombre de plats à la carte puisque nous en avons dénombré en tout près de 37, oui madame, sans compter les grillades et les brochettes, 28 affichés, c’est comme on vous le dit, monsieur.  

Nous sommes reçus très aimablement par le personnel et nous nous installons dans l’espace ouvert sur un joli jardin intérieur qui nous fait oublier la ville et le boulevard tout proche. L’endroit a grandi au fur et à mesure et se pare d’une décoration traditionnelle créole en bois vert et blanc. Nous prenons le temps d’éplucher la carte avant que le serveur vienne prendre la commande. Le choix est impressionnant. Entre les plats du jour assez classiques, où on retrouve entre autre cari de porc, poulet palmiste et canard à la vanille, et la carte qui, mine de rien, fait la part belle aux produits de la mer et des eaux vives (camarons, bichique et coquilles la rivière), on ne sait plus où donner de la tête. Nous y trouvons même des plats dits de « tradition lontan », comme les brèdes songes à la morue, petit salé-brèdes manioc et du riz chauffé !
Nous faisons notre choix en plaisantant avec le serveur, qui ne manque pas de gouaille. Jus de fruits frais et punch coco viennent ouvrir le bal, de jolie façon puisque le jus est très désaltérant et ensoleillé, et le punch est satisfaisant quoiqu’un peu trop sucré à notre goût.

Nos entrées arrivent : un gratin de chouchou, « de Salazie » nous précise-t-on, et des boulettes de morue. Enfin, « de morue » : la première bouchée révèle qu’il s’agit plus de boulette de pommes de terre à la morue. Pas mauvaises, au demeurant, mais plutôt bourratives. Les estomacs d’oiseau se contenteront d’une ou deux sur les quatre qui remplissent l’assiette. Le gratin est plus satisfaisant : de jolis petits morceaux de chouchoux bien verts, qu’on dirait cueillis à la treille le matin même, trempent dans une superbe sauce blanche poivrée. Le chouchou est ferme et parfumé. Un vrai délice pour zenfan d’mon’ne d’Hell-Bourg !
Les assiettes enlevées, nous terminons nos jus de fruits. La salle continue de se remplir, sous l’oeil alerte et vigilant du sieur Banon, patron des lieux. Voici qu’apparaissent le cari de légine et le rougail «zandouille» que nous avons sélectionnés, avec peine. Cassons le mythe : on nous a souvent rebattu les oreilles avec la légine, ce poisson des eaux froides n’a pourtant rien d’extraordinaire gustativement parlant. Et c’est encore pire si on parle des morceaux de second choix congelés (joues) qu’on trouve couramment. Tout ça pour dire que le cuisinier, c’est Harry Potter : il a réussi une vraie symphonie de saveurs avec la chair a priori filandreuse de la joue de légine. Un concert magique d’une sauce ou le gingembre répondait à la tomate, ou le parfum d’iode chantait avec le piment. Notre magicien a tout de même eu la baguette un peu lourde sur le sel, sans quoi le plat aurait été parfait.

Le rougail « zandouille » joue dans le même registre, c’est même mieux, si on juge la dose de sel. La viande, coupée en petits morceaux et couverte de persil émincé, baigne dans une magnifique sauce rouge cramoisie. La chair fondante glisse littéralement en bouche sans qu’une seule fois on se dise : « c’est gras ». Son odeur naturellement assez forte a été très domestiquée par des tomates bien mûres et une cuisson lente. De la cuisson à la presque-braise où l’on rajoute régulièrement des doses d’eau homéopathiques en exerçant sur la sauce un contrôle rigoureux. Cela se sent en bouche mais aussi au nez. Et l’andouille fut. Nous testons la tarte tatin au dessert. Elle est bonne. La pâte est plus goûteuse que les pommes. Le tout passe très bien avec la boule de vanille qui termine ce repas comme il avait commencé : dans la fraîcheur. Addition : 77 euros pour deux personnes, (apéritifs, entrées, plats et dessert). Ouf.

A ceux qui ne connaissent pas (encore) le Reflet des Iles, allez-y les yeux fermés et le porte-monnaie grand ouvert, pour peu que vous fassiez comme les hordes de clients qui ont emmené là leurs amis touristes pour goûter aux joies de la gastronomie locale ! Le restaurant, après 38 ans, vaut encore le déplacement. C’est un bel exploit, que d’autres, testés ici, n’ont pas réalisé. La cuisine est très bonne, même si c’est devenu quelque peu cantine. Il n’y a plus ce charme d’avant. Le progrès est passé par là, et l’âme créole, celle qui donne cet indéfinissable « plus » au fond des marmites, a quelque peu pâli. Pourtant, elle n’a pas disparu. Il appartient à ceux qui font vivre le restaurant de lui redonner sa vraie place. C’est avec cet encouragement et nos félicitations pour ce parcours que nous attribuons au Reflet des Iles une belle fourchette en argent.

Pour résumer
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Plats : très bons • Service : très bien • Rapport qualité/prix : correct
Notre impression globale : Très bonne table
Fourchette en argent

Lé Gadiamb

[visite en mai 2011]

Cette semaine nous avons jeté notre dévolu sur un restaurant du chef-lieu, « Lé gadiamb », qui a pignon sur la rue Roland Garros, non loin du petit marché. Au fond d’une petite cour verdoyante aménagée en terrasse, une charmante maison créole authentique vous accueille.

Nous nous installons sous la varangue, mais notre regard a été attiré par la décoration intérieure, faite de multiple objets « lontan », qui rappelleront des souvenirs aux nostalgiques du café coulé à la grègue. Ca et là, des outils, des vieux appareils photos, des ustensiles divers font de l’endroit un mini-musée. Le patron nous accueille presque comme si on était de la famille : le personnage est assez boute-en-train et fait preuve d’un humour qui nous met à l’aise. 

Il nous dépose la carte. Celle-ci fait la part belle aux plats traditionnels créoles, les communs (rougail morue, canard la vanille, cabri massalé…) et d’autres moins courants dans les restaurants, comme le bœuf aux brèdes songes ou le Civet de zourite au vin blanc, qui pique notre curiosité.  Le chef revient pour prendre la commande, en nous annonçant qu’en plus de la carte, le plat du jour consiste en une sauce sardine au gros piments. Pour être traditionnel, ça l’est. Ce qui nous fait dire que la cuisine « Lé Gadiamb » se démarque vraiment de ces menus « touristiques » proposés par ailleurs. Nous optons pour le civet zourite et un boucané baba-figue, histoire de le comparer à celui que nous avons dégusté chez Noël, à Saint-Pierre. Pas vraiment d’entrées proposées sur la carte, mais un assortiments d’amuse-bouches créoles, présentés dans un van, et par lesquelles nous ouvrons le bal.

Autant le dire tout de suite : nous expédions les amuses gueules, mais notre sentiment est mitigé.Les samoussas aux poissons ont un goût de chou, les nems au fromages sont bonnes mais sans plus, et les bouchons au combava gratinés ne satisferont que les amateurs à forte dose du petit agrume parfumé. Seules les boulettes de morue emportent notre suffrage : elles sont très délicates et fondantes, et elles auraient été parfaites si la proportion de pomme de terre était moindre. Passons à la suite, servie en deux temps trois mouvements.  Notre palais retrouve sa joie de vivre. Le boucané baba figues s’avère bien meilleur que dans l’établissement Saint-Pierrois. Le baba est fondant, avec cette petite amertume indispensable en fin de bouche.

Le boucané est savoureux, bien qu’un peu sec, et le plat dans son ensemble n’est pas gras. Il y a eu juste la dose d’huile qu’il faut, et on imagine que les ingrédients ont été remués dans la marmite avec soin et patience. Le civet zourite quant à lui, est une vraie découverte. Amateurs de civet au vin rouge, poivrés à l’excès, et des sensations fortes qui vont avec : passez votre chemin. Ici on donne dans la subtilité, dans le délicat, dans le goûteux dans sa plus noble expression. Et nous nous disons « bon sang mais c’est bien sûr, le vin blanc au lieu du vin rouge…« . Mais il y a certainement d’autres secrets. En questionnant le chef nous apprenons que la bestiole à tentacule a cuit au feu de bois longtemps. « 4 heures, c’est un minimum » nous glisse-t-il. On comprend mieux pourquoi l’aspect caoutchouteux du céphalopode a quasiment disparu. Quasiment, pas entièrement, juste de quoi vous donner le plaisir de la mastication pendant laquelle la sauce veloutée provoquera chez vos papilles gustatives une révolution avec ses parfums de laurier, de thym, de poivre et cette lointaine saveur iodée d’océan indien que nous essayons de retenir en regardant avec tristesse le plat de civet désormais vide.
Ajoutons au tableau la présence de brèdes chou-de-chine croquantes juste ce qu’il faut, cuites de la plus simple des façons et des pois du cap corrects dans l’ensemble, plus deux rougails très légèrement pimentés. Nous terminons avec deux cafés et demandons l’addition : 62 euros, pour deux personnes. Voilà qui soulage aussi notre porte-monnaie dans le sens positif du terme.

Lé Gadiamb est ce qu’on pourrait appeler un restaurant « engagé », qui a décidé de faire la promotion de la tradition et du terroir, avec une rigueur consommée dans le choix de ses produits. Cela se ressent dans l’assiette, nonobstant un bémol pour ce qui concerne les amuses-bouches, largement perfectibles. C’est assurément un établissement que nous vous conseillons vivement. Outre le fait qu’on y mange bien, on y est aussi très bien installés. Assis au frais sous la varangue, on se sent comme dans une oasis au milieu du béton environnant. Malheureusement, vous ne pourrez en profiter que la semaine, le patron ferme le dimanche et le lundi. Bon dimanche et à dans quinze jours pour de nouvelles aventures !

Pour résumer
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Plats : bons/très bons
• 
Service : très bien 
Rapport qualité/prix : correct.
Notre impression globale : très bonne table
Fourchette en argent