L’Auberge gourmande

UNE AUBERGE GOURMANDEE
(par Louna Sanphi)

Aujourd’hui notre visite nous emmène à la campagne, à Tan Rouge, sur les hauteurs de Saint-Gilles-les-hauts. Nous testons l’Auberge gourmande, « restaurant gastronomique du Sud-Ouest » dit la pancarte à l’entrée du chemin Crescence où se trouve l’établissement. Pour y arriver vaut mieux avoir un bon GPS. Le restaurant a un parking en terre, qui ce jour-là est boueux puisqu’il a plu. Un aménagement ne serait pas superflu.

L’accueil
Nous passons un grand portail pour arriver à l’entrée du restaurant. Dans le hall , nous sommes accueillis par des volatiles en cage. En face nous avons un buffet avec quelques shaffing dish en place, vides. Nous apprendrons par la suite que le buffet n’est servi que le dimanche. Nous finissons par apercevoir une âme : la serveuse. Celle-ci, cartes en mains, nous installe aussitôt à une table au fond de la salle qui donne sur un magnifique jardin créole. Nos yeux n’en reviennent pas, il y a dans ce jardin de magnifiques fleurs comestibles, comme la pensée par exemple, avec lesquelles le chef peut s’amuser.

La salle
Elle se compose en deux parties : l’une est destinée aux groupes avec de grandes tables, l’autre avec des tables de 2 ou 4 personnes. Dehors des tables et chaises en bois vernies sont sans doute en service le dimanche.

La carte
Elle est bien remplie, on va dire même trop : une quinzaine de plat de la terre , 6 plats de la mer, 10 entrées, 9 desserts. Notre choix s’arrête sur un foie gras poêlé au vinaigre balsamique, un feuilleté au ris de veau, une assiette de la mer au basilic, une cassolette de lentilles de Cilaos, pour terminer pour cette bonne vieille pêche melba.

Foie gras poelė au caramel balsamique
Un si bon produit servi avec décoration à la va-comme-je-te-pousse : une branche de thym piquée au milieu, un radis et de la salade. C’est tout ? Où sont les bons produits frais de cette campagne environnante, comme un chutney de mangue par exemple? Rien que les comestibles qui ornent cette bâtisse auraient leur place sur cette assiette. N’y voir qu’un malheureux radis et de la brunoise de poivrons rouges c’est très décevant, d’autant plus le foie gras souffre d’un souci de cuisson : il est cru à l’intérieur. Il passe conséquemment assez mal.

Le feuilleté aux ris de veau et aux champignons
Il est servi sur une très grande assiette avec une sauce très légère et sans goût particulier, et de la salade. Le feuilleté est friable, les ris sont bons et ont subi les étapes cruciales* avant d’être travaillés. En revanche nous ne trouverons aucune trace de champignons, où alors ils étaient bien cachés. Ce n’est peut être pas la saison remarquez. Nous regrettons la vulgaire salade pour un met aussi délicat et cher, ainsi que la baguette blanche de supermarché.

*Avant de cuire cet abat , il convient de le dégorger si besoin , puis de le blanchir (recouvrir d’eau et porter à ébullition on pourra de cette façon enlever plus facilement la fine pellicule qui le recouvre).

Assiette de la mer au basilic
Une assiette quelconque composée de gambas recouvertes d’une sauce à l’Américaine à laquelle on a ajouté du basilic, plus deux moules persillées. Un peu court pour baptiser ça « Assiette de la mer » tout de même. Le dressage, là encore, laisse à désirer. Au goût, c’est moyen. Les crustacés sont trop cuits et les moules trop sèches.

Cassolette de lentille de Cilaos

Nous y voilà : enfin un plat exécuté à  la perfection ! Des lentilles crémeuses, des saucisses au bon goût d’épices comme il faut, et un excellent boucané fondant. Vraiment rien à dire. Nous sentons que le chef maîtrise ce genre de plat. On ne parlera pas de la pêche Melba qui reste un dessert classique, d’ailleurs la carte dessert n’en contient que ça. Totalement impardonnable en cette saison où les fruits abondent. Mais peut-être que les mangues et les letchis sont encore trop chers ?
Addition : 70€ pour 2 avec 1 dessert et 1 bouteille d’eau, cher pour ce qu’on nous a proposé

Aujourd’hui, au restaurant l’auberge gourmande, nous avons été un peu déçus. Tout cela ressemble à de la cuisine d’apprentis, voire d’amateurs : dressage un peu léger, aucune recherche, pas assez de produits locaux. Pourtant tous les atouts sont là pour nous en mettre plein la vue et les papilles : le lieu d’abord, une belle demeure créole située à la campagne où les producteurs ne doivent pas manquer. Nous avons de la chance d’avoir toute l’année des fruits et légumes de choix, il faut juste avoir des idées de préparations, faire travailler son imagination et ne pas s’endormir sur ces classiques ennuyeux. Faire une gelée de capucine accompagnant le foie gras poêlé, proposer des petits pains aux fruits, par exemple, et surtout pas un radis ridicule et cette salade envahissante.
En dégustant la cassolette aux lentilles de Cilaos nous avons senti un potentiel qu’il convient d’exploiter davantage : de la bonne cuisine créole authentique au feu de bois. Et pourquoi pas garder quelques plats d’inspiration métropolitaine, à condition de les travailler un peu mieux. Il ne faut pas oublier que de nos jours les restaurants rivalisent d’inventivité pour garder leur clientèle, et pour des tarifs toujours plus concurrentiels.
Enfin, nous ne le répéterons jamais assez : qui trop embrasse, mal étreint. Il faut arrêter avec les cartes à rallonge. Mieux vaut proposer une carte beaucoup plus succincte (3 entrées, 5 plats et 3 desserts) et la changer tous les mois en travaillant des produits de saison, frais. Quitte à garder un ou deux plats particulièrement appréciés un peu plus longtemps.
La fourchette en argent est donc largement accessible et elle aurait pu tomber, mais compte tenu de ce que nous avons dégusté aujourd’hui, nous ne pouvons faire autrement que de décerner à l’auberge gourmande une fourchette en inox.

Pour résumer : Accueil : Perfectible • Cadre : très bien • Présentation des plats : perfectible•  Service : moyen • Qualité des plats : moyen • Rapport qualité-prix : mauvais

Impression globale : moyen
Fourchette en inox

Le Bout’Chandelle

Aujourd’hui, notre balade gourmande nous emmène à Saint-Paul où nous visitons le restaurant « le bout’ chandelle ». Situé dans la rue Marius et Ary Leblond il bénéficie d’un grand parking à proximité. 

L’accueil. Dès qu’on entre dans le restaurant on se sent privilégié. Franck, le patron, assure lui-même l’accueil avec une dextérité rare qui mérite d’être soulignée. Il nous place à une table au fond de la salle, tout prêt d’un parterre de plantes luxuriantes et nous apporte la carte avec une belle assiette d’amuses-bouches composée de feuilletés de fromage et d’espuma (crème) de tapenade. Aussi délicieuses que belles,  ces petites choses nous ont ouvert l’appétit. Très bon point. Sur la carte : du foie gras, du porc, de la daurade à l’honneur, mais pas de plats créoles. Nous optons pour menu à 35€ qui comprend un carpaccio de daurade, un filet mignon sauce au thym et un moelleux au chocolat. Nous commandons aussi un foie gras et ses toasts et un pavé de daurade accompagné de purée de patate douce. 

La salle. Elle est bien éclairée et très accueillante. Les tables sont superbement nappées, les chaises qui les entourent, noires et hautes, offrent ainsi une confortable assise. On est bien installés,  que les hostilités commencent !

Le carpaccio de daurade. On pourrait appeler aussi ce plat « plaisir des yeux et des papilles ». Le poisson est frais, la sauce vinaigrette à l’orange qui l’accompagne est douce avec un léger côté acidulé. C’est dire si le chef l’a bien maîtrisée. Les quelques zestes d’oranges confits ajoutent un petit côté piquant. L’assiette est parsemée de brindilles d’aneth. Vraiment excellent. 

Pavé de daurade purée de patate douce . L’assiette copieuse est composée d’un beau pavé de daurade cuit sur peau et posé sur un lit de chutney de papaye. Elle est accompagnée d’un gratin de chouchou, d’une demi-tomate provençale et d’une purée de patate douce.

Mignon de porc, mousseline de citrouille, pommes de terre sauce au thym et quelques asperges. L’assiette est copieuse aussi. Les pommes de terres sont quant à elles fondantes. La viande moelleuse est ravivée par la sauce au thym ô combien onctueuse. Le seul point négatif : les asperges pas de toute fraîcheur qui étaient par conséquent de trop sur cette assiette. 

Le dessert moelleux au chocolat. « Waouuuhhh » on a envie de dire ! C’est tout simplement divin. La tiédeur du moelleux, son cœur coulant et la glace vanille qui l’accompagne, finissent en beauté ce moment gastronomique purement divin. Rien à dire, sauf que c’était très bon.

Aujourd’hui nous avons passé un moment de pure gastronomie. Le professionnalisme et le sourire de Gilda (la patronne), le service et l’amabilité de Franck, la gentillesse de leur personnel, plus des plats aussi excellents les uns que les autres :  il n’en faut pas plus pour que nous  décernions au « Bout’ Chandelle » la fourchette d’or. 

Pour résumer : 
Accueil : très bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : très bien
Service : très bien • Qualité des plats :  excellents
Impression globale : excellente table
Fourchette en or

Le Relais du Maïdo

[Visite en mai 2013]

Aujourd’hui nous prenons la direction du Maïdo, dans le sillage de notre fringuant randonneur Alain Dupuis, sorte d’elfe des forêts parcourant les monts et les vaux de notre belle île (sans collant vert ni chapeau pointu, Dieu merci !) qui nous a proposé ces dernières semaines une randonnée sur le bord du rempart. Nous ne sommes pas allés si haut, mais nous sommes arrêtés quand même dans les hauts des hauts, au royaume des trois « B » (Boeufs, Bois, Brouillard), au Relais du Maïdo et ses animations touristiques dont la luge qu’on ne présente plus. D’ailleurs, l’ancienneté des installations commence à se voir, il est vrai que l’humidité ambiante ne doit rien arranger. La grande salle tout en bois, elle, est confortable et chauffée par des poêles, l’ambiance est donnée.

Ce dimanche, c’est buffet pour les plats créoles, mais il y a aussi des plats plus « métros » à la carte (souris d’agneau, escalope d’espadon, rumsteck, magret de canard). Nous aurons donc, pour 17 euros, le choix de ne pas choisir entre le porc aux olives, le bœuf bourguignon, la cari de poisson (du grenadier) et le civet de coq, mais de tout goûter. En entrée, quelques crudités et un gratin sont au garde-à-vous. L’accueil est chaleureux et souriant. On nous installe, on vient prendre notre commande de boissons, et l’on s’enquiert de nos desiderata.

Nous décidons de tester les amuses-bouches salés qui consistent en diverses fritures classiques, plus une originalité du terroir : des beignets de poulet au géranium. Nous irons ensuite voir le buffet. Les samoussas, servis par lot de 3, à 2,50 euros, reviennent à un peu plus de 80 centimes pièce. Sachant qu’un samoussa se négocie dans « les bas » à 40 centimes prix public d’achat, la marge n’est pas mal, ils ont intérêt à être bons. Et ils le sont : farce fine et parfumée, pas gras.

Les beignets de poulet sont bons aussi et l’humeur de géranium est intéressante, tout en évitant d’être trop entêtante. C’est le plaisir d’essence. Mais nous ne décelons guère le goût de poulet, écrasé par celui du fromage qui compose le beignet. « Poulet » est sans doute signalé à l’adresse des personnes ne mangeant pas de boeuf ou de porc pour des raisons religieuses… Cette entrée en matière nous ayant à peu près satisfaits, nous fonçons vers le buffet ventre à terre. Nous n’y retournerons pas.

La salade de crudités fraîches, accompagnée d’une vinaigrette réussie, ni trop acide ni trop salée, est coupée presque en cheveux d’ange. Le résultat est un plaisir à la mastication et une belle odeur de choux et de carottes, de la bonne vieille salade classique et efficace. Place aux plats.

Nous allons être brefs. Le cari de porc aux olives est d’une banalité navrante, et les olives ne l’aident que peu. La viande est farineuse et peu goûtue.
Le cari de grenadier fait de la résistance, on ne peut pas trop lui en demander. Mais il aurait pu au moins être accompagné d’un piment vert «crasé» au caractère plus affirmé que le rougail « zognon » disponible au buffet. Globalement, c’est fade.

Le civet de coq est une véritable insulte. Déjà la viande est liquéfiée et les saveurs normalement franches et épicées d’un civet catholique (laurier, clou de girofle et vin) n’ont qu’une existence vaporeuse. Tout cela est mangeable mais ne nous amène que du regret. Ce ne sont pas les desserts qui nous consoleront. Une crêpe froide et un gâteau «ti son», dont il manque un peu de peau du dos (oser servir cela au client c’est du je-m’en-foutisme caractérisé). Le nom est un peu surfait. Disons que c’est un quatre-quart au lointain parfum de ti son, dont la texture épaisse fait dire au créole : « gâteau comblage ». Un verre d’eau là-dessus et ce n’est plus un dessert, c’est Bob l’Éponge.

Tout ça pour 41 euros et des poussières, sans l’apéro, soit un peu plus de 20 euros par tête de touriste.

Aurions-nous dû goûter aux plats à la carte ? Sans doute, parce que le buffet, lui, à l’instar de quelques autres que nous avons pu tester par ailleurs, est de piètre qualité. Ce n’est plus un mystère : la formule buffet permet aux restaurateurs de faire un maximum de chiffre avec des dépenses serrées. De là à servir du rata de temps de guerre en déguisant cela en cuisine « exotique », c’est se moquer ouvertement de la gastronomie réunionnaise. Tout cela sent la fourchette en plastique à plein nez.

Seconde dégustation

Aussi avons-nous décidé de donner une deuxième chance à ce restaurant qui est en première ligne sur le front du tourisme réunionnais. Nous avons voulu savoir comment étaient les plats à la carte et sommes retournés les tester quelques jours plus tard. Nous remarquons d’emblée que les plats métro « du jour » sont les mêmes que précédemment. Des plats du jour qui restent plusieurs jours… cela voudrait dire qu’ils n’ont pas été vendus ou qu’ils ne changent pas ?

Nous commandons le cari de poisson, de l’espadon nous annonce-t-on, et la fricassée créole estampillée spécialité maison, à base de charcutailles diverses et de bringelles.

Le poisson qui arrive, servi à l’assiette, est de l’espadon… en cube ! Pourquoi ne sommes-nous pas surpris ? Le plat est mangeable, loin s’en faut, mais très ordinaire. Un anglophone dirait : »cheap » !

La fricassée se défend un peu mieux. Des petits morceaux d’andouilles assurent le goût pour l’essentiel, encore qu’à minima, et les bringelles presque fondues confèrent au plat une certaine homogénéité de texture, tout en accompagnant la viande du mieux qu’elles peuvent gustativement parlant. Rien d’extraordinaire au final. Et le rougail tomate, formaté pour les palais sensibles, est parfaitement inintéressant. Seul le morceau de gâteau de patate douce fait mieux que le pitoyable « ti son » servi trois jours auparavant, bien qu’encore trop dense.

Globalement, les plats à la carte sont un ton au-dessus de ceux du buffet, mais c’est timide. Rien de tout cela ne nous a emballés.

Le Relais du Maïdo est une cantine. Allez-y si par malheur vous avez oublié le pique-nique, ou si mémé est tombée en panne de gaz en pleine cuisson du civet de canard! Vous aurez la satisfaction d’avoir l’estomac plein, et guère plus. Dans un endroit comme celui-là, c’est quand même dommage. Vu le potentiel touristique évident, dire que nos visiteurs se font servir de la tambouille cuisinée avec des produits de bas de gamme, c’est un véritable gâchis ! Le Relais du Maïdo récolte donc une bien généreuse fourchette en inox !

Pour résumer :
Accueil : très bien • Cadre : bien • Présentation des plats : buffet / moyen • Service : bien • Qualité des plats : très moyens
Impression globale : très moyen
Fourchette en inox

Le Zamalak

[Visite en septembre 2012]

Aujourd’hui, arrêt dans la bourgade en expansion de Saint-Gilles-les-Hauts. Suite à nos navigations sur le web, nous avions découvert le Zamalak, établissement tenu par un dénommé Doki-Thonon. Le patronyme, connu dans le milieu des gastronomes péi, nous a fait dresser le sourcil gauche, celui qui veut dire « tiens, intéressant ! ».

Ça, et le fait que l’établissement soit crédité de commentaires élogieux par des internautes visiblement contents du voyage, a fait monter la pression dans notre jauge de curiosité, et, passez muscade, nous voilà déjà attablés au Zamalak, appréciant d’un œil humide l’antique sol ciré au rouge, à la brosse coco d’Ernestine, qui la jouait « Rock around the clock » sur les bords. Un peu à l’écart de la traversante du village, l’endroit est vaste. La salle étale pour l’heure une trentaine de couverts, très espacés, un bonheur pour les enrobés (dont nous sommes), et les familles aux enfants remuants (idem). Autant de places en terrasse, à côté du comptoir. Tout cela est pour le moins coloré. Le mélange de la tradition avec ce côté « snack de plage » donne au lieu une certaine personnalité, et l’on s’y sent bien. L’accueil est au diapason : courtois, sympathique, détendu. La carte affiche des salades, quelques plats d’inspiration métropolitaine et nos caris habituels, plus deux, que nous avons rarement vus jusqu’ici au menu des établissements que nous avons visités, et que nous nous faisons conséquemment un devoir de commander : un rôti de porc et une pintade à la vanille.

En guise d’apéritif, nous nous autorisons un ti’punch, avec la mère Modération qui ne nous quitte pas d’une semelle. Nous nous l’envoyons doucement derrière la cravate, et l’odeur sucrée du rhum citronné se mélange avec celle, ambiante, du bois de la case, nous catapultant dans un passé créole pas si lointain. Il ne manque plus que le père Dédé à la radio, avec un air des Jokarys ! Nostalgie quand tu nous tiens… Les salades, posées sur une table voisine sont conséquentes. Et nos assiettes ne le sont pas moins. Ce ne sont pas tout à fait des portions pour dockers, mais pas loin.

Riz, caris, nos bons vieux pois du Cap, parfaits pour la musique de chambre qui fera plaisir à madame, et trois rougails. Tout y est. Enfin… tout, non : toujours pas de brèdes à table mes enfants ! Un gros samedi forain à Saint-Paul, et avec un marchand de légumes à deux cent mètres de là, saperlipopette ! Il faudra un jour qu’on nous explique cet embargo quasi-général sur les brèdes dans nos restaurants ! Sont-ce les prix ? La conservation ? La demande insuffisante de la part des clients ? Nos colonnes sont ouvertes à qui voudra éclairer notre lanterne. Nous attaquons.

Avant de commencer, un point : nous ne courons pas derrière la pintade. D’abord parce que ça doit courir vite, ces machins-là, et surtout parce que la viande a un arrière-goût spécial qui ne nous sied guère, mais c’est très personnel ! Pourquoi donc le préciser ? Parce que la pintade s’est avérée sympathique. A l’aspect déjà, et surtout à l’odeur. Les effluves de sauce réduite, de caramel et de fumée de feu de bois entonnent un « alléluia » dans nos narines extasiées. Le palais est aussi satisfait : viande cuisinée à la perfection, pas trop sèche. Petit os imprégnés de sauce dont nous nous délectons lentement. Morceaux de gousses de vanille que nous croquons délicatement afin d’en extraire la fine pulpe et en mélanger la saveur avec celle, parcimonieusement sucrée, du cari. Flash-back. Ernestine, jupes retroussées dans la poussière de décembre, court derrière la pintade, grand couteau à la main.

Le charme retombe un peu avec le rôti. Il était bon, doré et tout, ce serait mentir de dire le contraire, mais sans attrait particulier. Pour le coup, nous avons trouvé qu’il manquait un peu de parfum, même le persil fané dessus était éteint. La viande, pas trop sèche et aux bords moelleux, était tout de même correcte, nous présentant sa petite amertume du fond de marmite. Une ou deux gousses d’ail piquées dedans auraient fait notre affaire.

Les rougails s’en sortent pas mal, le citron devant. Il s’est bien marié avec le sucré-salé de la pintade. Le rougail tomate était acceptable. Le rougail dakatine, lui, était fade. Bon point pour les pois en crème. Le riz était un tantinet collant. On aime ou pas, sans commentaire donc.

L’addition se monte à 28 euros pour deux plats et un apéritif. Un tarif très honnête, l’un des meilleurs rapports qualité-prix de cette rubrique. Voici donc une escale intéressante et pas chère, sur la route de l’Ouest et du Sud, au lieu de vous précipiter sur la route des Tamarins bille en tête à midi tapante. Quelques tournants et vous y êtes. L’occasion de faire une pause déjeuner sympa et conviviale. Le cadre est « roots » et ensoleillé. La cuisine y est perfectible mais déjà très correcte. Un effort serait peut-être à faire sur les accompagnements, mais pour le prix, il serait inconvenant d’être trop exigeant.

Le Jamalac est un de ces fruits rares et mal aimés qui ne s’apprécie vraiment qu’à complète maturité, quand sa couleur tutoie le rouge cramoisi, si bien entendu les oiseaux vous laissent quelque chose ! Question de maturité peut-être : ce ne sera pas la fourchette d’or cette fois-ci pour le Zamalac. Celle-ci demeure toutefois largement accessible, mais en attendant, c’est une bien belle fourchette en argent que nous décernons à ce resto-midi de Saint-Gilles-les-Hauts.

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : très bien • Présentation des plats : perfectible
Service : bien • Qualité des plats : bons
Notre impression globale : Bonne table
Fourchette en argent

Le Grand Baie

[visite en décembre 2011]

Saint-Paul, un samedi. C’est les vacances. Joyeuse cohue au marché forain du bord de mer, entre les clients habituels ou de passage et les touristes « cramés », les yeux émerveillés, qui découvrent nos produits locaux.

“C’est quoi ça ?” “La pâte piment cabri madame, sa lé bien bon.” “Ah oui ? j’en prendrai un bocal”… Ouh ! Coup de chaud en perspective ! Et c’est vrai qu’il fait chaud, mais raisonnablement, grâce à une brise légère qui nous ramène l’odeur de l’océan, mélangée à celle des épices nombreuses et variées en ce samedi de marché. Pas besoin de plus pour nous ouvrir l’appétit. Quelques encablures plus loin, près du cimetière marin, c’est beaucoup plus calme. Et c’est là qu’est installé « Le Grand Baie » dont la varangue, immense, est ouverte sur la plage. On nous y accueille poliment et nous nous installons au plus près de l’extérieur afin de continuer à profiter au maximum de la brise et du superbe paysage.

Le « Grand Baie » s’affiche comme restaurant à grillades avec spécialités créoles et métropolitaines. La carte des apéritifs est très fournie. Outre les boissons classiques, on y trouve des préparations locales comme le « ti’punch » (rhum citron) et le planteur. La carte est au panneau. Au menu aujourd’hui : civet de canard, poulet rôti, magret de canard poêlé, Échine de porc grillée, pavé d’espadon, entrecôte, brochettes de langouste… Bien, bien.
A part le civet, pas grand-chose d’autre comme plat créole. Nous interrogeons le personnel. “En fait, la spécialité créole c’est le civet aujourd’hui, ça change tous les jours”. Il y a aussi un zembrocal, mais c’est un peu mince… Qu’à cela ne tienne, pour une fois nous goûterons à la cuisine métro, sauce locale. Nous prendrons donc une darne de dorade coryphène poêlée avec le zembrocal en accompagnement et des crudités. Suivra un magret de canard, saignant.

L’assiette du poisson arrive. Jolie. Et cela sent bon. Coup de fourchette : quelle agréable surprise de voir la chair de la dorade encore souple. En bouche, elle est moelleuse, parfumée et se mélange superbement avec la sauce au beurre. Voilà ce qui s’appelle faire cuire du poisson ! C’est cela le respect du produit. Et le poisson est un produit délicat. Les crudités sont rafraîchissantes, et nous les finirons sans vinaigrette, celle mise à notre disposition dans une bouteille en plastique ne nous emballe pas. Le zembrocal est correct, mais nous nous attendions à mieux. La saveur du riz safrané est un peu en berne. Le magret remplace l’assiette vide du souvenir de la dorade. Nous l’avions demandé saignant, il l’est !  (un magret de canard saignant, ce devrait être un pléonasme). Il est beau, il est dodu, il est doré, le magret, avec sa peau « en graton » sur le dos. Et la sauce !  Coup de couteau. C’est une belle viande tendre et rouge qui se révèle. Du canard mes enfants, fin, joyeux, soumis sous la molaire du fond, enveloppé de sa sauce sucrée-salée au miel, avec un parfum de poivre et la touche subtile des sucs déglacés. Du magret simple, honnête, sans chichis, à savourer tout seul ou accompagné de son verre de vin rouge et sa modération de rigueur. Après une viande comme celle-là, il faudra un peu de temps pour que vos papilles se calment.
Pas de dessert ni de café. Il faut qu’on rentre. Tout cela nous a coûté 35 euros. Si on parle de rapport qualité-prix, certains devraient en prendre de la graine.

Vacances. Soleil. Farniente. Détente. Plaisir. Evasion. Voilà des mots qui conviennent au « Grand Baie ». On y mange bien, on y est à l’aise, que demander de plus ? Davantage de cuisine créole, par exemple, pour justifier sa publicité, et peut-être un peu plus d’enthousiasme aussi dans l’accueil et le service. Celui-ci est correct et poli mais rappelle un peu trop ce qu’on trouve dans les bistrots des villes. Seuls les habitués ont droit à quelques égards. Rien de grave. Le “Grand Baie” est une destination agréable si vos vacances vous mènent du côté de Saint-Paul, après une virée au marché, et un coucou au père La Buse, le voisin d’à côté. C’est la dernière fourchette de l’année, et elle est en argent. Joyeux Noël à tous, amis gourmets, et bonne et succulente année 2012.

Pour résumer
Accueil : moyen
 • Cadre : moyen • 
Plats : très bons • 
Rapport qualité/prix: correct
Notre impression globale : bonne table
Fourchette en argent