Le restaurant du Cap

[Visite en juillet 2013]

Un pique-nique au bord de l’eau, ça vous dit ? Par ce beau samedi ensoleillé, nous partons pour une balade sans but précis, et finissons par arriver dans la bourgade Sainte-Marienne de la Rivière-des-Pluies, où les habitants vaquent à leurs occupations de ce début de week-end, qui chez la coiffeuse, qui au marchant de légumes, qui en recueillement à la Vierge noire. Nous stoppons devant le Restaurant du Cap, juste à côté de la station service, à quelque distances du vieux pont en venant de la Technopole.

Trois tables et quelques chaises, la vitrine où sont présentés les plats du jour, l’armoire à boisson, quelques glaces et la caisse : nous sommes dans un de ces petits restaurants de quartier sans prétention, propre et bien entretenu. Quatre personnages s’activent, en uniforme blanc, toqués et rasés de frais, pour servir avec dextérité et sourire la clientèle qui défile. Entre les voitures qui arrivent et qui repartent, les caris qui changent de contenant et le sonnant et trébuchant à la caisse, tout à l’air d’être parfaitement huilé comme à la chaîne de montage. Au menu ce jour : sauté de porc, poulet au chouchou, massalé cabri, poisson au gingembre et les quasi-incontournables sauté de mines et riz cantonnais. « Trois, à emporter s’il vous plait » : le massalé (l’un de nos plats phares avec le cari de poulet qui nous sert souvent de mètre étalon), le poisson (dont la couleur orangée nous interpelle) et le sauté de porc. Le menu de la semaine entière est affiché de toute façon, pour savoir ce qui vous attend, ou ce que vous avez raté, selon le jour.

Nous voilà repartis les glandes salivaires au taquet, vers les berges de la rivière-des-Pluies, via la route grimpant vers Moka. A deux ou trois cent mètres après la dernière maison, nous trouvons un charmant espace de verdure, propre à part un vieux moteur désossé qui traîne dans un coin, et de toute évidence prisé des pique-niqueurs si on en juge par les foyers depuis longtemps refroidis répartis sur le site. À quelques dizaines de mètres en aval, le doux son continu de l’eau courante se superpose au silence. Plus haut, un bras de rivière asséché, où vient mourir une pelouse encore humide, nous dégage la vue des hauts de Sainte-Marie. Nous nous installons sous un grand filao, et, après un bon bol d’air frais, entamons les hostilités. Nous ne sommes pas les seuls à avoir faim, les moustiques aussi (si vous y allez, prévoyez en conséquence).

Le sauté de porc exhale tout de suite ses parfums de cuisine chinoise poivrée, entre Siave et sauce d’huître, avec des légumes tranchés menu en fin de croquance. Les morceaux de viande ne sont pas gras du tout, et bien moelleux. La dose de sel est correcte. L’affaire se situe, gustativement parlant, entre le shop-suey et le porc sauce grand-mère.

Le massalé est dans les clous. Bien parfumé aussi au déballage, avec présence des feuilles de caloupilé. La viande est tendre, presque trop à vrai dire, tout ça manque un peu de tenue à la vue mais demeure parfaitement correct au palais. Le massalé a de la personnalité, assisté de ce petit piquant acide qui va bien. Il eut été mieux arrangé avec un rougail concombre bien fouetté au piment vert, qu’avec le rougail Dakatine de rigueur aujourd’hui.

Le poisson au gingembre tient la route également. Le « Zingiber officinale créolitum » (gingembre la cour quoi !) ne nous agresse nullement tout en étant bien affirmé. Le poisson en passerait presque au second plan si ce n’était la petite touche sucrée réglementaire, qui, associée à la douce épaisseur de la robe enfarinée des morceaux, nous rappelle le légendaire poisson au gingembre de feu le Ti-couloir, à Saint-Denis, dont les moins de 20 ans se fichent comme de leur première barquette.

Le sauté de mine est passé à la trappe. Un « ti’guine » trop salé celui-là, et comme glutamaté plus que de raison et bien trop gras à notre goût. Mais certains doivent aimer, s’ils le vendent. Les mines exceptées, donc, les autres barquettes sont proprement nettoyées, et le tout pour 20 euros avec deux boissons. Nous nous dégourdissons les jambes dans ce joli petit coin de verdure, en nous disant que finalement tout cela serait bien descendu avec un baron bien connu localement, frais, n’en déplaise à ses détracteurs, avec la mère Modération et deux ou trois joueurs de dominos, comme ça.

Bonne note pour l’équipe du Restaurant du Cap, qui fait valser les barquettes depuis bientôt dix ans du côté de la Rivière-des-Pluies, avec constance et sa cousine régularité, au vu du nombre de personnes qui défilent, l’hypothalamus déjà soulagé à la vue des caris étalés sans pudeur. Au passage, ce n’est pas parce qu’on sert des plats à emporter qu’il ne faut pas soigner la présentation. Un peu de déco culinaire (une feuille de persil par ci, une rondelle de citron par là) égayeraient un peu les bacs ! Nonobstant ce chipotage, nous gratifions Le Restaurant du Cap d’une fourchette en argent.

Pour résumer : 
Accueil : très bien • Cadre : moyen • Présentation des plats : buffet
Service : bien • Qualité des plats : bons
Impression globale : bonne table
Fourchette en argent

 

Le Karambol

[Visite en avril 2012]

La jolie petite ville de Sainte-Marie (en travaux) ne compte que très peu de restaurants créoles. O Karambol resto étant l’un de ceux qui propose davantage de plats locaux, nous décidons donc d’y mettre les pieds sous la table. Vous n’aurez aucun mal à le trouver, il se situe à deux pas de l’église, sur l’ancienne nationale.

La salle compte une quarantaine de couverts, avec une décoration simple et efficace. Il est encore tôt. Nous prenons le temps de consulter le menu, affiché sur des tableaux, au mur du fond. Les entrées consistent en un buffet froid, où l’on trouve diverses crudités, quelques charcuteries, de la macédoine et des œufs mimosas, avec vinaigrette et mayonnaise de rigueur. Les plats chauds sont relativement variés : cari de poisson, rougail de morue, civet de lapin, shop-suey poulet, bœuf en daube, curry d’agneau…

L’accueil est courtois. Nous nous plaçons non loin du buffet et composons notre assiette de légumes : haricots verts, macédoine, œufs, et deux tranches de salami. Un ensemble rafraîchissant, malgré le fait qu’il n’y a rien de frais, excepté les carottes. Les haricots et la macédoine : surgelés et conserve.

Cela aurait passé comme une lettre à la poste si, au moins, la mayonnaise était faite « maison ». Rien du tout. De la mayonnaise standard au parfum de citron qu’on trouve au supermarché. Notre assiette vide est enlevée et on nous apporte notre commande : du civet de lapin, et un rougail de morue. Service à l’assiette.

Les quantités semblent correctes. Un joli « piton » de riz trône sur le plat à côté des lentilles. Et pas de piment en accompagnement ! Oubli réparé à notre demande. On nous dépose un rougail tomate direct sorti du frigo. Le civet est coupé en morceaux trop gros, et, s’il a une couleur bien foncée, ne dégage pas l’odeur si particulière de tout civet respectable, ce d’autant qu’il n’y a pas un brin de persil à l’horizon. Notre mauvaise impression se confirme en bouche : c’est sec et assez fade. Où donc est passé la saveur du vin ? Où est la force du girofle ? Rien. Le grand vide gustatif. Le plat est juste assez bon pour remplir un ventre affamé, mais guère plus.

Cela ne s’arrange pas avec le rougail morue, bien au contraire. Déjà, la morue est grossièrement hachée (et dire qu’on avait critiqué, gentiment, l’aspect de celle de la Table Créole, au Port, il y a quelques semaines ! C’était du grand luxe à côté). Les morceaux de chair se disputent la place avec des morceau d’oignons, et… une forêt d’arêtes ! Le tout est « blême », bien loin de la belle couleur orangée du rougail morue bien né. Si le parfum est plutôt conforme aux attentes, le goût est significativement en-deça du minimum tolérable : une amertume vient gâcher le plat. Quelque chose a dû cramer au fond, le combava peut-être, ou le gingembre ajouté à la louche. Bref, appelons cela un sauté de morue aux oignons, pour être proche de la vérité. Un sauté raté. Il est 12h45. La salle est pleine. Le service semble un peu bousculé, mais reste efficace. Nous attendons un peu notre dessert, une tarte aux pommes. Celle-ci s’avère passable. Tiède et sans joie.

C’est l’heure de l’addition et d’aller voir ailleurs si nous y sommes : 31 euros pour deux personnes, tout compris, avec un apéritif et un dessert. On ne peut pas dire que ce soit malhonnête. La formule « complète » hors boisson, c’est à dire le buffet plus un plat chaud est à 14 euros. Le rapport qualité prix est correct !

Effectivement les restaurants créoles ne pullulent pas à Sainte-Marie, et la plupart des établissements sont concentrés à Duparc et alentours. De plus, ô Karambol affiche des tarifs très raisonnables. Pour aller déjeuner pas cher le midi, à Sainte-Marie ville, si on a faim, et si on veut à tout prix manger des plats créoles, pourquoi pas… mais ce sont là des considérations purement alimentaires qui ne justifient en aucun cas l’obtention d’une fourchette de quelque métal que ce soit. Par conséquent, en souhaitant une amélioration substantielle de la qualité de ses plats, nous attribuons ô karambol, enfer et damnation, une pauvre fourchette en plastique.

Pour résumer :
Accueil : bien • Cadre : bien • Présentation des plats : bien • Service : moyen • Qualité des plats : méciocre
Notre impression globale : médiocre
Fourchette en plastique